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MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES
La marche csl plus ou moins aiguë. Dans les cas graves, la mort arrive au bout de douze ou de vingt-quatre heures; d’autres fois l'affection se prolonge pendant deux ou cinq jours; jamais la durée ne dépasse celle d’une semaine.
Le début s’annonce d’habitude par des vomissements, d’abord formés de matières stomacales, puis de mucus, enfin de sang ayant l’apparence de masses d’un brun sale ou de marc de café. Aussitôt le malade commence à se plaindre de violentes douleurs de tète, qui bientôt mènent au délire. Celui-ci est bruyant et s’accompagne de plaintes et de cris. Les malades se débattent et sont difficiles à maintenir. D’autres fois ils sont plus tranquilles, et, comme les typhiques, on peut les éveiller en les appelant à haute voix.
Au délire viennent s’ajouter les convulsions, qui se propagent à la plupart des muscles volontaires, ou restent circonscrites dans certaines régions, comme à la face, au cou. Il existe encore, outre ces spasmes qui peuvent manquer, un tremblement d«s muscles des extrémités et du tronc.
Peu h peu le calme se rétablit, l’agitation se transforme en engourdissement et finalement en un coma profond.
Les pupilles se dilatent et sont peu sensibles à l’action de la lumière; la respiration devient suspirieuse, inégale, stertoreusc.
Le pouls, qui, tant que l’ictère était à l’état simple, demeurait rare, augmente de fréquence dès qu’apparaissent les phénomènes nerveux, et il bat de 110 à 120 fois par minute. Du reste, il présente de remarquables irrégularités sous le rapport de l’ampleur et de la fréquence. Ainsi, on le voit de 70 à 80 pulsations passer à 120 et 130, quand le malade devient agité, puis retomber ensuite au chiffre normal.
La langue et les dents se recouvrent promptement d’un enduit épais; le ventre est parfois sensible à la pression, surtout dans l’hypochondre droit.
La matité hépatique devient de moins en moins étendue, et souvent même disparaît complètement, sans qu’une lympanite intestinale vienne expliquer cette disparition; en même temps le volume de la rate augmente.
Presque constamment les évacuations alvincs sont rares, solides, sèches, pauvres en matière biliaire, et sur la lin elles sont colorées en noir par du sang.
Cependant la peau prend une teinte de plus en plus foncée, et souvent il se fait dans son épaisseur des extravasations sanguines sous forme de pétéchies et d’ecchymoses étendues; en outre il se produit des hémorrhagies nasales, vaginales, intes-
linales, etc. , etc.
L’urine est plus ou moins brune; elle donne les réactions du pigment biliaire et il s’y dépose un sédiment dans lequel le microscope découvre, à côté d’un mucus amorphe, des cellules épithéliales jaunies, provenant des conduits urinaires, des cristaux aiguillés, isolés ou agrégés, et qui sont recouverts de matières colorantes (fig. 24). Parfois enfin l’urine contient de l’albumine.
§ III. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La marche de la maladie est ordinairement rapide, et, à partir du moment où les symptômes caractéristiques ont apparu, la durée n’excède guère celle d’un septénaire.
A l’exception de quelques cas dont la nature peut être mise en doute, la terminaison d toujours, jusqu’ici, été fatale.
' -VTItOPIUL AIGUt DU l'OlF. — LÉSIONS ANATOMIQUES. 195
§ IV. — Lésions anatomiques.
Les lésions matérielles qu’on trouve avec cette affection sont variables!' Il n’y a de ( constantes que celles du foie et de la rate.
Dans tous les cas le foie avait notablement diminué de volume, et cette diminution était d’un tiers, de la moitié et même des deux tiers. Par suite de cette dimii lion souvent le foie est en contact avec la paroi abdominale, dont il est séparé par ides circonvolutions intestinales ainsi que le montre la figure 21.
Fig. 2t. Situation des viscères dans un cas d’atrophie aiguë. — a. Première courbure du côlon. — b. Jéjunum. — c. S iliaque. — d. Iléum. (Frerichs, fig. 54.)
La coupe de l’organe, là où l’affection est le plus développée (ordinairement est dans le lobe gant he), montre une coloration jaune d’ocre ou de rhubarbe. Les Hiiisseaux sanguins sont vides; l’apparence lobuleuse a disparu.
Les injections laites par les vaisseaux n’arrivent pas jusqu’aux capillaires et ne emplissent que les rameaux les plus voisins de la veine centrale. Là où l’affection ceu son évolution complète, on 11e retrouve plus de cellules hépatiques; à leur iace apparaissent des noyaux bruns, de grosses particules de matières colorantes,
m ai . a i > ir; s des wnëxiîs Des voies digestives.
des gouttes de graisse, des corps analogues aux noyaux de cellules mêlés à des conglomérats de leucinc et de tyrosine (1).
Fig. 23. — Tyrosine. (Boule.)
§ V. — Diagnostic, pronostic.
Contrairement à cet état atrophique du foie, on trouve, la plupart du temps, la .
rate considérablement tuméfiée et gorgée de sang.
Quant aux organes nerveux centraux, ils n’ont presque jamais présente aucune lésion essentielle. Dans quelques cas la substance cérébrale semblait légèrement ramollie; peut-être cet état u'était-il qu’un résultat même de la putréfaction coinmençante (Lebert). En aucun cas celte lésion ne pouvait rendre compte des plienomènes morbides.
Pendant les prodromes le diagnostic est d’ordinaire impossible. Lorsque apparaissent les hémorrhagies, la céphalalgie, le délire, on doit se demander d’abord s. l’on n’a pas affaire au typhus. Celui-ci se distingue par son mode dévolution, par l’exanthème roséolique, le catarrhe bronchique, la diarrhée, le caractère irrégulier j du délire, etc., etc. Les fièvres bilieuses ont ordinairement un type plus ou moins intermittent ou rémittent et des accès de frisson répétés. La pyohémie est caractérisée par le frisson et plus encore par l’existence antérieure d’un foyer d mfcc- j
tion. . . . , . J
Certaines affections locales, telles que la méningite , la pneumonie , la perilo-i
nite , qui, jointes à l’ictère et à des troubles cérébraux, forment un ensemble de symptômes assez semblable à celui qui appartient à l’atroplue aigue, seront d s-1 t inc uées de cette dernière â l’aide de l’examen local. C’est, cil effet, 1 exploration dulfoie qui fournit les signes les plus importants, car il fait constater la rapide dim -
L’examen des urines sera aussi d’un utile secours ; il révélera 1 existence, ait
Georges Bergeran. Paris, 18653 1>. 307.
HÊl’ATI rii DIFFUSE. — SYMPTÔMES.
sein de ce liquide, de quantités considérables de leucine (fig. 22) (1) et de tyrosine (fig. 23), et, déplus, la disparition progressive de l’urée et des phosphates calcaires, phénomènes qui, jusqu’ici, ne se sont présentés dans aucune autre maladie.
Abandonnée au repos, l’urine laisse déposer un léger sédiment dans lequel on trouve de nombreuses aiguilles en partie isolées (fig. 2ô, a), en partie réunies en groupes (a1) avec de l’épithélium de la vessie et des canalicules urinifères, colorés en jaune.
Certains auteurs ont voulu établir entre l’atrophie aiguë et la fièvre jaune une identité que Trousseau (2) repousse avec raison.
Après avoir montré quelles différences séparent ces deux affections sous le rapport du mode d’invasion et de l'abondance des hémorrhagies gastriques ou intestinales, cet auteur résume et résout la question en quelques lignes décisives que nous transcrirons ici. « Si maintenant,
» dit-il, on considère que la jaunisse pro- » prement dite est un caractère presque » invariable de l’ictère malin, et que les » urines se colorent encore par l’addition de l’acide nitrique, tandis qu’on n’observe » jamais d’ictère vrai avec la fièvre jaune, dans laquelle les urines ne contiennent » jamais le principe colorant de la hile, on demeure convaincu que l’assimilation » entre les deux affections est forcée, et n’a pu se faire que par des médecins qui » n’avaient pas eu occasion de les comparer l’une avec l’autre. »
Fig. 21. — Suiiimenls urinaires dans l’atrophie aiguë. — a. Aiguilles isolées de lyrosine. — a\ Aiguilles réunies en groupes. — 6. Conglomérats de la même substance. — c. Épithélium rénal teint en vert. — d. Amas de matière colorante.