BLUTER ET D’EXAMINER LA FARINE
L’objet que l’on se propose en blutant la mouture, est de
(t) Il m’est très-difficile de communiquer au lecteur, mes idées sur les qualités particulières des meules, faute d’avoir, des moyens pour mesurer leurs divers degrés de porosité, de compacité, de dureté ou de tendreté.
" La connaissance de ces différentes qualités ne peut être acquise que par la pratique et l’expérience ; mais j’observerai que les pores dont le diamètre est plus grand que la longueur d’im grain de blé sont très-nuisibles ; car tout r excédant est toujours, pour les meules, une perte de surface , parce que ce sont les bords des porcs qui font le moulage j ainsi les trop grands porcs sont désavantageux. Plus leuombre des porcs est considérable dans la meule, mieux cela vaut, pourvu qu’ils laissent une quantité suffisante de surfaces qui se touchent, pour réduire la farine au degré de finesse nécessaire. .
Les fabricans de meules devraient connaître les vrai9 principes du raoulagc , et l’art, de réduire le grain en farine , afin de pouvoir juger de la qualité des meules qui convient à la qualité du grain des différentes parties «lu pays , ainsi que la meilleure manière de distribuer les divers morceaux de pieyro , dont la même meule est souvent formée, dans l’endroit convenable au travail que ses différentes parties doivent faire, depuis le centre jusqu’à la feuillure. Voy. § 104.
Les meules de moulin sont faites en général avec beaucoup de. négligence, , tandis qu’on devrait au contraire , apporter tous l'es soins possibles à leur fabrication, et les faire avec la plus graude précision. La meule courante doit être exactement en équilibre sur son centre , et toutes les parties correspondantes ou diamétralement opposées doivent être de poids égal ; sans cela , la fusée du gros fer ne se tiendra pas bien dans sa boîte. Voyez § 107. Si on doit placer la Aïeule courante iur une anilfe à suspension , il faut la 'mettre • en place lorsqu’on forme la meule., qui doit s’y balancer avec justesse.
Mais , par-dessus tout , il faut soigner le choix de la pierre meulière , et veiller à ce qu’aucun morceau d’une qualité qui ne convient pas aux autres 11 y soit introduit. Les meuniers les plus expérimentés savent qu’il vaut mieux payer fort cher une paire de meules extrêmement bonnes-, que d’en avoir "d'inférieures pour rien. * '
54*' ' GUIDE DU "MEtmrÈlV.. v
séparer, l’une de Fauti-c, les différentes qualités de farine, ainsi que d’en extraire les recoupes elle soVi. Nous allods.examiner quels sont les moyens les plus raisonnables d’arriver à ce résultat.
Observations sur. le blutage. .. .
1" Supposons que nous nous servions d’un tamis dont les mailles soient si larges, que tout le sou passe à travers avec la farine; il est évident que nous ne pourrons jamais obtenir de
ce tamis l’effet que nous avons désiré ;
a° Supposons encore que nous prenions un tamis phis fin , „ à travers lequel toute la farine puisse passer, /mais qui retienne }e son ; ce tamis ne pourra pas séparer les différentes qua^ lités de farine ; ‘ ’
3° Procurons-nous donc autant de tamis de finesse differente, que nous voulons obtenir de sortes de farine ; pour les distinguer, nous les appellerons tamis superfins ( superfine ); tamis des gruaux blancs ( 'middlings ) ; tamis des gruaux gris et bis , (carne/). ‘ • ’*■ * ' ••'v ’ . .
Les tamis superfins ont les mailles si serrées, que la farine surfine passe seule à travers, sans rhélange de gruaux blancs ; le tamis des gruaux blancs ne laisse point passer les gruaux gris et bis , et les tamis de ces derniers n’admettent point les recoupes ni le son. ^ '' v" «
11 est évident que, si l’on pouvait continuer assez long- • temps , avec chacun des tamis; ^opération du blutage , eu commençant avec le tamis superfin , on effectuerait la séparation complète des diverses parties de la farine entière ou sortant des meules. Mais si on ne poursuit pasi’opératiob assez long-temps avec chacun des tamis, là séparation sera incomplète; car une partie de la farine surfine restera gt passera avec lés gruaux blancs, une partie des gruaux blancs passera avec les gruaux gris et biè , et une partie des gruaux bis avec
- • * ART DF- LA fa EL N ERIK: W'J
les recoupes et le son. Un Ici ouvrage sérail évidemment long et fatigant s’il était fait à la main.
J)ans le but de faciliter ce travail , on a proposé bien des perfeelionnemens , parmi lesquels les tamis cy/iniirit/iics , ou Muioirs rotatifs , ont été employés des premiers. D’abord orties alimentait et on les tournait à la main , opérations qui furent ensuite faites par le moteur hydraulique. Mais l’on a commis beaucoup d’erreurs dans l’application de ces machines, soit en adoptantdcs toiles trop grosses, laissant passer de petits brins de son et des gruaux blancs avec la farine superfine , et une partie des recoupes avec les gruaux; soit en prenant des toiles trop courtes, quand elles étaient assez fines. Dans ce dernier cas, l’opération du blutage ne peut durer assez long-temps pour extraire toute la farine surfine , avant qu’elle atteigne la toile des gruaux blancs , ni les gruaux blancs avant qu’ils arrivent snr la toile des gruaux gris et bis.
• Les derniers perfectionnemens que l’on a apportés au blutage consistent à peu près dans ce qui suit :
i° En employant des toiles plus fines. Mais on a trouvé qu’elles s’engorgeaient, quand on les tendait sur de petits cylindres de 22 inches de diamètre ;
2° En agrandissant le diamètre du cylindre , et le portant à 27,5 incites; ce qui fait parcourir à la farine une plus grande chute, et la fait frapper avec plus de force contre la toile qu’elle empêche ainsi de s’engorger ;
3 ' En augmentant la longueur des toiles, afin que 1 opération pût se prolonger pendant une durée de temps suffisante p.
4° En tamisant deux fois une plus grande partie de la farine , qu’on ne le faisait auparavant.
A mesure que la farine entière est moulue , elle doit être élevée dans le grenier à farine , où elle est étendue en couche très-mince et remuée fréquemment, afin de la rafraîchir et de la sécher, pour la disposer au blutage ; après qu elle est blutée, la seconde farine , c’est-ù-dire , cette partie de la farine sur- •
320 (iyiDE DU MEUMEJt :
fine qui tombe en dernier, et qui renferme trop de petits brins de son pour pouvoir être mêéc avec la farine surfine, doit encore être éleyée et mêlée avec de la fariné entière, afin d’être blutée de nouveau. Pour élever, étendre et mêler la farine, et soigner les trémies des blutoirs, dans les moulins pour le commerce, on est obligé de faire un travail considérable et pénible , surtout si, tout cela est exécuté à la main. Mais comme ces opérations ne seraient jamais parfaitement bien effectuées de cette manière, tout cela , ainsi que la majeure partie du travail que nécessite le. service des moulins, esL actuellement fait à l’aide de machines mues par l’eau. Voyez la 3e partie de cet ouvrage.
Inspection de la farine.
Le meunier doit s’attacher à bien connaître la qualité de firme qui se vend le mieux au marché. *; .
Il présentera un bout de planche très-propre sous le blutoir, en le transportant de la têle vers la queue, afin de reconnaître pendant quelle partie du trajet il aura reçu de la farine surfine. Pour cela, après, avoir bien égalisé la farine reçue, en appuyant par-dessus avec un corps à soi face unie, pour l’aire paraître plus distinctement les taches ou piqûres de son , et la couleur ; si la farine n’çst pas assez belle, il en séparera un peu plus "vers la queue du blutoir, pour la bluter encore.'
Si la farine paraît plus foncée en couleur que l’oii ne s’y at tendait d’après la qualité du grain , eela indique que celui-ci * a été moulu trop en allégeant, et queT lé 'tamisage a été trop prolongé ; parce que pluà la férine est fine , plus la couleur en est blanche. " • ’’’ \ . .7
-' Cet examen demandant la présence d’une belle lumière, le meunier doit observer à qüel degré de ténuité il faut réduire la farine , afin de pouvoir juger avec plus de sûreté la nuit, Mais la qualité de la seconde farine, des gruaux' blancs , etc., varie beaucoup dans les différens moulins , car dans ceux où
l’on a adopte les nouveaux perfectionnemens pour le second blutage de la seconde farine , et pour le second moulage des gruaux blancs, on transforme le grain presqu’en entier en farine surfine ; tandis que dans ceux où ces améliorations n’ont; pas été introduites , la qualité de farine qui est séparée après la surfine , est de la farine ordinaire ou fine; ensuite viennent les gruaux blancs , les gruaux gris (ship-stuff) , etc. Les personnes expérimentées peuvent facilement prévoir, d’après cela, la différence ^ui doit exister dans les profits.
Si la farine est douce au toucher, lourde et huileuse , et cependant de couleur blanche , les meules ne sont pas assez ardentes,et l’on emploie trop de pression. Si la farine paraît trèsmobile, et cependant brune et trop piquée, ou remplie de petits points de son , on en conclut que les meules sont trop rudes et trop ardentes , qt que la farine a été moulue trop en allégeant , et blutée trop fortement.
§ 116. Devoirs du meunier.
Je suppose que la construction du moulin est complètement terminée ; qu’il est établi sur mes nouveaux plans ; qu’il est destiné à moudre pour le commerce; et qu’il est enfin garni de grains , barrils à farine ? clous , brosses , piques , pelles , balances, poids, etc. lorsque les meuniers entrent en fonction. Si deux d’entre eux sont capables de veiller, c’est-à-dire de diriger le moulin , on divise ordinairement leurs soins de la manière suivante.
Pendant le jour, ces hommes suivent tous deux le travail, mais un seul en a la direction principale. La nuit est divisée en deux veilles; la première finit à une heure du matin; alors le maître meunier commence la sienne et. continue jusqu’au jour , afin de diriger le travail des ouvriers qui arrivent de bonne heure. La première chose qu’il doit faire lorsque sa veille cpmmencc, est de voir si les meules moulent d’une manière convenable , et si le hlutage s’opère bien. ? ,
3fi2 . GUIDE DU MEUNIER.
11 doit examiner ensuite tous les tourillons qui sont en mouvement, pour voir s’ils ont besoin d’être graissés, etc., et quels soins il doit leur porter durant sa veille. Sans r.ctte précaution, les tourillons tournent souvent h sec et s’échauffent , ce qui cause de grandes pertes en temps et en réparations; car lorsqu’ils s’échauffent, les tourillons finissent par s’ébranler , les pierres sur lesquelles ils roulent se fendent , après quoi on ne peut plus les maintenir froids. Le meunier doit voir aussi quelle quantité de grains est destinée à l’alimentation des meules, et s il n y en a pas assez pour moudre jusqu’au malin , il doit mettre en mouvement les machines pour leur faire nettoyer ce qu’il en croit nécessaire.
(Juand toutes ces choses sont examinées , son devoir est très-facile ; il n’a plus qu’à inspecter les machines, le moulage, et le blutage, une fois par heure. 11 lui restç ainsi beaucoup de temps pour s’amuser à lire , etc., plutôt que de s’endormir; ce qui est dangereux.
Tous les planchers doivent être balayés de bonne heure , chaque matin ; on doit conserver la poussière qu’on y ramasse. Les barils doivent être cloués , pesés, marqués, et l’on doit faire les emballages , pour que ce travail soit fini dans la première partie du jour; de celle manière, s’il survient quelque chose imprévue, on aura du temps pour s’en occuper. D’ailleurs, c’est une très-mauvaise habitude que délaisser l’emballage pour la fin du jour , cela dérange tout le travail.
Lorsqu’on doit repiquer les meules, il faut tout préparer avant d’arrêter le moulin , surtout s’il n’y a qu’une paire de meules sui chaque roue d’eau, alin de perdre le moins de temps possible. Les marteaux doivent être bien tranchans , et Poft'ne doit pas en avoir moins d’une douzaine. Tout étant prêt , enlevez la meule courante ; placez un ouvrier à chaque meule , et remettez-les en place aussitôt que possible , afin de leur faire reprendre l’ouvrage; n’oubliez pas de graisser les engrenages, et le pivot du grog fer.
Pendant la dernière partie du jour, on doit nettoyer une
quantité suffisante de grain pour alimenter les meules pendant toute la nuit ; parce qu’on ne doit avoir rien à faire alors, que de soigner le moulage , le blutage , les tourillons , etc.
§ 117. Accïdens particuliers qui peuvent causer l’in- I
CENDIE DES MOULINS.
ï°Comme-il existe beaucoup de parties mobiles dans un moulin , si un morceau de bois vient à tomber et reste appuyé contre une des roues , ou sur un des arbres en mouvement , il prendra feu et causera peut-être l’incendie du moulin ;
20 Beaucoup de personnes emploient des chandeliers de bois, et les posent sur les barils, les bancs , le plancher, et les y oublient ; la chandelle brûle entièrement , enflamme le chandelier, le baril, etc., ce qu’on n’aperçoit peut-être que lorsque le moulin est embrasé ;
3° Des meuniers négligens collent quelquefois une chandelle contre un baril ou un poteau, et l’y oublient ; de sorte , . qu’elle brûle un trou dans le poteau , ou met le feu au baril ;
4 ‘ Quelquefois de grandes provisions de grains font fléchir les planchers, de manière à ce qu’ils pressent les colliers du haut des arbres verticaux contre ces arbres. Cela peut les enflammer; à moins que ces colliers n’aient la facilité de suivre les dérangemens des planchers sans appuyer sur les arbres. Les con- , structeurs de moulins devraient prévoir ces défauts et les prévenir soigneusement quand ils bâtissent ;
5° Des fers chauds qu’on place négligemment peuvent eau ser un incendie ; ' . ^ 1 .
* 6U Le pied du grOs fer de la meule courante et les tourillons s’échauffent fréquemment , et peuvent mettre le feu au palier ou aux arbres. ' ‘ ■ ‘ • . . # , 1
11 est probable que , quelques-unes de çcs négligences ont souvent causé les incendiés de moulin , dont on n’a pu découvrir les causes.
* ai.
GUIDE DU MEUTOER.
§ ii8. Observations sur la manière de tirer le