MEILLEUR PARTI POSSIBLE DES EMPLACEMENS DE MOULIN
Je vais terminer mon ouvrage par quelques observations sur la manière de tirer le meilleur parti possible des emplacemens de moulin. La construction d’un moulin étant un objet de grandes dépenses, mérite que l’on fesse de mûres réflexions avant de l’entreprendre; car une faute augmenterait facilement la dépense de dix pour cent, tout en rendant un moulin imparfait ; tandis qu’au contraire , de bonnes dispositions les diminueront d’un dixième et procureront un bon moulin.
Tout étrange que ceci doive paraître, il est pourtant vrai que ceux qui ont le moins d’expérience dans les moulins, font bâtir en général les plus parfaits. Les raisons en sont facilès à trouver. Le constructeur qui a de l’expérience tient à d’anciens systèmes , et se repose trop sur son jugement quand il établit ses plans; tandis que celui qui n’a jamais construit, convaincu de son ignorance , et n’ayant aucun préjugé, demande l’avis de tous ceux de ses amis auxquels il reconnaît de l’expérience , et peut ainsi réunir toutes les bonnes dispositions connues. ■ -s
Un négociant qui connaît peu l’art de la meunerie , la construction et le mécanisme des moulins, prend naturellement la marche suivante. •
Il montre séparément à plusieurs meuniers et constructeurs de moulins expérimentés , l’emplacement qu’il a choisi ; chacun d’eux désigne l’endroit où il placerait le bâtiment , la digue , etc.; le négociant prend note de leurs raisoùnemens.
Le premier indiquepeut-Ôtre un terrain Irai pour y élever le bâtiment, un roc que la nature semble avoir préparé pour recevoir la digue, et une place commode pour y creuser le coursier, l’emplacement du moulin, etc. - .
Le second passe dans ces différons endroits sans y faire attention ; il examine le cours d’eau jusqu’à la ligne de démar-
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cation , et désigne un autre endroit , le seul, à ce qu’il pense, que la nature ait disposé pour y construire une digue durable ; les fondations étant formées par un rocher, qui ne court aucun danger d'être attaqué par la chute de l’eau. Il choisit peutêtre un endroit escarpé pour y placer le bâtiment du moulin ; par la raison qu’il faut profiter de toute la chute , afin que tout soit bien dans la suite. On lui fait part alors de l’opinion des ' autres ; il la combat par des raisons substantielles.
On réunit ensuite le constructeur de moulins, le charpentier et le maçon, pour qu’ils examinent la localité et qu’ils choisissent la place du bâtiment, de la digue, etc. Après qu’on a entendu leurs raisonncmensetleurs opinions, on les instruit des idées des autres , que l’on discute , et les dispositions sont enfin arrêtées.
On leur demande alors un plan complet pour la maison, en leur recommandant de faire pour le mieux ; de cltangcr et de perfectionner sur le papier, jusqu’à ce que tout paraisse bien , et soit projeté de la manière la plus simple et la plus convenable. Ils emploient une semaine à dresser des états complets des diverses pièces de bois , de la quantité de planches , de pierres , de chaux , etc. , nécessaires ; ainsi que des diverses pièces en fer, et des engrenages employés dans toute la construction, et desquels on a déterminé les diamètres et lenomÊrc de dents ', etc. , etc. Chaque personne fournit alors son devis , et les dépenses peuvent être assez exactement calculées.
On doit passer avec les divers entrepreneurs un acte, d’après lequel tout sera livré à une époque indiquée. De celte manière l’ouvrage avance régulièrement sans retards; et lorsqu’il \ est fini , l’établissement a -reçu tous les pcrfectionnemens , et l’on a épargné une somme d’argent considérable.