BOISER, C'EST ASSAINIR, PEUPLER ET COLONISER
(1) Bulletin de la Société d'agriculture d'AJger, n* 44, p. 106, — 2« trimestre 1869,
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M. le Général Chanzy a si bien compris du reste l'utilité du boisement, qu'il disait à l'ouverture de la session du Conseil supérieur, le <2 janvier <875 (1). « 11 y a un grand intérêt à constituer, autour des centres que nous créons, des massifs boisés qui, en augmentant leur salubrité, sont appelés à' leur constituer de précieuses ressources. Des instructions ont été données, à cet effet, dés le meus de mars dernier. Le crédit porté au § 2 de l'art. 3 du chap. X a été réparti entre les différents territoires, et, déjà, des travaux de boisement s'exécutent sur plusieurs points. 11 faut compter, en outre, pour aider à ce résultat, sur des combinaisons à Téfude qui permettront à la spéculation privée de concourir à cette œuvre si utile. »
On voit que M. le Gouverneur général, dont on connait la sollicitude pour tout ce qui regarde les intérêts du pays, se préoccupe d'encourager l'initiative privée dans l'œuvre si importante des créations forestières destinées à alimenter les centres de colonisation et à répondre plus tard aux besoins de la mère-patrie. Aux spéculateurs maintenant d'aviser ; à ceux qui peuvent placer des capitaux à long terme, les gros intérêts à toucher au bout de quelques années.
Mais ce sont surtout les colons qui pourraient contribuer puissamment à cette œuvre si utile du reboisement en plantant sur leurs propriétés des arbres dont ils tireraient profit à tous les points de vue. On a déjà démontré que la culture des arbres devait leur procurer dans un temps donné des bénéfices supérieurs à ceux de toutes les autres cultures, f ajoute qu'ils ne peuvent trouver de meilleure caisse d'épargne.
If la lécesstté peur les tê\m de plaiter des arbres, et partieiUèreneiit l'Eucalyptus
Je reproduis ici les premiers paragraphes de ce que j'écrivais, sous ce titre, au mois de septembre dernier dans le Journal de l'Agriculture algérienne (2) :
(1) Exposé de la situation de l'Algérie, par le Gouverneur Général, à l'ouverture de la session du Conseil supérieur, le 12 janvier 1875, p. 48.
(2) Voir le Journal de V Agriculture algérienne, n M 1, 2, 3 et 4,
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Les premiers colons algériens, pressés de retirer un profit immédiat de la terre, n'ont pas eu, en général, assez de prévoyance pour l'avenir. Mieux inspirés, ils auraient planté des arbres comme complément nécessaire de leur installation agricole. — Et non seulement ils auraient aujourd'hui une grande source de revenus, mais leurs propriétés améliorées, enrichies, présenteraient un aspect plus séduisant ; les récoltes, protégées par des massifs ou des rideaux-brise-vents, seraient plus abondantes, mieux assurées, et les endroits les plus malsains seraient, comme Boufarik, devenus des plus salûbres.
Quand, attristé par l'aspect de propriétés complètement dénudées, où pas un arbre ne se voyait, même près des habitations, j'ai eu l'occasion d'engager quelques colons à planter des arbres, ils me répondaient que le pays n'était pas assez sûr pour que l'on songeât à y faire une installation durable ; que les arbres mettaient trop longtemps à pousser, quïl est difficile de les préserver de la dent et du piétinement des bestiaux, etc., etc. — Quelques-uns, d'ailleurs, espérant faire une fortune rapide et retourner, après, dans leur pays, se souciaient peu de commencer une plantation dont ils ne profiteraient pas.
Aujourd'hui que la sécurité est complète, la première de ces observations ne saurait plus arrêter personne. Quant à la seconde, qui paraît, au premier abord, plus spécieuse, nous répondrons que les avantages que présentent le boisement sont assez sérieux pour qu'on ait la patience d'attendre. — Et, d'ailleurs, n'y a-t-il pas l'eucalyptus dont la croissance est d'une rapidité merveilleuse.
En ce qui regarde le préjudice que les bestiaux pourraient causer aux jeunes plantations, l'utilité des arbres, dans ce pays, est trop reconnue aujourd'hui pour qu'on ne prenne pas la peine de les préserver : ceux qui sont isolés, au moyen de piquets et de ronces ; les massifs, en les entourant de barrières ou parcs, de fossés, d'obstacles quelconques. A Phifippeville, dit M. Ramel (notes de <876) un grand mérite revient à l'Ingénieur qui dirige les plantations très intelligemment faites. Le trou étant préparé on plante un tout petit sujet et quatre pieux réunis par quatre traverses forment un cadre que complète de la broussaille ; c'est une garantie parfaite contre le bétail.
A tous les points de vue, il y a intérêt pour les colons algériens à planter des arbres ; les principaux avantages qu'ils en retireront sont les suivante ;
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Amélioration des conditions climatériques du pays et, paç conséquent, assainissement des lieux habités ;
Amélioration de la propriété ;
Préservation des récoltes contre les vents, et abris pour le bétail ;
Bois de construction et de chauffage ;
Enfin l'eau ! — Car je n'ai pas besoin de rappeler que les racines des arbres emmagasinent l'eau et engendrent les sources. — ,Or, !'eau et le bois sont les principales richesses d'un pays.
Est-ce tout? Non, car le boisement offre bien d'autres avantages, comme on le verra par l'énumération des ressources qu'offre à elle seule une essence : l'eucalyptus, que j'ai appelé l'arbre de la colonisation. Et puis, le boisement, atténuerait considérablement les effets des vents brûlants du désert, du siroco, et préserverait des sauterelles : « La vio- « lence des \ents brûlants de l'été, dit M. Mueller, est tem- « pérée partout où il existe de nombreuses futaies ; les ruis- « seaux, les terrains humides et frais, les seuls obstacles qui « arrêtent les légions de sauterelles dans les pays déserts, « mais les oiseaux qui détruiraient ces insectes ne peuvent h se trouver en abondance que là où il y a des forêts et des « taillis dans le voisinage. // n'existe pas d'autres moyens de « remédier à la sécheresse que d'étendre d'une manière im- « portante la cultwe de* arbres. »
De son côté, M. Ch Pauly, médecin en chef de l'hôpital militaire d'Ôran, qui habite l'Algérie depuis trente ans, dit dans son remarquable ouvrage de climatologie comparée ; « Les forêts par l'oxygénation de l'air, (oxygène à l'état nais- « sant ou oxigène actif,) par le dégagement de vapeur d'eau « et par la reproduction d'électricité positive, sont appelées « à modifier profondément, dans l'avenir, les conditions de « l'atmosphère algérienne et à changer du tout au tout les « qualités des vents continentaux du sud que nous avons « vus àf la fois secs et électrisés négativement, ou, ce qui « revient au même, électrisés trop peu ou par défaut. »
Et à la page suivante : « Le travail agricole améliorera « sensiblement cette atmosphère à laquelle fait quelque peu « défaut un oxygène actif. La main de l'homme, sagement « dirigée, en couvrant le pays de végétation à feuilles tente dres, comme celles des céréales, de la vigne, du coton, des « légumes, etc., en reboisant avec énergie toutes les hauteurs, « déposera, dans le sol, le germe des plus grands change- « ments. Les forêts, en arrêtant les vents négatifs du plateau
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« saharien, en versant sans relâche des vapeurs aqueuses « dans cette atmosphère desséchée, feront au Tell algérien « le plus utile rempart et s'ajouteront aux cultures herbacées « comme source d'Ozone. »
Un exemple peut résumer, du reste, l'influence des plantations d'arbres en Algérie au point de vueclimatériqueje le trouve dans la relation du voyage de M. le Gouverneur général dans la province de Constantme, (Mobacher n° 1086, année <875): « Les plantations de gommiers bleus et d'arbres de toutes essences, entreprises sur une grande échelle, ont modifié ce climat, jadis brûJant, au point de rendre la chaleur supportable et d'améliorer très sensiblement l'état sanitaire ; aussi la population européenne s'accroît-elle dans des propotions très appréciables depuis qu'elle a pu s'établir dans la nouvelle ville. »
Résultats déjà obtenus en Algérie par remploi du bois d'Euealyplus.
Voici ce que j'écrivais également dans le Journal de VAgrigriculture algérienne :
Hangar. — Parmi les résultats, déjà obtenus, par l'emploi du bois d'Eucalyptus, celui qui mérite le plus, à mon avis, d'attirer l'attention des Colons, est la construction d'un hangar, édifié, l'année dernière, par M. Trottier, avec des Eucalyptus de huit ans. Abattus le H août 1875, ces arbres ont été employés le 20 novembre suivant. — Aucun mouvement de flexion ne s'est encore produit dans la charpente de ce hangar.
Soixante-trois arbres ont été coupés et employés à cette construction, qui aurait exigé neuf mètres de poutrelle, à quatre-vingts francs le mètre, soit une dépense de sept cent vingt francs. Ce qui met l'arbre à onze francs quarante-deux centimes .
M. Trottier a construit ce hangar pour servir à emmagasiner ses bois d'Eucalyptus; le dépôt, que chacun peut visiter, est déjà bien approvisionné.
D'autres remarquables résultats figuraient à l'Exposition d'Alger, où ils n'ont peut-être pas été suffisamment remarqués par les visiteurs.
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Traverses de chemins m fer et poteaux télégraphiques. — M. Charles Rivière, directeur do Jardin-d'Essai duHamma, avait exposé des traverses de chemin de fer et des poteaux télégraphiques, tirés d'arbres n'ayant pas plus de cinq à six ans et qui réunissaient, comme taille, dureté et résistance, toutes les qualités recherchées des constructeurs. M. Trottier avait, de son côté, exposé un poteau télégraphique qui, injecté en 4873 et fiché en terre depuis cette époque, était aussi intact que le jour où il a été mis en expérience.
Poteaux télégraphiques. — L'Administration des télégraphes a su apprécier la valeur de ces poteaux, et, pour encourager les agriculteurs à planter des Eucalyptus, elle a publié, à la date du 28 juillet dernier, un avis que j'ai cru utile de reprodnire ici.
Cet avis a été porté à la connaissance du public, par les soins de la Société d'Agriculture, dans les termes suivants :
« Des essais ont été faits pour, utiliser, comme poteaux télégraphiques, les Eucalyptus, dont la culture a pris, en Algérie, un heureux développement. Les résultats ayant été favorables, la Société d'agriculture croit devoir fixer les Colons sur les conditions principales exigées par l'Administration compétente pour les fournitures de l'espèce :
)> Les bois doivent être sains et droits.
» Le diamètre, du cœur au petit bout des poteaux, ne doit pas excéder les deux tiers du diamètre total de l'arbre.
» Les arbres doivent avoir au moins les dimensions suivantes :
» Pour les poteaux de dix mètres de longueur» 22 centimètres de diamètre, à un mètre de la base, et 10 centimètres à l'extrémité supérieure ;
» Pour ceux de huit mètres, 1 8 centimètres de diamètre, à un mètre de la base, et 10 centimètres à l'extrémité supérieure ;
» Pour ceux de six mètres 50 centimètres, 14 centimètres de diamètre à un mètre de la base, et 9 centimètres à l'extrémité supérieure.
» Tous ces diamètres sont mesurés après l'enlèvement de lecorce ; ils peuvent, sans inconvénient, être dépassés.
» Tous ces poteaux sont injectés au sulfate de cuivre par les procédés dits de pression.
» Du reste, le service télégraphique communique, avec empressement, tous les renseignements qu'il possède sur cette question. »
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Je dois ajouter aujourd'hui que tf est à ta suite d'une intéressante communication faite à la Société d'Agriculture, par M. Manaud, inspecteur des lignes télégraphiques, que l'avis ci-dessus a été publié.— Voici en quels termes était conçue la note de M. Manaud :
« Le Service Télégraphique de l'Algérie a pu se procurer, pendant un certain nombre d'années, les bois nécessaires, tant à l'établissement qu'à l'entretien de son réseau, en exploitant les forêts de pin d'alep ou de cèdres que l'Etat possédait, soit dans le voisinage de ses lignes, soit sur le littoral maritime. Il emprunte encore aujourd'hui les poteaux de plusieurs lignes de l'intérieur, aux forêts du Tell et des hautsplateau^ que leur situation topographique et les routes, ouvertes permettent d'exploiter à des conditions en rapport avec la plu£- value dont les transports grèvent les bois amenés du littoral.
» Quant aux cantonnements du littoral, ils sont épuisés ou bien ils ont été concédés à des compagnies qui n'ont, jusqu'à présent, formulé aucune oflre acceptable.
» Dans ces conditions, le Service Télégraphique de la Colonie a du recourir, depuis quelques années, aux ressources de la métropole. Il n'a pas laissé, toutefois, de se préoccuper des avantages que peuvent lui offrir, pour cette importante fourniture, les essences australiennes dont la culture a pris en Algérie un si heureux développement.
» Les résultats favorables d'un premier essai fait avec deux eucalyptus mis à sa disposition, avec la plus parfaite obligeance, par M. Trottier, paraissent justifier une nouvelle et plus large expérience.
» En vue de la demande et des offres qui pourraient être, dès aujourd'hui, formulées pour cet objet, je m'empresse de faire connaître les conditions principales exigées par l'Administration des lignes télégraphiques pour la fourniture de ses poteaux en bois de pin et de sapin : (on a vu plus haut ces conditions).
> Les fournitures réalisées en France pour le Service télégraphique de l'Algérie se sont élevées à 9,100 poteaux pour 1875, à 4,000 pour 1876 et à 4,000 pour 1877.
» La moyenne annuelle des besoins de la Colonie peut être évaluée de 5 à 6,000 arbres.
» Les prix de mise en adjudication de ces quantités, livrables sur le quai maritime d'Alger ont été de :
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9 fr. 50 e par poteaux de 6 ra 50 e à 7 m 50* ; 14 fr. — • de 7 m 50« à 9 m ;
20 fr. — de10 m à M»;
» Us ont subi un rabais de 40 à 45 p. o- »
L'AdministratioQ des lignes télégraphiques de l'Algérie est d'autant mieux disposée à acheter aux colons les bois qu'ils pourront produire, qu'en France il devient de plus en plus difficile à la Direction centrale de s'approvisionner. Presque tous les réseaux de la métropole sont achevés et, néanmoins, il faut, chaque année, cent mille arbres pour l'entretien ou le remplacement des poteaux usés. En Algérie 3 à 4,000 poteaux sont employés pour jalonner les nouvelles lignes et 5 à 6,000 pour remplacer ceux hors de service. — La durée moyenne des poteaux est de dix ans.
Les colons ont donc, comme on le voit, un intérêt de plus à planter des massifs car, dans cinq ou six ans, les arbres qu'ils abattront pour éclaircir les rideaux, leur seront payés d'autant plus cher que le prix des poteaux, déjà bien augmenté en France, sera peut-être doublé dans quelques années. — Toutefois, à moins que l'obligation d'éclaircir ne soit impérieuse, pour donner de la vigueur à l'ensemble de la plantation, nousconseilleronsd'attendreau moins la buitièmeannée, car, alors, on aura le double avantage d'avoir le poteau et de* tirer, du bas de l'arbre, des planches de 3 à 4 mètres ou une traverse de chemin de fer.
A la date ou j'écrivais ces lignes dans le journal de l'Agriculture algérienne (novembre 1876), l'Administration Télégraphique de la Colonie était en pourparlers pour acheter à la Société Générale Algérienne 700 poteaux provenant de l'éclaircie de sa plantation de 100,000 eucalyptus, au lac Fetzara.
Bois de chakronnage.— Le charronnage, qui emploie déjà depuis quelque temps des eucalyptus, surtout comme flèches de charriots, s'en déclare satisfait. — l'Atelier du domaine des sources, que nous avons visité, s'en sert journellement, et M. Trottier nous a montré une voiture qui roule tous les jours et dont les rayons des roues, confectionnés il y a six ans, sont en parfait état.
Ebénisterïe. - - L'Exposition a encore servi à démontrer que le bois d'Eucalyptus peut être employé pour l'ébénisterie. On voyait figurer, en effet, le tronc d'un sujet que l'ex-
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posant, M. Paul Blanc, avait pris le soin de faire vernir à la partie supérieure. L'éclat donné au bois par cette préparation a montré avec quelle faveur il serait accueilli dans industrie du meuble. Ce tronc, provenant d'un Eucalyptus planté en janvier \ 867, en terre rouge du Sahel, mesurait 50 centimètres de circonférence.
Chaises en bois d'eucalyptus. — On a pu remarquer, à l'Exposition, des chaises en bois d'Eucalyptus, exposées par MM. Viez et Boyoud, d'Alger. Ces fabricants ont confirmé l'opinion que ce bois se prête admirablement aux exigences particulières de solidité et de travail que réclament des meubles si essentiellement fragiles par destination. Ajoutons que ces chaises étaient garnies avec des végétaux algériens : alfa, diss et crin végétal tiré du palmier-nain.
Tonneau en bois d'Eucalyptus. — Enfin, le rapport de la Société d'agriculture a mentionné le fait suivant : « Un tonneau en bois d'Eucalyptus globulus qui n'était pas destiné à l'Exposition, est aussi digne du plus grand intérêt, car il démontre que ce bois, perdant avec la dessication toute son odeur, pourra, les arbres étant parvenus a un développement suffisant, fournir au viticulteur les matériaux des fûts qui lui sont nécessaires et affranchir l'industrie du fou drier, du lourd tribut qu'il paie encore à l'étranger pour l'importation du bois de chêne de Russie. »
Produits divers de l'Eucalyptus
Cigares, cigarettes, papier a cigarettes. — M. Ramel qui avait généreusement livré à la publicité la formule de VEucalyptol a pris un brevet pour les cigares, les cigarettes et le papier de feuilles d'Eucalyptus. Ces produits sont très appréciés et tendent à se vulgariser. Nous souhaitons bien vivement qu'ils rapportent à l'inventeur de bons profits. (Voyez à la partie Hygiène, le passage « correctif de l'action du tabac.) »
Pharmacie. — La pharmacie achète actuellement les feuilles d'Eucalyptus à raison de 75 francs le quintal.
Parfumerie. — M. Leroux, . parfumeur et distillateur, à Boufarik, confectionne depuis quelque temps, divers produits dont l'odeur eucalyptique est des plus suaves. Ses es-
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senc* ont figuré avec honneur à l'Exposition d'Alger (1876). M. Leroux est également breveté.
Constructions domicilaires. — Le bois de l'eucalyptus doit à la gomme-résine encellulée dans sa masse ligneuse la propriété d'être inattaquable par les insectes, par l'eau, par l'humidité. On a constaté que les navires, les quais, construits avec ce bois, étaient respectés par les mollusques du genre Teredo qui détruisent, au contraire, toutes les autres pièces marines constamment immergées dans l'eau salée. Si les insectes fuient réellement ce gommier-bleu, qu'on le fasse entrer dans nos édifices domiciliaires, dans nos mobiliers, afin de nous conserver le repos de la nuit pendant Tété, où les insectes incommodes rivalisent avec l'acuité des chaleurs.
Toitures. — L'inaltérabilité par l'humidité est surtout remarquable dans l'écorce du genre E. Obliqua. Cette enveloppe fort épaisse s'enlève par plaques que les Australiens aplatissent, rassemblent et utilisent comme toiture légère et parfaite contre l'ardeur du soleil et l'abondance des pluies. C'est une application hygiénique que l'on devrait tenter dans les écuries, les greniers, les étables de notre colonie.
M. le D r Miergues (de Boufarik) ayant conservé de ces écorces dans l'eau pendant un an/« les a ™es passer à 1 état d'étoupes enchevêtrées, et très tenues, propres à faire du carton pour toitures légères, résistant à toutes les intempéries » (1)
Ameublement. — Les fibres des écorces d'/?. Globulus sont très fines, tréu solides, susceptibles d'être employées dans la confection des nattes, des paillassons.
Literie. — Les feuilles, fraîches ou sèches, constitueront . un coucher des plus sains, mélangées en proportions diverses aux feuilles et aux spathes de mais ; elles auront, en outre, l'avantage de chasser les insectes.
Éclairage. — Une variété d'Eucalyptus, VHawiostoma, très riche en résine, sert, à la Nouvelle-Hollande, en guise de torches ; ses jeunes rameaux brûlent avec une flamme brillante. L'espèce Oleosa, dont les feuilles sont chargées d'une
(1) La Science pour tous, n° de 15 janvier 1870.
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quantité considérable d'huile essentielle, a longtemps éclairé une ville d'Australie en lui fournissant du gaz. D'après te D r Miergues, un dixième d'essence d'Eucalyptus ajoutée à l'huile de colza ou d'olive augmente considérablement le pouvoir éclalreur de ces huiles ; un huitième de cette essence ajouté à l'alcool, produit un nouvel éclairage, brillant et sans fumée.
Chauffage. — Employé au chauffage, le bois d'Eucalyptus donne une flamme brillante, dégage beaucoup de chaleur, fournit une braise ardente qui se maintient longtemps en ignition et des cendres riches en potasse ( le double de l'orme et de l'érable). En Australie, là où la houille est rare, les chemins de fer s'en servent, comme combustible. N'estce pas un peu la situation, et peut-être aussi l'espoir de l'Algérie, au point de vue de sa pauvreté en huiles, lignites et charbons de terre?
Action Wsectifuge des plantations d'Eucalyptus. — « Les plantations d'Eucalyptus ont une action remarquable sur les insectes qui s'éloignent promptement à l'approche des émanations de cet arbre. L'expérience a été faite en grand au lac Fetzara et sur divers autres points de l'Algérie.
» M. Moliner-Violle, directeur d'une des écoles communales d'Alger, a constaté que les feuilles d'Eucalyptus placées dans les livres et le linge, en écartent complètement les Acarus connus sous le nom de cirons, mites, etc. Les collections d'histoire naturelle ne sauraient-elles tirer un bénéfice semblable de l'emploi de l'essence eucalyptique ?
» Le dernier bulletin de la Société d'Agriculture du Rhône, rapporte que « le capitaine Mignàrd, incommodé dans son sommeil par les moustiques, s'avisa de prendreiin Eucalyptus en pot et de le placer, la uuit, dans sa chambre à coucher. Depuis ce moment, les insectes ont disparu, el il dort tranquille. Un autre a imité son exemple, avec un pareil résultat. » — « Je cite textuellement ces faits, dit M. le D r Bertheraud, parceque l'on pourrait attribuer la disparition des moustiques sur les bords du lac FeUara à la diminution graduelle de l'humidité par la présence et l'activité des Eucalyptus. Cette dernière cause ne saurait être invoquée puisque dans une chambre, dans un lieu confiné et dpnt l'air est relativement sec, les insectes en question n'osent point braver l'odeur du gommier bleu. Circonstance heu reuse dans nos contrées africaines où les diptères du genre
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cousin poursuivent! les habitants de leur insupportable bourdonnement, de leurs piqûres douloureuses, et, au point de vue de l'hygiène domiciliaire, cette influence de l'Eucalyptus supprimerait l'emploi des moustiquaires, dont le moindre des inconvénients est de gêner la circulation de l'air pendant le sommeil.
Propriétés diverges 4e l'Eucalyptus et emplois
utiles
Indiqués pif M. le D' Miergqes de Boufarfk
M. le D r Miergues de Boufarik, qui s'est livré à des études • chimiques sur l'Eucalyptus, lui attribue les propriétés suivantes :
Il est utile :
1° Aux propriétaires, comme plante forestière ornementale, et surtout anti-marèmique, très propre à dessécher rapidement les marais infects, de concours avec les Jussiena grandiflora et repens„ lorsque l'eau est permanente.
2 b Au* ouvrières en broderie, pour empêcher lasueur des mains en les lavant avec la décoction des feuilles.
3* Aux bouchers, pour éloigner les mouches de la viande, ce que j'ai vu faire, sans toutefois en garantir l'efficacité.
4° Aux lampistes, qui, au moyen d'un peu d'essence d'Eucalyptus, rendront les mauvaises huiles éclatantes, et les empêcheront de fumer ; ils feront un nouvel éclairage au moyen de cette essence et d'alcool.
5° Aux fabricants de vernis, car cette essence dissout complètement le caoutchouc et les résines.
6° Aux teinturiers pour obtenir du noir avec les sels de fer.
7° Aux tanneurs pour remplacer le sumac.
8° Aux éleveurs de bétail, pour en extraire un goudron efficace contre la gale du bétail (Voir la Science pour tous, 15 e année; h° 7, page 53 )
9 e A la ménagère qui placera des feuilles dans ses pots à fleurs, pour empêcher l'eau de se corrompre.
10° L'écorce martelée à l'eau, peut donner des cartons imputrescibles propres aux toitures légères et rendues imperméables par le goudron.
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Le reste de la note de M. le D r Miergues a trait aux propriétés médicales de l'Eucalyptus, on le trouvera dans la 4 e partie, au chapitre Alédeeine e% Thérapeutique.
I/e»»enee d'Eucalyptus
L'essence d'Eucalyptus est destinée à prendre place parmi les produits agricoles de l'Algérie. On commence à l'employer avec succêsen médecine comme fébrifuge et pour le frictionnement dans les cas de douleurs aux membres ; on pense qu'en boisson elle ranimerait la chaleur chez les cholériques. A Vienne, cette essence est très appréciée sous le nom iï Eucalyptol. Enfin la parfumerie s'en est emparée et on hésitera d'autant moins à s'en servir que ce produit végétal peut être considéré comme un succédané de la quinine.
D'après une analyse complète de feuilles d'Eucalyptus par M. S. Cloëz, du Muséum de Paris « étude chimique de l'Eucalyptol », lue à la séance de l'Académie des sciences, dans la séance du 28 mars 1870. Voici la proportion d'essence que l'on peut extraire de cette plante :
« 40 kilogrammes de feuilles fraîches, enlevées à des tiges atteintes par le froid, à Paris, à la fin de l'année .1867, ont fourni, par la distillation avec de l'eau, 275 grammes d'essence ; soit 2.75 p. 100.
» Dans une autre expérience, 8 kilogrammes de feuilles sèches, récoltées depuis un mois à Hyères, ont produit 489 grammes d'essence, ou un peu plus de 6 pour 100.
» Ce résultat, assez remarquable, prouve que l'essence emprisonnée dans les cellules des feuilles ne se volatilise que très lentement.
» En prenant des feuilles tout-à-fait sèches, rapportées de Melbourne et conservées depuis cinq années, on a obtenu un peu plus de 1 .5 pour 100 d'essence.
» L'huile essentielle recueillie dans ces diverses circonstances est toujours la même : c'est un liquide très fluide, à peine coloré, doué d'une odeur aromatique analogue à celle du camphre. Ce liquide, chauffé dans un appareil distillatoire, commence à bouillir vers 170 degrés ; le thermomètre monte rapidement à 175 degrés, où il reste stationnaire jusqu'à ce que la moitié environ du produit ait passé à la distillation ; une autre portion de l'essence passe entre 188 et 190 degrés, c'est un mélange de plusieurs produits ; enfin, en continuant à chauffer, on obtient une petite quantité de liquide volatil à une température supérieure à 200 degrés.
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- tifo -
On trouvera au chapitre Thérapeutique des détails pins complets sur l'essence d'Eucalyptus ; j'ai ténu seulement à la mentionner ici comme produit agricole.
Aetien inaeetietde 4e reitenee <TEu«»lyptii»
globulu»
J'ai annoncé à l'article « Préservation des récoltes, » que M. le capitaine Henry avait découvert un excellent procédé pour détruire le phylloxéra (1) avec l'essence d'Eucalyptus; ce produit végétal, comme on va le voir, aurait l'avantage sur les toxiques minéraux de ne pas attaquer les racines de la vigne. Voici la note que M. Henry a bien voulu me remettre.
a On sait que l'essence provenant de la distillation dés feuilles d'Eucalyptus contient parmi ses éléments une forte proportion de camphre et de térébenthine auxquels elle doit en grande partie ses remarquables propriétés antiseptiques. Employée dans certaines conditions cette essence chasse presque tous les insectes et en détruit beaucoup. Nous avons pu constater qu'un vernis fabriqué avec de l'essence d'Eucalyptus margihata appliqué sur les parois intérieures d'une caisse à fourrures en assurait la conservation pendant longtemps.
» Nous avons fait au mois de septembre dernier, les expériences suivantes qui mettent nettement en évidence Faction insecticide de l'essence d'Eucalyptus.
1° Ayant enfermé dans un bocal en verre de la contenance d'un litre et demi, une vingtaine de mouches, quelques chenilles et quelques fourmis, nous y introduisîmes un petit morceau de papier brouillard imprégné d'un centigramme d'essence d'Eucalyptus globulus. Au bout de «0 à 25 minutes tous les insectes étaient immobiles et complètement engourdis; en laissant l'action se continuer pendant 2 heures les insectes étaient morts.
y L'expérience renouvelée de diverses façons a donné les mêmes résultats : engourdissement, suivi de mort.
(i) Le phylloxéra est inconnu en Algérie et, grâce aux mesures qui interdisent rentrée des plants du dehors, il est probable que notre Colonie, dans laquelle la culture de la vigne prend chaque année une plus grand extension, ne sera pas visitée par le terrible fléau.
i° Dans urt grand pot à fleurs rempli de terre hwmide nous avons placé un certain nombre de racines couvertes de phylloxéras vivants; puis nous avons enfoncé dans la terre un tube en fer perforé latéralement de petits trous à sa partie inférieure et nous avons versé dans ce tube environ 20 grammes d'un mélange composé de 45 grammes d'huile de lin et de 5 grammes d'essence d'Eucalyptus. Au bout de 3 heures la moitié du liquide était absorbée par la terre qui était du reste imprégnée d'une forte odeur d'essence ; les insectes étaient devenus immobiles sur les racines mais conservaient la couleur jaune citron ce qui indiquait qu'ils n'étaient qu'engourdis. Le lendemain, en retirant les autres racines du vase nous pûmes constater que les insectes étaient morts et avaient passé à la couleur brune. Pendant 40 jours la terre du pot à fleurs conserva l'odeur pénétrante de l'essence qui, par évaporation lente, avait fini par imprégner toute la masse.
* » Mélangée en petite quantité avec de l'huile de goudron de houille (dont le prix est peu élevé) et avec du sulfure de carbure dont elle tempère l'action et ralentit l'évaporation, l'essence d'Eucalyptus paraît devoir être employée avec succès dans les injections souterraines faites au pied des vignes pour la destruction du phylloxéra. Cette essence étant d'origine végétale présente en effet sur les toxiques minéraux l'avantage de ne pas attaquer les racines des arbustes et de ne s'évaporer que très lentement dans le sous-sol. 11 serait intéressant de renouveler ces expériences. »
Apieulture
D«9 Eucalyptus envisagés au point de vue de la production du miel et de la cire.
Les indigènes qui se livrent plus particulièrement que les colons à Tindustrie du mie! et de la cire, trouveront cet avantage en plantant des Eucalyptus que ces arbres fournissent des fleurs à l'époque où les autres végétaux se reposent.
L'Eucalyptus est fort abondamment pourvu de fleurs blanches à milliers d'étamines ; aussi les abeilles, attirées par cette copieuse production de nourriture, élisent domicile en légions innombrables sur les gommiers bleus, ainsi que M. Ramel le constatait, en décembre 4875, dans la propriété de M. Gordier, près de la Maison-Carrée. Et, chose curieuse, la floraison de ces myrtacées a lieu précisément à l'époque
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de Tannée où les autres végétaux se imposent, c'est-à-dire pendant notre saison hivernale.
Cette récolte mellifôre trouve ses greniers d'abondance sur diverses variétés d'Eucalyptus ; le globulus, le giganteà, Fodorata, le rostrata, l'amygdalina, le sideroxylon, etc. ; elle importe certainement aux ressources alimentaires de l'Algérie, qui compte déjà près de 172,000 ruches. Evidemment la propagation des gommiers bleus accroîtrait rapidement cette richesse, notamment chez les indigènes qui se livrent plus particulièrement à l'industrie de la cire et du miel.
A Kouba, M. Bœnsch a introduit l'abeille ligurienne qui se distingue par une fécondité remarquable ; les produits de cette variété d'hyménoptères seraient, dit-on, bien supérieurs en qualité à ceux des abeilles algériennes.
En Australie, où l'abeille était inconnue, le commerce du miel et de la cire a pris une certaine importance depuis l'introduction de l'abeille commune d'Europe dans la colonie anglaise. J'extrais ce qui est dit à ce sujet, du Bullelin de la Société d'acclimatation (décembre 1864).
« L'Abeille commune d'Europe était inconnue en Australlie; son introduction, ou tout au moins son développement dans la colonie de Victoria, jadis Australie* féliœ. est dû à M. Ed. Wilson. Propagés très rapidement à l'état domestique, des essaims se sont émancipés et, bientôt rassurées par une série de saisons favorables, les aetives ouvrières qui s'étaient d'abord réfugiées dans les montagnes rapprochées de la ville, se sont mises plus à l'aise et ont établi leurs demeures à l'aisselle même des branches. Ce sont, en quelque sorte, des ateliers en plein vent qu'elles se sont construits.
» A l'heure qu'il est, il n'est pas rare de rencontrer dans les bois qu'elles ont adoptés, des groupes de chasseurs de miel, et M. Wilson me disait l'an dernier, avant son départ : a Plus d'un mineur déçu vient par ce moyen rafraîchir sa » bourse et retremper son courage pour aller reprendre son » travail aussi excitant qu'aléatoire qu'on appelle du digger, » celui du mineur ou chercheur d'or. Je fus réellement sur- )> pris un jour de voir la quantité de miel que trois hommes » avaient pu recueillir dans un temps relativement très coiyt, » et vous savez que je connais les mœurs des abeilles. »
» A quoi ce développement si grand et si rapide est-il dû? Evidemment à l'abondance de la nourriture trouvée dans les fleurs des Eucalyptus, qui forment les 90 centièmes des arbres Australiens. » — Ramel.
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Le bois de l'Eucalyptus-
Bien que sa croissance soit excessivement rapide, l'Eucalyptus est un des bois les plus durs et les plus résistants qui existent ; il n'a pas de nœuds ; il ne se fend pas et se scie facilement.
En Australie, on débite journellement des planches qui ont jusqu'à 40 mètres de long. Ce bois n'est attaqué ni par les insectes terrestres ni par les aquatiques ; et il est imputrescible à l'eau de mer comme à l'eau douce. Lorsqu'il est vert et jeune, il est très élastique, et la force d'un homme ne suffit pas pour rompre une branche d'un mètre de long et de 7 à 8 cent, de diamètre ; la branche pliera mais ne se brisera pas.
M. Leingre écrivait dernièrement : u A l'inverse de cette loi générale de la nature qui ne fait pas marcher de pair la grande rapidité de croissance et l'affermissement des tissus, Y Eucalyptus, comme si tout devait être aussi précieux qu'étrange en lui, jouit de cette faculté exceptionnelle de réunir aune rapidité de pousse extrême une densité de texture remarquable. C'est, en effet, un bois d'une grande ténacité, et des essais comparatifs de résistance ont établi avec la dernière évidence que ['Eucalyptus était deux fois et demie aussi résistant que le chêne de Hongrie. Ce bois, enfin, presqu'incorruptible, est au premier rang des essences à choisir pour la construction des digues et des ponts, les tra- . vaux sous-marins, les traverses de chemins de fer, et surtout pour les navires, auxquels il semble tout particulièrement approprié. Les constructeurs australiens le préfèrent aujourd'hui à tout autre. On en vante les quilles à toute épreuve. Aujourd'hui, l'expérience permet d'affirmer que les espèces E. margtnata et E. roslrala {Red-gum) sont supérieures, à ce point de vue, au Globulus. »
De son côté, M. Trottier dit: « L'Eucalyptus bouleverse toutes nos idées sur les rapports qui existent entre la végétation des arbres et leur dureté. 11 était admis, et cela paraissait être un principe invariable, qu'on devait juger de leur densité en raison de la lenteur ou de la rapidité de leur crçissance ; parlant du buis, on pouvait descendre successivement au saule, dont le bois a si peu de valeur. Cet arbre joint à une rapidité de végétation, qui nous était inconnue jusqu'ici, cette propriété unique, d'être un bois dur par excellence. Certaines espèces ont la dureté du bois de fer.
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Tous les renseignements l'indiquent comme l'un des meilleurs qui existent pour la construction des navires ; il est trés-estimé de la marine anglaise. Aussi, l'Australie trouvet-elle dans la vente de ce bois une source de richesses qu'elle exploite, et les exportations qu'on en fait annuellement dépassent 20 millions de francs.»
Dans son opuscule sur l'Eucalyptus globulus (4), M. Ed. André, jardinier principal de la ville de Paris, dit, page 42:
« Chose remarquable ! Malgré sa rapide croissance, le bois de l'Eucalyptus globulus est plus dur, plus lié, plus résistant qu'aucun autre, et sa gravité spécifique dépasse celle du Teck et même du Taun, ces bois de l'Inde considérés comme le nec plus ultra de la densité des fibres ligneuses. Aussi, ses usages, comme bois de menuiserie et de charpente sont-ils innombrables. La plupart des baleiniers de Hobart-Town et des steamers qui font le service régulier entre la Tasmanie et l'Angleterre sont en bois d'Eucalyptus. On en fait dans l'Inde d'excellentes traverses de chemins de fer. Sous l'eau, il ne se corrompt pas ; tons les travaux des ports des côtes d'Australie, où il est employé à profusion, en font foi.
L'Eucalyptus peut être considéré avec raison comme une des sources de richesses les plus considérables de l'Australie. L'exportation de son bois, il y a quelques années,s'est élevée, à Van Diemen, à plus de 800,000 livr. sterl. (soit 44 millions de*notre monnaie). Les proportions de l'Eucalyptus globulus sont si gigantesques, qu'un de ces arbres, à Hobart-Town. qui avait 97 mètres de haut, et dont les premières branches se montraient à 63 mètres, a été vendu, étant débité 6,440 fr. L'exposition de Londres en a vu deux tronçons énormes, et des planches, de plus de 23 mètres de long sur 3™ 50 de large et m 08 d'épaisseur. Une autre planche, longue de 51 métrés, n'a pu être expédiée faute d'un navire assez long pour s'en charger.
J'extrais Jgs lignes suivantes de la Revue Maritime et Coloniale, n° du mois de septembre 4869 :
» On sait 4a solidité des baleiniers construits à Hob&rt- Town ; ife la doivent à l'excellence des bois de la Tasmanie, et particulièrement à l'Eucalyptus globulus.
» Les travaux maritimes, digues, jetées, quais, etc.,
(1) Extrait de la Revue horticole du V février 1863.
qui ont été exécutés dans le Jarra-Jarra et dans Hobson's-bay, le port maritime de Melbourne, sont faits avec les bois d'Eucalyptus de la Tasmanie et du promontoire Wilson.
» Tout récemment, dans l'Inde elle-même, cette patrie du Teck, on a tiré de la Tasmanie d'immenses quantités d'Eucalyptus globulus, tant pour la construction des navires que pour les ouvrages divers de chemins de fer.»
En ce qui concerne l'emploi du bois d'Eucalyptus en Algérie, M. Cordier donne le conseil suivant :
» Les bois ne devraient être employés que lors de leur dessication complète ; autrement ils se tourmentent et sont d'un mauvais usage ; mais nous sommes pressés de jouir. Lorsque nous voulons faire usage des bois d'Eucalyptus récemment coupés, nous les faisons jeter dans un bassin où ils • restent submergés pendant deux mois, puis ensuite sécher à l'abri du soleil et nous nous en trouvons bien ; leur tendance à se tordre est moins grande. »
Préparation et cubage du bois d'Euealyptuft
On lira avec intérêt les notes suivantes dues à M. le capitaine Henry. Ces notes contiennent des observations trèsintéressantes sur le cubage et la préparation du bois d'Eucalyptus.
Du bois d'Eucalyptus. — « Le bois fourni par les Eucalyptus globulus de 8 à 10 ans venus en Algérie est très-beau, très-dur et très-propre à la fabrication des instruments agri^ çoles, des charrettes, des seaux, baquets et tonneaux.
Préparation du bois d'Eucalyptus. — « Contrairement à un préjugé encore assez répandu, le bois d'Eucaluptus bien écorcé et plongé dans l'eau pendant deux ou trois mois ne conserve aucune odeur d'essence, et n'est pas résineux. Le seul inconvénient qu'il présente c'est de se fendre lorsqu'il reste exposé au soleil. Nous pensons qu'on éviterait cet inconvénient en ayant soin de dessécher les bois une fois coupés et écorcés, dans les étuves à circulation de fumée du système Fréret àFécamp. Ces étuves présentent en effet l'avantage d'enlevçr complètement la vapeur d'eau qui^e trouve dans les bois, à l'aide d'un courant de fumée déterminé par une cheminée d'appel ; de plus l'action même de la fumée chaude sur les bois placés dans l'étuve impreigne ceux-ci 4'un produit combiné d'acide pyroligneux et de créosote qui
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détruit tous les éléments putrescibles et assure la parfaite conservation des bois.
» U est à désirer que les personnes qui étudient remploi de l'Eucalyptus comme bois d'oeuvre mettent en pratique ce mode de dessication.
» Mis en œuvre pour la confection des parquets de caserne, le bois d'Eucalyptus de fi à 14 ans, paraît devoir donner de bons résultats et remplacer le chêne du nord tout en entraînant une dépense deux fois moindre. »
Cubage approximatif des bois. — « Les Eucalyptus globulus, le Red-gum, et, en général, les variétés qui fournissent des bois de construction, plantés en massif dans un sol favorable, se développent avec une régularité remarquable. La tige, parfaitement droite, lisse, sans branches parasites, affecte, depuis la base jusqu'à deux ou trois mètres du sommet, une forme tronc-conique très-réguliére et dont l'inclinaison est extrêmement faible. On conçoit que, dans ces conditions, on puisse calculer le cube, et, par suite, la valeur vénale d'un Eucalyptus, en l'assimilant à un tronc de cône dont les deux bases extrêmes différent peu l'une de l'autre. En partant de ces considérations, nous sommes arrivés à la formule suivante, très facile à calculer.
V, désignant le cube de l'arbre, C, la circonférence mesurée avec une roulette à un mètre au-dessus du sol, L, la longueur du tronc mesurée à partir du sol, on a :
V = 0,08XL. (o-JL)'
La règle pratique de ce cubage peut s'énoncer ainsi : « On retranche, de la circonférence mesurée en centimètres, a le centième de la longueur, on fait le carré du résultat, « puis on multiplie ce carré, exprimé en mètres carrés par « les huit centièmes de la longueur. »
On a vu dans le chapitre précédent que les divers objets confectionnés avec le bois des premiers Eucalyptus qu'on a coupés en Algérie, ne laissaient rien à désirer (charpente du hangar et voiture jardinière de M. Trottier, traverses de chemin de fer et poteaux télégraphiques tirés d'arbres n'ayant pas plus de 5 à 6 ans, flèches de charriots, rayons de roues, baquets, tonneaux, chaises, etc.), et quand je dis « ne laissaient rien à désirer » je veux parler des bois qui ont été coupés en temps opportun, séchés et traités convenablement.
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Le résultat obtenu est d'autant plus remarquable que les arbres qui ont été employés étaient tout jeunes. L'Eucalyptus, croissant en hauteur jusqu'à quatre-vingts ans, ceux coupés à 5 ans n'avaient dpnc atteint que le seizième de leur développement.
D'après cela, on est en droit d'espérer que lorsque nos Eucalyptus auront atteint l'âge des australiens ou plutôt lorsqu'ils seront mûrs, leurs bois auront la même dureté que ceux de la Nouvelle-Galles du Sud et lés égaleront sous tous les rapports.
La conclusion de tout ceci c'est, qu'en présence des résultats obtenus avec des bois d'arbres aussi jeunes, et, en raison de la croissance prodigieusement rapide de l'Eucalyptus, il y a un intérêt immense à propager le plus rapidement possible et par millions cette essence. La nouvelle Myrtacée est, en effet, appelée à rapporter à l'Algérie, dans un temps très-court, des profits considérables (des centaines de millions, calcule M. Trottier). — C'est, on le voit, la spéculation culturale la plus engageante à tenter.
M. Trottier a donc eu raison quand, en 4868, il prenait pour épigraphe de sa brochure (4) :
« Le bois de l'Eucalyptus sera le plus grand produit de l'Algérie. »
Je pourrais m'arrèter sur cette prédiction, mais comme on traite volontiers d'utopistes ceux qui soutiennent des idées de ce genre, je préfère prouver par des chiffres qtfc si je partage l'opinion de M. Trottier, c'est à bon escient.
M. Ramel écrivait, il y a quelques mois : « La Compagnie algérienne possède, sur les bords du lac Fetzara, entre le chemin de fer et le lac, une plantation de 90 hectares qui a 5 ans, et est d'une très- belle venue. J'ai vu abattre, pour essais de poteaux télégraphiques, cinq de ces arbres qui mesuraient 8 mètres avec 18 ou 20 centimètres de diamètre ; j'ai pu suivre l'opération de l'injection, procédé duD r Boucherie, à 45° d'inclinaison, elle a paru très satisfaisantes M. Huet. La Compagnie des mines a aussi acheté une centaine de ces arbres pour son usage. »
Or, on a vu que le Service télégraphique payait les poteaux de 7 à 9 mètres à raison de 44 îr., et qu'on pouvait planter
(1) Notes sur l'Eucalyptus et subsidiairement sur la nécessité du reboisement de l'Algérie.
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1,000 arbres à l'hectare. En supposant qu'au bout de o ans tous ces arbres soient coupés, ils rapporteraient une somme de U,000 fr., ce qui ramènerait le produit d'un hectare d'Eucalyptus à 2,800 fr. par année. On s'illusionnerait, évidemment, en espérant un pareil revenu ; il faut, en effet, tenir compte des arbres non-réussis, des mal venus et des éclaircies pratiquées dans l'intérêt de la plantation. Mais, en faisant une large part à toutes les réductions possibles, le résultat sera encore bien supérieur à celui des autres cultures.
Il convient de remarquer que les éclaircies n'auront pas constitué une perte sèche, car elles auront donné des chevrons propres à différents usages; l'abatis procure, en outre, du menu bois de chauffage et le feuillage pourra servir à fabriquer de l'essence.
Je n'ai pas besoin de dire que, tous les Eucalyptus ne sauraient se trouver dans les conditions voulues pour être coupés au même âge ; mais, à mesure qu'ils vieilliront, ils acquerront une valeur dont le rendement augmentera le revenu annuel de l'hectare. En effet, le plus souvent, par exemple, on pourra retirer d'un arbre de 8 ans, un poteau télégraphique et deux traverses de chemin de fer. — Et l'arbre continuant à grossir arrivera, sinon à être vendu un jour plus de 6,000 fr. comme on l'a vu plus haut pour un globulus australien, du moins à valoir quelques centaines de francs.
Dans une brochure sur l'Eucalyptus, M. Pasquier de Chàteau-Gontier, met en parallèle le rapport du mètre cube de bois d'Eucalyptus avec celui du chêne de Bourgogne. Au lieu de répéter les deux comparaisons, je les réunis dans un même tableau :
Circonférence
de 0.50 e à 0.70 e 0.70 e à 1.00 e 1.00 e à 1.35 e 1.35 e à 1.80 e 1.80 e et au* dessus
Prix du «être mbe de Chêne.
40 francs
Chêne
à 40 ans.
à 55 ~ à 60 — à 65 — jusqu'à 100 ans.
Eucalyptus (1)
à 5 ans.
Un Eucalyptus, à 5 ans, rapporte donc autant qu'un chêne à 40 ans, et, à 15 ans, autant qu'un chêne presque séculaire.
M. Pasquier fait précéder son parallèle des réflexions suivantes : « Quelle est l'essence qui produira un boisement
(1) Les prix marchands de l'Eucalyptus ne sont pas encore bûen établis,
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rapide et précieux, si ce n'est l'Eucalyptus, ^ui donnera en ♦5 ou 20 ans, ce qu'on n'obtient qu'en 400 et 150 ans dans nos forêts ordinaires, — La valeur des futaies en France est de 4 milliards. VKtat coupe ces futaies, en moyenne, tous les cent ans. L'Eucalyptus, pendant la même période, peut être coupé 5 fois, c'ést-à-dire tous les 20 ans La valeur du produit sera donc quintuplée. »
L'auteur termine en disant : « qu'il nous soit permis, en finissant cet article, de comparer encore l'Eucalyptus comme revenu avec les céréales : Un hectare semé de blé peut être estime rendre brut 300 fr., soit, pour 26 ans, 7,800 francs. L'arbre de prédilection, dans ce même laps de temps, peut rendre sept fois plus, c'est-à-dire 53,254 francs. »
Ce dernier chiffre ramène le produit moyen annuel d'un hectare d'Eucalyptus à 2,048 fr. Or, on a vu, ci-dessus, que l'évaluation hypothétique que je fais d'un hectare coupé à 5 ans pour poteaux télégraphiques, donne pour moyenne annuelle un chiffre de 2,800 francs. Voilà deux exemples très différents qui arrivent presque au même résultat.
Llntérêt qui s'attache à la production du bois est d'autant plus grand que les besoins de l'Algérie augmentent avec le développement de la colonisation ; elle doit avoir hâte de s'affranchir des trois millions qu'elle paie annuellement à l'étranger pour le bois d'oeuvre, « on pourra les retenir à courte échéance, dit M. Trottier, si on prend les mesures nécessaires pour les produire ». On y arrivera certainement; n'est-on pas près de s'affranchir du tribut qu'on payait pour le vin ! Bien plus, avant un quart de siècle, si l'on veut s'en donner la peine, l'Algérie pourra fournir abondamment à la France ces deux produits.
Il convient aussi de faire ressortir que le prix du bois s'élève partout avec une rapidité sans cesse croissante. A Alger il a plus que doublé depuis 1850 : on payait alors 0,75 le mètre courant de madrier, aujourd'hui on le paie 1 ,60. En France, le chêne qui valait, eu 1814, 32 fr. le mètre cube, se vendait 60 fr. en 1860, à présent il a atteint 105 fr. En Allemagne, le prix du bois a quadruplé depuis 1830. Aux Etats- Unis il a plus que doublé de 1861 à 4867. La situation est la même dans d'autres pays.
De plus il ne faut pas trop compter sur les pays qui ont approvisionné jusqu'ici, à moins de vouloir arriver à payer des prix fabuleux. Un économiste a fait observer, en effet, qu'avant un quart de siècle, les Etats-Unis auraient besoin de tous leurs bois, car la population, dit-il, aura encore doublé.
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L'Algérie peut contrebalancer dans le même laps ete temps* cette éventualité en plantant quelques millions d'Eucalyptus. L'avantage de la culture de «et arbre. étant surabondamment prouvé, les colons et les indigènes qui sauront comprendre leurs Intérêts et qui pourront immobiliser un petit capital pendant les premières années, ne pourront mieux faire que de planter un ou plusieurs milliers d'Eucalyptus soit en massifs à l'hectare plein, soit en rideaux, soit en lignes ou isolés.
Fait singulier, c'est l'extrême nord où la végétation est si lente et les étés si courts qui fournit du bois au midi. C'est le contraire qui devrait avoir tieu. La Gaule au temps d'Auguste possédait 40 millions d'hectares de forêts du Rhin aux Pyrénées. L'Algérie était couverte d'arbres, à la même époque.
11 faut rétablir l'équilibre ; il faut que les algériens se mettent à l'œuvre, ils auront le double avantage de s'assurer un rapport excellent, — (ce qui est à considérer à une époque où le placement des capitaux présente tant de risques) — et de rendre le séjour de l'Algérie des ptas agréables.
Les plantations d'Eucalyptus envisagées au point de vue de la création et de l'alimentation des Sources.
Les plantations d'Eucalyptus procureront encore aux colons un avantage agricole précieux, celui de la création de sources, par l'aménagement souterrain de l'eau, au moyen des racines ; en effet, les arbres facilitent l'infiltration des eaux dans le sol ; leurs racines agissent comme tarières et mettent en communication les couches superficielles du terrain, souvent inperméables, avec les couches perméables placées au-dessous ; chaque année, quelques racines pourrissent et forment autant de conduits par lesquels les eaux pénètrent dans le sol et vont former ou alimenter les sources.
Le regretté M. Niéaise écrivait en tête d'une note sur la distribution géologique des essences forestières dans la province d'Alger, note adressée au Comice agricole, en 4868 : « Les arbres exercent une influence favorable sur la temperature ; Us rompent V effort des vents ; ils régularisent la distribution de Veau, h Vèiat de liquide on de vapeur, en mettant des obstacles à Mvaporation, en facilitant les infiltrations qui
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alimentent les sources, et en s' opposant à ces brusques écoulements qui donnent naissance aux torrents ou qui sont les causes des inondations.» — On ne pouvait mieux définir, en quelques mots, Futilité des arbres.
Dans sa brochure de <868, M. Trottier cite deux exemples que je vais rapporter : « L'action des arbres, dit-il, est incontestable pour la création des sources : qu'on nous permette de citer deux faits à ce sujet M. Cordier, notre honorable collègue et ami, qui, le premier, a appliqué d'une manière prudente et éclairée les idées de reboisement, nous disait : • Dans ma famille, il y avait un bois d'un trentaine d'hectares, au bas duquel se trouvait une fontaine ; il a été détruit, il en reste à peine en ce moment deux hectares, la source n'existe plus. »
« L'un de mes voisins, auquel je parlais des heureux effets du reboisement, se rappelait que, dans sa jeunesse, il existait prés de la maison de son père une source qui alimentait six ménages et dont l'excédant servait à arroser une prairie assez grande; la fontaine est aujourd'hui entièrement tarie, et il faut aller chercher l'eau dont les ménages ont besoin à un quart d'heure de l'ancienne source. « Je me rappelle, me disait-il, qu'il existait autrefois des bois sur les pentes supérieures et qu'ils ont été détruits. » Ces faits expliquent suffisamment comment les rivières elles-mêmes diminuent le volume de leurs eaux quand des faits de ce genre se généralisent; ils indiquent aussi ce qu'il convient de faire pour que sur des propriétés dépourvues d'eau on voie renaître les sources.
« Il y a nécessité, dans un climat comme celui de l'Algérie, à boiser largement, et on doit d'autant plus facilement se laisser entraîner, que, par V Eucalyptus et même par d'autres essences à végétation rapide, l'opération en elle-même, financièrement parlant, sera excellente et donnera des résultats à court délai. » Nous l'a\ons, je crois, suffisamment démontré.
Ailleurs, M. Marsch raconte avoir observé qu'après la coupe d'un bois à 1 ombre duquel coulait un ruisseau, ce ruisseau se dessécha complètement, et ce ne fut qu'après dix ans, lorsque le bois eut repoussé, qu'il recommença à couler.
Les exemples abonderaient pour prouver que les plantations d'arbres engendrent ou alimentent les sources. Ceux que je viens de citer suffiront, je l'espère, pour édifier les colons algériens.
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