‹ Guide du planteur d'EucalyptusChapitre 36 sur 42 · HYGIÈNE ET THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

HYGIÈNE ET THÉRAPEUTIQUE

(/Eucalyptus au point de vie de l'hygiène

La Société de Climatologie, des Sciences physiques et naturelles d'Alger, voulant se rendre compte de l'influence que les Eucalyptus, plantés dans la colonie depuis quelques années, avait pu exercer au point de vue hygiénique, a, sur la proposition de M. le D r Bertherand, fait une enquête qui a démontré le pouvoir assainissant vraiment merveilleux de l'arbre australien. Je ne puis mieux faire, pour convaincre les incrédules et engager les municipalités et les colons retardataires, à planter des Eucalyptus, que de citer quelquesunes des réponses fournies à l'enquête.

J'ai cru aussi utile de reproduire ici les différents passages de la brochure de M. le D r Bertherand qui ont trait aux influences diverses de l'Eucalyptus, à son action assainissante, son utilisation dans l'hygiène privée et dans l'hygiène oculaire, enfin à son action sur l'hygiène morale.

Khodja-Berry. — « J'ai planté des eucalyptus dans cette propriété de 1867 à 1875 ; j ai environ 3 hectares dans le Sahel aux environs de mon habitation et autant dans les terres profondes et demi-marécageuses du pied du Sahel. Avant de bâtir ma maison d'habitation j'ai fait drainer les abords de la source qui alimente la ferme ; en même temps j'ai commencé à planter. Il y avait constamment des fièvres sur ce point avant ces travaux ; depuis leur exécution l'état sanitaire est parfait* Au pied du Sahel les

(i) Au cours de l'impression, j'ai pensé qu'il serait utile pour compléter ce travail de donner plus de développements aux propriétés hygiéniques et thérapeutiques de l'Euca* catyptus ; j'en fais donc l'objet d'une partie spéciale.

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ouvriers qui cultivaient les champs de pastèques, maïs, etc. semés dans ces riches terres, étaient très-maltraités par les fièvres : à partir du mois de juillet les indigènes pouvaient seuls résister à l'influence délétère des marais voisins. En 1870, j'ai fait défricher 5 hectares de forêt, écouler des sources par des fossés, puis planter des eucalyptus. Dès l'année suivante, des familles espagnoles ont pu cultiver du tabac et rester à demeure l'année entière sans que le personnel eût à abandonner la place.

Depuis lors, j'ai constamment augmenté les plantations : l'état sanitaire s'est toujours amélioré malgré le voisinage immédiat d'autres points marécageux. On peut aujourd'hui penser à bâtir et à établir, au sein de bonnes conditions de salubrité, des cultivateurs dans cette localité inhabitable il y a à peine 7 ans. Quoique mes plantations d'eucalyptus aient toujours coïncidé avec des travaux d'assainissement, . j'ai cependant la certitude que la présence des gommiers-bleus a une action propre. Ce qui me donne cette certitude, c'est qu'aux environs de ma propriété, je vois bien des localités dans lesquelles des travaux d'assainissement et de défrichements, faits dans les mêmes conditions que chez moi, mais sans plantations ou avec des plantations de saules, n'ont pas amené de résultats rapides et satisfaisants comme ceux que j'ai pu indiquer ci-dessus. Cependant, plusieurs de ces poinls n'étaient pas aussi malsains, dans le principe, que ceux que j'ai assainis dans le bas de Khôdja-Berry. » — M. le D r Mares, 27 mars 1876.

Tuggurth. — « Quant à la troisième question, relative à l'influence hygiénique des Eucalyptus dans notre localité, je né puis encore y répondre, vu le peu de développement de ces arbres; toutefois, je dois vous signaler la diminution trés-notable du nombre des fièvres, contrairement à l'année dernière. » — M. Ben Salah, médecin de colonisation, 10 avril 1876.

Établissement forestier de Saint- Ferdinand, près Zeralda. — « Cet établissement, placé au centre du périmètre, est affecté à la résidence du Garde chargé de surveiller l'exécution âes travaux. Jusqu'en 1866, époque à laquelle remontent les premières plantations d'Eucalyptus, la maison forestière n'était, pour cause d'insalubrité, occupée que d'une manière intermittente, par le préposé qui était autorisé à résider à Zeralda pondant la saison d'été.

* Les plantations d'Eucalyptus, exécutées autour de l'établissement et le long du ravin qui lui fait face, ont assaini l'habitation au point de l'avoir transformée en une véritable maison de plaisanté. Cette influence assainissante, si nettement manifestée, de l'Eucalytus, due à sa grande force d'absorption par les feailles, est une des propriétés les plus précieuses de cette remarquable essence* comme une des plus sûrement acquises à la science. » — M. Bbaumont, sous-inspecteur des forêts, 19 mars 1876,

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Aïn-Temouchent. — « Eo résumé, l'expérience est laite pour !t région d'Aïn*Temouchent. Cette essence peut y être répandue partout où le sol a une humidité suffisante. Quant à l'action de ces arbres sur l'état sanitaire de la région, il m'est impossible de rien préciser à ce sujet : La quantité d'arbres plantés est peu de chose en comparaison de l'étendue du territoire. »

Rio-Salado. — a Quelques sujets ont été plantés au village de Rio-Salado, sur le bord de la route ; ils sont assez bien développés, mais ils souffrent des vents de mer et ne sont pas soignés. L$ sol de ce village est sablonneux-calcaire. » — D r Gaucher, 5 mai

Bordj Bouïra. — « Les premières maisons de' cette commune datent â peine de trois ans. L'année dernière, il y a eu quelques essais d'Eucalyptus par des particuliers : le Génie, de son côté, en a fait planter deux rangées sur une longueur de 500 mètres environ, le long de la rivière qui coule en bas du village du N.-O. au S.-E. Toutes ces plantations prospéraient à merveille lorsqu'est arrivé le mois de décembre : nous avons eu 4 degrés au-dessous de zéro et tous les Eucalyptus ont été gelés. L'administration des Ponts-et-Cliaussées possède à un kilomètre de Bouïra, une maison d'habitation autour de laquelle plie a fait planter, en 1870, un massif d'Bucalyptus qui ont parfaitement réussi. Espérons que les colons et le Génie ne se laisseront pas décourager par un premier insuccès. — D r Martial, médecin décolonisation, 12 février 1876.

Lac Fetzara. — « L'influence paludéenne des parties du fond du lac Fetzara, qui avaient été mises à nu par l'écoulement des eaux, était telle qu'en juillet 1870, M. A. Rivière, ayant voulu examiner de près les plantations déjà faites, et pour cela s'étant tenu fréquemment baissé, a été forcé de quitter ,;dès 8 heures du matin, étant aux prises avec une fièvre violente et sentant les préludes d'une congestion cérébrale, cette redoutable localité dans laquelle il ne se tr^rait cependant que depuis près de trois heures. Il est resté, après cela, sérieusement malade pendant 20 jours. Au moment présent, les moustiques, qui rendaient auparavant ce lieu à peu près inhabitable, ont complètement disparu, et l'influence pa-. ludéenne a presque cessé de se faire sentir, — Communication de M. A. Rivière, directeur du Jardin du Luxembourg et du Jardihd'Essai, à Alger, à la Société centrale d'horticulture de France, le 12 novembre 1874.

a En été, l'habitation de la contrée du lac Fetzara et des mines de Mokta El-Hadid devenait impossible ; les accès pernicieux les plus violents frappaient de mort ceux qui essayaient d'y rester, et les ouvriers des mines devaient partir tous les soirs pour revenir le lendemain matin. De 1868 à 1870, la Compagnie générale algé-

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rlenne a planté plus de 100,000 Eucalyptus sur ce point, et maintenant les gardiens du lac, les ouvriers fnineurs, peuvent rester à demeure dans ces localités, autrefois si insalubres. Nous tenons ces derniers renseignements de M. Rivière, directeur du Jardiii d'Essai du Hammà qui a récemment inspecté ces plantations. » ~- (D r Marks, bulletion de* la Société d'agriculture d'Alger, n° 62, p. 254).

« A Aïn Mokra, sur les bords du lac Fetzara, les rares habitants étaient, chaque année, décimés par les fièvres paludéennes, et les riches mines de fer de Mokta, situées dans le voisinage de ce lac pestilentiel, restaient inexploitées pendant la saison chaude. Quelques milliers de pieds d'Eucalyptus, plantés sur les bords du lac, ont suffi pour assainir complètement la contrée et permettre l'exploitation continue des mines.» — D r Cosson, Membre de l'Institut, séance de la Société de Géographie de Paris, juin 1875).

« La Compagnie de la mine de fer de Mokta El-Hadid a tout son établissement entouré de grands et beaux Eucalyptus luxuriants, ayant déjà 8 à 10 ans pour les plus âgés, et mesurant une vingtaine de mètres sur 1 mètre 30 à 1 mètre 40 de circonférence. Et ces plantations continuent de tous côtés. Nulle part l'Eucalyptus globulus n'est aussi apprécié, et nulle part aussi ses services ne seront aussi patents que dans cette localité voisine du lac* Fetzara. En fait, sans l'Eucalyptus globulus, les ouvriers feraient défaut, une partie de Tannée, au travail des mines. Le chemin de fer qui porte les minerais au port de Bône, est de 33 kilora : il est planté sur une étendue de 22 kilom., en double, triple et quadruple rangée, de chaque côté : c'est splendide à voir ! Cette puissante et intelligente administration atout récemment fait construire des habitations pour les ouvriers : chacune a son coin de terre pour le jardinage ; toutes sont entourées de la bordure protectrice des E. globulus.

• Dans le voisinage de Bône, il y a un grand entMin pour la plantation de l'Eucalyptus globulus, et on a raison, parce que la pays est aussi favorable à l'arbre que celui-ci est nécessaire à l'hygiène publique. » (Note de M. Rambl)>

« Au point de vue de l'assainissement, le fait le plus remarquable est celui qui a eu lieu au moulin de Ste-Corinne (Maison-Carrée), où M. Saulière, sur mon conseil, fit une plantation d'Eucalyptus d'environ trois hectares, pour assainir cet établissemant, dont les fièvres ravageaient le personnel : les fièvres pernicieuses sévissaient, chaque année, dans cette propriété; un marais existant à la partie S. de ce moulin, rendait l'usine inhabitable à certaines époques de l'année.

* M. Saulière, désespéré d'être obligé de renouveler son person-

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nel tous les deux mois, m'avait prié de visiter très-régulièrement son établissement, et mettait, sans parcimonie, à ma disposition les médicaments nécessaires. Je lui proposai alors de planter en Eucalyptus tous le marais qui avoisinait l'usine. Il ne recula point devant la dépense : deux ans après, ces arbres étaient devenus gigantesques, l'état sanitaire s'était complètement amélioré. Dés lors, mes soins ne devinrent plus aussi nécessaires et mon service fut même suspendu. De temps en temps je suis appelé dans cet établissement, mais rarement. L'influence paludéenne, chez les habitants du moulin, s'y décèle parfois encore, mais à de bien moindres degrés

» Cette plantation de M.Saulière, non seulement a produit d'heureux effets comme salubrité sur la population de Ste-Corinne, mais encore elle a assini le village de la Maison-Carrée. Les effluves du marais étaient portées sur l'emplacement où se sont élevées les maisons de ce dernier village, par une gorge qui faisait conduite aérienne lorsque les vents S.-E. soufflent. Cette disposition locale rendait le séjour de la Maison-Carrée - je ne crains pas de dire le mot - mortel ! Depuis 1847, époque des premières installations, chaque naissance était suivie d'un décès, un senl enfant, le (ils Boyer, boulanger actuellement, a pu s'élever, il y a 19 ans ! Les registres de l'Etat-Civil prouvent quelle fut la mortalité des enfants pendant une longue série d'années.

% lia Maison-Carrée forme topographiquement une espèce d'entonnoir où les eaux de l'Oued-Smar et de l'Harrach viennent aboutir et former des marais circon voisins. La plantation de M. Saulière a asséché tout le maaais situé au S. de la Maison-Carrée et a donc rendu à cette dernière localité un immense service. La reconnaissance des habitants ne s'est point manifestée envers M. Saulière à qui ce village très important doit cependant une grande partie de son assainissement.

» A la ferme Maçhyldin, au Gué-de-Constantine, M. Sauiiôre a encore fait faire, en 1870, des plantations considérables d'Eucalyptus ; dan*ces localités auparavant réputées et redoutées pour leur insalubrité marécageuse, les ouvriers ne présentent plus de fièvres aussi nombreuses ni aussi graves.

» Les ptantations de MM. tyan-Maseyk et Gimbert, de Mgr Lavigerie, concourent également a l'assainissement de cette région > mais pour qu'il soit complet il faudrait envelopper le village de la Maison-Carrée d'un rempart de trois cercles d'Eucalyptus,

» Depuis 1856,chargédu service médical du Pénitencier de l'Harrach, j'ai pu en suivre, année par année, les différences sanitaires, établir des comparaisons, en tirer des conclusions. Le vieux Bordj, transformé depuis l'époque précitée, en Maison centrale, est «itué sur un point culminant qui domine toute la plaine de la Mitidja, çxpoçé par conséquent à tous les vents, à toutes les Jetâtes de

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terre et de mer. Aussi tes émanations palustres de la Mrtidjk, les efflUvefe de l'Harrach, frappaient, selon les courants atmosphériques, cette construction caduque, humide, malsaine, insalubre. Les premières années de l'installation furent malheureuses; les lèvres paludéennes décimaient lès détenus, pendant Tété, et les «maladies de poitrine achevaient l'œuvre de destruction pendant l'hiver. On tenta bientôt quelques plantations autour de rétablissement, mais les vents et la sécheresse faisaient périr toutes les essences d'arbres. Par les soins de M. Ramel, l'Eucalyptus parut dans nos parages ; M. Trottier qui, par spéculation, avait fait des quantités considérables de plants de cette myrtacée, se vit encombré de jeunes sujets et ne pouvant les vendre, les jetait au fumier. J'appris le fait et sollicitai la permission! de les ramasser ; le directeur du Pénitencier voulut bien me prêter son concours, les envoya chercher par des détenus, les fit planter par ces derniers tout d'abord sur le versant S.-O. de la Maison centrale. Un an après, ces arbres étaient déjà fort grands, et bientôt ils atteignirent de leur cîme les fenêtres de mon infirmerie, et l'influence de l'odeur balsamique de cette végétation modifia d'une manière évidente l'état sanitaire de l'établissement. Pendant dix ans, la population de ce Pénitencier avait été ravagée, le personnel administratif n'était pa« plus épargné que les détenus, décimés euxmêmes, comme les habitants du village tout voisin, par de fréquents accès pernicieux. Enfin, peu de temps après, s'exécutaient les magnifiques plantations que l'on remarque aujourd'hui à la Maison-Carrée, dues au Génie militaire, aux entreprises de M. Trottier, aux embellissements de la propriété de M. Van-Maseyk ; aussi l'état sanitaire, par le fait de ces nombreux massifs d'Eucalyptus, s'est considérablement amélioré, les décès ont diminué de plus de .moitié.

» L'emplacement, sur lequel Mgr a bâti le Monastère de la Maison-Carrée, est situé à mi-côte sur un versant, en vue.de la mer. Bien plus bas que la Maison Centrale, cet établissement avait, dès le début, pour cause d'insalubrité, l'embouchure^ l'Harrach où s'amoncèlent toutes les vases par l'écoulement de ses eaux bourbeuses, en hiver comme en été. La construction monacale est garantie de toute influence du côté de la plaine par une colline assez élevée, mais reste d'un autre côté complètement exposée à l'embouchure de l'Harrach et à la mer. Avant l'installation du monastère, on trouvait, dans ces parages, de pauvres maisonnettes, où les habitants étaient fort maltraités par l'intoxication paludéenne à cause des émanations vomies par les bords fangeux de l'embouchure de l'Harrach. Mgr a eu l'heureuse idée de faire un massif de plantations d'Eucalyptus entre le Monastère et le point de jonction de la rivière avec la mer. Ce rempart d'arbres balsamiques a bientôt assaini les abord» de ce vaste établissement,

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les ecclésiastiques, les missionnaires, les indigènes orphelins y ont bien encore quelques accès de fièvre intermittente, mais sans gravité aucune. Ces beaux résultats ont été déjà publiés par l'abbé Charmetant, en octobre 1874, dans les termes que voici : «.., Cette propriété, qui est aujourd'hui notre Maison-Mère était, il y a six ans, un immense territoire couvert de broussailles, de palmiers nains, et que le voisinage des eaux croupissantes de i'Harrach rendaient des plus malsaines. En J869 et 4870, à mesure que les broussailles s'arrachaient, nous y avons planté une quantité considérable d'Eucalyptus en massifs et en ailées le long de nos champs ou de nos vastes jardins, ce qui donne à cette propriété nouvelle, l'aspect d'un vieux domaine aux arbres et aux forêts séculaires. Mais le résultat le plus merveilleux, c'est que la fièvre intermittente qui venait si souvent arrêter nos orphelins dans leurs travaux agricoles, a disparu peu à peu, en sorte qu'aujourd'hui cette propriété est une des plus saines des environs d'Alger, après avoir été la plus fiévreuse, etc.

» Je multiplierais ces exemples, mais ce serait surabondant ; il y a la ferme Brossette y la ferme Gimbert, bien d'autres points encore où l'Eucalyptus a fait merveille au point de vue fébrifuge. » — D r Patn, ex-médecin de colonisation de l re classe, mars 1876.

« Le territoire de la Maison-Carrée était autrefois une des contrées les plus malsaines, ce qui est dû à sa situation topographique, formant la cuvette de la plaine et recevant les affluents de nombreux cours d'eau qui, à sec l'été, débordent dans la saison des pluies ; aussi de vastes et nombreux marais en sont la conséquence. Des canaux ont été faits pour leur dessèchement, mais leur insuffisance d'ouverture fait que dans les années pluvieuses comme la dernière, des submersions ont encore lieu sur des surfaces considérables : lorsqu'elles arrivent au printemps, les végétaux croissent sur ces terrains, meurent et se putréfient. C'est bien là, certainement, le coup de cette recrudescence de fièvres qui ont sévi l'été dernier dans notre contrée, car j'ai pu constater une amélioration de l'état sanitaire da.ns diverses propriétés où j'ai fait des plantations d'Eucalyptus. Dans ma propriété d'Aïn- Taya qui limite l'embouchure de l'Oued-Reghaïa, et sur laquelle il existe 4,000 Eucalyptus seulement, il n'y a eu qu'un seul cas de fièvre l'été dernier, tandis que dans les années précédentes tout le personel en était éprouvé tour à tour . Sur riaa propriété des Hadadjs (Reghaïa), qui est divisée en trois fermes et où se trouvent 10.000 eucalyptus, le personnel d'une seule de ces fermes a été atteint par la fièvre, bien que ce soit sur cette dernière qu'il existe le plus grand nombre de ces arbres, mais il est bon d'observer que c'est celle qui se trouve la plus rapprochée du barrage établi sur rQued-Reghaïa.. — Lorsque les plantations pont faites dans les

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anciens marais qui, malgré les fossés d'écoulement, conservent Fhumidité dans la saison estivale, les résultats d'assainissement sont palpables ; l'assèchement du sol est complet après quelques années de plantations ; mais il faut pour que les arbres puissent végéter, que le sol ait une couche de terre végétale suffisante. Malheureusement il en est qui, comme les anciens marais de notre éontrée, ont un sous-sol argileux, réfractaire aux arbres et qu'on ne peut assainir complètement qu'en les préservant des inondations. »— M. A. Cordieb, propriétaire, 14 février 4876.

Boufarik. — « A six kilom. E. de Boufarik, M. Fagard avait beaucoup de fièvres dans sa propriété ; elles avaient souvent, vers la fin de l'été, un caractère très-grave. Il a commencé depuis 8 ans, des plantations d'eucalyptus dont il possède actuellement quelques milliers en ailées et en massifs isolés. Ce propriétaire affirme que, depuis cette introduction, l'odeur marécageuse qui régnait dans ses champs a complètement disparu et que l'état sanitaire s'est énormément amélioré. » — Note communiquée par M. le D r Mares, mars 1876.

Oued el-Alleug. — M. de Franclieu y a planté le premier bois de quelque importance en Algérie.

Dans la môme localité, M. Yager Schmidt a obtenu, également à une époque déjà reculée, de très-beaux sujets d'eucalyptus.

ç Depuis 1866, chaque année les semis et les plantations ont pris plus d'importance. L'extension progressive de ces plantations est justifiée par une réussite constante, au moins en ce qui touche l'Eucalyptus globulus, par la rapidité de leur croissance, par leur utilité dans l'avenir, qui ne peut être encore que soupçonnée aujourd'hui, enfin par la salubrité à laquelle elles concourent puissamment.

« If y al&ans, mon installation auhaouch Moulati était regardée, par mes voisins eux-mêmes, comme un acte de folie. Chaque an née, en effet, qui se succédait, était marquée par des accès de fièvres pernicieuses dont l'issue, trop souvent, étaifc fatale. La main-d'œuvre indigène seule consentait à me donner spn concours, et je mé Rappelle encore l'air narquois avec lequel mes Kabyles, il y à 10 ans, me demandaient ce que devaient me rapporter les petites plantes que je leur faisais repiquer. Aujourd'hui, et déjpuis 6 pu. 7 ans déjà, je n'ai plus à constater chez moi un seul cas de fièvre pernicieuse : les fièvres simples elles-mêmes sont très-rares, plus rares l'an dernier^qu'elles ne l'ont été au village et dans les environs. Les moustiques et surtout les moucherons qui, dans le commencement de mon installation, menaçaient plus encore que les fièvres de me faire quitter la place, ont à peu près disparu, Les sauterelles eUes-mômes, A la dernière invasion,

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entpam — au grand «scandale cle tires voteittè — inspecter ma propriété, obligées qu'elles étaient dans leur vol de surmonter l'altitude de mes massifs et de s'abattre â 4 ou 500 métrés plus loin. Aujourd'hui enfin, mon personnel, exclusivement européen, est bien portant, et ne m'abandonne plus, comme autrefois, pour aller mourir à l'hôpital de Biida. Le médecin ne Vient plus tûe rendre visite que trop rarement, comme ami, pour pêcher dans mes barrages et manger une carpe. (Lettre de M. Yager Schmidt, propriétaire de lTiftouch Moulati, 15 mars 1876).

Birkadem. — Les plantations d'Eucalyptus, à Birkadem, datent de 12 ans ; elles sont estimées, d'après renseignements authentiques, à 1,500 arbres, par bois en bouquets, en allées longues et touffues, dans des lieux bas et humides, tels que ; la Ferme-modèle, l'Ave-Maria, etc. — Le Pénitencier militaire et la Fermé de Bonând en ont aussi planté.

a Ces divers centres d'habitations étaient réputés insalubres et terre classique des fièvres endémiques. Depuis les plantations importantes qui y ont été faites, leur salubrité a gagné d'une manière manifeste et progressive, à tel point que ces fièvres annuelles sont devenues aujourd'hui aussi rares qu'elles étaient fréquentes autrefois.

» Comme tous les médecins observateurs de longue date en Algérie, je crois fermement que les plantations d'Eucalyptus ont leur part relative dans l'amélioration des conditions climatologlques, hygiéniques, des centres d'habitation bas, humides, marécageux et réputés insalubres. Je dis à dessein « leur part relative » car les défrichements, les cultures en général, les plantations dé la vigne, des vergers, des arbres fruitiers, ont eu leur part coêfficiente dans l'influence générale sur la salubrité des lieux et l'amélioration de la santé publique.

» Il y a maintenant une croyance établie que l'Eucalyptus est un arbre propre à l'assainissement des pays marécageux, insalubres, et de plus, un remède coinme le quinquina contre les fièvres endémiques. » — D r Fabry, médecin du Pénitencier militaire de Birkadem, lettre du 16 mars 1876.

Plaine des Users — « Les premières plantations d'Eucalyptus qui ont été faites dans la plaine des Issers datent dû mois de mai 1873. Trois hectares d'un seul tenant ont été plantés dans l'endroit réputé le plus malsain, dans un lac de l'Oued-Djemâa, en face du marché des Issers.

« Une famille espagnole était installée au centre de cette propriété, lors de la plantation, elle se composait de 7 personnes : le père, lamère et 5 enfants. L'a!nédesgarçons,âgéde23 ans, est mort d'un accès pernicieux, le 2* jour de son installation, le 12 juillet

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1873. Le 3* des enfants, âgé de 18 ans, est mort 18 jours après/' à la suite d'une anémie des plus profondes, conséquence d'une fièvre à forme rémittente. Le père est pris, au même moment, d'une fièvre intermittente tierce. Alors, toute la famille est prise d'accès.

« Le docteur militaire, qui la visitait quelquefois avec moi, était littéralement effrayé de ce changement subit dans l'état général de ces malheureux, dont le faciès était caractéristique par la teinte jaune terreuse, la bouffissure des extrémités et de la face ; aussi, insistait-il pour leur faire quitter une aussi triste résidence. Je réussis à les faire admettre à l'ambulance du Coi des Beni-Aïcha. Deux mois après, je retrouvai cette famille sur le territoire de Zaâtra, puis, en 1875, elle était rentrée sur la propriété plantée d'Eucalyptus, où, dès le début, elle avait été si tristement éprouvée ; cette propriété se trouvait alors toute complantée de gommiers bleus assez forts. Depuis ce retour, aucun de ses membres n'a été malade. La partie Ouest, environ la moitié de la propriété, était marécageuse, il n'y poussait que des touffes de joncs ; aujourd'hui, elle est transformée en une fort belle prairie ; l'herbe y est d'une magnifique venue et de première qualité. Cette famille habitait cette contrée depuis 1861, époque de la première implantation des colons; elle pouvait naturellement se considérer comme acclimatée au pays. Il fallut les Eucalyptus pour consolider l'assainissement local. » — (M. Bernard, médecin de colonisation à Bordj-Menaïel, lettre du 15 février 1876).

Chebli. — « En 1872-1873, j'habitais la commune de Chebli, réputée comme un endroit très fiévreux, principalement la ferme de Baba-Ali. J'ai pu constater, d'après les chiffres indiqués dans les livres de cette ferme, tenus très exactement et fort régulièrement, que la quantité de sulfate de quinine employée annuellement était effrayante dans les époques qui ont précédé les plantations d'eucalyptus globulus.

Tandis qu'à partir de la 3 e année de développement de ces nombreuses myrtacées, on voit diminuer très-sensiblement et progressivement cette dépense que beaucoup de médecins taxeraient de fabuleuse. Il faut avoir donné des soins au personnel de cette vaste ferme de 1,500 hectares .pour se rendre un compte exact des ravages des fièvres. M. le Comte de Richemond, qui s'occupe avec beaucoup de zèle de cette exploitation, explique parfaitement la grande amélioration sanitaire, par l'énorme plantation d'eucalyptus qu'if augmente cependant tous les ans. Assurément, il parviendra ainsi à faire complètement disparaître le triste fléau qui éloignait sans cesse à certaines époques de l'année, les bons puvriers sur lesquels il pouvait compter.

»Pôrçs petto ferme de Baba-Ali, plusieurs endroits m'ont été to-

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diquéscomme ayant constitué des marais pestilentiels : aujourd'hui, ils sont transformés en charmantes prairies, plantées de vigoureux eucalyptus globulus : le fourrage y est abondant et de bonne qualité. » - M. Bernard ex-médecin de colonisation à ' Chebii, lettre précitée.

Paleséro. - « On sait combien les habitants de Palestro souf^ f rent des conséquences de la fièvre. Au commencement de la création, il paraît que les fièvres étaient plus fréquentes et aussi plus intenses. Aujourd'hui la fièvre a beaucoup diminué et perd relativement de son intensité. A quoi attribuer cet heureux changement ? Certes aux magnifiques eucalyptus qui, en nous épargnant quelques doses de quinine, ornent admirablement notre village. » — Lettre du 27 octobre 1873, de M. Becker, maire.

Ferme-Modèle ; Pont de l'Oued-Kerma. — « J'ai planté des Eucalyptus, il y a environ dix ans, autour des deux groupes d'habitations de la propriété : à la Ferme-Modèle même, et au pont de l'Oued-Kerma. J'ai remarqué que, depuis lors, les fièvres paludéennes sont moins violentes qu'autrefois. Elles cèdent à la première dose de sulfate de quinine, généralement, et ne reviennent plus guère dans la même saison ; tandis qu'auparavant, de 1856 à 1866, il n'était pas rare que certains fermiers ou leurs enfants, se fissent transporter à l'hôpital, pour plusieurs mois. J'en ai perdu plusieurs et beaucoup d'enfants surtout ; mais depuis 1870, notamment, il n'y a plus eu de mortalité causée par la fièvre.

L'an dernier, 1875, a été tristement célèbre dans la colonie {>ar une recrudescence très-vive de fièvres paludéennes, due à une trop grande quantité de pluie tombée dans le mois de juin. Les habitants de la propriété n'ont pas été indemnes, évidemment; néanmoins nous a 'avons pas éprouvé de mortalité : les accès ont cédé à la première dose de quinine et ne sont pas revenus chez la plupart des colons. J'ai observé même qu'à l'Oued-Kerma, dont la topologie est assez malsaine à cause d'un marais (desséché, il est vrai, il y a 20 ans) et du voisinage de la rivière, mais où se trouvent 700 ou 800 Eucalyptus de 18 à 22 mètres de haut les lièvres ont été moins violentes qu'à la Ferme-Modèle, qui est bâtie sur un coteau, mais n'est entourée que de 300 arbres.

J'ajouterai, si cela peu donner quelque poids à mes observations, que le personnel sur lequel je les ai faites, est à peu près le même depuis vingt ans. Il est moins malade qu'autrefois, moins souvent et surtout beaucoup moins longtemps chaque fois : on se rétablit plus vite. Or, je ne crois guère que les mêmes personnes se soient acclimatées au miasme paludéen ; je crois plutôt qu'en vieillissant, nos colons seraient plus disposés à prendre des accès pernicieux si le climat ne s'était pas amélioré. Ce qui me le fai

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supposer aussi, c'est que les enfants s'élèvent rçiieu*, les. nour veaux-nés ne sont plus, comme jadis, emportas par la fièvre.

J'ai observé aussi que les fièvres ne débutent ordinairement chez nous qu'après un Violent siroco. Or, le vent, avant dç nous arriver, passe sur une étendue de deux cents hectares de marais qui longent l'Harrach, entre Sidi-Moussa et la ferme de Baraki. Ces marais, desséchés autrefois par l'Etat, son redeyenus impra- . ticables.

Nous n'espérons pas échapper à la fièvre malgré nos eucalyptus . tant que nous aurons un pareil foyer si près de nous. Il serait bien désirable que les propriétaires de ces marais se décidassent, faute d'en tirer un meilleur parti, à les boiser ; les fermes voisines s'en trouveraient mieux et nous aussi.

Il n'est pas difficile de comprendre le pouvoir assainissant de l'eucalyptus. Par l'immense surface de ses feuilles, il évapore une grande quantité d'eau, dessèche le sol et le sous^-sol, en arrête les fermentations toujours malsaines en été.

En outre, il éprouve, du 15 juillet au 15 octobre, une seconde sève très-accentuée, sans comparaison avec la sève dite, d'août, dqs arbres d'Europe. Il pousse considérablement et émet de nombreuses feuilles nouvelles pendant cette période de temps. Or, avec ces feuilles nouvelles, il dégage de l'oxygène pendant Je jour à une époque où la terre n'offre plus de plantes herbacées vivantes qui remplissent les mêmes fonctions. Ce n'est ( qu'au printemps que les céréales et les prairies dégagent d'immenses quantités d'oxygène : or, au printemps, il n'y a jamais de fièvres paludéennes. » — M. Xav. Bobdet, lettre du 29 février 1876.

*** (Province de Constantine). — « Nous avons vu une famille qui, malade tous les ans, a échappé cette année, inalgjré l'insalubrité spéciale de la saison, à toute attaque de la; fièvre. L'homme, la femme et l'enfant on conservé la santé alors que tous les voisins étaient plus ou moins atteints. Or, leur maison est entourée de deux cents pieds d'Eucalyptus déjà forts. » — M. Jules Vinbt, dans {^Indépendant de Constantine, 1875.

« Le propriétaire dé l'ancienne ferme Pichon, à Mezoubia qui occupe cet endroit depuis 10 ans, a eu constamment les fièvres pendant les huit premières années ; depuis deux ans M il a pu constater une amélioration de santé assez notable, qu'il croit devoir attribuer aux Eucalyptus dont il projette de continuer et de propager les plantations dans ces parages, où les eaux, stagnantes en été, de l'Oued Zerhouat dégagent des miasmes en abondance, et qui dénotent le voisinage d'une région malsaine et fiévreuse. » — Nqte de M. F. Legqut, juillet 1876.)

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Il résulte de toute cette correspondance que :

\ e L'Eucalyptus a une influence hygiénique irréfragablement démontrée en Algérie ;

2° Que, partout où il a été cultivé en massifs plus ou moins compacts, les fièvres intermittentes ont largement diminué en intensité, en fréquence et en gravité ;

3° Que des terrains marécageux ou incultes ont été ainsi assainis ou transformés au grand bénéfice des intérêts particuliers et de la colonisation algérienne.

Action assainissante des Eucalyptus par les émanations

« Les feuilles, les fleurs, l'écorce de l'Eucalyptus répandent une odeur balsamique, produite par la volatilisation d'une huile essentielle, à odeur camphrée, de la même composition que l'essence de térébenthine (1) et contenue dans un nombre considérable de petites vésicules transparentes, très-visibles à un faible grossissement. Cette émanation aromatique se perçoit même à une assez grande distance des Eucalyptus plantés en massifs, surtout quand la brise soulève et agite le feuillage. L'odeur balsamique térébenthïnée, qui s'échappe de ces mystérieux laboratoires, rappelle la sauge chez l'E. globulus, la mélisse chez l'E. citriodora, la menthe chez l'E. amygdaîina, le vétiver chez l'E. persicifolia, etc. Quel est le mode d'action de cette essence ? , i

<r Agit-elle à l'instar des huiles empyreuraatiques, comme para-< siticide, désinfectant, antiputride, antiseptique, s'opposant aux fer^ mentations odorantes et toxiques, en tuant rapidement et par un simple contact les organismes zymotifères? Ceux qui admettent comme causes fébrigènes les spores du genre Palmella, les algues de Balestra, etc., pourront se déclarer partisans de cette appiiea-: tion. C'est du reste ainsi qu'on se rend compte ,de l'influence antipaludéenne des noyers aux effluves aromatiques. Juglans Americana, J. Fraxinifôlia, etc.

« Agit-elle, comme on l'a prétendu, en produisant sur l'oxygène de l'air cette modification d'électrisation (?) qu'on connaît sous le nom d'ozone? Plusieurs expériences que j'ai récemment tentées à ce sujet ne paraissent guère donner crédit à cette opinion. Des feuilles d'Eucalyptus, mises en contact avec des réactifs ozonométriques, soit dans un bocal hermétiquement fermé, soit sur l'arbi-e même, au moyen d'un manchon en verre clos à ses deux extrémi-

(1) C lob z, examen chimique des feuilles d'Eucalyptus globulus : Bultel. Soc. Acclim. série 2. V . 654 (1868).

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tés, n'avaient, au bout de quelques jours, produit aucun effet sur le papier de Schœnbein. Cependant, l'essence d'Eucalyptus est un oxydant très-puissant, comme les isomères de l'essence de térébenthine.

« Agit-elle comme excitant les centres nerveux, et augmentant, régularisant leur énergie fonctionnelle, affermissant ainsi la résistance vitale, à l'exemple des antispasmodiques ? Voici ce que dit à ce sujet l'ardent missionnaire de l'Eucalyptus, M. Ramel : « Né dans le Midi de la France et habitué à la pression énervante des sirocos africains qui se font souvent sentir sur les côtes méditerranéennes, je fus surpris, dès les premiers temps de mon séjour à Melbourne, de pouvoir supporter aussi aisément les vents chauds ; à mon grand étonnement, ces vents ne m'accablaient pas. » (1). — * L'influence stimulante, tonifiante des émanations du gommierbleu n'est-elle pas pour une bonne part dans ces faits?

« Ou bien l'émanation eucalyptique agit-elle comme stimulant diffusible, activant les sécrétions, élevant la température animale, déterminant alors une sorte de fièvre et combattant la fièvre paludéenne par une influence homœopathique? Des expérience spéciales pourront seules décider de la valeur de ces diverses interprétations, et prononcer sur la part que prennent les effluves eucalyptiques dans la salubrité des localités où le gommier-bleu est planté en massifs.

« Ayant placé des branches d'Eucalyptus dans un courant d'air permanent, j'ai constaté au bout de plusieurs mois que les feuilles se desséchaient lentement, et que même à l'état de déshydratation complète, elles répandaient encore une odeur excessivement forte, preuve que l'escence retenue dans leurs utricuies ne subit l'évaporàtion que fort lentement.

« Dans son étude chimique sur l'eucâlyptol (1),M Cloez avait déjà constaté que des feuilles sèches, rapportées de Melbourne et conservées depuis cinq ans, avaient encore donné un peu plus de 1 , 5 0/o d'essence, alors que des feuilles récoltées depuis peu de temps en fournissent 2 0/n. —Cette condition est remarquable puisque l'Eucalyptus étant à feuilles persistantes, ses rameaux frappés de mort continuent à répandre, et pendant longtemps, des émanations balsamiques, et que les branches détachées de l'arbre et placées dans nos habitations sont susceptibles, pendant longtemps, de modifier ainsi la composition de l'air plus ou moins confiné. Il y a là une application hygiénique précieuse pour les valétudinaires, et le D r Bruiiel a déjà signalé (2) qu' « en Australie, les indigènes et les jeunes anglaises qui, pendant leurs longs et pénibles voyages, ont souffert d'affections pulmonaires, se trouvent soulagées en res-

(1) L'Eucalyptus Globulus de Tasmanie, 1870, in-8°. p. 6* (9) Présentée en 1870 à l'Académie des Sciences.

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pirant l'air embaumé de ce bienfaisant végétal. » A plus forte raison les émanations eucalyptiques concentrées dans les appartements rendraient-elles d'utiles services (coqueluche, phthysie, etc.) L'Eucalyptus, qu'on me pardonne ce pressentiment, fera révolution dans la préservation de certaines maladies, dans l'aréothêrapie préventive, tout comme le Mancenillier joue un rôle terrible dans la toxicologie atmosphérique.

1° Assainissement de Vair. — Tout le monde sait que le végétal se nourrit du carbonne de l'air, et dégage de l'oxygène qui accroît ainsi, d'une manière incessante, la purification de l'atmosphère. .

» D'après Heyer, professeur de science forestière à Giessen, l'hectare de forêt purifie l'air en fixant chaque année 3.014 kilog. de carbone provenant de l'acide carbonique décomposé ; et M. le D r Jeannel estime que cet hectare compense à peu près la viciation atmosphérique produite par trois habitants. Il est probable que les calculs précédents, appliqués à des arbres gigantesques et balsamiques comme les Eucalyptus, donneraient des chiffres encore plus significatifs.

» Et, à ce point de vue, l'assainissement par les plantations du gommier-bleu est bien supérieur à l'assainissement par les canaux d'écoulement, par les drainages, par les travaux de dessèchement; car, en môme temps qu'il soustrait au sol d'une façon incessante, l'humidité qui favoriserait les décompositions putrides, il modifie puissamment les qualités de l'air par son feuillage persistant et ses émanations aromatiques. Rappelons que les dessèchements de plusieurs parties du littoral de la Corse n'ont pas empêché l'insalubrité qui s'oppose à la culture de plus de 130,000 hectares, car des plaines de makis et de broussailles sont toujours inhabitables l'été et les cultures permanentes en restent exclues. C'est donc avec une bien vive satisfaction que l'on a d(l lire dans la Correspondance algérienne du 8 décembre 1875 :

« Il a été permis d'observer pendant l'été dernier que la santé publique avait subi bien moins d'atteintes dans les villages déjà riches en arbres que dans ceux dénudés. »

Et, devant la Société de Géographie de Paris, M. le D r Cosson signalait, l'an dernier, avec l'autorité de sa parole si compétente : « l'heureuse influence qu'ont exercé les . plantations d'Eucalyptus en Algérie sur la salubrité de la plaine de la Mitidja. » (1)

2° Influences météorologiques. — Les massifs assez considérables d'arbres ont une action très-marquée sur la température de l'air, sur la direction des vents, sur l'hygrométrique, etc. Un mot sur chacune de ces influences.

(1) Note sur l'action de l'Eucalyptus globulus, juin 1875.

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A. Température. — D'après les expériences de M'. Rivoli (i) dans les forêts du Grand-Duché de Posen, les forêts adoucissent la température des vents froids et rafraîchissent celle des vents chauds : ces maxima de variations seraient de 1* 3j8 pour les vents S.-Ë. et de 0, 7i8 pour les vents S.-O.

«Petidant les nuits calmes et sereines, avec rayonnement nocturne complètement libre, les molécules d'air refroidies par le rayonnement des feuilles, forment au-dessus des forêts, des couches froides dont la température est inférieure (de 2°, li4 un peu avant le lever du soleil) à celle des couches situées au môme niveau dans les champs découverts. .

» Or, remarque avec beaucoup de raison M. le D r Mares (2), rien n'est trompeur comme l'apparente limpidité de notre beau ciel algérien : plus l'air est chaud et plus il peut dissoudre de vapeur d'eau. L'intensité des pluies dans les pays chauds où les mouvements atmosphériques se prêtent à ce phénomène, prouve la vérité de cette assertion. Nous devons donc considérer l'air qui nous entoure comme un Océan immense, réservoir inépuisable, puisque les mers lui rendent constamment sous forme de vapeur, ce qu'il perd par les condensations ; c'est à cette source indéfinie que la terre doit prendre l'humidité dont elle a besoin pendant la période sèche ; et certaines conditions lui permettent en effet, de fixer les quantités plus ou moins abondantes qu'elle y puise continuellement. Ces conditions sont : l*en état d'humidité plus cons ; dérable dans l'air que dans la terre, de sorte que celle-ci tend à recevoir l'humidité au lieu d'en donner ; 2" la porosité du sol qui attire et condense autour des racines les gaz de la vapeur d'eau indispensables au développement des végétaux.

Ne sait-on pas, d'ailleurs, que les plantations de Méhémet-Ali, dans la Basse-Egypte, y ont amené les pluies, en retardant le courant d'air septentrional qui se dilate, le refroidit et donne de la pluie ?

b. Vents — Les mouvements continus de l'atmosphère, qui constituent de véritables marées tantôt calmes, tantôt agitées, préviennent les accumulations locales de l'acide carbonique et des exhalaison^ méphitiques ou morbifères. On admet généralement qu'en moyenne le vent à peine sensible a une vitesse de 2 kilomètres à l'heure, et quM le vent frais, assez fort, souffle avec une rapidité de 36 kilomètres à l'heure.

» Il est de toute évidence que les massifs de gommiers bleus feront, en peu d'années, des écrans gigantesques qui opposeront une solide résistance aux vents en général, mais surfout aux sirocos si redoutés dans notre colonie et pour les animaux et pour

(1) Société scientifique de Cracoviç, 1873. ,

(2) Bulletin de la Soeiétf d'agrïcuUuté d'Algeh

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les végétaux* On a constaté en Australie que l'Eucalyptus esi in» sensible aux vents chauds, véritable Simoun du continent, qui brûlent plusieurs des plantes indigènes, et il grandit; en bravant leur influence sur le sol sec de Victoria (1).

» Ces épais remparts de végétation protègent, en outre, contre les bourrasques, les plantes délicates. Il est généralement admis qutanabri protège jusqu'à une distance égale à 20 fois la hauteur de l'obstacle. Supposons 15 mètres d'élévation de l'Eucalyptus en massif, il annihilera donc jusqu'à'ûne distance de 300 mètres, la forée du vent, son influence desséchante.

» Dans son mémoire sur le boisement de l'Algérie, M. Mueller s'exprime ainsi : « La violence des vents brûlants de l'été est tempéré partout où il existe d'abondantes futaies ; les ruisseaux, les terrains humides et frais sont les seuls obstacles qui arrêtent les légions de sauterelles dans les pays déserts, mats les oiseaux qui détruiraient ces insectes ne peuvent se trouver en abondance que là où il y a des forêts et des taillis dans le voisinage. Il n'existe pas d'autres moyens de remédier à la sécheresse que d'étendre d'une manière importante la culture des arbres. »

» M. Trottier l'observe avec raison : « Aussitôt que les neiges recouvrent l'Atlas, nous subissons à Alger un abaissement de température considérable et instantané. » La dénudation des collines etties montagnes qui séparent lesMeux points en donne une suffisante explication.

» M. Ansted, géographe anglais, cité par M. de La Tréhonnais, rappelle ce fait : « Aux environs de Ravenne, une forêt de pins, s'étenàant sur un espace de 35 kilom., ayant été abattue, le siroeo commença à se faire sentir et continua à souffler au grand détriment de la vie animale et végétale, jusqu'à ce que la forêt ayant été replantée eût suffisamment poussé pour rétablir le climat dans ses conditions antérieures. Depuis que la forêt est rétablie, le siroco a disparu. » Est-ce assez significatif pour PA1gérie?

» Enfin, M. Mueller, de Melbourne, fait remarquer que « l'équilibre de l'électricité positive et négative nécessaire pour éviter les désastres provenant de violents courants aériens est rétabli par la végétation en général et par les forêts en particulier. »

c. Pluies, — Etudiant les pluies d'Alger depuis 1838, M. Trottier, divise les 38 dernières années en 3 périodes de 12 et de 14 ans. l re période (12 ans), il est tombé 800 millim. en moyenne. 2° — id. — 770 —

3 e — (14 ans), — 639 —

Ainsi les quantités annuelles de plaies décroissent et ne suffirent

<l)iAratt«!ffef>«r4 0f tà*Qo*eroemmltolaftfrof Vietori», 1860 f ,4k-

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plus pour les récoltas et les sources; cela tient au débroussaille* ment continu du Sahel, aux défrichements nécessités par la construction des villages.

» Ainsi, encore :

De 1838 à 1855, les pluies ont donné 2 fois 4,000 millim., et 8 fois 800 millim. .

De 1855 à 1876, les pluies ont donné deux fois seulement 800 millim.

» M. Trottier estime que ces défrichements de futaies, de taillis du Sahel ont atteint 30,000 hectares. N'est-ii pas certain que les flancs montueux de l'Algérie, mieux boisés, assureraient la constance et l'abondance dans le régime des eaux? M. de Colomb rapporte (1) que beaucoup de sources du Sahara, notamment celles d'Aïn-Gouleïta, jadis très-abondantes, ont diminué ou tari depuis le déboisement qui a amené la sécheresse.

» M. Saul, capitaine du Génie à Orléansville, racontait à M. Trottier que « surtout l'automne, de gros nuages noirs et sombres, venant de Dahra, se formaient et disparaissaient facilement ; ces nuages devaient être à leur pQint de saturation, et si un courant d'air froid s'y fût mêlé, il y aurait eu pluie. Mais, au lieu de cela, le sol de la plaine était suréchauffé, ainsi que le revers des montagnes, réfléchissant un air chaud et sec, vaporisant et absorbant l'humidité de ces nuages. Si les plateaux du Dahra étaient largement boisés, ces nuages menaçants, qui finissent par disparaître, se résoudraient en pluie dans bien des cas (2). » — Et M. Trottier cite avec raison le département de l'Ardèche, « qui ne possède plus aujourd'hui un seul bois considérable, a éprouvé depuis 30 ans une perturbation cli mater ique dont les gelées tardives, autrefois inconnues en ce pays, sont l'un des effets les plus funestes. »

» L'influence de la destruction des forêts sur le climat et sur l'abondance de la pluie a été clairement démontrée par M. le Conseiller Wex (3). Il résulte des chiffres qu'il a recueillis, que depuis puis les déboisements considérables opérés dans les 50 dernières années, le niveau moyen de l'Elbe a baissé de 17 pouces, celui de l'Oder de 17 pouces également, celui du Rhin de 24 pouces, de la Vistule de 26, enfin, du Danube (à Orsava) de 55 ; en même temps on a constaté une diminution très-sensible dans le rendement de toutes les sources.

« Consultez les habitants de la vallée de l'Oued-el-Kebir audessus de Blida, s'écrie M. le D r Mares (4) ; ils vous diront qu'ils ont plus chaud qu'autrefois, par suite du déboisement pratiqué depuis 20 ans sur les pentes de la vallée. »

(1) Exploration des Ksours et du Sahara, 1858. (2. Du rôle d'Eucalyptus en Algérie 1876, p. 15.

(3) Communication récente à la Société de Géographie de Vienne.

(4) Le boisement de l'Algérie : in Bulletin de la Société d'agriculture d'Alger, n*à4.

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» Après avoir fait remarquer que le boisement des coteaux dénudés amènera une plus grande quantité de pluie sur le sol, que les sources renaîtront assurant alors l'existence et le développement de la population. M. Trottier ajoute : « l'absence d'eau dans la vallée du Chéiiff, sur les plateaux du Dabra entre Orléansville et Mostaganem, est un grand obstacle au peuplement de ces contrées... Si l'on compare les vallées de la Mitidja et du Chéiiff, on est frappé de l'aspect de vie et de prospérité de la première ; l'air de désolation de la seconde est non moins saisissant... La plaine du Chéiiff est un grand réservoir de chaleur • en effet, au N. et au S., les montagnes qui la bordent sont élevées de plusieurs centaiaes de mètres et forment un obstacle continu d'Affre ville à Mostaganem, sur une longueur de plus de 200 kilomètres, empêchant la brise de mer de s'y faire sentir... Cette plaine devrait être recouverte pour un tiers au moins de massifs d'arbres, savamment distribués à sa surface pour tempérer efficacement le courant atmosphérique... Le N. de l'Afrigue reçoit directement les vents du N. qu'aucun obstacle ne brise dans le trajet et qui lui arrivent secs et froids ; ceux venant de l'E. sont à peu près dans les mômes conditions; les vents du S. venant de l'équateur et traversant le Sahara où ils ne trouvent rien à évaporer, lui apportent un souffle embrasé et desséchant ; enfin, c'est seulement de ÏO. et du N.-O. que nous recevons quelque humidité. »

» L'Eucalyptus a donc un grand rôle à jouer dans le climat de l'Algérie, et la santé des immigrants, des ouvriers du soi comme des habitants des villes en retirera de prompts et précieux avantages. Jadis le N. de l'Afrique était couvert de forêts ; leur disparition n'expliquerait-elle pas la siccité du lit de nos cours d'eau l'été, et leur transformation en torrents furieux l'hiver ? D'autre part, comme le dit M. Mueller (de Melbourne), « boiser la partie supérieure des rivières, ce sera augmenter le débit de leurs eaux et conséquemment des surfaces irrigables, . . Lorsque le N . de i' Afrique sera habité comme l'Europe centrale, un quart au moins de tout le pays devra être transformé en forêts pour augmenter la fréquence des pluies, pour tempérer la sécheresse et la chaleur du climat, et fournir, en quantité suffisante, le bois nécessaire au* chauffage et à l'industrie. »

Partout ou des reboisements ont pu s'effectuer, comme en Italie et en Egypte, par exemple, les plus heureux effets en sont résultés.

M. Babinet, de l'Institut, dans son travail sur la pluie et les inondations, dit :

« Il y a un petit nombre d'an nés, il ne pleuvait pas c}ans la basse Egypte. Les vents constants du Nord, qui y régnent près- . qu'exclusivement, passaient sans obstacle sur cette terre privée de yégétatk)n ; et, sur les toits d'Alexandrie, on conservait les grains

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sans lçs couvrir ou les préserver des injures <ie l'atoôsphène j mais, depuis que des plantations y ont été faites, il en résulte un obstacle qui retarde le courant d'air septentrional. Cet air, retardé, se gonfle, se dilate, se refroidit et donne de la pluie

Un de mes illustres confrères, M. Mignet, non moins penseur profond qu'écrivain éloquent, me suggérait que pour produire dt la pluie, une forêt valait une montagne. Cette remarque est vraie à la.lettre. »

Le môme savant ajoute que « toutes les crêtes des collines devraient, sans retard, être boisées, ce qui aurait le double avantage de produire delà pluie et ensuite d'en retenir les eaux bienfaisantes. » Depuis Méhémet Ali, plus de vingt millions d'arbres out été plantés en Egypte.

Utilisation de l'Eucalyptus dans l'hygiène privée

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