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LA COLÈRE MAUVAISE ET CONDAMNÉE

Si la colère nous est parfois d'un précieux secours, combien n'est-elie pas plus souvent l'excès d'une passion et l'occasion d'un désastre! Combien par conséquent il nous est nécessaire de réfléchir aux iniquités de la colère et de bien nous rendre compte comment elle est un crime contre Dieu, un crime contre nous-mêmes, un crime contre le prochain.

Elle est un crime contre Dieu. — A trois titres différents.

1° Nous méconnaissons Dieu. — Nous méconnaissons sa nature, Dieu est à la fois bonté infinie, impassibilité immuable, justice absolue. — Parcourons l'Ecriture: partout Dieu se montre à nous sous l'aspect d'une suavité, d'une douceur, d'une patience incomparable. — D'ailleurs il fait tout « Avec poids et mesure. » Rien ne l'entraîne jamais au delà des limites du bien et du juste. — Au jour de l'Incarnation combien suave et bénigne s'offrit à nous cette Bienheureuse nature! « Apparuit benignitas (1). » — Nous méconnaissons ses préceptes.

(1) Ecce servus meus, siiscipiam eum ; electus meus, complacuit sibiinillo anima mea : dedi spiritum meum super eum, judicium gentibus proferet.

Non clamabit, neque accipiet personam, nec audietur vox ejus foris.

Galamum quassatum non conteret, et linum fumigans non exstinguet ; in veritate educet judicium.

Non erit tristis, neque turbulentus, donec ponat in terra judicium; et legem ejus insulce exspectabunt.

Hsee dicit Dominus Deus, creans cœlos, et extendens eos ; firmans terram, et quse germinant ex ea; dans flatum populo qui ■est super eam, et spiritum calcantibus eam.

Ego Dominus vocavi te in justitia,et apprehendi manumtuam, et servavi te ; et dedi te in fœdus populi, in lucem gentium.

Ut aperires oculos caecoram, et educeres de conclusione vinctum, de domo carceris sedontes in tenebris. (Isai. XLII)

Il nous les a multipliés dans l'Ecriture entière (1). Il a empreint sa religion de mansuétude et de douceur. Il a résumé dans les Béatitudes les préceptes qu'il opposait avec le plus de force aux excès de la colère (2). — Nous méconnaissons ses

(1) Ira et furor utraque exsecrabilia sunt, et vir peccator continens erit illorum.

Qui vindicari vult a Domino inveniet vindictam, et peccata illius servans servabit.

Relinque proximo tuo nocentite, et tune deprecanti tibi peccata solventur.

Homo homini réservât iram, et a Deo quaerit medelam !

In hominem similem sibi non habet misericordiam, et de peccatis suis deprecatur I

Ipse cum caro sit réservât iram, et propitiationem petit a Deo ! quis exorabit pro delictis illius?

Mémento novissimorum, et desine inimicari ;

Tabitudo enim et mors imminent in mandatis ejus.

Memorare timorem Dei, et non irascaris proximo.

Memorare testamentum Altissimi et despice ignorantiam proximi.

Abstine te a lite, et minucs peccata.

Homo enim iracundus incendit litem, et vir peccator turbabit amicos " (Eccli. XXVHI.)

(•2) Audistis quia dictum est antiquis : Non occides : qui autem occiderit, reus erit judicio.

Ego autem dico vobis : Quia omnis qui irascitur fratri suo, reus erit judicio. Qui autem dixerit fratri suo raca, reus erit concilio. Qui autem dixerit, fatue, reus erit gehennse ignis.

Si ergo ofîers munus tuum ad altare, et ibi recordatus fueris quia frater tuus habet aliquid adversum te :

Relinque ibi munus tuum ante altare, et vade prius reconciliari fratri tuo; et tune veniens ofïeres munus tuum.

Audistis quia dictum est : Oculum pro oculo, et dentem pro dente.

Ego autem dico vobis, non resistere malo : sed si quis te percusserit in dexteram maxillam tuam, prsebe illi et alteram.

Et ei, qui vult tecum judicio contendere, et tunicam tuam tôlière, dirnitte ei et pallium.

Et quicumque te angariaverit mille passus, vade cum illo et nlia duo.

Qui petit a te, da ei : et volenti mutuari a te ne avertaris.

Audistis quia dictum est : Diliges proximum tuum, et odio habebis inimicum tuum.

Ego autem dico vobis: Diligite inimicos vestros, benefacite his qui oderunt vos, et orate pro persequentibus et calumniantibus vos :

Ut sitis filii Patris vestri, qui in cœlis est, qui solem suumoriri facit super bonos et malos, et pluit super justos et injustos.

Si enim diligitis eos qui vos diligunt, quam mercedem habebitis ? nonne et publicani hoc faciunt ? (Matth. V.)

exemples. « Num quid irascitur per singulos dies? » N'est-il pas le Dieu « qui fait luire son soleil sur les bons et sur les méchants? » N'est-il pas « l'Agneau muet sous la main qui le tond ? » N'est-il pas Celui « dont on n'entendra point la voix sur les places publiques et qui ne froissera pasle roseau déjà brisé ? »

2° Nous usurpons sur Dieu. — « Date locum irae », dit l'Apôtre. « Mihi vindicta, » dit Dieu lui-même. Quand donc nous prétendons abattre nos ennemis sous nos vengeresses colères, nous usurpons sur les pouvoirs de Dieu. Nous traînons à notre propre tribunal un sujet qui appartient à Dieu (1). Nous entreprenons une guerre où les droits de Dieu sont foulés aux pieds.

3° Nous oublions ce que nous a fait Dieu. — Relisons l'une des plus célèbres paraboles de l'Evangile. Dieu laisse tomber sa colère et, prenant en pitié un débiteur insolvable, lui remet une créance énorme. — Et ce malheureux, à peine libéré, se précipite avec colère sur son semblable, débiteur envers lui d'une somme la plus légère. — ^Que fait leur Maître à tous deux? Que fait Dieu en face de nos iniques procédés? Il nous rappelle, dans la rigueur du châtiment, combien lui sont insupportables nos injustes vengeances et nos criminelles colères (2).

(1) Tu quis es qui judicas alienum servum? Domino suo stat, aut cadit : stabit autem: potens est enim Deus statuere illum.

(Rom. XIV.)

(2) Tune accedens Petrus ad eum, dixit : Domine, quoties peccabit in me frater meus, et dimittam ei? usque septies?

Dicit illi Jésus : Non dico tibi usque septies, sed usque septuagies septies.

Ideo assimilatum est regnum cœlorum ho mini régi, qui voluit rationem ponere cum servis suis.

Et quum cœpisset rationem ponere, oblatus est ei unus, qui debebat ei decem millia talenta.

Quum autem non haberet unde redderet, jussit eum dominus ejus venumdari et uxorem ejus et filias et omnia quae habebat, et reddi.

Procidens autem servus ille, orabat eum dicens : Patientiam habe in me, et omnia reddam tibi.

Misertus autem dominus servi illius, dimisit eum, et debitum dimisit ei.

Egressus autem servus ille, invenit unum de conservis suis qui debebat ei centum denarios ; et tenens sufîocabat eum, dicens : Redde quod debes.

Elle est un crime contre nous-mêmes. — i° Contemplons un saisissant spectacle. — La tempête s'est abattue sur une région malheureuse; tout y est détruit, les ruines sont accumulées de toutes parts ; ces campagnes naguère si riantes n'offrent plus qu'une image de désolation et de mort.

2° Faisons rapplication à notre âme. — Le cyclone dévastateur qui a passé sur notre âme c'est la colère. La colère y a tout dévasté et deux sortes de ruines s'y montrent douloureusement.— ^mno,^ naturelles: intelligence obscurcie, cœur bouleversé et aigri, volonté brisée et défaillante, action incertaine et désordonnée. — Ruines surnaturelles. La prière est devenue impossible; impossible encore la communion. Sur notre conscience pèse le remords, l'obscurité poignante; sur notre âme entière la honte et le découragement.

Elle est un crime contre le prochain. — 1° Ou bien nous l'avons exapéré, nous avons allumé en lui une colère semblable à la nôtre et d'âpres désirs de vengeance. — Nous l'avons scandalisé. — Nous l'avons jeté dans la haine.

2° Ou bien nous l'avons abattu et brisé. — En cet état terrible la tristesse le ronge, le désespoir l'envahit, le découragement ne fait plus de lui qu'une ruine impuissante.

Et procidens conservas ejus, rogabat eum dicens : Patieritiam habe in me, et omnia reddam tibi.

nie autem noluit; sed abiit, et misit eum in carcerem, donec redderet debitum.

Videntes autem conservi ejus quee fiebant, contristati sunt valde, et venerunt, et narraverunt domino suo omnia quœ facta fuerant.

Tune vocavit illum dominus suus, et ait illi : Serve nequam, omne debitum dimisi tibi quoniam rogasti me :

Nonne ergo oportuit et te misereri conservi tui, sicut et ego tui misertus sum?

Et iratus dominus ejus tradiditeum tortoribus, quoadusque redderet universum debitum.

Sic et Pater meus cœlestis faciet vobis, si non remiseritis unusquisque fratri suo de cordibus vestris. (Matt. XVIIL)

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