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LA COLERE PERMISE ET SALUTAIRE

Cette colère se fait à la fois l'auxiliaire indispensable de l'autorité, le soutien et le stimulant de l'héroïsme, la garantie de toute sécurité.

Elle est Pauxiliaire deTautorité. — Nous pouvons l'étudier en Dieu et chez les enfants de Dieu.

i^ La colère en Dieu. — Sans doute ces éclats de la colère divine dont l'Ecriture est remplie, nous ne devons les prendre

que comme des expressions accommodées à notre nature et à notre langage. Dieu est immuable, impassible; aucune tempête ne s'élève dans cet Océan infini. Mais Dieu veut nous faire entendre que l'autorité souveraine se rendrait coupable de défaillance, d'inertie, d'impardonnable injustice, si elle n'usait parfois de l'arme de l'indignation et de la colère. — Aussi, dans l'Ecriture, Dieu s'offre à nous le visage irrité, la voix tonnante, jusqu'à glacer d'effroi le coupable le plus endurci. Le Psalmiste s'écriait : « Domine ne in furore tuo arguas me, neque in ira tua corripias me. » Et encore : « Apprehendite disciplinam, nequando irascatur Dominus et pereatis (1). »

2° La colère chez les enfants de Dieu. — Chez les plus illustres nous retrouvons, aux heures solennelles de la répression et de la défense, la colère puissante et la généreuse indignation. C'est avec une colère sainte que Moïse brise, devant son peuple impudique et idolâtre, les tables de la Loi (2).

(i) Deus spmulator, et ulciscens Dominus. Ulciscens Dominus, et liabens furorem : ulciscens Dominus in hostes suos, et irascens ipse inimicis suis.

Dominus patiens, et magnus fortitudine, et mundansnon faciet innocentem. Dominus in tempestate, et turbine viae ejus, et nebul8e pulvis pedum ejus.

Increpans mare, et exsiccans illud, et omnia flumina ad desertum deducens. Infirmatus est Basan et Garmelus, et flos Libani élan, guit.

Montes commoti sunt ab eo, et colles desolati sunt ; et contremuit terra a facie ejus, et orbis, et omnes habitantes in eo.

Ante faciem indignationis ejus quis stabit ? et quis resistet in ira furoris ejus? Indignatio ejus etïusa est ut ignis, et petrse dissolutae sunt ab eo.

Bonus Dominus, et confortans in die tribulationis, et scions sperantes in se.

Et in diluvio prsetereunte consummationem faciet loci ejus, et inimicos ejus persequentur tenebrae.

Quid cogitatis contra Dominum? Consummationem ipse faciet ! non consurget duplex tribulatio.

Quia sicut spinseseinvicem complectuntur, sic convivium eorum pariter potantium; consumentur quasi stipula ariditate plena.

(Nahum L)

(2)Gumque appropinquasset ad castra, vidit vitulum, et choros; iratusque valde, projecit de manu tabulas, et confregit eas ad radicem montîs ;

Arripiensque vitulum quem fecerant, combussit, et contrivit usque ad pulverem, quem sparsit in aquam, et dédit ex eo potum filiis Israël.

La même colère arme contre un prévaricateur impie le bras de Phinée (1), comme elle armera plus tard le bras du premier Machabée (2). David, dont la douceur est célébrée dans l'Ecriture, savait mettre l'indignation et la colère au service du faible et de l'opprimé.

Saint Pierre terrifie l'Eglise naissante par un éclat de colère (3). Saint Paul fait retentir le tonnerre de son indignation au sein de Gorinthe coupable (4). N'entendons-nous pas sortir des lèvres de Jésus-Christ lui-même d'implacables et vibrantes malédictions, soit que le monde étale ses scandales, soit

Dixitque ad Aaron: Quicl tibi fecit hic populus, ut induceres super eum peccatum maximum ?

Gui ilie respondit : Ne indignetur dominus meus; tu enim nosti populum istum, quod pronus sit admalum. (Exod. XXXII.)

(1) Et ecce unus de filiis Israël intravit coram fratribus suis ad scortum madianitidem, vidente Moyse, et omni turba filiorum Israël, qui flebant ante fores tabernaculi.

Quod cum vidisset Phinees, filius Eleazari, filii Aaron sacerdotis, surrexit de medio multitudinis ; et arrepto pugione,

Ingressus est post virum israelitem in lupanar; et perfodit ambos simul, virum scilicet et mulierem, in locis genitalibus; cessavitque plaga a filiis Israël.

Et occisi sunt viginti quatuor millia hominum.

Dixitque Dominus ad Moysen :

Phinees, filius Eleazari, filii Aaron sacerdotis, avertit iram meam a filiis Israël, quia zelo meo commotus est contra eos, ut non ipse delerem filios Israël in zelo meo.

Idcirco loquere ad eum: Ecce do ei pacem fœderis mei,

Et erit tam ipsi quam semini ejus pactum sacerdotii sempiternum, quia zelatus est pro Deo suo, et expiavit scelus filiorum Israël. (Num. XXV.)

(2) Et ut cessavit loqui verba haee, accessit quidam Judseus in omnium oculis sacrificare idolis super aram in civitate Modin, secundum jussum régis;

Et vidit Mathathias, et doluit, et contremuerunt renés ejus ; et accensus est furor ejus secundum judiciumlegis, et insilienstrucidavit eum super aram. (Mac. II.)

(3) Dixit autem Petrus : Anania,cur tentavit Satanas cor tuum, mentiri te Spiritui sancto, et fraudare de pretio agri ?

Nonne manens tibi manebat? et venumdatum in tua erat potestate ? Quare posuisti in corde tuo hanc rem ? Non es menlitus hominibus, sed Deo.

Audiens autem Ananias haec verba, cecidit et exspiravit. Et factus est timor magnus super omnes qui audierunt. (Act.)

(4) In nomine Domini nostri Jesu Ghristi congregatis vobis et meo spiritu cum virtute Domini nostri Jesu.

Tradere hujusmodi Satanse, in interitum carnis, ut spiritus salvus sit in die Domini nostri Jesu Ghristi. (I Gor. V.)

quo le Pharisien dérobe sous un masque de vertu ses turpitudes et ses rapacités (1) ?

Elle est le soutien de l'héroïsme. — i° D'après un Prophète la colère joue un rôle mystérieux et magnanime dans l'œuvre de notre Rédemption. L'enfer vient de terrasser lliomme ; il en

fait son esclave, il le dépouille, il le meurtrit affreusement

Qui sauvera de ses mains abominables la malheureuse victime? Ni au ciel, ni en la terre, nul ne s'offre pour cette délivrance. C'est à cet instant que le Prophète nous dépeint l'indignation magnanime du Verbe de Dieu. « Dies ultionis in corde meo, annus redemptionis mcce venit; circumspexi et non erat auxiliator, qugesivi et non fuit qui adjuvaret et salvavit mihi brachium meum et indignatio mea ipsa auxiliata est mihi, et conculcavi populos in furore meo et conculcavi eos in ira mea. »

2° La même colère dans l'Eglise, dans la famille^ dans la Société. — L'Eglise de Dieu, si douce, si timide, si patiente, si inoffensive, sait trouver, au jour du péril de ses enfants, les éclats d'une généreuse colère. Alors partent, implacables et frémissantes, les foudres de son excommunication. — Que devient la famille, là où une mère trop timide ou trop aveugle, un père distrait et indifférent, ne savent pas sauver l'âme de leurs enfants, au prix de généreuses colères ? Quelle est cette mère qui voit d'un œil tranquille le corrupteur de ses fils? Quel est ce père qui laisse, pour satisfaire de misérables calculs d'intérêt, l'âme de ses enfants se perdre lamentablement? Il fallait là les indignations d'un Saint Paul, les éclats de colère, que lui arrache le scandale des faibles ou l'oppression des innocents (2). — Que devient en-

(1) Sed vas vobis Pharisaeis, quia decimatis mentham, et rutam, et omne olus, et prseteritis judicium et caritatem Dei ; hsec autem oportuit facere, et illa non omittere.

Vee vobis Pharisseis, quia diligitis primas catliedras in synagogis, et salutationes in foro.

Vse vobis, quia estis ut monumenta quse non apparent, et homines ambulantes supra nesciunt.

Respondens autem quidam ex legisperitis, ait illi : Magister, haec dicens, etiam contumeliam nobis facis.

At ille ait : Et vobis legisperitis vse, qui oneratis homines oneribus quae portare non possunt, et ipsi uno digito vestro non tangitis sarcinas. (Luc. XL)

(2) Prseter illaquse extrinsecus sunt, instantia mea quotidiana, sollicitudo omnium ecclesiarum.

core une Société dont les Chefs ne savent plus brandir l'arme d'une répression énergique? Que devient-elle, quand les citoyens, rendus insensibles au mot de Patrie, ne ressentent pas les injures faites au drapeau national? — Cette dernière pensée nous amène au dernier bien que procure la colère légitime.

Elle est une garantie de sécurité. — Nous voici, dans notre Société contemporaine, en face d'un mal profond. Etudions ce mal et surtout cherchons-en les causes.

1° Danger social actuel : lindifférentisme (1). — Le grand mal dont nous souffrons c'est de ne plus savoir nous indigner de rien. Les colères fécondes, les haines magnanimes, se sont éteintes dans les âmes énervées et les cœurs repus de sensualisme. Le mal qui se dresse dans .son insolence, les ruines qui s'accumulent, les honteuses défaites que subissent les plus nobles causes, tout ce qui devrait soulever en nous d'impétueuses indignations nous laisse inattentifs et froids. Le bien et le mal, le vice et la vertu, l'oppresseur et l'opprimé, le corrupteur et la victime, vivent en paix, et cette paix impie et cruelle nous la décorons des noms pompeux d'aesprit moderne, » de libéralisme, de largeur de conception. — Les infamies s'étalent au grand jour, racontées comme histoires curieuses par la presse ou dramatisées sur nos théâtres: qui désormais s'en indigne généreusement? (2) — Dans la famille d'incompréhensibles imprudences laissent franchir le

Quis infirmatur, et ego non inûrmor? quis scandalizatur, et ego non uror ? (II Cor. XI)

(1) Qui autem scandalizaverit iinum de pusillis istis qui in me credunt, expedit ei ut suspendatur mola asinaria in collo ejus, et demergatur in profundum maris.

Vse mundo a scandalis. Necesse est enim ut veniant scandala : verumtamen V8e homini illi per quem scandalum venit.

Si autem manus tua vel pes tuus scandalizat te, abscide eum, et projice abs te : bonum tibi est ad vitam ingredi debilem vel claudum, quam duas manus vel duos pedes habentem mitti in ignem œternum. (Matth. XVII.)

(2) Ego sum pastor bonus Bonus pastor animam suam dat pro ovibus suis.

Mercenarius autem, et qui non est pastor, cujus non sunt oves propriae, videt lupum venientem, et immittitoves, et fugit; et lupus rapit et dispergit oves.

Mercenarius autem fugit, quia mercenarius est, et non pertinet ad eum de ovibus. (Joan. X.)

seuil (lu foyer domestique aux corrupteurs les plus éliontés de l'intelligence et du cœur: qui s'arme de la colère pour chasser ces homicides?

2^ Sources de cet indifférentisme. — Si nous recherchons les causes de ces paix mortelles, de ces tolérances désastreuses, nous trouverons les trois suivantes. — C'est d'abord l'obscurcissement, l'extinction de la foi. Quand les idées sont lumineuses, les dogmes vivants, la foi des âmes énergique et active, les lâches compromissions sont inconnues (1); les concordats iniques entre le bien et le mal sont réputés actes honteux. Le mal est haïssable et on le hait. L'ennemi envahit la frontière : on y court. Des victimes jonchent le sol frappées par des mains criminelles; on s'indigne, on s'élance, on frappe, on venge ceux qui ont péri. Mais au jour où les nobles idées, les croyances supérieures sont étouffées sous le sensualisme : le mal sous toutes ses formes ne provoque plus la colère et n'arme plus aucun bras. — Une seconde cause est dans l'abaissement des caractères. Les indignations généreuses et qui savent affronter la lutte, ne sont possibles que là où les âmes sont fières et indépendantes, où le courage est entier. Dès que l'amollissement a gagné les caractères, tout s'endort, tout rentre dans le silence et l'immobilité de la mort. — La troisième cause qui ne nous permet, à l'heure présente, ni de haïr, ni de combattre le mal, ni de soutenir les nobles causes, ni d'aspirer à de nécessaires représailles, c'est le sensualisme, le culte de l'or, l'esclavage du bien-être, la recherche désordonnée de la jouissance et du plaisir. Armée vaincue et efféminée, nous subissons désormais sans colère la tyrannie et les insultes de nos vainqueurs.

{\) Nolite jugum ducere cum infidelibns. Quae eriim participatio justitiee cum iniquitate? aut quae societas luci ad tenebras ?

Qua3 autem conventio Ghristi ad Belial ? aut quae pars fideli cum Infideli ?

Qui autem consensus templo Dei cum idolis? Vos enim estis templum Dei vivi, sicut dicit Deus : Quoniam inhabitabo in illis, et inambulabo inter eos, et ero illorum Deus, et ipsi erunt mihi populus.

Propter quod exite de medio eorum, et separamini, dicit Dominus, et immundum ne tetigeritis:

Et ego recipiam vos ; et ero vobis in patrem, et vos eritis mihi in filios et filias, dicit Dominus omnipotens. (II Cor. VI.)

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