GOMMENT SE CONDUIRA LE CHRETIEN DANS LE MONDE
Trois règles sont données au chrétien pour se sauvegarder au milieu du monde : Ne pas croire le monde, ne pas subir le monde, ne pas imiter le monde.
Il ne croira pas le monde. — Quelle est au milieu du monde la situation du chrétien ? Exactement celle de nos premiers parents au paradis terrestre.
Ils viennent de Dieu, ils tiennent tout de Dieu, ils voient Dieu dans ses œuvres, ils jouissent de sa mystérieuse présence, ils entendent sa voix, sa révélation leur est lumineuse, et, appuyés sur d'irrécusables preuves, ce qu'ils croient, c'est ce que Dieu-même leur a affirmé, ce à quoi ils obéissent, c'est au commandement promulgué par Dieu. C'est donc un Dieu qui est « l'auteur et le Consommateur de leur foi. » — Survient le tentateur, l'ennemi, celui qui s'appelle par excellence le « menteur. » Le démon parle à Eve ; il lui propose tout un système d'aftirmations et de croyances, à l'opposé des révélations de Dieu. Où Dieu affirme, Satan nie ; où Dieu défend, Satan permet et exhorte; où Dieu menace, Satan passe outre et se rit. — Qui croire des deux ? Ne pas croire Dieu n'est-ce pas une impie et lamentable folie? Croire le démon n'est-ce pas une aberration inconcevable et une perdition assurée(l)?
(1) Factus est primus homo Adam in animam viventem, novissimus Adam in spiritum vivificantem.
Sed non prius quod spiritale est, sed quod animale; deinde quod spiritale.
Primus homo de terra, terrenus; secundus homo de cœlo, cœlestis.
Telle est, dans une vérité saisissante, la situation du chrétien, placé qu'il est entre l'Evangile et la parole de l'Eglise et les mensongères affirmations, les décevantes maximes du monde, son mortel ennemi. — Entre ces affirmations opposées, l'une inébranlablement appuyée sur une autorité souveraine, l'autre infirmée par l'ignorance, la mauvaise foi, la perversité, le chrétien ne connaîtra jamais l'ombre de l'indécision. Avec le Psalmiste il dira : « Narraverunt mihi fabulationes Domine sed non ut lex tua. » Il dira avec Pierre : « Ad quem ibimus, verba vitae habes? »
Il ne subira pas le monde. — Le monde se présente au chrétien comme maître incontesté, comme inévitable domination. Le monde est fort de l'étendue de son empire, de la multitude de ses sujets, de la continuité de ses triomphes : il faudra donc que le chrétien, comme tous les autres, subisse son joug et s'incline sous sa loi I
Pour nous vaincre, le monde mettra en jeu deux forces différentes : la fascination du plaisir, la crainte de la persécution. — La première de ces deux armes est terrible. Celui-là seul qui se sera formé à la magnanime science du sacrifice se fera invulnérable à ces coups. Que si notre foi s'affaiblit, notre conscience se voile, notre vigueur tombe, nous accepterons tous les livres que nous offre le monde, nous nous laisserons traîner, d'abord de force, bientôt avec plaisir, à ses fêtes les plus corruptrices, à ses spectacles les plus immoraux. La vie des sens nous envahira, les joies désordonnées du monde deviendront le seul horizon de notre âme (1).
Qualis terrenus, taies et terreni ; et qualis cœlestis, taies et cœlestes.
Igitur, sicut portavimus imaginem terreni, portemus et imaginem cœlestis.
Hoc autem dico, fratres: Quia caro et sanguis regnum Dei possidere non possunt, neque corruptio incorruptelam possidebit.
(I Cor. IV.)
(1) Utinam et abscindantur qui vos conturbant.
Vos enini in libertatem vocati estis, fratres ; tantum ne libertatem in occasionem detis carnis, sed per caritatem Spiritus servite invicem.
Omnis enim lex in uno sermone impletur : Diliges proximum tuum sicut teipsum.
Quod si invicem mordetis, et comeditis, videte ne ab invicem consumamini.
Jamais d'ailleurs le monde n'oublie la terreur de la persécution. C'est lui qui arme les pouvoirs publics et fait déclarer aux fidèles de Dieu une guerre ouverte ou une guerre sourde et hypocrite. — C'est lui qui introduit dans la familles l'incrédulité oppressive, l'opposition implacable aux pratiques religieuses, devant lesquelles l'âme croyante et fidèle devra céder. — Autant il aura fallu au chrétien de vigueur, pour résister à l'attrait du plaisir, autant il lui faudra de force pour s'opposer à d'iniques oppressions.
Il n'imitera pas le monde. — Deux modèles, deux imitations, deux ressemblances s'ofTrent à nous : Jésus-Christ, r a Homme Céleste », Satan, « le Prince de ce monde. » — La foule choisit Satan. Le Chrétien choisit Jésus-Christ.
Dico autem : Spiritu ambulate, et desideria carnis non perficietis.
Garo enim concupiscit adversus spiritum ; spiritus autem adversus carnem ; hsec enim sibi invicem adversantur, ut non quaecumque vultis, illa faciatis.
Quod si spiritu ducimini, non estis sub lege.
Manifesta sunt autem opéra carnis,, quae sunt, fornicatio, immunditia, impudicitia, luxuria.
Idolorum servitus, veneficia, inimicitise, contentiones, aemulalationes, irae, rixae, dissensiones, sectae.
Invidiœ, homicidia, ebrietates, comessationes, et his similia ; quae prsedico vobis, sicut prsedixi, quoniam qui talia agunt, regnum Dei non consequentur.
Fructus autem Spiritus est : caritas, gaudium, pax, patientia, benignitas, bonitas, longanimitas.
Mansuetudo, fides, modestia, continentia, castitas. Adversus hujusmodi non est lex.
Qui autem sunt Ghristi, carnem suam crucifixerunt cum vitiis et concupiscentiis.
Si spiritu vivimus, spiritu et ambulemus.
Non efflciamur inanis gloriœ cupidi, invicem provocantes, invicem invidentes. (Galat V.)
Le diable, selon un mot profond de TertuUien « se fait le singe de Dieu. » Il porte éternellement saignante sa blessure d'orgueil, et, à travers son effroyable expiation, il garde immuable la volonté insensée autant qu'impie de s'égaler à Dieu: « Ascendam et ero Altissimi similis. » De là ces efforts qu'il multiplie afin d'imiter Dieu et d'opposer œuvre à œuvre, édifice à édifice, royaume à royaume. Dieu afondé une Eglise : les sectes sataniques en formeront une autre. L'adoration est rendue à Dieu : Satan n'a qu'un but : se faire des adorateurs (1). Au culte divin, Satan oppose son culte, aux miracles divins il tâche d'opposer la fascination de ses faux prodiges (2).
Une œuvre divine, excellente entre toutes, est le point de mire de ses jalouses contrefaçons. Dieu a parlé au monde; Dieu s'est, comme un père, épanché dans l'âme de ses enfants : de là ce que nous nommons la Révélation ; et afin que ces Lettres paternelles, ces entretiens de l'amour, demeurassent immuables. Dieu les a consignés dans un Livre, 11-
(i) Et bestia, quam vidi, similis erat pardo ; et pedes ejus sicut pedes ursi, et os ejus sicut os leonis. Et dédit illi draco virtutem suam et potestatem magnam.
Et vidi unum de capitibus suis quasi occisum in mortem; et plaga mortis ejus curata est. Et admirata est universa terra post bestiam.
Et adoraverunt draconem, qui dédit potestatem bestise; et adoraverunt bestiam, dicentes : Quis similis bestise ? et quis poterit pugnare cum ea ?
Et datum est ei os loquens magna, et blasphemias ; et data est ei potestas facere menses quadraginta duos.
Et aperuit os suum in blasphemias ad Deum blasphemare nomen eius, et tabernaculum ejus, et eos qui in cœlo habitant.
(Apoc. XIIL)
(2)Factum est ergo gaudium magnum inilla civitate. Vir autem quidam, nomine Simon, qui ante fuerat in civitate magus, seducens gentem Samariae, dicens se esse aliquem magnum.
(Act. VIIL)
vre par excellence, livre divin, la Bible. De ce livre, comme d'une intarissable source les Vérités saintes s'épanchent sur les âmes. Foyer de lumière, la Bible est le centre divin, d'où s'échappent, pour éclairer les intelligences, tous les rayons de la vérité (1).
Au livre Satan opposera le livre. Au livre saint et illuminateur, d'où les âmes fidèles tirent leur direction, leur force et leur joie, Satan opposera le livre faux et corrupteur, où les âmes s'abreuveront des poisons les plus mortels.