RAVAGES DU MAUVAIS LIVRE SUR L'ESPRIT
Si, comme nous le verrons tout à l'heure, bien dangereuse est la corruption du cœur, plus dangereuse encore est celle de l'esprit. Que la tempête ait flétri le feuillage, fait tomber les fruits, brisé les branches de l'arbre, si la racine est sauve, ces ravages gardent l'espoir d'une nouvelle germination. — Mais si la mort est à la racine, si le mauvais livre a perverti l'intelligence et tué la foi, un miracle seul sauvera cette âme. — C'est dire quel essentiel devoir nous avons de garder en nous la vérité et quel danger nous vient du mauvais livre.
Notre plus essentiel devoir : garder intact le dépôt des vérités divines. — Nous comprendrons mieux ce devoir quand nous saurons la valeur du dépôt.
1° Uoù nous viennent nos Ventés divines. — Dans une parole magnifique l'Apôtre nous révèle le plus sublime résultat
(l)Et quia ab infantia sacras litteras nosti quse te possunt instruere ad salutem, per fidem quae est in Ghristo Jesu.
Omnis scrlptura divinitus inspirata utilis est ad docendum, ad arguendum, ad corripiendum, ad erudiendum in justitia ;
Ut perfectus sit homo Dei, ad omne opus bonum instructus.
(II Tim. III.)
de la venue parmi nous et de rincarnation du fils de Dieu: « Gloriam Domini spéculantes, in eamdem imaginem transformamur, a claritate in claritatem. » Le soleil de justice, la Vérité incréée nous a lui ; le Verbe de Dieu a pénétré de ses clartés notre intelligence: à ce contact de la Lumière nous-mêmes sommes devenus lumière; les pensées de Dieu, la révélation de son Etre, les secrets de ses œuvres, sont notre bien sublime ; et telle a été cette communication de l'Esprit de Dieu que l'Apôtre a osé dire : « Qui adh£eret Domino unus spiritus est. » Qu'ignorera celui dont Dieu même a fait ainsi la divine éducation? « Omnia dixi vobis. »
2^ Comment nous ont été transmises ces vérités. — Autre merveille, autre insignebienfait. Dieu a revêtu de faibles mortels de la toute-puissance de sa vérité ; il a fait surgir, tout le long des siècles, des prophètes et des Ecrivains sacrés (1). Aux privilèges déjà considérables de l'antique Synagogue Dieu, pour l'Eglise catholique, en a ajouté d'autres plus grands encore. Afin que sa parole fût immuablement gardée, interprétée et comprise, sans danger d'erreur, il a vêtu d'infaillibilité le Chef de son Eglise.
3" Sous quelle garde sévère l Eglise les consei^ve. — Si nos vérités chrétiennes nous viennent de Dieu, si Dieu nous les garde pures et inviolables par une longue série de merveilles, tirons la conséquence : c'est donc que Dieu exige
(l)Verbum misit Deusfiliis Israël, annuntians pacem per Jesum Ghristum (hic est omnium Dominas) ;
Vos scitis quod factum est verbum per universam Judaeam : incipiens enim a Galilaea, post baptismum quod prœdicavit Joannes :
Jesum a Nazareth, quomodo unxit eum Deus Spiritu sancto et virtute ; qui pertransiitbenefaciendo,et sanandoomnes oppressos a diabolo : quoniam Deus eratcum illo.
Et nos testes sumus omnium quse fecit in regione Judseorum et Jérusalem; quem occiderunt suspendentes in ligno.
Hune Deum suscitavit tertia die, et dédit eum manifestumfieri,
Non omni populo, sed testibus prseordinatis a Deo, nobis qui manducavimus et bibimus eum illo postquam resurrexit a mortuis.
Et prsecepit nobis prsedicare populo et testificari, quia ipse est qui constitutus est a Deo judex vivorum et mortuorura.
Huic omnes prophetse testimonium perhibent remissionem peccatorum accipere per nomen ejus omnes qui credunt in eum.
Adhuc loquente Petro verba hsec, cecidit Spiritus sanctus super omnes qui audiebant verbum. (Act. X.)
LES MAUVAISES LECTURES 46i
absolument de nous que ces Vérités restent en nous, toujours exemptes d'altération et d'erreur.
Voyez l'Eglise. Condescendante et miséricordieuse sur tout le reste, combien elle est rigide et inflexible en ce qui touche les Vérités dont elle a la garde I Qui les altère d'un mot, qui les viole d'un iota, qui en retranche ou y ajoute un point, est frappé par elle (1): elle perdra ses plus belles conquêtes, elle sacrifiera des Régions entières, elle détachera de son tronc les plus opulentes, plutôt que de laisser violer le dépôt des divines Vérités. L'histoire des hérésies et des schismes n'a point d'autre explication. Schisme grec ou protestantisme sont demeurés frappés pour avoir altéré la parole de Dieu: « Adultérantes verbum Dei. »
Or que fait en nous le mauvais livre?
Comment le mauvais livre détruit en nous ce dépôt sacré. — Le premier et le plus profond ravage du mauvais livre est celui qui s'attaque à notre intelligence.
i^ Le mauvais livre détruit en nous la foi et le sens chrétien. — Parfois cette destruction est directe: le mauvais livre est saturé d'incrédulité, rempli de négations audacieuses, d'insinuations perfides, d'accusations calomnieuses. Aux lecteurs de ce livre, à la déplorable victime de ces journaux, de ces Revues, de ces thèses scientifiques, nous poserons cette double question. D'où vient une partialité étrange qui leur fait accepter ces affirmations humaines quand ils se refusent à croire, sur d'immuables preuves, sur d'inébranlables fondements, les Vérités venues de Dieu ? Mais de plus, quelle iniquité est-ce ceci ? Le lecteur du livre incrédule, non seulement n'a point songé à contrôler tant d'affirmations sans
(1) Miror quod sic tam cito transferimini ab eo qui vos vocavit in gratiam Christi, in aliud evangelium :
Quod non est aliud, nisi sunt aliqui qui vos conturbant, et volunt convertere evangelium Christi.
Sed licet nos, aut angélus de cœlo evangelizet vobis prseterquam quod evangelizavimus vobis, anathema sit.
Sicut praediximus, et nunc iterum dico : Si quis vobis evangelizaverit praeter id quod accepistis, anathema sit.
Modo enim hominibus suadeo, an Deo? An quaero hominibus placere? Si adhuc hominibus placerem, Christi servus non essem.
Notum enim vobis facio, fratres, evangelium quod evangelizatum est a me, quia non est secundum hominem.
Neque enim ego ab homine accepi illud, neque didici, sed per revelationem Jesu Christi. (Galat. I)
preuve, mais se met-il en peine d'étudier les réfutations catholiques? Lecteur de l'attaque en môme temps qu'il méprise la défense, n'est-il pas comme ce juge qui n'entendrait qu'une seule des parties?
Le livre incrédule ne se présente pas toujours sous Taspect d'une brutale négation. Souvent son œuvre, qui pour être cachée n'est pas moins dangereuse, consiste à altérer dans l'intelligence le sens chrétien. Ces catholiques pratiquent encore; ils prient, se confessent, communient, mais déjà leur esprit est vicié, leurs idées ne sont plus chrétiennes, sur des points nombreux leur conscience, leur langage, leur conduite, est en flagrante contradiction avec Je christianisme (1).
2^ Le mauvais livre est en contradiction insoleîite avec Jésus Christ.
Assurément nous admettrons que, descendu du Ciel pour enseigner la vérité aux hommes et n'ayant parlé à la terre qu'après avoir surabondamment prouvé la divinité de sa Personne et de sa mission, Jésus-Glirist reste au milieu de nous l'arbitre suprême du vrai et du bon. Or que fait le roman? Suivez en la trame, écoutez en le langage, voyez s'y dérouler les exemples: partout, sous chaque ligne, se dresse, insolente et audacieuse, la contradiction de Jésus-Christ (2).
(1)0 insensati Galatse, quis vos fascinavit non obedire veritati?
(Galat. m.)
(2) Profana autem, et vaniloquia devita ; multum enim proûciunt ad impietatem :
Et sermo eorum ut cancer serpit : ex quibus est Hymenaeus, et Philetus,
Qui a veritate exciderunt, dicentes resurrectionem esse jam factam; et subverterunt quorumdam fidem.
Sed tirmum fundamentum Dei stat, habens signaculum hoc : Gognovit Dominus qui sunt ejus; et : Discedat ab iniquitate omnis qui nominat nomen Domini.
Stultas autem, et sine disciplina qusestiones devita, sciens quia générant lites. (II Tim. II.)