DANS LE PARDON C'EST L'OFFENSEUR QU'IL FAUT CONSIDÉRER
Quelque atroce que soit l'injure, quelque criminel et odieux que soit un ennemi, trois choses restent debout el immuables.
Notre offenseur est un frère: c'est un malheureux: c'est un objet de glorieuse conquête.
C'est un frère. — Notre offenseur est en même temps notre frère. Il est coupable, il nous a frappé comme Caïn frappa Abel, mais tous les deux nous avons Dieu pour père, l'Eglise pour mère, le ciel pour éternel rendez-vous. Le Baptême a marqué notre ennemi du signe divin; le Sang du Christ coule dans ses veines; lui et nous sommes fils de la même Rédemption (1).
(1) Audet aliquis vestrum habens negotium adversus alterum, jiidicari apud iniquos, et non apud sanctos?
An nescitis quoniam sancti de hoc mundo judicabunt ? Et si in vobis judicabitur mundus, indigni estis qui de mini mis judicetis?
Nescitis quoniam angelos judicabimus ? quanto magis secularia !
Seculariaigitur judiciasi habueritis, contemptibiles qui sunt in Ecclesia, illos constituite ad judicandum.
Ad verecundiam vestram dico. Sic non est inter vos sapiens quisquam qui possit judicare inter fratrem suum ?
Sed frater cum fratre judicio contendit, et hoc apud infidèles.
C'est un malheureux. — Si, aux yeuxde la nature, notre offenseur est debout et nous renversés à ses pieds, aux yeux de la foi, c'est le contraire. Notre offenseur est une victime misérable qui gît sanglante devant nous, alors que nous-mêmes devenons son vainqueur. — Considérez ce malheureux, comment il s'est blessé lui-même, en détruisant à notre égard l'édifice de la charité; comment il est méprisé du ciel, haï de Dieu, tout prêt à subir d'implacables condamnations (1).
C'est l'objet d'une glorieuse conquête, — Chrétien, frère du Christ, fils du Dieu qui pardonne, que vas-tu faire de ce malheureux? A toi de le laisser sur le sol ensanglanté où il expire Mais combien il te sera plus glorieux de relever, de
ranimer, de sauver cet infortuné! Prende pitié de sa misère; ta charité touchera son âme, ton pardon généreux dessillera ses yeux, et, désarmant sa colère, dissipant les ombres de sa perversité, tu y ramèneras les vivifiantes clartés de la foi et de la grâce. — Avec son âme tu conquerras son estime ; tu forceras les entrées de son cœur, tu dresseras dans cette région, naguère ennemie, le trône de la plus belle des dominations. Par ta vengeance tu en faisais un éternel ennemi, par ton pardon tu en fais un ami et un frère (2).
Jam quidem omnino delictum est in vobis, quod judicia habetis inter vos. Quare non magis injuriam accipitis? quare non magis fraudem patimini ?
Sed vos injuriam facitis, et fraudatis, et hoc fratribus.
An nescitis quia iniqui regnum Dei non possidebunt ? Nolite errare : neque fornicarii, neqae idolis servientes, neque adulteri.
(I Cor. VI.)
(1) Benedicite persequentibus vos : benedicite, et nolite maledi-
cere.
Gandere cum gaudentibus, flere cum flenLibus ;
Idipsum invicem sentientes ; non alta sapientes, sed humilibus consentientes. Nolite esse prudentes apud vosmetipsos ;
NuUi malum pro malo reddentes; providentes bona, non tantum coram Deo, sed etiam coram omnibus hominibus.
Si fieri potesl, quod ex vobisest, cum omnibus hominibus pacem habentes ;
Non vosmetipsos defendentes, carissimi, sed date locum irse. Scriptum est enim: Mihi vindicta; ego retribuam, dicit Dominus.
Sed si esurierit inimicus tuus, cibaillum; si sitit, potum dailli; hoc enim faciens, carbones ignis congères super caput ejus.
Noli Vinci a malo, sed vince in bono malum. (Rom. XII.)
(2) Et ait : Quam ob causam dominus meus persequitur servum suum ? Quid feci? aut quod est malum in manu mea ?