BONTÉ DE DIEU ENVERS L HOMME
Et si nous scrutons le mystère de cette visite de notre Dieu : trois motifs nous apparaissent, qui sont trois nouveaux bienfaits.
1° il habite an milieu de nous pour nous rassurer. — L'effet le plus désastreux du péché originel avait été de séparer violemment l'homme de Dieu. L'homme fuit Dieu ; l'homme est pris, à la seule idée de Dieu, d'une invincible terreur. Adam se cache, Gain est errant par la terre, l'humanité se forge bientôt des dieux sous l'empire de cet instinctif effroi. Elle imagine une sombre fatalité qui l'étreint. Les sacrifices sanglants qui font la substance du culte sont l'expression de cette même terreur. La terre entière sait que sur elle pèse une malédiction antique et elle n'a d'autre souci que d'apaiser le Dieu qui la terrifie (1),
Mais voici les jours de la réconciliation et du salut. Dieu vient en personne à sa créature malheureuse autant que coupable. Elle ne fuira plus prise d'effroi, folle de terreur, car c'est « un petit enfant qui lui est né. » Son Dieu c'est le Jésus si humble, si suave, si doux, que rien en lui ne rappelle l'appareil de la justice ni la sévérité de la sentence (2).
2° // habite au milieu de nous pour nous instruire. — « Et erunt omnes docibiles Dei. » Il avait confié à ses prophètes les premiers éléments de notre instruction, mais c'est Lui-même en personne qui la veut achever.
{\) Et aperti sunt oculi amborum; cumque cognovissent se esse nudos, consuerunt folia ficus, et fecerunt sibi perizomata.
Et cum audissent vocem Domini Dei deambulantis in paradiso ad auram post meridiem, abscondit se Adam et iixor ejus a facie Domini Dei in medio ligni paradisi.
Vocaviique Dominus Deus A.dam, et dixit ei: Ubi es ?
Qui ait: Vocem tuam audivi in paradiso; et timui eo quod nudus essem, et abscondi me.
Gui dixit: Quis enim indicavit tibi quod nudus esses, nisi quod ex ligno de quo prseceperam tibi ne comederes, comedisti?
(Gen. m.)
(2) Ut adimpleretur quod dictum est per Isaiam prophetam dicetitem:
F]cce puer meus quem elegi, dilectus meus, in quo bene complacuit animae mese. Ponam spiritum meum super eum, et judicium gentibus nuntiabit.
Non contendet, neque clamabit, neque audiet aliquis in plateis vocem ejus:
Arundinem quassatam non confringet, et linum fumigans non extinguet, donec ejiciat ad victoriam judicium :
Et in nomineejus gentes sperabunt. (Matth. XH.)
BONTÉ DE DIEU ENVERS l'hOMME 515
Ses lèvres s'ouvrent, sa vérité rayonne, ses révélations se font multiples autant que lumineuses; il nous découvre les secrets divins, il déchire les voiles qui nous cachaient Dieu, nous-môme, le monde, la destinée, le présent et l'avenir. <( Docebit oninem veritatem (1) ».
3° // habite au milieu de nous pour nous soulager et nous guérir. — Médecin charitable, mère insatiable d'amour et de dévouement, ce n'est pas à d'autres qu'il contie le chevet de nos douleurs. C'est de sa main qu'il touchera nos plaies {)our les fermer ; c'est de sa voix qu'il consolera nos amertumes; c'est par une grâce, par une vertu, émanées de lui, qu'il nous rendra à la vie, à l'espérance, au bonheur (2).
Dievi est entré en partage avec Thomme. — « 0 admirabile commercium ! » s'écrie l'Eglise dans l'ivresse de sa reconnaissance et do son admiration. Ce Dieu, déjà si incompréhensibleinent bon quand il vient à nous et habite au milieu de nous, met le comble à sa charité en daignant prendre notre lotde misère et nous donner en échange les richesses de son patrimoine infini.
1° // prend notre chair. — « Yerbum earo factum est » « Natus ex muliere. » Par cette Incarnation merveilleuse voici Dieu devenu notre semblable et notre frère : « Primogenitus ex multis fratribus. « En Lui nous nous retrouvons nousmêmes et il est ce que nous sommes. — Mais, ô échange admirable! il ne se fait homme que pour nous faire dieux;
(1) Multifariam multisqae modis olim Deus loquens patribus in prophetis:
Novissime diebus istis locutus est nobis in Filio, quem constituit hseredem universorum, per quem fecit et saecula;
Qui quum sit splendor glorise et figura substantiae ejus, portansque omnia verbo virtutis suœ, purgationem peccatorum faciens, sedet ad dexteram majestatis in excelsis :
Tanto melior angelis effectus, quanto differentius prse illis nomen hsereditavit. (Hsebr. I.)
(2) Et circuibat Jésus totam Galilaeam, docens in synagogis eorum, et praedicansevangelium regni, et sanans omnem languorem et omnem infirmitatem in populo.
Et abiit opinio ejus in totam Syriam, et obtulerunt ei omnes maie habentes, variis languoribus et tormentis comprehensos, et qui dsemonia habebant, et lunaticos,et paralyticos; etcuraviteos.
Et secutse sunt eum turbae multse de Galilsea et Decapoli, et de Jerosolymis, et de Judaea et detrans Jordanem. (Matth. IV.)
516 BONTÉ DE DIEU ENVERS l'hOMME
il ne prend la nature humaine que pour lui communiquer sa nature divine.
2** Il prend notre condamnation. — Vraiment, comme le chantait le Psalmiste, « l'abîme appelle l'abîme », le miracle succède au miracle, un bienfait déjà immense est suivi d'un autre plus immense encore. Ce n'est pas la nature humaine telle qu'elle sortit radieuse des mains du Créateur, mais la nature découronnée, obscurcie, douloureuse, telle que le péché l'a faite, qu'assume le Verbe de Dieu : « In similitudinern carnis peccati. » La Sainteté infinie s'est vêtue d'une chair pécheresse; la Gloire infinie s'est dissimulée sous les dehors de l'esclave, la Félicité infinie traîne après elle la longue chaîne des douleurs d'une humanité coupable et déchue.
3"* // prend notre expiation, — Nous touchons seulement ici le fond du grand abîme. Le Christ Rédempteur s'est, à ce point, identifié avec le péché de l'homme; il fait tellement siennes nos iniquités, que le voici devenu l'unique et universel pécheur. En lui s'écoulent et se concentrent les iniquités de la terre. « Dieu, avait prophétisé Isaïe, a placé en lui tous nos crimes. »
Pécheur universel, il est aussi l'universel expiateur. Sa vie n'est qu'une longue et ininterrompue souffrance. Il naît dans les larmes; il vit dans le travail, la pauvreté et la douleur; il n'affronte la vie publique que pour être en butte aux contradictions et aux haines, aux humiliations et aux ignominies de toute sorte, et il meurt englouti dans un océan de douleurs (1).
(i) Decebatenim eum, propter quem omnia, et perquem omnia, qui multos filios in gloriam adduxerat, auctorem salutis eorum per passionem consummare.
Qui enim sanctificat,etqui sanctificantur, exuno omnes. Propter quam causam non confunditur fratres eos vocare, dicens :
Nuntiabo nomen tuum fratribus meis : in medio ecclesiae laudabo te.
Et iterum: Ego ero fidens in eum. Et iterum: Ecce ego, et pueri mei quos dédit mihi Deus.
Quia ergo pueri communicaverunt carni et sanguini, et ipse similiter participavit eisdem; ut per mortem destrueret eum qui habebat mortis imperium, id est, diabolum;
Et liberaret eos qui timoré mortis per totam vitamobnoxiierant servituti. (Hœbr. IL)
BONTÉ DE DIEU ENVERS l'hOMME 517
Dieu s'est uni à rhomme dans la gloire. — C'est ici le couronnement de l'œuvre du Rédempteur et des bienfaits de Dieu. Sa venue, son sacrifice, son expiation et sa mort n'ont qu'un but celui de nous élever à la gloire. « Par lui, dit l'Apôtre, nous avons accès auprès du Père. » Le sein de la divinité nous est ouvert, la possession de Dieu est notre éternel patrimoine. C'est à ce faîte que la munificence divine nous a placés (i).
Sur la terre, en attendant, par la grâce, les sacrements, la vie chrétienne, nous nous unissons à Dieu, esprit à esprit, cœur à cœur, corps à corps.
Dans le ciel, tous les voiles qui nous cachent cette déification merveilleuse étant déchirés, nous apparaîtronsce que nous sommes en effet : des dieux par participation, comme Dieu l'est par nature: « Similes ei erimus quia videbimus eum. »
(i) Si autem Ghristus prsedicatur quod resurrexit a mortuis, quomodo quidam dicunt in vobis quoniam resurrectio mortuorum non est?
Si autem resurrectio mortuorum non est, neque Ghristus resurrexit.
Si autem Ghristus non resurrexit, inanis est ergo prsedicatio nostra, inanis est et fides vestra;
Invenimur autem et falsi testes Dei : quoniam testimonium diximus adversus Deum quod suscitaverit Ghristum, quem non suscitavit, si mortui non resurgunt.
Nam si mortui non resurgunt, neque Ghristus resurrexit.
Quod si Ghristus non resurrexit, vana est ûdes vestra; adhuc enim estisin peccatis vestris.
Ergo et qui dormierunt in Ghristo, perierunt.
Si in hac vita tantum in Ghristo sperantes sumus, miserabiliores sumus omnibus hominibus.
Nunc autem Ghristus resurrexit a mortuis, primitiae dormientium :
Quoniam quidem per hominem mors, et per hominem resurrectio mortuorum;
Et sicut in Adam omnes moriuntur, ita et in Ghristo omnes vivificabuntur.
Unusquisque autem in suo ordine, primitise Ghristus; deinde ii qui sunt Ghristi, qui in adventu ejus crediderunt.
Deinde finis, quum tradiderit regnum Deo et Patri, quum evacuaverit omnem principatum, et potestatem, etvirtutem.
Oportet autem illum regnare donec ponat omnes inimicos sub pedibus ejus.
Novissima autem inimica destruetur mors; omnia enimsubjecit sub pedibus ejus. Quum autem dicat:
Omnia subjecta sunt ei : sine dubio prseter eum qui subjecit ei omnia. (I Gor. XV.)
518 BONTÉ DE DIEU ENVERS l'hOMME