IL EXISTE UN GOUVERNEMENT PROVIDENTIEL
Nous le savons par le raisonnement et la foi — Nous le sentons par une expérience personnelle.
Nous le savons par le raisonnement et la foi. — Que nous contemplions l'univers, que nous élevions nos regards jusqu'à Dieu, que nous prêtions l'oreille à la voix du genre humain: de ces trois côtés nous viendra la certitude du gouvernement providentiel.
1° Contemplons l'univers. — La vue de ses merveilles suffirait seule à nous convaincre qu'une intelligence a présidé à sa vaste organisation. — Mais quand nous entrons dans le détail, que nous poursuivons l'étude de chaque règne de la nature, que nous nous arrêtons devant chaque être, nous demeurons stupéfaits de la précision et de la force des lois qui régissent cet immense ensemhle. Rien n'y est laissé au hasard ; tout y est conduit avec une étonnante sagesse, tout y est ramené à un ordre merveilleux. L'univers proclame invinciblement qu'il est gouverné par une intelligence et une puisance supérieures (1).
Que si d'apparents désordres déroutent notre contemplation, un rapide examen suffit à nous convaincre que le désordre lui-même, ramené par voies de représailles, de châtiments et d'expiation à la règle dont il s'est écarté, proclame à sa manière ce gouvernement d'en haut dont il semblait la négation (2).
(1) Sed et sine his uno spiritu poterant occidi, persecutionem passi ab ipsis factis suis, et dispersi per spiritum virtutis tuse ; sed omnia in mensura, et numéro, et pondère disposuisti.
Multum enim valere, tibi soli supererat semper ; et virtuti brachii tui quis resistet?
Quoniam tanquam rnomentum staterœ, sic est ante te orbis terrarum, et tanquam gutta roris antelucani quse descendit in terram.
Sed misereris omnium, quia omnia potes; et dissimulas peccata hominum, propter pœnitentiam.
Diligis enim omnia quse sunt, et nihil odisti eorum quœ fecisti; nec enim odiens aliquid constituisti, aut fecisti.
Quomodo autem posset aliquid permanere, nisi tu voluisses? aut quod a te vocatum non esset conservaretur?
Parcis autem omnibus, quoniam tua sunt. Domine, qui amas animas. (Sap. XL)
(2) Gonsumeturnequitia peccatorum, et diriges justum, scrutans corda et renés Deus.
Justum adjutorium meum a Domino, qui salvos facit rectos corde.
Deus judex justus, fortis et patiens : numquid irascitur per singulos dies?
Nisi conversi fueritis, gladium suum vibrabit: arcum suum tetendit, et paravit illum.
Et in eo paravit vasa mortis, sagittas suas ardentibus effecit.
Ecce parturiit injustitiam : concepit dolorem, et peperit iniquitatem,
Lacum aperuit, et effodit eum : et incidit in foveam, quam fecit.
(Psal. VIL)
2^ Elevons notre regard jusqu'à Dieu, — Dieuesl puissance. Goinmonl dès lors son œuvre lui échapperait-elle (1), comme une royauté trop faible laisse échapper les peuples révoltés? — Dieu est sagesse. Gomaiout sous un Dieu sage l'univers, qui est son œuvre, s'abîmerait-il clans le chaos? — Dieu est bonté Qi ce que ne font pas les pères de ce monde Dieu s en rendrait coupable, abandonnant, sans surveillance, sans règle, sans répression, ses créatures à toutes les chances de leurs passions et de leur ruine (2) !
3° Prêtons t oreille à la voix du genre humain tout entier. —
(1) Populum tuum, Domine, humiliaverunt, et hsereditatem tuam vexaverant.
Vidaam et advenam interfecerunt : et pupillos occiderunt.
Et dixerant: Non videbit Dominus, nec intelliget Deus Jacob.
Intelligite, insipientes in populo: et stulti aliquando sapite.
Qui plantavit aiirem, non audiet : aut qui finxit oculum, non considérât?
Qui corripit gentes, non arguet, qui docet hominem scientiam?
Dominus scit cogitationes hominum, quoniam vanse sunt.
Beatus homo, quem tu erudieris, Domine, et de lege tua docueris eum:
Ut mitigés ei a diebus nialis: donec fodiatur peccatori fovea.
Quia non repellet Dominus plebem suam : et haereditatem suam non derelinquet.
Quoadasque justitia convertatur in judicium : et qui juxtaillam omnes qui recto sunt corde.
Quisconsurget mihi adversus malignantes? aut quis stabit mecumadversus opérantes iniquitatem? (Psal. XGIII.)
(2) Dixitque ad discipulos suos : Ideo dico vobis : Nolite solliciti esse anima; vestrae quid manducetis, neque corpori quid induamini.
Anima plus est quam esca, et corpus plus quam vestimentum.
Gonsiderate corvos, quia non seminant, neque metunt, quibus non est cellarium, neque horreum; et Deus pascit illos. Quanto magis vos pluris estis illis!
Quis autem vestrumcogitando potest adjicere ad staturam suam cubitum unum?
Si ergo neque quod minimum est potestis, quid de ceteris solliciti estis?
Gonsiderate lilia quomodo crescunt: non laborant, neque nent; dico autem vobis, nec S.domon in omni gloria sua vestiebatur sicut unum ex istis.
Si autem fœnum, quod hoJie est in agro, et cras in clibanum mittitur, Deus sic vestit, quanto magis vos pusillse fîdei!
Et vos nolite quserere quid manducetis, aut quid bibatis, et nolite in sublime toUi;
Hsec enim omnia gentes mundi quaerunt. Pater autem vester scit quoniam his indigetis. (Luc. XII.)
Il se dresse pour proclamer le dogme de la Providence. — Partout et toujours il a élevé vers le ciel ses supplications ai ses cris de détresse: il croyait donc au secours qu'il en pouvait attendre, à l'intervention et à l'appui sur lesquels il pouvait compter? — Le genre humain a tremblé. Il a même tellement altéré en l'exagérant l'idée de providence, qu'il en a fait le fatalisme, cette force aveugle et inexorable qui enchaîne l'homme jusqu'à lui enlever toute initiative et tout mouvement. — Le genre humain partout et toujours a espéré. L'homme en môme temps qu'il s'est senti faible et impuissant, a compris qu'un secours d'en haut lui était un complément de force nécessaire et assuré.
Nous le sentons par une expérience personnelle. — Si' abandonnant ces inébranlables preuves, nous nous replions sur nous mêmes, une expérience personnelle les rend presque inutiles. — Sans préjudice de notre liberté, nous sentons que la trame de notre vie n'est pas ourdie par nous seuls. — Combien de fois, nous expérimentons l'inutilité de nos efforts et comment le succès d'une entreprise est dû à des causes mystérieuses qui ont agi en dehors de nous? Combien de fois à nos calculs déjoués, à notre initiative brisée et inerte, nous avons compris qu'une force étrangère et supérieure se substituait à nous. — Que d'événements qui surviennent malgré nous î — Quelle prospérité et quel succès dont nous reconnaissons n'être pas les auteurs! — Quelles calamités et quels effondrements dont nous n'avons pu, ni prévoir, ni écarter le malheur!
C'est donc avec une vérité saisissante que le Psalmiste chantait: «Domine, probasti me et cognovisti me; tu cognovisti sessionem meam et resurrectionen meam; omnes vias meas prsevidisti.... Tu cognovisti omnia, novissima et antiqua; tu formasti me et posuisti super me manum tuam. Mirabilis facta est scientia tua ex me; confortata est et non potero ad eam. »