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LE GOUVERNEMENT PROVIDENTIEL EST TOUT D'AMOUR ET DE BIENFAISANCE

Nous en avons pour garant la Nature divine. — La création entière. — Les affirmations suaves de Jésus-Glirist.

Nous en avons pour garant la Nature divine. — Dieu est défini : « Le Bien Suprême. » — Or il est de la nature du bien de se répandre: « Bonum sui diffusivum. » — Voyez, nous dit Saint Jean-Ghrysostome, ce soleil qui est lumière et chaleur. Est-il de sa nature de garder pour lui-même les trésors d'éclat qu'il renferme? Nullement. Par une expansion naturelle il se répand au dehors, il verse ses rayons sur les êtres qu'il vivifie et féconde. Voyez ces grandes eaux descendues des montagnes: loin de se renfermer en elles-mêmes, elles coulent avec une impétuosité généreuse et portent à travers de vastes régions leur riche abondance. — Ainsi est Dieu. Et, bien qu'il faille écarter de Lui toute idée de nécessité, bien qu'il reste libre de ses dons, sa nature nous les verse sans que jamais sa fécondité ne s'épuise. « Ut impleamini in omnem plenitudinem Dei » (1).

Par cela seul que Dieu intervient, veille sur nous, régit notre existence, demeurons assurés que cette Providence est pour nous toute de tendresse, d'amour, de bienfaits.

Nous en avons pour garant la création entière. — D'ailleurs pour nous convaincre des maternelles tendresses de la

(i) Nolite itaque errare, fratres mei dilectissimi.

Omne datum optimum, et omne donum perfectum desursum est, descendens a Pâtre luminum, apud quem non est transmutatio, necvicissitudinis obumbratio.

Voluntarie enim genuil nos verbo veritatis, ut simusinitiumaliquod creaturse ejus. (Jacob. L)

Providence que nous faut-il qif un simple regard jeté sur la Création. Avec le Psalniiste entendons la voix de tous les êtres; tous déclarent tenir de Dieu seul, non seulement l'existence, mais les bienfaits qui la soutiennent et la perpétuent. C'est à Dieu que la terre doit sa force et sa fécondité; c'est lui qui dirige le cours des grandes eaux, lui qui trace aux océans leurs frontières; c'est par son ordre que les fontaines jaillissent et que les grand tleuves roulent leurs eaux. A chaque être il a préparé sa pâture, à chaque être il a disposé sa demeure, son repaire et son nid. Lui seul fait croître les plantes et jaunir les moissons; seul il trace aux astres leur route; seul, en un mot, il est la vie, le mouvement, la force de ce vaste Univers : « Omnia, portans verbo virtutis sua\ » — Et si la Providence divine enveloppe de son étreinte maternelle les êtres inférieurs, que ne fera-t-elle point pour l'homme, roi et chefd'œuvre de l'univers (1)?

(1) Etenim neque herba, neque mahigina sanavit eos;sed tuus, Domine, sermo, qui sanat omnia.

Tu es enim, Domine, qui vitte et mortis habes potestatem, et deducis ad portas mortis, et reducis.

Homo autem occidit quidem per malitiam; et cum exierit spiritus, non revertetur, neo revocabit animam quce recepta est.

Sed tuam nianum elîugere impossibile est.

Negantes enim te nosse impii, per fortitudinem brachii tui flagellati sunt; novis aquis, et grandinibus, et pluviis persecutionem passi, et per ignem consumpti.

Quod enim mirabile erat, in aqua, quœ omnia exstinguit, plus ignis valebat; vindex est enim orbis justorum.

Quodam enim tempore man^uetabatur ignis, ne comburerentur qu£e ad impios missa erant animalia, sed ut ipsi videntes scirent quoniam Dei judicio patiuntur persecutionem.

Et quodam tempore in aqua supra virtutem ignis exardescebat undique, ut iniqune terme nationem exterminaret.

Pro quibus angelorum esca nutrivisti populum tuum; et paratum panem de cœlo prœstitisti illis sine labore, omne delectamentum in se habentem, et omnis saporis suavitatem.

Substantia enim tua dulcedinem tuam quam in lUios habes ostendebat, et deserviens uniuscujusque voluntati, ad quod quisque volebat convertebatur.

Nix autem et glacies sustinebant vim ignis, et non tabescebant, ut scirent quoniam fructus inimicorum exterminabat ignis ardens in e:randine et pluvia coruscans;

Hic autem iterum ut nutrirentur justi etiam suce virtutis oblitus est.

Greatura enim tibi Factori deserviens, exardescit in tormentum adversus injustos, et lenior fit ad benefaciendum pro his qui in te confidunt. (Sap. XVI.)

Nous en avons pour garant les paroles de Jésus-Christ.

— C'est la conciusiOQ que tirait Jésus-Christ pour nous affirmer l'existence et les bienfaits d'une divine providence. Plus qae toute démonstration les délicieuses paroles du divin Maître convaincront notre esprit en touchant notre cœur. — Jésus commence par nous rappeler notre faiblesse et notre impuissance. Si l'enfant ne peut rien sans sa mère, que pouvonsnous par nous-mêmes, nous plus faibles et plus impuissants (jue le nouveau-né? « Qui de vous peut seulement, dit Jésus- Christ, ajouter une coudée à sa taille ? Qui blanchir un seul de ses cheveux? » — Mais si notre impuissance est absolue, perpétuelle est la sollicitude de la Providence sur nous. « Ne soyez donc pas inquiets ni pour la nourriture ni pour le vêtement; voyez ces corbeaux qui ne sèment ni ne moissonnent, qui n'ont ni aires ni greniers, et Dieu les nourrit. Voyez ces lys des champs que Dieu revêt plus magnifiquement que ne l'était Salomon dans sa gloire. »

A chaque manifestation de la Providence sur les êtres les plus infimes Jésus concluait : « Combien vous autres valezvous plus?... » Combien Dieu mettra plus de sollicitude à vous donner la nourriture et le vêtement (1)?

(I) Et nolite timere eos qui occidunt corpus, animam autem non possunt occidere: sed pntius timete eum qui potest et animam et corpus perdere in gehennam.

Nonne duo passeres asse vaeneunt: et unus ex illis non cadet super terram sine Pâtre vestro?

Vestri autem capilli capitis omnes numerati sunt.

Nolite ergo timere: multis passeribus meliores estis vos.

(Matth.)

LES CARACTERES DU GOUVERNEMEiNT PROVIDENTIEL

Le gouvernement de la Providence est à la fois très obscur et très lumineux, très fort et très doux.

Le gouvernement providentiel est inaccessible dans ses secrets. — Dieu, qui nous a éclairés sur tant et do si sublimes mystères, s'est néanmoins réservé des secrets de gouvernement. Et quand nous nous trouvons placés en face de quelqu'un de ces insondables abîmes, nous reconnaissons le droit inaliénable de Dieu à nous en cacher les profondeurs. En vain essayerions-nous de scruter l'abîme delà prédestination. En vain chercherions-nous à surprendre le secret de la perte des uns, du salut des autres. En vain prétendrions-nous comprendre les chemins divers par où Dieu nous fait passer. Pourquoi la vie des uns n'est-elle qu'une longue calamité ? Pourquoi la route des autres est-elle si douce et si semée de fleurs? En vain porterions nous un regard téméraire sur les profondeurs cachées de la Justice. En vain même demanderions-nous à la miséricorde la raison de ses amnisties inattendues.

En tous ces secrets providentiels Dieu se montre tel qu'il est, inaccessible à nos regards, fermé à nos investigations, maître absolu de toutes choses, dominateur suprême qui n'a pas à nous rendre compte de son gouvernement (1).

(1) Dicit enim Scriptura Pharaoni: Quia in hocipsum excitavi te, ut ostendamin te virtutem meam, et ut annuntietur nomen meum in universa terra.

Ergo cujus vult miseretur, et quem vult indurat.

Dicis itaque mihi : Quid adhuc queritur? voluntati enim ejus quis resistit?

0 homo, tu quis es, qui respondeas Deo? Numquid dicit fîgmen» tum ei qui se finxit: Quid me fecisti sic?

528 PROMDENCE DIVINE

Quand devant ces abîmes notre œil palpite et nos genoux tremblent, rappelons-nous toujours qu'un Dieu infiniment sage ne fait rien au hasard; qu'un Dieu infiniment juste ne peut commettre l'iniquité; qu'un Dieu infiniment bon ne peut agir qu'avec une bonté infinie (1).

Le gouvernement providentiel est lumineux dans son terme final. — Sans doute Dieu nous oppose dans son gouvernement providentiel des secrets qu'il nous oblige à respecter. Néanmoins des fils conducteurs peuvent nous diriger quelque peu au sein de ces obscurités. Tel détail qui nous parait déplacé et discordant se rectifie dans l'harmonie de l'ensemble. Que d'un vaste tableau de Michel-Ange on ne nous montre qu'un point : quelle monstruosité! Et quand l'œuvre entière se découvre, ce détail si monstrueux s'encadre et s'harmonise. — Songeons de plus que l'heure actuelle est une heure de confusion provisoire. Dieu travaille à un plan dont l'éternité seule verra l'achèvement et la plénitude (2). Et même, dès ici-bas, combien de ces choses que nous nommions les injustices de la Providence rentrent, quand nous en attendons la fin, dans une équité et un ordre admirable? — Sur une de ces prétendues iniquités providentielles, écoutons le Psalmiste : « Peu s'en faut, dit-il, que mes pieds n'aient chancelé quand j'ai, avec indignation, considéré la prospérité des méchants. » La tentation se fait terrible, le blasphème effleure son âme : « Quomodo scit Deus et si est scientia in Excelso? » « Et dixi : ergo sine causa justifîcavi cor meum? » — Puis, quand le Psalmiste a découvert la fin misérable du pécheur et les représailles

An non habet potestatem figulus luti ex eadem massa facere aliud quidem vas in honorem, aliud vero in contumeliam?

Quod si Deus volens ostendere iram, et notam facere potentiam suam, sustinuit in multa patientia vasa irse, apta in interitum;

Ut ostenderet divitias gioriœ suse in vasa misericor dise quseprseparavit in gloriam.

Quos et vocavit non solum ex Judaeis, sed etiam ex gentibus.

(Rom. IX.)

(1) Quid dicemus? Numquid iniquitas apud Deum? Absit.

(Rom. IX.)

(2) Vidi sub sole, in loco judicii impietatem, et in loco justitiae iniquitatem: et dixi in corde meo : justum et impium judicabit Deus et tempus omnis rei tune erit. (Eccle. III.)

finales de la Justice, le mystère providentiel, si obscur d'abord, s'illumine à ses yeux (1).

Le gouvernement providentiel est à la fois invincible et doux. — N'attendons pas de la Providence les indécisions, les faiblesses, les reculs des autorités humaines. « Attingit a fine usque ad finem fortiter. » Dieu nous mène avec ce que le Psalmiste appelle « Virga ferrea. » Et il le faut sous peine de laisser un inexprimable désordre s'introduire dans le monde.

Mais, si le gouvernement providentiel est inflexible^ qu'il est doux aussi, maternel et condescendant! « Disponit omnia suaviter. » Quelle longanimité et quelle patience ! Quelle délicatesse et quelle précaution! Quand Dieu touche à nos âmes, quand il entraîne notre volonté, quand il se rend maître de notre cœur, quand il brise nos résistances, quand il rectifie nos voies, quel respect de notre liberté! quelle incomparable science à nous mouvoir sans nous violenter!

(1) Redime me a calumniis hominum, ut custodiam mandata tua.

Faciem tuam illumina super servum tuum, et doce mejustificationes tuas.

Exitus aquaruni deduxerunt oculi mei, quia non custodierunt legem tuam.

Justus es, Domine, et rectum judicium tuum.

Mandasti justitiam testimonia tua, et veritatem tuam nimis.

Tabescere me fecit zelus meus, quia obliti sunt verba tua inimici mei.

Ignitum eloquiumtuum vehementer,et servus tuusdilexit illud.

Adolescentulus sum ego, etcontemptus: justificationes tuas non sum oblitus.

Justitia tua, justitia in seternum: et lex tua veritas.

(Psal. GXVIII.)

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