‹ Guide du prêtre dans ses prédications choix et développements des sujetsChapitre 28 sur 138 · C'EST LE SANG EXPIATEUR · texte numérisé non relu

C'EST LE SANG EXPIATEUR

L'effusion du Sang divin était nécessaire; — elle est perpétuelle; — elle doit être partagée.

L'effusion du sang était nécessaire. — Un mot formidable plane sur l'histoire humaine tout entière. « Sine sanguine, dit l'Apôtre, non fit remissio. » A l'efluSion du sang toute seule Dieu accorde le pardon des outrages dont il est l'objet (1). Scrutons cette grave doctrine. Comprenons-la :

i^ Par la nature du péché. — Trois caractères dans le péché : — Un affranchissement sacrilège, une revendication illégitime de notre être et de notre vie (2). — Une volupté que nous nous accordons au mépris des divines défenses. — Un orgueil insupportable qui nous fait nous égaler à Dieu en méprisant sa parole, ses lois, ses promesses, ses menaces. Tel est le péché.

(1) Sine sanguinis effusione non fit remissio. (Hsebr. IX.)

(2) Mulieri quoque dixit : Multiplicabo serumnas tuas, et conceptus tuos : in dolore paries lilios, et sub viri potestate eris, et ipse dominabitur tui. Adae vero dixit : Quia audisti vocem uxoris tuye, et comedisti de ligno, ex quo prseceperam tibi ne comederes, maledicta terra in opère tuo : in laboribus comedes ex ea cunctis diebus vitae tua^. Spinas et tribulos germinabit tibi, et comedes herbam terrse. In sudore vultus tui vesceris pane, donec revertaris in terram de qua sumptus es : quia pulvis es, et in pulverem reverteris. Et vocavit Adam nomen uxoris suœ Eva, eo quod mater esset cunctorum viventium. (Gènes. III.)

2° Par la nature de t expiation, — L'insolente créature qui s'est dressée contre une majesté infinie n'expiera que par l'eifusion de son sang. De là le mot terrible dit par Dieu à la première prévarication : « Tu mourras de mort. » Donnant sa vie, répandant son sang, la créature coupable s'offrira à Dieu sous un triple aspect d'expiation. La voici anéantie; elle est douloureuse; elJe est dans l'ignominie de l'impuissance et du néant

Si Dieu se contente d'une satisfaction disproportionnée et (inie, c'est le sang d'une pure créature qui coulera. Mais si, Majesté infinie, Dieu prétend à une satisfaction inlinie, ce n'est plus 1(3 sang de l'homme mais le Sang d'un Homme- Dieu qui devra couler (1).

L'effusion du sang fut perpétuelle. — Le Sang divin coulera. Mais d'abord, durant de longs siècles, il sera représenté par le sang figuratif des victimes. A celui qui n'a pas la clef du mvstère, sous quel étrange aspect apparaît le monde durant quatre mille ans ! Partout le sang coule; partout la religion a pour fondement et pour raison d'être l'eifusion du sang — Dans le peuple juif, sous la loi mosaïque, le sang des victimes ne cesse d'être répandu; le culte entier est arrosé de sang; le sang inonde le temple et son aspersion purifie le peuple élu tout entier (2). — Au dehors, au sein des nations ido-

{\) Gur timebo in die mala? iniquitas calcanei rnei circumdabit me.

Qui confidunt in virtute sua, et in miiliitudine divitiarum suarum gloriantur.

Frater non redimit, redimet homo : non dabit Deo placationem suam,

Et pretium redemptionis animae suce : etlaborabit in geternum, et vivat adhuc in finem.

Non videbit interitum, cum viderit sapientes morientes : simul insipiens et stultus peribunt. (PsaL XLVIII.)

(2) Ghristas antem assistons pontifex faturorum bonorum, per amplius et perfectius tabernaculuin non manufactunri, id est non hujus creationis.

Neque per sanguinem hircorum et vitulorum, sed per proprium sanguinem introivit semel in Sancta, ieterna redeaiptione inventa.

Si enim sanguis hircorum et taurorum, et cinis vitulse aspersus, inquinatos sanctificat ad emundationem carnis;

Quanto magis sanguis Ghristi, qui per Spiritum sanctum semetipsum obtulit immaculatum Deo, emundabit conscientiam nostram ab operibus mortuis, ad serviendum Deo viventi !

Et ideo novi testamenti mediator est, ut morte intercedente, in

làtres, même sanglant phénomène ; partout le sacrifice, l'immolation, l'effusion du sang.

Au jour de la Rédemption, quand cessent les figures et que la réalité apparaît, quand l'Homme-Dieu Rédempteur vient dans le monde pour sauver le monde, il y vient répandre son sang. — A peine né, il le répand à la Circoncision (1). — A Gethsemani, où nous le voyons écrasé sous les péchés de l'humanité, le Sang inonde son corps sacré (2). — A la fiagellation ce Sang coule à grands fiots. — A la Croix, le coup de lance du soldat en fait couler les dernières gouttes.

redemptionem earum prsevaricationum quse erant sub priori testamento, reproinissionem accipiant qui vocati sunt seternœ haereditatis.

Ubi enim testamentum est, mors necesse est intercédât testatoris : Testameiituin enim in mortuis confirmatum est : alioquin nondiim valet, dum vivit qui testatus est. Unde nec primum quidem sine sanguine dedicatum est. Lecto enim omni mandato legis a Moyse universo populo, accipiens sanguinem vituiorum et hircorum cum aqua et lana coccinea et iiyssopo, ipsum quoque librum et omnem populum aspersit, Dicens : Hic sanguis testamenti quod mandavit ad vos Deus. Etiam tabernaculum et omnia vasa ministerii sanguine similiter aspersit,

Et omui 1 pêne in sanguine secundum legem mundantur; et sine sanguinis effusione non fit remissio.

Necesse est ergo exemplaria quidem cœlestium his mundari : ipsa autem cœlestia melioribus hostiis quam istis.

Non enim in manufacta Sancta Jésus introivit, exemplaria verorum, sed in ipsum cœlum, ut appareat nunc vultui Dei pro nobis; Neque ut sœpe offerat semetipsum quemadmodum pontifex intrat in Sancta per singulos annos in sanguine alieno :

Alioquin oportebat eum fréquenter pati ab'origine mundi : nunc autem semel in consummatione sseculorum, ad destitutionem peccati, per hostiam suam apparuit.

Et quemadmodum statutum est hominibus semel mori, post hoc autem, judicium :

Sic et Ghristus semel oblatus est ad multorum exhaurienda peccata; secundo sine peccato apparebit exspectantibus se, in salutem. (Hœbr. IX.)

(1) Et postquam consummati sunt dies octo ut circumcideretur puer, vocatum est nomen ejus Jésus, quod vocatum est ab Angelo priusquam in utero conciperetur. {Luc. II.)

(,2) Et factus est sudor ejus, sicut guttae sanguinis decurrentis in terram.

Et quum surrexisset ab oratione, et venisset ad discipulos suos, invenit eos dormientes prse tristitia.

Et ait illis : Quid dormitis? surgite, orate, ne intretis in tentationem. (Luc. XXII.)

(( Voilà l'Homme I » Voilà le « Second Adam » expiant par l'effusion du sang le crime du premier.

L'effusion du sang doit être partagée. — Le Sang du Christ ne peut couler seul. A lui doit se joindre le sang de l'humanité rachetée.

C'est une magnifique et profonde doctrine que nous, les rachetés, les baptisés, nous ne faisons plus qu'un avec Jésus-Christ; « un seul corps, » dont il est « le chef » et dont nous sommes les membres (1).

1** Notre sang doit donc couler avec le sang divin. — D'abord parce que nous sommes les seuls vrais coupables. Ensuite parce que nous appartenons à la famille chrétienne, qui ne doit son salut qu'à l'effusion du Sang. Enfin parce que ne faisant qu'un avec le Christ, une doit être la vie, une doit être la mort. « Mortui in Christo. »

2° Comment verserons-nous notre sangl — Si Dieu l'exige, par l'immolation complète du martyre (2). — Par la douleur, les souffrances, les larmes sanglantes; par le brisement de tout notre être sous le pressoir de l'infortune. — Le plus

(i) Quid ergo dicemus? permanebimus in peccato ut gratia abundet?

Absit. Quienim mortui sumus peccato, quomodo adhuc vivemus in illo?

An ignoratis quia quicumque baptizati sumus in Christo Jesu, in morce ipsius baptizati sumus?

Gonsepulti enim sumus cum illo per baptismum in mortem; ut quomodo Ghristus surrexit a mortuis per gloriam Patris, ita et nos in novitate vitae ambulemus.

Si enim complantati facti sumus similitudini mortis ejus simul et resurrectionis erimus.

Hoc scientes quia vêtus homo noster simul crucifixus est, ut destruatur corpus peccati, et ultra non serviamus peccato.

Qui enim mortuus est, justiflcatus est a peccato.

Si autem mortui sumus cum Christo, credimus quia simul etiam vivemus cum Christo;

Scientes quod Ghristus resurgens ex mortuis jam non moritur, mors illi ultra non dominabitur.

Quod enim mortuus est peccato, mortaus est semel ; quod autem vivit, vivit Deo.

V a et vos existimate, vos mortuos quidem esse peccato, viventes autem Deo in Ghristo Jesu Domino nostro. (Rom. V.)

(2) Et qui non accipit crucem suam et sequitur me, non est me diornus.

Qui invenit animam suam, perdet illam; et qui perdiderit animam suam propter me, inveniet eam. (Matth. X.)

ordinairement par la mortification ciirétienne, qui ensanglante le cœur et la volonté, meurtrit les passions, fait mourir en nous les vices.

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