LE BIENFAIT DE CETTE GLOIRE
Plus Marie nous apparaît « pleine de grâce, » pleine de gloire, revêtue de puissance, associée à Dieu dans ses œuvres, dispensatrice de ses munificences : plus nous devons bénir, daas la gloire de notre Mère, le riche bénéfice qui nous en revient. — Les Pères ont défini Marie : « Une toute-puissance en prière, » « Omnipotentia supplex (1). « Ce mot <( supplex » est indispensable pour mettre Marie au rang des simples créatures et laisser à Dieu « l'inaccessible lumière qu'il habite. » — Mais, cette réserve faite, ne craignons plus d'attribuer à Marie une puissance pour ainsi dire sans limites.
(j) Dixeruntque pueri régis ac ministri ejus : Quserantur régi puellce virgines ac speciosœ;
Et mittantur qui considèrent per universas provincias puellas speciosas et virgines, et adducant eas ad civitatem Susan, et tradant eas in domum feminarum sub manu Egei eunuchi, qui est prœpositus et custos mulierum regiarum; et accipiant mundum muliebrem, et cetera ad usus necessaria.
Et qusecumque inter omnes oculis régis placuerit, ipsa regnet pro Vasthi. Piacuit sermo régi; et ita, ut suggesserant, jussit fieri.
Nomine vocabatur Esther, et utrumque parentem amiserat; pulchra nimis, et décora facie. Mortuisque pâtre ejus ac matre, Mardochaeus sibi eam adoptavit in filiam.
Gumque percrebuisset régis imperium, et juxta mandatum illius multae pulchrse virgines adducerentur Susan, et Egeo traderentur eunucho, Esther quoque inter ceteras puellas ei tradita est;, ut servaretur in numéro feminarum.
Qu8e piacuit ei, et invenit gratiam in conspectu illius; et prsecepit eunucho ut acceleraret mundum muliebrem, et traderet ei partes suas, et septem puellas speciosissimas de domo régis, et tam ipsam quam pedissequas ejus ornaret atque excoleret.
(Esther.)
d44 LA GLOIRE EN MARIE
— Cette puissance elle la tire à la fois de Dieu le Père, de Dieu le Fils, de Dieu le Saint-Esprit.
Elle la tire de Dieu le Père. — Magnifique rapprochement 1 J'entends sortir de la bouche de Dieu un « fiât » toutpuissant (1). Un autre « fiât » s'échappe des lèvres de Marie et lui fait écho.
1° Le <( fiât » divin. — Quand Dieu, une première fois le prononce, le néant s'émeut et s'entr'ouvre, les mondes jaillissent, l'univers se pare de ses splendeurs. — A un second «fiât » l'homme est créé, l'homme, le favori de Dieu, le centre de toutes les créations, l'être immortel fait pour la gloire.
— Le troisième « fiât «de Dieu est d'une ineffable efficacité; il fait jaillir les merveilles de l'Incarnation et de la Rédemption.
2° Le « fiat » de Marie, — L'oserons nous dire ? Quand Dieu décrète l'Incarnation, et, par elle, la Rédemption du monde, il attend, il réclame, il fait demander par un Ange à la Vierge de Nazareth son « fiat » décisif. Et le Verbe ne so fait chairque quand la Vierge a dit « fiat mihi secundum verbum tuum. » — C'est donc Ju « fiat » de Marie que nous recevons le Verbe Fils de Dieu, Sauveur du monde, « In quo, dit Saint Paul, sunt omnes thesauri. » — Qui ne voit la conséquence ? L'Homme-Dieu nous vient par Marie, l'Homme-Dieu renferme en lui toutes les grâces: toute grâce nous viendra donc par Marie.
Elle la tire de Dieu le Fils. — D'ailleurs faut-il tant raisonner ? Quelle grâce un tel fils refusera-t-il à une telle mère ?... Quelle grâce lui a-t-il refusée sur la terre ? Auquel de ses désirs s'est-il dérobé? A laquelle de ses volontés ne s'est-il pas filialement soumis (2) ? Jugeons des scènes du ciel par celles qui se sont déroulées sur la terre. Apprécions
(1) In principio creavit Deus cœlum et terram.
Terra autem erat inanis et vacua, et tenebrai erant super faciem abyssi; et Spiritus Dei ferebatur super aquas.
Dixitque Deus : Fiat lux. Et facta est lux.
Et vidit Deus lucem quod esset bona. Et divisit lucem a tenebris.
Appellavitque lucem Diem, et tenebras Noctem. Factumque est vjspere et mane, dies unus.
Dixit quoque Deus : Fiat lirmamentum in medio aquarum, et dividat aquas ab aquis.
Et fecit Deus lirmamentum. (Gènes. I.)
(2) Et erat subditus illis. (Luc. II.)
la puissance de Marie durant tous les siècles par la Puissance
qu'elle a exercée sur son fils durant le temps de sa vie mortelle.
Elle la tire de Dieu TEsprit-Saint. — Ce mot de l'Evangile : « gratia plena, » et cet autre : « Spiritus superveniet in te, » que nous indiquent-ils, sinon qu'un fleuve de grâces débordera sur nous, qu'un océan de grâces remplira notre terre ?
Saint Paul a prononcé sur l'Homme-Dieu ces étonnantes paroles: «Decebat... Auctorem salutisper passionem consummare. » — Tel fut donc le plan de la Rédemption : elle devait être accomplie par la douleur; plan d'une sagesse infinie, car la douleur achevait avec une merveilleuse puissance le grand ouvrage de la réconciliation et de la restauration du monde déchu. — Par la douleur une expiation adéquate était donnée aux voluptueuses revendications du péché. — La douleur, le brisement, l'anéantissement du coupable, émouvaient le cœur de Dieu et désarmaient sa Justice. — La douleur, les plaies sanglantes d'un innocent Abel, brisaient par le repentir l'obstination de l'homme coupable. — Enfin la douleur devenait la grande école de la vie et le principe de toute notre sanctification.
Si, parlant de la douleur de Jésus-Christ, Saint Paul a pu dire « qu'elle convenait, » comment Marie y eût-elle échappé? Gomment la Mère de « l'Homme de douleur » pouvait-elle ne pas être « la Reine des martyrs? » — Etudions donc la douleur en Marie. Considérée en elle-même elle est immense, dans ses causes elle est intense, dans ses fruits elle est féconde.