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C'EST UNE DOULEUR FECONDE

Si la douleur de Marie s'unit en tout à la douleur de l'Homme-Dieu, elle ne s'en peut séparer dans les fruits. Assurément une seule douleur a sauvé le monde, c'est la douleur de l'Homme-Dieu (1), comme un seul Médiateur a pu

(i) Vere languoresnostrosipse tulit, et dolores nostrosipse portavit ; et nos putavimus eum quasi leprosum, etpercussum a Deo, et humiliatum.

Ipseautem vulneratusestpropter iniquitatesnostras,attritus est propter scelera nostra ; disciplina pacis nostrae super eum, et livore ejus sanatisumus.

Omnes nos quasi oves erravimus, unusquisque in viam suam declinavit ; et posuitDominusin eo iniquitatem omnium nostrum.

Oblatus est quia ipse voluit, et non aperuit os suum ; sicutovis ad occisionem ducetur ; et quasi agnus coram tondente se obmutescet,et non aperiet os suum.

De angustia, et de judicio sublatus est. Generationem ejus quis enarrabit ? quia absci:.sus est déterra viventium. Propter sçeluspopuli mei percussi eum.

Et dabit impios pro sepultura, et divitem pro morte sua,eo quod iniquitatem non fecerit, neque dolus fuerit in ore ejus.

Et Dominus voluit conterere eum in infirmitate. Si posuerit pro peccato aniraam suam, videbit semen longsevum, et voluntas Domini in manu ejus dirigetur.

Pro eo quod laboravit anima ejus, videbit et saturabitur. In scientiasua justificabit ipse justus servus meus multos, et iniquitates eorum ipse portabit.

Ideo dispertiam ei plurimos, et fortium dividet spolia, pro eo quod

s'interposer entre le genre humain coupable et la justice divine, et ce Médiateur unique c'est Jésus-Christ (i). — Rien néanmoins ne nous empoche d'unir ici comme en tout le reste, la Mère avec le Fils, ni d'associer Marie au grand mystère de la Rédemption. — Avec son Fils elle réconcilie le monde; avec son Fils elle enfante l'Eglise et devient la vraie « Mère des vivants. » Gomme son Fils, Marie se fait compatissante « par le souvenir de ses propres douleurs. » (2)

Marie associée par sa douleur à la réconciliation. — La

réconciliation du monde avec Dieu se fait à la croix. Saint Paul nous redit cette doctrine dans chacune de ses Epîtres(3). A la croix s'écroule la muraille de séparation ; l'édit de condamnation se déchire; la malédiction fait place au pardon, la haine cède devant l'amour. Tel est l'effet de la douleur, tel est le fruit du sang, telle est la puissance de la divine expia-

tradidit in mortem animam suam, et cum sceleratis reputatus est, et ipse peccata multorum tulit, et pro transgressoribus rogavit.

(Isaï. LUI.)

{{) Omnes homines vult salvos fieri, et ad agiiitionem veritatis venire.

Unus enimDeus, unus etmediator Dei et hominum homo Ghristus Jésus :

Qui dédit redemptionem semetipsum pro omnibus, testimonium temporibus suis : (I Tim. IL)

(2) Habentes ergo pontificem magnum qui penetravit cselos, Jesum filium Dei, teneamus confessionem.

Non enim habemus pontificem qui non possit compati infirmitatibus nostris ; tentatum antem per omnia pro similitudine absque peccato.

Adeamus ergo cum fiducia adthronum gratise, ut misericordiam consequamur, et gratiam inveniamus in auxilio opportuno.

(Hsebr. IV.)

(3) Et vos, quum mortui essetisin delictis etpraeputio carnis ves- Irse, convivificavit cum illo, donans vobis omnia delicta, t-^.

Delensquod adversus nos erat chirographum decreti, quod erat contrarium nobis, et ipsum tulit de medio, affigens illud cruci :

Et exspolians principatus et potestates traduxit confidenter, palam triumphans illos in semetipso.

Nemoergo vos judicetin cibo, autin potu,'aut in parte diei festi, aut neomenise, aut sabbatorum :

Quse sunt umbra futurorum : corpus autem Ghristi.

Nemo vos seducat, volens in humilitate, et religione angelorum, quae non vidit ambulans, frustra inflatus sensu carnis suae.

Et non tenens caput, ex quo totum corpus pernexus et conjunctiones subministratum et constructumcrescit in augmentum Dei.

(Goloss. IL)

tion. Dieu ne peut, sans fléchir, contempler l'agonie et la mort de son Fils.

Mais pouvons-nous croire que le regard divin no s'est pas repose sur les douleurs, les larmes, l'agonie, de la Mère? Est-il téméraire d'affirmer que Marie, par sa douleur, fut associée puissamment à l'œuvre de la réconciliation du monde?

Marie associée à Tenfantement de l'Eglise. — C'est une doctrine des plus fermes et des plus assurées que Jésus-Christ, dans le sommeil douloureux de la croix, enfanta l'Eglise, comme du premier Adam, au paradis terrestre, Dieu tira Eve la première mère du genre humain. — Jésus-Christ donc enfante à la croix l'humanité nouvelle, la glorieuse famille des enfants de Dieu.

Mais que sera Marie pour cette famille ? Jésus-Christ même la déclare sa mère, la mère des élus, la mère de tous les chrétiens. Une même douleur associe donc Marie au même enfantement (1).

Marie compatissante à nos propres douleurs. — Saint Paul, en plusieurs endroits de ses Epîtres, revient sur cette belle idée que les douleurs, dont il a rempli sa carrière mortelle, Jésus-Christ les fait servir à son rôle de consolateur et de Sauveur. « Par tout ce qu'il a souffert il est, dit l'Apotre, devenu capable de compatir à tout. » Et encore: « Nous n'avons pas un Pontife qui ne sache pas compatir à nos misères. Lui qui a daigné tout souffrir. »

Douloureuse comme lui, Marie ne manquera pas d'être compatissante comme Lui. Et s'il nous manquait un titre à la confiance que nous lui devons, réfugions-nous dans sa douleur.

{\) Stabant autem juxta crucem Jesu mater ejus et soror matris ejus Maria Gleophae, et Maria Magdalene.

Quum vidisset ergo Jésus matrem, et discipulum stantem quem diligebat, dicit matri suds : Mulier, ecce filius tuus.

Deinde dicit discipulo : Ecce mater tua. Et ex illa hora accepit eam discipulus in sua. (Joan. XIX.)

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