AMOUR SUPPLIANT
Jamais une mère n'est plus mère qu'au chevet de son enfant malade. Si un cœur maternel s'épanouit délicieusement dans la réciprocité de l'amour, il montre son suprême héroïsme à recueillir et à étreindre un prodigue. — Comptons sur notre Mère et jamais ne désespérons de son cœur.
Hélas I ce caractère de notre piété filiale envers Marie est celui que nous ferons le plus souvent apparaître.
Dans quel état revenons-nous à notre Mère? — i^ Parfois nous lui revenons avec une piété mourante. De longues négligences, des éloignements mortels, nous ont fait perdre notre ferveur d'autrefois. La prière est presque muette sur nos lèvres, parce que l'amour divin est éteintdansnos cœurs. A peine nous souvenons-nous du chemin de l'église; la Table Sainte ne nous voit plus qu'à de longs intervalles. Une parole formidable gronde sur nous : « Utinam frigidus esses aut calidus; sed quiatepidus es incipiamte evomere ex oremeo. » Que deviendra ce malade si l'anémie qui le brise s'accentue quelque peu encore?
Que deviendra le figuier s'il s'obstine à refuser son fruit et si une sève défaillante ne le nourrit presque plus?... (1)
2° Parfois nous lui revenons avec une âme dissipée et mon-
(1) Dicebat autem et hanc similitudinem : Arborera fici habebat quidam plantatam in vinea sua, et venit quaorens fructum in illa, et non invenit.
Dixit autem ad cultorem vinese : Ecce anni très sunt ex quo venio quaerens fructum in ficulnea hac, et non invenio ; succide ergo illam ; ut quid etiam terram occupât ?
At ille respondens, dicit illi : Domine, dimitte illam et hoc anno, usquedum fodiam circa illam et mittam stercora.
Et si quidem fecerit fructum ; sin autem, in futurum succides eam. (Luc.XIII.)
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daine, — Les affaires ou les plaisirs nous emportent loin de Dieu, et, dans ce tumulte incessant, dans ce mortel tourbillon du monde, nous n'avons plus ni pour notre âme un souvenir, ni pour notre salut une préoccupation, ni pour nos dangers une inquiétude salutaire, ni pour Dieu un reste d'amour : « De terra terrenus. »
3° Parfois nous lui revenons avec une foi ébranlée, — Combien est pire ce dernier état! Combien plus pressant ce danger ! Que reste-t-il à une âme, quand ses croyances sont en ruine? quand elle n'a plus en son avenir divin qu'une vague et incertaine espérance? Oh! que notre âme est malade quand la vie de la foi s'est diminuée en elle! Que nos pas sont chancelants! Que la route de la vie se fait sombre et dangereuse, quand la lumière révélée a cessé d'y resplendir! (c Marchez, disait le divin Maître, tandis que la lumière vous reste, car celui qui chemine au sein des ténèbres ne sait plus où il va. » — Etat trop ordinaire d'un grand nombre d'âmes à notre époque. Sans avoir renié les croyances chrétiennes, elles n'y sont plus que faiblement rattachées. De là à l'indifférence le chemin est court et rapidement franchi. Le Psalmiste disait « Credidi propter quodlocutus sum. » Ces âmes ne croient plus qu'à peine; tout en elles devient muet et leur vie chrétienne n'a plus qu'une faible apparence de vie(l).
4° Parfois nous lui revenons chargés de fautes graves. — Nous disons avec le Psalmiste : « ïempestas demersit me m... Notre histoire est celle du prodigue de l'Evangile. De Tinvigilance nous sommes tombés dans la tentation; de la tentation dans la faute grave; de la faute dans l'habitude, et nous voici dans cette « terre lointaine >>, dans cet exil que nous a fait
(4) Timeamus ergo ne forte relicta poUicitatione introeundi in requiem ejus, existimetur aliquis ex vobis déesse.
Etenim et nobis nuntiatum est, quemadmodum et illis: sed non profuit illis sermo auditus, non admistus fidei ex iis quae audierunt.
Ingrediemur enim in requiem, qui credidimus ; quemadmodum dixit : Sicut juravi in ira mea ; si introibunt in requiem meam, et quidem operibus ab institutione mundi perfectis.
Dixit enim in quodam loco de die septima sic : Et requievit Deus die septima ab omnibus operibus suis.
Et in isto rursum : Si introibunt in requiem meam.
Quoniam ergo superest introire quosdam in illam, et ii quibus prioribus annuntiatum est, non introierunt propter incredulitatem.
(Hsebr. IV.)
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le péché, nus et dépouillés, déshonorés et condamnés, « sans Christ, sans Dieu, en ce monde. »
Comment nous secourra Marie? — Que nous resterait-il d'espérance? Que deviendrait cet enfant malade, s'il ne lui restait sa mère? 0 délicieuse espérance! 0 fortifiant amour ! Rien n'est perdu pour une âme tant que Marie lui reste. Si, dit Saint Bernard, je suis terrifié en songeant aux divines justices et aux châtiments qu'elles me réservent,je lève les yeux vers Jésus Médiateur et Sauveur... Et si, redoutant en Jésus cette divinité que j'y vois unie à ma nature, je me prends à trembler de nouveau, je me tourne alors vers ma Mère, vers Marie.
Si je me vois sans ferveur : Marie est « la mère du pur amour. » — Si le monde, m'emportant dans ses tourbillons, m'a séparé de Dieu pour me jeter dans une terre d'impiété désolante : Ma mère, compatissante à mes cris, me viendra chercher dans cet exil. — Si ma foi est mourante : Marie a donné au monde la lumière de la vérité, — Si le péché a tué mon âme : Marie me redonne le Verbe de vie.