L'AMABILITE DANS SON TYPE DIVIN
La suavité infinie c'est le Dieu Gréatenr. — La suavité Incarnée c'est le Verbe fait chair. — La suavité reflétée c'est la Vierge Marie.
L'amabilité infinie c'est le Dieu Créateur.— «Suavisuniversis Deus. » Telle est Tune des aimables définitions de Dieu dans les Psaumes. Et combien elle est justifiée t
i^La suavité divine se peint dans la nature, — C'est une belle et profonde révélation de Saint Paul que Dieu dans la création, dans les splendeurs de l'univers, ne manifeste pas seulement son existence, mais aussi ses perfections (1). « Invisibilia ipsiusacreaturamundi conspiciuntur. » Les grandioses scènes, les fleuves bondissants, les hautes montagnes, les océans sans rivage, nous peignent son immensité (2). L'in-
{{) Quia quod notum est Dei, manifestum est in illis; Deus enim illis manifestavit.
Invisibilia enim ipsius, a creatura mundi per ea quse facta sunt, intellecta, conspiciuntur; sempiterna quoque ejus virtus, et divinitas. (Rom. L)
(2) Qui descendunt mare in navibus, facientes operationem in aquis multis :
Ipsi viderunt opéra Domini, et mirabilia ejus in profundo.
Dixit, et stetit spiritus procellae : et exaltati sunt fluctus ejus.
Ascendunt usque ad caelos, et descendunt usque ad abyssos anima eorum in malis tabescebat.
Turbati sunt, et moti sunt sicut ebrius : et omnis sapientia eo rum devorata est.
Et clamaverunt ad Dominum cum tribularentur, et de necessi tatibus eorum eduxit eos.
noiiibrable armée des astres et leur marche puissante, sa force infinie (1). — Avec quelle perfection encore nous est peinte sa suavité 1 Que d'êtres charmants, depuis la fleur jusqu'aux rayons de lumière, nous représentent l'amabilité divine I « Gustate et videte quoniam suavis est Dominus. »
2° La suavité divine est dispensée à tous . — Quand TEcriture nous expose le gouvernement divin dans la création, c'est le mot de « suavité » qu'elle emploie : « Attingit a fine usque ad finem fortiter et disponit omnia suaviter. » La puissance de Dieu n'a d'égale que son infinie suavité. Qu'il est aimable dans ses œuvres! avec quelle suavité sa grâce nous prévient, sa bonté nous sourit, ses bras nous portent, sa majesté condescend à notre faiblesse 1 prévenance si douce, suavité si engageante, que l'Ecriture ose bien dire de Dieu: « Gustodiens parvulos Deus. » (2)
La suavité divine même pour les pécheurs. C'est de cette suavité dont parle l'Evangile, quand il nous dit que Dieu « fait luire son soleil sur les méchants comme sur les bons et que sa rosée tombe sur la terre de ses plus mortels ennemis. » (3)
Et statuit procellam ejus in auram : et siluerunt fluctus ejus.
Et Igetati sunt quia siluerunt : et deduxit eos in portum voluntatis eorum.
Confiteantur Domino misericordise ejus : et mirabilia ejus filiis hominum. (Psal. GVI.)
[\) Domine, Dominus noster, quam admirabile est nomen tuum in universa terra!
Quoniam elevata est magnificentia tua super caelos.
Ex ore infantium et lactentium perfecisti laudem propter inimicos tuos, ut destruas inimicum et ultorem.
Quoniam videbo cselos tuos, opéra digitorum tuorum, lunam et stellas quse tu fundasti. (Psal. VIIL)
(2) Qui custodit veritatem in sseculum, facit judicium injuriam patientibus : dat escam esurientibus.
Dominus solvit compeditos : Dominus illuminât caecos.
Dominus erigit elisos, Dominus diligit justos.
Dominus custodit advenas, pupillum et viduam suscipiet : et vias peccatorum disperdet.
Regnabit Dominus in ssecula, Deus tuus Sion, in generationem et generationem. (Psal. GXLIV.)
(3) Ut sitis filii Patris vestri, qui in cœlis est, qui solem suum oriri facit super bonos et malos, et pluit super justos et injustos.
Si enim diligitis eos qui vos diligunt, quam mercedem habebitis? nonne et publicani hoc faciunt?
Et si salutaveritis fratres vestros tantum, quid amplius facitis? nonno et Ethnici hoc faciunt?
L'amabilité incarnée c'est le Verbe fait Chair. — Saint Paul annonce ainsi la venue du Fils de Dieu : « Apparuit benignitas et humanitas. « — Le monde attendait son Messie dans réclat de la force, dans le déploiement d'une extraordinaire puissance, remplissant la terre du tumulte de ses conquêtes et du bruit de ses armes. — Et le Dieu fait Homme apparaissait, humble enfant à Bethléem, doux et suave adolescent à Nazareth, bon Pasteur dans ses courses apostoliques, Agneau de Dieu durant sa passion; naissant et mourant la parole d'amour sur les lèvres.
Suivons à la trace de ses pas l'Homme-Dieu, « le plus beau des enfants des hommes. » « La grâce est répandue sur ses lèvres. » Un inexprimable charme revêt sa Personne: ses lèvres ne connaissent que le sourire de la bonté, sa voix est douce, son geste est sans brusquerie, sa démarche est modeste; « il ne crie pas, il ne conteste pas, on entend à peine sa voix dans les places publiques; il se détourne pour n'écraser point le roseau déjà froissé; son souffle n'éteint pas la mèche qui fume encore » (\).
Chaque scène où l'Evangile nous le représente, tantôt chez Torgueilleux Pharisien, tantôt dans l'intimité de ses Apôtres, tantôt dans le tumulte d'une foule qui l'écrase, tantôt solitaire avec la Samaritaine, tantôt accueillant l'Adultère, tantôt caressant et bénissant les petits enfants... Toujours doux, et suave, toujours aimable, patient et bon.
L'amabilité reflétée c'est la Vierge Marie. — Fille du Père, Mère du Verbe incarné, Epouse de l'Esprit-Saint, comment la Vierge Marie n'eût-elle pas été un reflet exquis de la divine suavité ? — L'Ecriture épuise les images pour nous représenter la suavité, l'amabilité douce et charmante de la Vierge d'Israël. C'est la rose, blanche ou empourprée, c'est le lys du vallon, c'est la douce colombe, c'est la tourterelle qui gémit.... (2)
Estote ergo vos perfecti, sicut et Pater vester cœlestis perfectus est.
{\) Isaïe, XLIL
(1) Et in omni terra steti; et in omni populo.
Et in omni gente primatum habui;
Et omnium excellentium et humilium corda virtute calcavi; et in his omnibus requiem quaîsivi, et in hereditate Domini morabor.
Tune prsecepit, et dixit mihi creator omnium; et qui creavit me requievit in tabernaculo meo.
De gracieuses figures apparaissent durant les siècles d'altente : c'est Ruth l'humble moabite, c'est Esther dans la grâce pudique et timide de sa beauté, c'est Judith dont l'intrépidité ne fait que relever la suave figure Mais que sont
ces visions imparfaites auprès de l'exquise réalité ? Rien de doux, d'aimable, de suave, comme la Vierge Marie.... Aimable à ses enfants qui l'aiment, patiente et douce envers les pécheurs qui l'insultent (1).
Et dixit mihi : In Jacob inhabita, et in Israël hereditare, et in electis meis mitte radiées.
Ab initio et ante secula creata sum, et usque ad futurum seculum non desinam; et in habitatione sancta coram ipso ministravi.
Et sic in Sion firmata sum, et in civitate sanctificata similiter requievi, et in Jérusalem potestas mea.
Et radicavi in populo honorificato, et in parte Dei mei hereditas illius, et in plenitudine sanctorum detentio mea.
Quasi cedrus exaltata sum in Libano, et quasi cypressus in monte Sion;
Quasi palma exaltata sum in Gades, et quasi plantatio rosae in Jéricho.
Quasi oliva speciosa in campis, et quasi platanus exaltata sum juxta aquam in plateis.
Sicut cinnamomum et balsamum aromatizans odorem dedi, quasi myrrha electa dedi suavitatem odoris;
Et quasi storax, et galbanus, et ungula, et gutta, etqaasi Libanus non incisus vaporavi habitationem meam, et quasi balsamum non mistum odor meus.
Ego quasi terebinthus extendi ramos meos, et rami mei honoris et gratiae.
Ego quasi vitis fructificavi suavitatem odoris; et flores mei fructus honoris et honestatis.
Ego mater pulchrse dilectionis, et timoris, et agnitionis, et sanctsfc spei.
In me gratia omnis vise et veritatis; in me omnis spes vitse et virtutis.
Transite ad me, omnes qui çoncupiscitis me, et a generationibus meis implemini;
Spiritus enim meus super mei dulcis, et hereditas mea super mei et favum.
Memoria mea in generationes seculorum.
Qui edunt me adhuc esurient, et qui bibunt me adhuc sitient.
Qui audit me non confundetur, et qui operantur in me non peccabunt.
Qui élucidant me vitam aeternam habebunt.
Hœc omnia liber vitae, et testamentum Altissimi, et agnitio veritatis. (Eccli. XXIV.)
(1) Et ecce ipse veniebat de Bethlehem, dixitque messoribus : Dominusvobiscum. Qui responderunt ei : Benedicat tibi Dominus.
L'AMABILITE DANS L'HEROÏSME DE SA PRATIQUE
A l'imitation de notre Mère nous serons aimables. Mais que la frêle et gracieuse apparence de cette vertu ne nous fasse pas prendre le change. Autant elle nous apparaît facile et douce, autant, en réalité, elle est ardue et héroïque.
Comprenez-le par une comparaison. — Voyez cette fleur. Quel être en apparence plus fragile ? Quelle créature plus charmante? — Or pour produire ce petit être aux reflets si doux, aux parfums si suaves, toutes les forces de la création ont dû s'employer. D'étonnants mystères se sont déroulés, des scènes d'une énergie prodigieuse se sont passées, avant qu'apparaisse et s'épanouisse ce symbole si gracieux de la douceur.
Tout d'abord une scène de mort. La semence a été jetée dans le sillon; elle s'y est décomposée; elle y est morte. La fleur aimable ne pouvait apparaître qu'au prix de ce premier martyre.
Puis sur elle, alors qu'elle n'était qu'une imperceptible tige, l'hiver a étendu ses frimas, a déchaîné ses tempêtes, a durci le sol, l'a recouvert de givre et de neige. Admirable
Dixitque Booz juveni qui messoribus prseerat : Gujus est h£ec puella?
Gui respondit : Hsec est Moabitis.
Et ait Booz ad Ruth : Audi, filia : ne vadas in alterum agrum ad colligendum, nec recédas ab hoc loco; sed jungere puellis meis.
Et ubi messuerint, sequere; mandavi enim pueris meis ut nemo molestus sit tibi; sed etiam, si sitieris, vade ad sarcinulas, et bibe aquas de quibus et pueri bibunt.
Qu8e cadens in faciem suam et adorans super terram, dixit ad eum : Unde mihi hoc, ut invenirem gratiam ante oculos tuos, et nosse me dignareris peregrinam mulierem? (Lib. Ruth.)
antithèse ! Plus sévissaient contre la fleur les âpretés de l'hiver, plus ses racines se fortifiaient et sa tige s'élançait vigoureuse.
Sur elle encore passèrent les longues nuits monotones, les ténèbres profondes.
Sur elle aussi le soleil darda ses plus vifs rayons ; le printemps lui versa ses sèves vivifiantes. L'été recueillit enfin ce que tant de mois d'épreuve et de souffrance avaient préparé. — Si nous l'osions dire, sous sa frêle apparence, et sa grâce délicate, la fleur est l'héroïne qui n'a triomphé qu'à force d'énergie et au sein des plus rudes combats.
Telle la fleur ; telle l'amabilité chrétienne. — Ce qu'est cette fleur charmante, l'amabilité l'est dans sa vie, dans ses combats, dans ses triomphes, dans sa rayonnante beauté.
Quelle sera l'âme aimable? Est-ce l'orgueilleuse, qui ne souffre aucune contradiction? Est-ce l'égoïste, qui, rapportant tout à soi, prétend à d'universelles adorations ? Est-ce l'ambitieuse, qui foule durement aux pieds tout ce qui lui fait obstacle ? Est-ce la mondaine, qui n'a que des sourires traîtres et empruntés? (1) Est-ce la voluptueuse, dont les avances passionnées ne mesurent qu'un instant ? — Non î ce sera l'âme morte à elle-même et à ses passions. Comme la fleur elle sort d'une graine que Ton a enfouie dans le sol et qui y est morte.
Comme la fleur aussi, pour grandir et se fortifier, l'amabilité chrétienne doit subir le choc des contradictions, les tempêtes de la perversité humaine. Qu'est-ce qu'une amabilité qui, à la première rencontre, en face de la plus insignifiante injure, se tourne en aigreur et souffle en ouragan?
(1) Prov. V, 3.
Molliti sunt sermones ejus super oleum; et ipsi sunt jaciila.
(Psal. LIV.)
Dirigatur oratio mea sicut incensum in conspectu tuo! elevatio manuum mearum sacrificium vespertinum !
Pone, Domine, custodiam ori meo, et ostium circumstantise labiis meis.
Non déclines cor meum in verba malitiae, ad excusandas excusationes in peccatis.
Gum hominibus operantibus iniquitatem; et non communicabo cum electis eorum.
Gorripiet me justus in misericordia, et increpabit me; oleum autem peccatoris non impinguet caput meum, (Psal. GXL.)
Les combats ne sufiiront pas encore à donner à cette vertu charmante sa solidité et sa résistance. Il lui faut la souffrance, la nuit sombre, les ténèbres désolées de la douleur. Parlant de la compatissante douleur de l'Homme-Dieu, Saint Paul affirme qu'elle fut acquise durant la nuit douloureuse des tribulations. Ainsi de la douceur et de l'amabilité chrétiennes, L'âme, façonnée à l'épreuve, domptée par l'infortune, maîtresse d'elle-même après de longs et rudes combats, sera toujours l'âme douce, patiente et aimable.
Voyez les Saints. Quelle inaltérable douceur pare leur front, inspire leurs paroles, accompagne leurs démarches, revêt leur personne entière !... Saurons-nous jamais au prix de quels efforts, après combien de luttes douloureuses, la fleur de l'amabilité s'est épanouie dans leurs âmes?
A cette fleur une dernière puissance est nécessaire; un soleil chaud et radieux doit nourrir sa tige et ouvrir sa corolle. Ce soleil de nos âmes n'est autre que la foi, que la piété, ou plutôt Dieu lui-même, l'esprit de Dieu, dont Saint Paul nous dit: « Ipse illuxit in cordibus nostris. » — Quand l'âme se prend à penser au Dieu « doux et humble de cœur,» quand la lumière révélée lui découvre la nécessité et les charmes de la douceur chrétienne, de la prévenante et patiente amabilité, l'âme se fait désireuse d'un aussi riche trésor et poursuit son acquisition au travers des révoltes de la nature (1).
(1) Modestia vestra nota sit omnibus hominibus : Dominus prope est.
Nihil solliciti sitis : sed in omni oratione, et obsecratione, cum gratiarum actione petitiones vestrse innotescant apud Deum.
Et pax Dei, qua exsuperat omnem sensum, custodiat corda vestra et intelligentias vestras in Ghristo Jesu.
De csetero, fratres, quaecumque sunt vera, qusecumque pudica, quaecumque justa, quaecumque sancta, quaecumque amabilia, quaecumque bonse famae, si qua virtus, si qua laus disciplinas, haec cogitate.
Quae et didicistis, et accepistis, et audistis, et vidistis in me, haec agite; et Deus pacis erit vobiscum. (Philip. IV.)
Induite vos ergo sicut electi Dei, sancti, et dilecti, viscera misericordiae, benignitatem, humilitatem, modestiam, patientiam :
Supportantes invicem, et douantes vobismetipsis si quis adversus aliquem habet querelam; sicut et Dominus donavit vobis, ita et vos.
Super omnia autem haec, caritatem habete, quod est vinculum perfectionis.