L'AMABILITE DANS SON IRRESISTIBLE DOMINATION
Divine dans son origine, héroïque dans sa formation et sa pratique, l'amabilité est dominatrice par ses charmes.
Nous essayons en vain d'une fausse domination. — Si tous nous aspirons à dominer, sachons quel est le vrai chemin à ce trône que nous ambitionnons.
Nous ne régnerons pas par la force.... Nous ne régnerons même pas, ni longtemps, ni fortement par le prestige des charmes et de la beauté : c'est là un pouvoir éphémère qui
tombe avec la passion dont il était né Nous ne régnerons
pas par l'intérêt, l'éclat do la fortune. Les esclaves qu'elle sait nous enchaîner ne subiront qu'en apparence une domination qu'au fond ils méprisent et maudissent.... Nous ne régnerons même pas par le bienfait s'il est dénué de l'irrésistible charme que lui prête la bonne grâce.
Quel est donc le véritable conquérant des volontés humaines? Quel est le roi des cœurs? Où est la force qui, dominant toutes les autres, amènera à nos pieds nos semblables entraînés et vaincus ? — Nulle autre que l'amabilité.
L'amabilité principe de domination véritable. — Mais tout d'abord est-elle nécessaire cette domination ? — Assurément elle l'est. Elle l'est toujours, elle l'est dans chacune des positions que la Providence nous a ménagées.
Et pax Ghristi in cordibus vestris exultet, in qua et vocati estis in uno corpore; et ^rati estote.
Verbum Ghristi habitet in vobis abundanter in omni sapientia, docentes et commonentes vosmetipsos psalmis, hymnis, et canticis spiritualibus, in gratia cantantes in cordibus vestris Deo.
(Goloss. III.)
Que fera cette épouse si elle n'exerce pas sur le cœur de son mari une domination puissante et saine ? Quel espoir, sans cela, de le retenir au foyer ? Quelle ressource contre les entraînements du monde ? Quelle espérance de le ramener s'il s'égare ? Quel moyen de parvenir à son âme pour y rallumer les flammes vives de la foi et de l'amour divin ?
Voyez cette mèrey au milieu de ses enfants qui grandissent et qui s'éveillent déjà aux penchants de la nature, aux sollicitations du mal, aux entraînements du dehors? Oh ! comme cette mère a un pressant besoin d'être, à l'imitation de Marie, une « mère aimable ! » Aimable, elle exercera autour d'elle un irrésistible et durable empire. — Par contre, qui dira les désastres causés, dans un intérieur, par une nature irascible, un cœur sombre et malveillant, des brusqueries inopportunes, des aspérités, de langage qui aigrissent et éloignent ceux qui en sont les victimes (1) ?
Au foyer domestique ne sont pas que les enfants. Voici les serviteurs. Que de fois les paroles et les procédés contraires à l'amabilité chrétienne ont suffi, pour changer en animosités malveillantes leur précédente bonne volonté (2) ?
(1) Omnis plaga tristitia cordis est, et omnis malitia nequitia mulieris.
Et omnem plagam, et non plagam videbit cordis;
Et omnem nequitiam, et non nequitiam mulieris;
Et omnem obductum, et non obductum odientium;
Et omnem vindictam, et non vindictam inimicorum.
Non est caput nequius super caput colubri.
Et non est ira super iram mulieris. Gommorari leoni et draconi placebit, quam habitare cum muliere nequam.
Nequitia mulieris immutat faciem ejus ; et obcsecat vultum suum tanquam ursus, et quasi saccum ostendit. In medio proximorum ejus.
Ingemuit vir ejus, et audiens suspiravit modicum.
Brevis omnis malitia super malitiam mulieris; sors peccatorum cadat super illam.
Sicut ascensus arenosus in pedibus veterani, sic mulier linguata homini quieto.
Ne respicias in mulieris speciem, et non concupiscas mulierem in specie.
Mulieris ira, et irreverentia, et confusio magna.
Mulier si primatum habeat, contraria est viro suo.
Cor humile, et faciès tristis, et plaga cordis, mulier nequam. ^
Manus débiles et genua dissoluta mulier quse non beatificat virum suum. (Eccli. XXV.)
(2) Et vos, patres, nolite ad iracundiam provocare filios vestros; sed educate illos in disciplina et correptione Domini.
Franchissons l'enceinte de la famille. Au dehors, le supérieur, avec ses subordonnés, le patron avec les travailleurs, le riche avec les pauvres, n'ont d'espoir d'influence tutélaire, de domination solide, que dans les délicatesses, les réserves et les charmes de l'amabilité.
Servi, obedite dominis carnalibus cum timoré, et tremore, in simplicitate cordis vestri, sicut Ghristo ;
Non ad oculum servientes, quasi hominibus placentes; sed ut servi Ghristi, facientes voluntatem Dei ex animo,
Cum bona voluntate servientes, sicut Domino, et non hominibus;
Scientes quoniam unusquisque, quodcumque fecerit bonum, hoc recipiet a Domino, sive servus, sive liber.
Et vos, domini, eadem facile illis, rémittentes minas; scientes quia et illorum, et vester Dominus est in cœlis, et personarum acceptio non est apud eum. (Ephes. VI.)
yiRGO CLEMENS