DE MARIE NOUS APPRENONS A ÊTRE CLÉMENTS
La juste ambition d'une mère est que ses enfants soient dignes d'elle, pratiquent ses leçons et suivent ses exemples. La partie la plus indispensable de notre dévotion envers Marie sera toujours l'imitation de ses exemples. — Si le trait le plus saisissant de la vie de la Très Sainte Vierge sur la terre fut sa bonté, sa clémence, l'héroïsme de ses pardons, l'inépuisable richesse de sa charité : telle devra être la physionomie de ses véritables enfants. Impossible dès lors de regarder Marie comme notre mère et d'obtenir d'elle qu'elle nous considère comme ses enfants, si la clémence était tarie dans nos cœurs. — Nous serons donc cléments à l'imitation de notre mère. — Mais quelles seront les manifestations de cette clémence?
Le premier devoir de la clémence chrétienne est de pardonner. — Combien ce devoir est usuel. — Combien il est urgent. — Combien il est ardu et rencontre de résistance.
Gervicibus nostris minabamur, lassis non dabatur requies.
^gypto dedimus manum et Assyriis, ut saturaremur pane.
Patres nostri pcccaverunt, et non sunt ; etnosiniquitates eoriim portavimus.
Servi dominati sunt nostri ; non fuit qui redimeret de manu eorum.
In animabus nostris afiferebamus panem nobis, a faciegladii, in deserto.
t'ellis nostra quasi clibanus exusta est, a facie tempestatum fami s.
Mulieres in Sion humiliaverunt, et virgines in civitatibus Juda.
Principes manu suspensisunt ; faciès senum non erubuerunt.
Adolescentibusimpudice abusi sunt,etpueri inligno corruerunt
Senes defecerunt de portis, juvenes de choro psallentium.
Defecit gaudium cordis nostri, versus est in luctum chorus noster.
Cecidit corona capitis nostri; vse nobis, quia peccavimusl
(Tren.)
1° Combien ce devoir est usueL — Peut-être ne rencontrerons-nous dans la vie que de rares occasions d'un pardon héroïque. Rarement le prochain se rendra coupable envers nous d'iniquités flagrantes.... Rarement sa calomnie atroce blessera à mort notre honneur..,. Rarement ses vols, ses tromperies et ses usures, dévoreront notre fortune.... Rarement ses intrigues ambitieuses nous feront déchoir de notre situation...
Mais, si ces occasions d'une clémence héroïque se présentent peu dans le cours de la vie, combien sont continuelles les exigences d'une ordinaire clémence ? La parole de Saint Paul a son application à chaque instant de chacun de nos jours : « alterius onera portate. » Et cette autre : « Estote invicem benigni, miséricordes, douantes invicem, sicutet Deus in Christodonavitvobis. «Que de fois le prochain nous fait supporter les défauts de son caractère?... Que de fois ses procédés à notre égard sont fâcheux?... Que de fois sa langue est méchante et ses propos blessants?... Que de fois son impéritie ou sa négligence nous occasionnent des détriments, ou nous jettent dans des difficultés?... Que de fois nos bienfaits sont méconnus, nos meilleures intentions dénaturées? — En tout ceci la clémence doit accourir, le pardon chrétien se multiplier, la charité couvrir les torts d'autrui du voile généreux de l'oubli.
Que si les blessures reçues se font plus profondes, les occasions de pardonner plus graves et plus difficiles, la clémence, puisée dans le cœur maternel de Marie, doit se faire en nous plus héroïque et notre charité croître avec la perversité du prochain (1).
(1) Et si benefeceritis liis qui vobis benefaciunt, quœ vobis est gratia ? siquidem et peccatores hoc faciunt.
Et si mutuum dederitis his, a quibussperatis recipere, quse gratia est vobis ? nam et peccatores peccatoribus fœnerantur, ut recipiant sequalia.
Verumtamen diligite inimicos vestros, benefacite, et mutuum date nihil inde sperantes : et erit merces vestra multa, et eritis filii Altissimi, quia ipse benignus est super ingratos et malos.
Estote ergo miséricordes, sicut et Pater vester misericors est.
Nolite judicare, et non judicabimini ; nolite condemnare et non condemnabimini, dimittite, et dimittemini.
Date, et dabitur vobis : mensuram bonam, et confertam, et coagitatam, et supereffluentem dabunt in sinum vestrum. Eadem quippe mensura, qua mensi fueritis, remetietur vobis.
(Luc VL)
2° Combien ce devoir est urgent. — Souvent il arrive que, dans l'effervescence de nos colères et de nos rancunes, nous ne nous n'apercevons pas que le fer, qui perce notre ennemi, ne lui arrive qu'en nous traversant nous-mêmes les premiers. Il en est ainsi pourtant. Je ne me venge qu'en me perdant moimême. Mon triomphe sur un adversaire n'est pour moi qu'une désastreuse défaite.
Comment cela?
Dieu m'a mis sur les lèvres une redoutable parole, laquelle, si je n'y veille, devient ma condamnation. Je dis à Dieu : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » — Je pose donc moi-même les conditions et je fixe mon sort. Je ne demande à Dieu qu'une chose c'est qu'il me traite comme moi-même je traiterai mes semblables. Je subordonne sa clémence à ma clémence. — Dès lors qui ne voit la suite? Qui ne pressent l'issue ? Je refuse de pardonner? Comment Dieu me pardonnera-t-il? Je repousse un insulteur? Comment Dieu me pourra-t-il accueillir insulteur moi-même?
3° Combience devoir est ardu et trouve ennous derésistance. — La première de ces résistances vient de nous-mêmes. Autant nous avons l'amour passionné du moi, autant il y a en nous d'orgueil et d'égoïsme: autant l'indignation et la colère montent à notre cœur sitôt que nous nous voyons, ou méprisés, ou injuriés, ou trahis, ou maltraités. — D'ailleurs nous rencontrons ici, comme une formidable opposition, l'esprit du monde, ses maximes, ses conseils et ses formels préceptes. Pour le monde l'oubli d'une injure c'est la marque d'un cœur sans énergie; le pardon est une lâcheté voilée; l'accueil d'un ennemi est la trahison de toute dignité comme de tout devoir. — D'ailleurs jamais le démon n'est plus actif ni plus puissant que quand il s'insinue dans nos amertumes et nos colères. Satan est haineux, Satan est <( homicide dès le principe ; » Satan n'établit son règne solide que sur les ruines de la charité et jamais il n'est plus maître de nous que quand il nous divise d'av^ec nos frères.
Le second devoir de la clémence chrétienne est de secourir. — Qui? Comment? Pourquoi ? devons-nous secourir.
1" Qui nous devons secourir ? — Notre clémence chrétienne, à l'imitation de celle de Marie, doit condescendre à tous ceux qui souffrent et pleurent: « Flere cum flentibus. » — Puis, cette clémence sortira des demeures opulentes pour parcou-
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rir avec de larges secours les réduits des pauvres. — Malheur et pauvreté: voilà les deux objets d'amour et de sollicitude de la clémence chrétienne.
2*^ Comment nous devons secourir"? — D'abord avec foi, élevant nos pensées vers les détresses de l'âme, alors que nous secourons celles du corps. — Avec cœur, donnant surtout l'aumône plus précieuse d'une charitable compassion. — Avec désintéressement ne cherchant ici-bas aucune récompense.
^^ Pourquoi devons-nous secourir? — Afin que, faisant miséricorde, nous obtenions miséricorde (1).
(l) Scitis enim gratiam Domini nostri Jesu Ghristi, quoniam propter vos egenus factus est quum esset dives, ut illius inopia vos divites essetis.
Et consilium in hoc do : hoc enim vobis utile est ; qui non solum facere, sed et velle cœpistis ab anno priore ;
Nunc vero et facto perficite ; ut quemadmodum promptus est animus voluntatis, ita sitet perficiendi ex eo quod habetis.
Si enim voluntas prompta est, secundum id quod habet, accepta est ; non secundum id quod non habet.
Non enim ut aliis sit remissio, vobis autem tribulatio ; sed ex sequalitate.
In prœsenti tempore vestra abundantiaillorum inopiam suppléât, ut et illorum abundantia vestrse inopiœ sit supplementum, ut fiât sequalitas, sicut scriptum est :
Qui multum, non abundavit : et qui modicum, non minoravit.
(II Cor. VIII.)
Ne passons pas légèrement sur cette invocation : Marie « Vierge fidèle. » — Dans ce mot : « fidélité » se trouvent renfermées toutes les grandeurs de la terre et toutes celles du ciel. — Sur la terre rien n'est noble et magnanime que la fidélité. Rien, non plus, n'est ignoble et déshonoré comme la trahison et la forfaiture. Que reste-t-il d'un homme dont an vient de dire qu'il a trahi la foi jurée, qu'il a forfait à l'honneur ?... De quel mépris ne couvrira-t-on pas le père qui trahit ses devoirs et se rend infidèle au bonheur et à l'avenir des siens ?...
Que si l'infidélité se produit sur un plus vaste théâtre; si quelque misérable a trahi sa propre patrie : quelle indignation le couvre î Quelle vengeance lui est réservée î
Dans l'ordre de la grâce et du saint, nous ne lisons pas, sans étonnement, que la « fidélité » seule décide de nos éternelles destinées. Pour qui sont les inexorables rigueurs de Dieu dans les Paraboles Evangéliques ? Pour « l'économe infidèle » pour le « serviteur qui trahit, » pour l'arbre infructueux qui trompe les espérances conçues de lui. — Par quels mots, au contraire, l'éternité accueille-t-elle dans la gloire l'Elu de Dieu ? Par ce seul mot : « fuisti fidelis. » — Saint Paul a donc lieu de résumer dans la seule fidélité les exigences de la Loi divine et les conditions du salut, « hic jam qugeritur ut fidelis quis inveniatur » (1). — C'est donc
(t) Ideo et vos estote parati : quia qua nescitis hora Filius hominis venturus est.
Quis, putas, est fidelis servus et prudens, quem constituit dominus suus super familiam suam, ut det illis cibum in tempore?
Beatus ille servus, quem quum venerit dominus ejus, invenerit sic facientem.
Amen dico vobis, quoniam super omnia hona sua constituet eum.
Si autem dixerit malus servus ille in corde suo : Moram facit dominus meus venir e;
Et cœperit percutere conservos suos, manducet autem et bibat cum ebriosis ;
avec foi, autant qu'avec piété que nous saluerons, en l'étudiant, Ja « Vierge fidèle. »