LA FIDELITE EN MARIE
Marie se montra fidèle d'abord à la dignité éminente dont Dieu la revêtit. » Elle fut fidèle à l'amour divin. Elle fut fidèle au poste de la douleur.
Marie a été fidèle à une dignité suréminente. — Cette extraordinaire dignité quelle fut-elle et comment y devint fidèle la Vierge Marie ?
i^ La dignité en Marie. — Cette dignité est triple et vient d'une triple source. — Marie est associée aux trois Personnes divines danslegrandœuvre de laRédemptiondu monde. — Marie est constituée Reine des Anges. — Enfin Marie devient la Mère du genre hun^ain tout entier.
2*^ La fidélité de M/irie. — Elle fut fidèle à Dieu. Quand Dieu le Père lui eryi^oya l'Ange de l'Annonciation, elle n'eut qu'un mot, sa saiîite âme ne conçut qu'un sentiment et une volonté : obéir à Dieu, embrasser son œuvre, se consacrer tout entière à ce qui lui était demandé : « Ecce ancilla Domini » (1). — Quand le Verbe s'incarna dans son sein, elle
Veniet Dominus servi illius in die qua non sperat, et hora qua ignorât;
Et dividet eum partemque ejus ponet cum hypocritis : illic erit fletus et stridor dentium. (Matth. XXIV.)
(d) In mense autem sexto, missus est angélus Gabriel a Deo in civitatem Galilsese, cui nomen Nazareth.
Ad virginem desponsatam viro, cui nomen erat Joseph, de domo David, et nomen virginis Maria.
Et ingressus angélus adeamdixit : Ave, gratia plena; Dominus tecum ; benedicta tu in mulieribus.
Quae cum audisset, turbata est in sermone ejus, et cogitabat qualis esset ista salutatio.
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n'eut plus qu'une pensée, une volonté ardente, une sollicitude sans cesse en éveil : garder, élever, donner au monde, ce Fils qui venait nous sauver. — Quand l'Esprit-Saint la pénétra tout entière : « Gratia plena », elle s'abandonna sans réserve à sa direction, jalouse de son trésor et vigilante pour n'en pas perdre la plus petite parcelle.
Dieu l'a faite Reine des Anges. Quelle dignité ! Mais aussi quelle charge 1 Marie ne trahira pas les devoirs de sa cou ronne ; elle dominera les Anges par ses vertus, elle rehaussera sa royauté par la plénitude de sa perfection.
Mère du genre humain, Marie se rendra fidèle à sa mystérieuse maternité. Comme son Fils elle pourra dire à Dieu: « Sauf le fils de perdition, je n'ai laissé perdre aucun des enfants que vous m'avez confiés. »
Marie a été fidèle à un divin amour. — Autant Marie a été aimée, autant elle s'est rendue fidèle à cet amour.
1^ Marie fut ineffablement aimée de Dieu. — Il nous faudrait avoir le regard angélique pour sonder l'amour dont Jésus aime sa mère.
Plus que l'univers, plus que le ciel et la terre, plus que les anges et les saints, Jésus a aimé Marie. Et c'est en admirant cette incompréhensible dilection que l'Eglise s'écrie : « 0 Marie, mère du bel amour.» — A peine si les expressions brûlantes dont est rempli le Cantique des cantiques peuvent nous donner quelque idée de Tamour de Jésus-Christ et de sa mère.
Et ait angélus ei : Ne timeas, Maria, invenisti enim gratiam apud Deum;
Ecce concipies in utero, et paries filium, et vocabis nomen ejus Jesum.
Hic erit magnus, et Filius Altissimi vocabitur, et dabit illi Dominus Deus sedem David, patris ejus; et regnabit in domo Jacob in seternum,
Et regni ejus non erit finis.
t)ixit autem Maria ad angelum : Quomodo fiet istum, quoniam virum non cognosco?
Et respondens angélus dixit ei : Spiritus sanctus superveniet in te, et virtus Altissimi obumbrabit tibi. Ideoque et quod nascetur ex te sanctum, vocabitur Filius Dei.
Et ecce Elisabeth, cognata tua, et ipsa concepit filium in senectute sua; et hic mensis sextus est illi, quae vocatur sterilis;
Quia non erit impossibile apud Deum omne verbum.
Dixit autem Maria : Ecce ancilla Domini, fiât mihi secundum verbum tuum. Et discessit ab illa angélus. (Luc. I.)
2° Marie répondit fidèlement à cet amour (1). — Le même Cantique des cantiques, en nous dépeignant la sainte Epouse, nous a montré comment Marie sut correspondre à l'amour de Jésus. — L'amour de Marie fut un amour tendre ; son âme défaillait tout entière à la seule pensée de son Bien- Aimé.... Ce fut un amour véhément. Il eût suffi à la faire mourir, sans l'intervention d'une force supérieure.... Ce fut un amour docile. Marie n'eut d'autre règle, d'autre loi, d'autre volonté, que le bon plaisir de Jésus... Ce fut un amour martyr. Si Marie y trouva d'ineffables délices, elle y
(1) Quam pulchra es, arnica mea! quam pulchra es! Oculi tui columbarum, absque eo quod intrinsecus latet. Gapilli tui sicut grèges caprarum quse ascenderunt de monte Galaad.
Dentés tui sicut grèges tonsarum quee ascenderunt de lavacro, omnes gemellis fœtibus, et sterilis non est inter eas.
Sicut vitta coccinea labia tua; et eloquium -tuum dulce. Sicut fragmen mali punici, ita genae tuse, absque eo quod intrinsecus latet.
Sicut turris David collum tuum, quae sedificata est cum propugnaculis : mille clypei pendent ex ea, omnis armatura fortium.
Duo ubera tua sicut duo hinnuli capreae gemelli, qui pascuntur in liliis.
Donec aspiret dies, et inclinentur umbrae, vadam ad montem myrrhae, et ad coUem thuris.
Tota pulchra es, arnica mea.
Favus distillans labia tua, sponsa ; mel et lac sub lingua tua; et odor vestimentorum tuorum sicut odor thuris.
Hortus conclusus soror mea, sponsa, hortus conclusus, fons signatus.
Emissiones tuse paradisus malorum punicorum, cum pomorum fructibus Gypri cum nardo.
Nardus et crocus, fistula et cinnamomum, cum universis lignis Libani,
Gaput tuum ut Garmelus; et comae capitis tui sicut purpura régis vincta canalibus.
Quam pulchra es, et quam décora, carissima, in deliciis!
Statura tua assimilata est palmae, et ubera tua botris.
Dixi : Ascendam in palmam et apprehendam fructus ejus; et erunt ubera tua sicut botri vinese, et odor oris tui sicut malorum.
Guttur tuum sicut vinum optimum, dignum dilecto meo ad potandum, labiisque et dentibus illius ad ruminandum.
Ego dilecto meo, et ad me conversio ejus.
Veni, dilecte mi, egrediamur in agrum, commoremur in villis.
Mane surgamus ad vineas; videamus si floruit vinea, si flores fructus parturiunt, si floruerunt mala punica; ibi dabo tibi ubera mea.
Mandragorse dederunt odorem. In portis nostris omnia poma : nova et vetera, dilecte mi, servavi tibi. (Gantiq.)
cueillit aussi la myrrhe de la souffrance. L'amour transperça son âme du glaive le plus acéré, et c'est l'amour qui fut, au Calvaire, son plus impitoyable bourreau. — D'ailleurs Marie fit du saint amour son exercice incessant et y renferma sa perfection la plus haute. Pour lui elle se détacha de toute créature... Pour lui elle vécut dans la plus profonde solitude de l'âme et du cœur... En lui sa prière était incessante et sa méditation ininterrompue : « Conservabat... in corde suo. »
Marie a été fidèle jusqu'au martyre. — Quand Dieu associa Marie à l'œuvre de la Rédemption du monde, il entendit faire d'elle la Reine des Martyrs. Gomment Marie se rendit-elle fidèle à cette exigence divine ?
1° La nécessité de la souffrance en Marie. — Marie devait souffrir comme corédemptrice du genre humain. Le mode choisi par Dieu pour sauver le monde c'était la douleur (1).
(i) Testatus est autem in quodam loco quis, dicens : Quid est homo quod memor es ejus, aut filius hominis quoniam visitas eum?
Minuisti eum paulo minus ab angelis ; gloria et honore coronasti eum; et constituisti eum super opéra manuum tuarum.
Omnia subjecisti sub pedibus ejus. In eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non subjectum ei ; nunc autem necdum videmus omnia subjecta ei.
Eum autem, qui modico quam angeli minoratus est, videmus Jesum, propter passionem mortis, gloria et honore coronatum, ut gratia Dei, pro omnibus gustaret mortem.
Decebat enim eum, propter quem omnia, et per quem omnia, qui multos filios in gloriam adduxerat, auctorem salutis eorum per passionem consummare.
Qui enim sanctificat, et qui sanctificantur, ex uno omnes. Propter quam causam non confunditur fratres eos vocare, dicens :
Nuntiabo nomen tuum fratribus meis ; in medio ecclesiae laudabo te.
Et iterum : Ego ero fidens in eum. Et iterum : Ecce ego, et pueri mei, quos dédit mihi Deus.
Quia ergo pueri communicaverunt carni et sanguini, et ipse similiter participavit eisdem, ut per mortem destrueret eum, qui habebat mortis imperium. id est, diabolum;
Ef liberaret eos qui timoré mortis per totam vitam obnoxii erant servituti.
Nusquam enim angelos apprehendit, sed semen Abrahae apprehendit.
Unde debuit per omnia fratribus similari, ut misericors fieret, et fidelis pontifex ad Deum, ut repropitiaret delicta populi.
In eo enim, in quo passus est ipse et tentatus, potens est et eis qui tentantur îuixiliari. (Haebr. II.)
Le Rédempteur devait être « broyé pour nos crimes, sanglant et livide pour expier nos iniquités. » Il était « l'homme de la douleur. » Sa carrière remplie de labeurs, de larmes, de souffrances, il la devait terminer sur une croix, dans la plus épouvantable des morts. — En acceptant d'être sa mère, à quoi Marie se vouait-elle sinon à une vie de souffrances ?(1)
Nos Saints Docteurs nous représentent Marie comme chargée d'un mystérieux sacerdoce. Ils la voient prêtre et sacrificateur, offrant à la justice divine son Fils comme la Victime sainte pour les péchés du monde. Durant sa vie entière, Marie offrit au ciel ce sacrifice. En chacun de ses jours elle renouvela cette immolation douloureuse et le glaive prédit par Siméon ne transpercera la divine Victime qu'en passant, pour le déchirer, par son propre cœur.
Mais de plus, c'est Marie elle même qui devait être une Victime immolée. — Si Saint Paul a pu dire qu' « il portait sur son corps les stigmates du Christ, » qu'il achevait en sa personne ce qui manquait à la passion du Christ... » Si nous tous, ne faisant plus qu'un avec Jésus-Christ, « nous mourons avec lui, nous nous immolons avec lui. » Que dire de Marie ? Combien plus n'est-elle pas désignée pour devenir, avec son Fils, une même victime ?
2° La correspondance fidèle en Marie. — Vouée à une vie d'immolation et de souffrance, jamais la « Vierge fidèle » ne trahit son noble mais douloureux mandai. Si l'Evangile ne nous dit qu'une fois « stabat Maria mater Jésus juxta crucem, » nous ne devons pas moins entendre que ce fut là le poste d'honneur où Marie se tint durant toute sa vie. — Durant sa vie entière, elle répudia les jouissances terrestres... Elle renonça aux joies de ce monde... Elle vécut dans les angoisses du cœur, dans les maternelle sollicitudes, dans les austères exigencesdel'immolationetdu martyre... Lau Vierge fidèle » dut à sa fidélité d'être la « Reine des Martyrs. «
(0 Luc. II, 35.