LA FIDÉLITÉ EN NOUS-MÊMES
La fidélité en nous grandira d'importance avec l'immensité des dépôts qui nous seront confiés. — Comptons trois dépôts magnifiques confiés à notre garde : c'est la vérité, c'est la sainteté, c'est l'amour.
Soyons fidèles à la vérité. — A chacun de nous peuvent s'appliquer les grandioses paroles, qui ouvrent l'Epître aux Hébreux « Multifariam multisque modis olim Deus loquens patribus in prophetis novissime, diebus istis, locutus est nobis in Filio. » Ce Fils de Dieu lui-même ne nous dit-il pas : « J'ai fait de vous non pas des serviteurs mais des amis... parce que je vous ai tout dit ? » Pourquoi encore la venue en nous de l'Esprit-Saint ? n'est-ce pas afin qu' « Il nous enseigne toute vérité ? »
Magnifique dépôt ! inestimable trésor ! La vérité est en nous. Cette vérité nous vient de Dieu même qui nous l'a daigné enseigner. Cette vérité illumine notre route, découvre notre destinée, offre une réponse lumineuse et sûre à chacun des problèmes de l'existence. — Pour juger de la valeur d'un tel dépôt, concevons la détresse de ceux qui en sont privés. Les malheureux ! ils ne savent ni d'où ils viennent ni d'où ils sont, ni comment ils doivent remplir leur existence. Ne connaissant pas Dieu, ils ne se connaissent pas euxmêmes. Tout est obscurité, chaos et désolation dans leur propre vie. Leur berceau n'a aucunerévélation, ni leur tombe aucune lueur d'espérance.
Mais plus ce dépôt de la vérité est riche et sacré, plus doit être inviolable notre fidélité à le garder (1). — Or cette fidé-
{]) Propterea abundantius oportet observare nosea quae audivimus, ne forte pereffluamus.
Si enim qui per angelos dictus est sermo, factus est firmus, et
lité a pour nous les trois exigences suivantes, — Elle demande la docilité. Dieu a parlé, Dieu a montré àprofusion, par d'irrécusables preuves, qu'il parlait : que la raison humaine s'incline, que la science humaine s'efface, que la résistance humaine se brise (1). Elle demande la vigilance.
Combien d'ennemis, surtout à l'heure présente, s'efforcent de nous ravir notre trésor de vérité ? L'enseignement officiel est audacieusement en révolte contre la révélation divine. .. La science moderne élève contre la Parole de Dieu un fragile mais fastueux échafaudage de doutes, d'objections, de négations.... Le livre que nous tenons à la main, le journal qui nous captive, la revue où nous prétendons nous instruire, ne sont que de perfides et astucieux voleurs de nos divines vérités... Quelle vigilance de tout instant exigeront de nous de si perpétuels dangers ! — Elle demande
omnis prsevaricatio et inobedientia accepit justam mercedis retributionem;
Quomodo nos efifugiemus, si tantam neglexerimus salutem, qu8e cum initium accepisset enarrari per Dominum, ab eis qui audierunt, in nos confirmata est,
Contestante Deo signis et portentis, et variis virtutibus, et Spiritus sancti distributionibus secundum ^suam voluntatem?
(Hœbr. IL)
(i) Rogo autem vos ne praesens audeam, per eam conûdentiam qua existimor audere, in quosdam, qui arbitrantur nos tanquam secundum carnem ambulemus.
In carne enim ambulantes, non secundum carnem militamus.
Nam arma militiae nostri3e non carnalia sunt, sed potentia Deo ad destructionem munitionum; consilia destruentes,
Et omnem altitudinem extollentem se adversus scientiam Dei ; et incaptivitatemredigentesomnemintellectuminobsequiumChristi;
Et in promptu habentes ulcisci omnem inobedientiam, cum impleta fuerit vestra obedientia.
' Quœ secundum faciem sunt, videte. Si quia confidit sibi Ghristi se esse, hoc cogitet iterum apud se, quia sicut ipse Ghristi est, ita et nos.
Nam, et si amplius aliquid gloriatus fuero de potestate nostra quam dédit nobis Dominus in sedificationem, et non in destructionem vestram, non erubescam.
Ut autem non existimer tanquam terrere vos per epistolas,
Quoniam quidem epistolse, inquiunt, graves sunt et fortes; prsesentia autem corporis infirma, et sermo contemptibilis;
Hoc cogitet qui ejusmodi est, quia quales sumus verbo per epistolas absentes, taies et prsesentes in facto.
Non enim audemus inserere, aut comparare nos quibusdam, qui seipsos commendant; sed ipsi in nobis nosmetipsos metientes, et comparantes nosmetipsos nobis. (II Cor. X.)
l'action ; la vérité ne nous est pas donnée comme un trésor qu'il nous soit permis d'enfouir. La vérité divine est une semence que nous devons cultiver et faire surgir en une opulente moisson de vertus.
Soyons fidèles à la Sainteté. — La « Vierge fidèle » chantait dans son cantique : « Le Seigneur a fait en moi de grandes choses. «Gomme à notre Mère ces paroles nous conviennent. En nous aussi Dieu a fait « de grandes choses. » — Grande chose que le mystère de la grâce qui fait de nous des créatures célestes, des êtres divins. — Grande chose que cette « adoption divine » par laquelle, cessant d'être a l'homme terrestre », nous voici devenus « l'homme céleste », « la nouvelle créature, créée dans le Christ Jésus, » « l'enfant de Dieu, » « l'enfant très chéri de Dieu. » — Grande chose que cette éternité de gloire dont est couronnée au ciel notre sainteté d'ici-bas. — Grandes choses celles dont Dieu alimente notre sainteté.
Combien un dépôt d'une aussi extraordinaire valeur réclamera de nous la fidélité! — Combien, dit l'Apôtre, serons-nous traités avecrigueur si, infidèles à de pareillesdestinées, « nous traitons comme chose immonde le sang de l'Alliance, nous foulons aux pieds le Fils de Dieu » (1), nous nous présentons au banquet sans « la robe nuptiale ? » (2)
(1) Teneamus spei nostrse confessionem indeclinabilem (fidelis enim est qui repromisit).
Et consideremus invicem in provocationem caritatis, et bonorum operum;
Non deserentes coUectionem nostram, sicut consiietudinis est quibusdam, sed consolantes, et tanto magis quanto videritis appropinquantem diem.
Voluntarie enim peccantibus nobispost acceptam nolitiam veri-' tatis, jam non relinquitur pro peccatis hostia,
Terribilis autem qnaedam exspectatio judicii, et ignis aemulatio, qua3 consumptura est adversarios.
Irritam quis faciens legem Moysi, sine ulla miseratione duobus vel tribus testibus moritur;
Quanto magis putatis détériora mereri supplicia, qui Filium Dei conculcaverit, et sanguinem testamenti pollutum duxerit, in quo sanctificatus est, et spiritui gratiae contumeliam fecerit?
Scimus enim qui dixit : Mihi vindicta, et ego retribuam. Etite-. rum : Quia judicabit Dominus populum suum.
Horrendum est incidere in manus Dei viventis. (Haibr. X.)
(2) Tune ait servis suis : Nuptia3 quidem paratœ sunt; sed qui invitati erant, non fuerunt digni.
Soyons fidèles à Tamour. — C'est ici surtout qu'un dépôt, plus sacré que les autres, exige une exceptionnelle fldélité. — Etre aimé par un Dieu, aimé à l'excès, aimé jusqu'à la « folie de la croix, » aimé par un Dieu, jusqu'à la supplication, jusqu'aux larmes, jusqu'au sang, jusqu'à la mort !... Oh ! comme c'est ici le lieu de rappeler le mot de Saint Paul : « Deus non irridetur » (1).
Ite ergo ad exitiis viarum, et quoscumque inveneritis, vocate ad nuptias.
Et egressi servi ejus in vias, congregaverunt omnes quos invenerunt, malos et bonos; et impletse sunt nuptise discumbentium.
Intravit autem rex ut videret discumbentes, etviditibihominem non vestitum veste nuptiali,
Et ait illi : Amice, quomodo hue intrasti non habens vestem nuptialem? At ille obmutuit.
Tune dixit rex ministris : Ligatis manibus et pedibusejus, mittite eum in tenebras exteriores; ibi erit fletus, et stridor dentium.
Multi enim sunt vocati, pauci vero electi. (Matth. XXII.)
(1) Galat. VI, 7.
VIRGO PRUDENTISSIMA
La prudence!... Gomment parler de prudence pour la céleste Créature, dont la route ici-bas ne présentait plus aucun danger? — Marie immaculée dans sa Conception, échappait au règne du péché qui nous tyrannise. La concupiscence mauvaise ne pouvait ternir en aucune manière le limpide cristal de son innocence. — Marie, Mère de Dieu, « pleine de grâce, » toute pénétrée de l'Esprit Saint, n'offrait plus aucune prise au mal. — Marie, victorieuse du démon, bien loin de pouvoir être vaincue par lui, posait sur sa tête un pied dominateur.
Mais Marie nous était donnée comme modèle. Elle avait charge, en tant que notre mère, de faire notre divine éducation. Si nous rinvoquons comme « Vierge prudente » c'est afin d'élever nos regards vers cette éducatrice céleste et apprendre d'EUe comment nous devons cheminer, à travers les dangers de la vie, d'un pas craintif et prudent (i).
(I) Eratis enim aliquando tenebrse : nuncautem lux in Domino. Ut filii lucis ambulate :
Fructus enim lucis est in omni bonitate et justitia, et veritate :
Probantes quid sit beneplacitum Deo;
Et nolite communicare operibus infructuosis tenebrarum : magis autem redarguite.
Quae enim in occulto fiunt ab ipsis, turpe est et dicere.
Omnia autem quae arguuntur, a lumine manifestantur : omne enim quod manifestatur, lumen est.
Propter quod dicit : Surge qui dormis, et exsurge a mortuis, et illuminabit te Ghristus.
Videte itaque, fratres, quo modo caute ambuletis : non quasi insipientes,
Sed ut sapientes; redimentes tempus : quoniam dies mali sunt.
Propterea nolite fieri imprudentes, sed intelligentes quae sit voluntas Dei.
VIRGO PRUDENTISSIMA 195