QUE FUT LA PRUDENCE EN MARIE
Quelle fut sa prudence en face du démon ? — En face du monde ? — En face d'elle-même ?
Marre fut prudente en face du démon. — Dans le plan divin Marie, qui nous apporte le salut, est opposée à Eve d'où nous tenons notre déchéance. Or jamais cette opposition n'apparut plus manifeste que dans cette vertu de prudence.
1° Combien Eve avait été imprudente . — Ouvrons la Genèse et suivons les péripéties du drame de notre antique infortune.— Première imprudence d'Eve: elle accueille le serpent infernal. Cette voix pique sa curiosité; elle se plaît à l'entendre, elle s'habitue à sa funeste présence. . . — Dès le premier doute que le tentateur lui insinue, la première défiance qu'il fait naître contre Dieu dans son âme, elle eût dû fuir épouvantée. Ecouter, c*était une seconde imprudence. — Une troisième accentue sa perte. Dans la même mesure qu'elle se défie de Dieu, elle accorde sa confiance au démon. — Quatrième imprudence. Le mal envahissait son âme; l'orgueil, l'ambition, une sensualité étrange et inconnue s'agitait en elle... A cette heure décisive elle se jette imprudemment dans l'occasion toute prochaine du péché; elle fixe sur le fruit défendu un funeste regard. — On sait la suite, et comment, d'une première imprudence, Eve tomba dans le crime (1).
(1) Serpens erat callidior cunctis animantibus terras quae fecerat Dominus Deus. Qui dixit ad Mulierem : cur prsecepit vobis Deus ut non comederetis de omni ligno paradisi?
Gui respondit mulier : de fructu lignorum quae sunt in paradiso vescimur;
De fructu vero ligni quod est in medio paradisi praecepit nobis Deus ne comederemus et ne tangeremus illud, ne forte moriamur.
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2° Combien prudente fut Marie. — Aux imprudences d'Eve, Marie oppose une conduite toute contraire. — Eve avait accueilli Satan, Marie le repousse avec horreur. — Au lieu de le combattre, Eve avait entretenu avec lui une désastreuse complaisance, Marie engage résolument contre l'enter le plus magnanime combat, et, aux complaisances fatales d'Eve elle oppose une haine infinie: « Inimicitiasinler te etmulierem » — Eve s'était laissé vaincre, Marie « lui écrase la tête. »
Comment nous étonner, quand nous parlons des luttes de Marie avec le démon? Pourquoi y eùt-elle échappé, quand l'Homme-Dieu en avait daigné subir l'ignominie ? — Sans aucun doute, comme son divin Fils, sur les mêmes points et de la même manière, Marie combattit l'enfer et en triompha (1).
Dixit autem serpens ad mulierem : nequaquam morte moriemini.
Scit enim Deus quod in quocumque die comederitis ex eo, aperientur oculi vestri et eritis sicut dii, scientes bonum et malum.
Vidit igitur mulier quod bonum esset lignum ad vescendum et pulchrum oculis aspectuque delectabile : et tulit de fructu illius «et comedit : deditque viro suo qui comedit. (Gènes, lil.)
(i) Et signum magnum apparuit in cselo : mulier amicta sole, et luna sub pedibus ejus, et in capite ejus corona stellarum duode- 'cim ;
Et iniittero liabens, clamabat parturiens, et cruciabatur ut pariât.
Et visum est aliud signum in cselo : et ecce draco magnus rufus, habens capita septem, et cornua decem, et in capitibus ejus diademata sept«m;
Et cauda ejus trahebat tertiam partem stellarum caeli, et misit eas in terram; et draco stetit ante mulierem, quae erat paritura, ut, cum pepeTisset, filium ejus devoraret.
Et peperit filium masculum, qui rectums erat omnes gentes in virga ferrea; et raptus est filius ejus ad Deum, et ad thronum 'ejus ;
Et mulier fugit in solitudinem, ubi habebat locum paratum a Deo, ut ibi pascant eam diebus mille ducentis sexaginta.
Et factum est prselium magnum in caelo : Michael et angeli ejus praeliabantur cum dracone; et draco pugnabat, et angeli ejus;
Et non valuerunt, neque locus inventus est eorum amplius in icselo.
>Et (prqjectus est draco ille magnus, serpens antiquus, qui vocatur diabolus et Satanas, flui seducit universum orbem, et projectu^s est in terram, et angeli ejus cum illo missi sunt.
Et audivi vocem magnam in caelo, dicentem : Nunc facta est *salus, et virtus, et regnum Del nostri, et potestas Ghristi ejus, ^quia projexitus .est lacousatOT iratrum nostrorum, qui accusabat illos ante conspectum Dei nostri die ac nocte ;
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Marie fut prudente en face du monde. — 1° Remarquons d'abord que Marie dut vivre au milieu du monde. Elle devait en être la lumière; elle devait y servir de modèle à toute la suite dos générations clirétienaes : Dieu donc la produisit au deliors, et, afin que le modèle fût plus complet et la leçon plus parfaite, Dieu lit traverser à Marie toutes les phases d'une vie ordinaire. Il la plaça tour à tour sur tous les théâtres; il l'initia à la vie tumultueuse des cités comme au calme des champs. Nous la voyons parmi la foule, elle assiste au banquet nuptial, elle fait partie des multitudes qui s'attachent aux pas du Christ, elle ne fuit pas plus que son Fils l'orgueil et la perversité des pharisiens.
2^ Mais si Marie vit dans le monde elle n'est pas du monde. Admirons ici et imitons la triple prudence de notre Mère. — Elle fuit le monde, c'est-à-dire qu'elle ferme son intelligence à ses erreurs, son cœur à son sensualisme, sa volonté à ses coutumes, à ses lois. — Non seulement Marie fuit le monde, mais elle le répudie, elle en foule aux pieds le luxe orgueilleux, lebien-être amollissant, les âpres cupidités. — Troisième prudence de Marie en face du monde. Elle prend parti pour Dieu contre lui. Dieu et le monde étant d'irréconciliables ennemis et nous étant impossible de « servir deux maîtres à la fois, )) imitons notre Mère qui contredit le monde et, en toute chose, prend pour règle, à l'encontre de ses lois, la loi de Dieu.
Et ipsi vicerunt eum propter sanguinem Agni, et propter verbuin testimonii sui; et non dilexerunt animas suas usque ad mortem.
Propterea laetamini, caeli, et qui habitatis in eis. Vse terrae, et mari, quia descendit diabolus ad vos,liaLensiram magnam, sciens quod modicum tempus habet!
Et postquam vidit draco quod projectus esset in terram, perse- • cutus est mulierem qua3 peperit masculum;
Et datae sunt mulieri alaj duae aquilse magnae, ut volaret in de^sertum in locum suum, ubi alitur per tempus et tempora, et dimidium temporis, a facie serpentis.
Et misit serpens ex ore suo post mulierem, aquam tanquam flumen, ut eam faceret trahi a flumine.
Et adjuvit terra mulierem, et aperuit terra os suum, et absorbuit flumen quod misit draco de ore suo.
Et iratus est draco in mulierem, et abiit facere praelium cum reliquis de semine ejus, qui custodiunt mandata Dei, et habent testimonium Jesu Ghristi.
Et stetit supra arenam maris. (Apoc. XTL)
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Marie fut prudente en face d'elle-même. — Quelle doit être, ici-bas, la suprême prudence de l'homme exilé et voyageur? Assurément celle d'étudier et de connaître sa voie. Ainsi fit Marie.
1° La svprême prudence est d'étudier sa voie. — Nul ici-bas n'est un être de hasard. Une Providence sage nous fait naître au temps voulu, nous place dans l'endroit marqué, nous destine une mission précise. Dès lors notre première sollicitude c'est d'étudier les volontés de Dieu sur nous. — Cette prudence nous deviendra plus précieuse si nous considérons que la connaissance de notre vocation peut seule nous donner les facilités du salut. Combien un voyageur sera brisé de fatigues et courra de dangers si, se trompant d'abord de chemin, il n'arrive au terme qu'après de longs circuits et des divagations inutiles. Ainsi fait le chrétien, quand il méconnaît, contrarie et surtout refuse la vocation que la Providence lui marquait. — Ajoutons que répondre à sa vocation, occuper dans l'ensemble des choses la place marquée et remplir la mission pour laquelle Dieu nous a fait naître, c'est la condition naturelle et nécessaire pour nous de produire les fruits attendus et réclamés.
Quel bien eut fait dans le Sacerdoce et qu'il n'opérera pas ailleurs ce jeune homme que Dieu y appelait !.... Mais au contraire quel mal il causera si, entré sans l'appel de Dieu, il n'est, dans l'Eglise, que le mercenaire et l'intrus!.... Si le cloître nous appelle, entrons-y sans hésiter.... Si nous sommes faits pour la vie du monde, allons, sans songer au cloître, y remplir les missions que Dieu nous confiera.
2** Comment cette prudence fut celle de Marie (1). — Jamais
(1) Et dixit Zacharias ad angelum : Unde hoc sciam? ego enim sum senex, et uxor mea processit in diebus suis.
Et respondens angélus dixit ei : Ego sum Gabriel, qui adsto ante Deum; et missus sum loqui ad te, et haec tibi evangelizare.
Et ecce eris tacens, et non poteris loqui, usque in diem quo haec fiant, pro eo quod non credidisti verbis meis quae implebuntur in tempore suo.
Et erat plebs exspectans Zachariam, et mirabantur quod tardaret ipse in templo.
Egressus autem non poterat loqui ad illos, et cognoverunt quod visionem vidisset in templo. Et ipse erat innuens illis, et permansit mutus.
Et factura est, ut impleti sunt dies officii ejus, abiit in domum suam;
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mission plus haute, jamais vocation plus illustre, jamais appel de Dieu plus magnifique; mais admirons la prudence de Marie.
L'appel de Dieu c'est le vol de TAnge, c'est l'Annonciation. L'Ange lui expose le grand œuvre que le Très-Haut s'apprête à accomplir et en môme temps il l'avertit du choix divin qui s'est reposé sur elle.
Que fera Marie?
Premièrement, Marie s' étonne . — Elle ne se précipite pas inconsidérément dans les splendeurs qui viennent d'étinceler à son regard. Elle s'inquiète, elle cherche, et, sans résister un instant aux divines volontés, Marie néanmoins veut s'assurer de la réalité de ces volontés même.
Deuxièmement, Marie interroge: « Quomodofiet?» — D'EUe même elle ne peut pénétrer le profond mystère de sa voca-
Post hos autem dies concepit Elisabeth uxor ejus, et occultabat se mensibus quinque, dicens :
Quia sic fecit mihi Dorainus in diebus respexit auferre opprobrium meum inter homines.
In mense autem sexto, missus est angélus Gabriel a Deo in civitatem Galilaese, cui nomen Nazareth,
Ad virginem desponsatam viro, cui nomen erat Joseph, de domo David, et nomen virginis Maria.
Et ingressus angélus ad eam dixit : Ave, gratia plena; Dominus tecum; benedicta tu in mulieribus.
Quse cum audisset, turbata est in sermone ejus, et cogitabat qualis esset ista salutatio
Et ait angélus ei : Ne timeas. Maria, invenisti enim gratiam apud Deum;
Ecce concipies in utero, et paries filium, et vocabis nomen ejus Jesum,
Hic erit magnus, et Filius Altissimi vocabitur, et dabit illi Dominus Deus sedem David, patris ejus; et regnabit in domo Jacob in seternum,
Et regni ejus non erit finis.
Dixit autem Maria ad angelum : Quomodo fiet istud, quoniam virum non cognosco?
Et respondens angélus dixit ei : Spiritus sanctus superveniet in te, et virtus Altissimi obumbrabit tibi. Ideoque et quod nascetur ex te sanctum, vocabitur Filius Dei.
Et ecce Elisabeth, cognata tua, et ipsa concepit filium in senectute sua; et hic mensis sextus est illi, quae vocatur sterilis;
Quia non erit impossibile apud Deum omne verbum.
Dixit autem Maria : Ecce ancilla Domini, fiât mihi secundum verbum tuum. Et discessit ab illa angélus.
Exsurgens autem Maria in diebus illis abiit in montana cum festinatione, in civitatem Juda; (Luc. L)
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tion et la lumière qui lui manque pour prononcer son « fiât » définitif, elle l'implore de l'Ange venu du ciel. — Imprudents sommes-nous, si nous nous engageons de nous-mêmes sans conseil, sans lumière, dans le choix d'une vocation!... Imprudents sont les parents qui imposent prématurément et sans étude un genre de vie à leurs enfants 1
Troisièmement. Aussitôt la volonté de Dieu reconnue, Marie y acquiesce: « Ecce ancilla Domini, fiât mihi secundum verbum tuum. » Assurée de sa voie, Marie y entre avec une intrépidité que rien ne déconcertera. Les douleurs surgiront, les étonnements profonds (1), les épaisses ténèbres, l'abîme insondable des volontés du ciel intercepteront ce rude chemin du Calvaire. A toute difficulté, à toutesoufî'rance, à toute obscurité Marie opposera le mot de sa magnanime soumission : (( Ecce ancilla Domini. »