GOMMENT EST PRÉPARÉE LA MÈRE CHRÉTIENNE
Des deux grandes tigures la première vient de nous apparaître, figure d'une incomparable grandeur, d'une gloire à laquelle, après Dieu, aucune autre ne peut être comparée.
Ne méconnaissons pas pourtant une autre gloire, radieuse encore, celle de la maternité chrétienne, dont Marie, mère de Dieu, reste le type et l'exemplaire. — Gomme Dieu a longuement préparé Marie à sa mission, Dieu prépare à la sienne toute mère vraiment digne de ce nom.
Grandeur de la mission d'une mère. — Comment une mère est-elle la providence et le salut d'un enfant, d'une famille, d'une Patrie?
1*^ D^un enfant. — Voyez à sa naissance le fils de l'humanité déchue. Petit être douloureux et dans les larmes : quelle main assez douce touchera cette fleur fragile?.... Quelle autre qu'une mère saura comprendre ses détresses qu'annonce seul un faible vagissement? — Dieu a donné à la mère l'instinct des premiers besoins de l'enfant et seule elle sait y pourvoir.
Voici maintenant l'adolescent avec sa nature printanière, délicate, fougueuse. Les émotions de la vie s'éveillent, les héroïsmes se font jour, une générosité puissante réclame des aliments ; et, d'autre part quel bouillonnement de ce sang tout jeune encore ! Quelles tempêtes dans ce cœur! Quelle fougue d'indépendance! Quels bonds désordonnés de cette nature que le frein n'a point encore domptée I — Où la force échouera la fermeté douce et charmante d'une mère saura triompher.
C'est aux industries, à la patience, à l'héroïsme de l'amour maternel que l'adolescent devra le salut.
Mais déjà ce n'est plus l'adolescent, c'est l'homme mûr qui s'en revient meurtri des chocs de la vie. Ses illusions sont tombées. A ses ambitions frémissantes, succèdent l'amertume
et des désenchantements profonds... Oh I qu'heureux sera ce naufragé si un cœur maternel est là pour s'ouvrir à lui et le recueillir 1
Même aux jours de sa vieillesse, l'homme trouvera dans le souvenir d'une bonne et sainte mère le charme et l'appui de ses derniers jours. — Ainsi, comme Marie l'est pour le genre humain tout entier, la mère chrétienne est la providence et le salut de ses enfants. — Et comment Dieu la prépare-t-il à cette glorieuse et féconde mission ?
Comment Dieu prépare une mère à sa mission. — 1^ Dieu la j)répare dans la sainteté. — La vraie mère est sainte; elle doit l'être; elle ne sera rien sans cela. — La sainteté lui donnera la grâce ; la grâce à son tour l'efiicacité de ses paroles et de ses actes. — La sainteté la couronnera aux yeux de ses enfants d'un irrésistible prestige. — La sainteté de leur n;ère demeurera dans le souvenir de ses fils un inefTaçable et vivifiant souvenir.
2^ Dieu la préserve des corruptions contemporaines. — Honneur à nos mères chrétiennes I — A une époque de doute, d'ébranlement doctrinal, de négation etd'aposlasie, elles restent fermes dans leurs croyances et Dieu leur garde inébranlable cette foi qu'il les charge de transmettre à leurs fils. — A une époque de voluptueux sensualisme, époque ivre de jouissances, folle de plaisirs, la mère chrétienne sait se sacrifier à l'austérité du devoir. — A une époque de révolte universelle, elle sait maintenir le règne de son autorité.
3'^ Dieu la rend fidèle à ses devoirs. — Le devoir de la présence. Elle ne déserte pas son intérieur ; elle se prive de ses relations les plus douces, de ses récréations les plus enviées, car elle sait que, sans elle, le foyer domestique est froid, silencieux et mort. — Le devoir de Vamoiir. L'amour des siens est l'unique séduction de son cœur, la seule passion de son âme, et comme l'amour c'est le dévouement, elle vivra de dévouement et de sacrifice. — Dans le devoir de la vigilance. Sans elle que deviennent, livrés à eux-mêmes, ses pauvres enfants victimes de tant de séductions diverses?
4** Dieu V épure dans la souffrance. — Comme Jésus-Christ, comme Marie, la mère sera martyre de sa gloire.
L'invocation des Saints, dogme doux et précieux de notre Eglise catholique, repose sur les plus solides fondements. — Nous y suivons d'abord l'invincible pente delà nature et nous transportons à l'ordre surnaturel ce que perpétuellement nous faisons dans notre vie du monde. — Le lierre cherche d'instinct le chêne robuste pour s'y soutenir : ainsi toute faiblesse réclame un appui, toute pauvreté élève vers la richesse une voix suppliante. Une affaire difficile, un succès incertain, quelque pressant besoin, viennent-ils à surgir? D'instinct nous cherchons quelque efticace patronage (1).
Ic], comme en tant d'autres points, Dieu harmonise les deux ordres surnaturel et naturel. Sa vaste Eglise, qui se sépare en trois demeures : le ciel où l'on triomphe, la terre où Ton subit l'épreuve, le purgatoire où l'on achève de se purifier, cette Eglise n'isole pas ses enfants. Dieu n'intercepte pas les communications entre ses Elus. Il nous est donné d'inter-
(1) Dicebat autem et ad discipulos suos : Homo quidam erat dives qui habebat villicum; et hic diffamatus est apud illum quasi dissipassetbona ipsius.
Et vocavit illum, et ait illi : Quid hoc audio de te ?rcdde rationem villicationis tuae : jam enim non poteris villicare.
Ait autem villicus intra se : Quid faciam, quia dominus meus aufert a me villicationem ? fodere non valeo, mendicare erubesco.
Scio quid faciam, ut, quum amotus fuero a villicatione, recipiant me in domos suas.
Gonvocatis itaque singulis debitoribus domini sui, dicebat primo : Quantum debes domino meo ?
At ille dixit : Gentum cados olei. Dixitque illi : Accipe cautionem tuam ; et sede cito, scribe quinquaginta.
Deinde alii dixit: Tu vero quantum debes ? Qui ait : Gentum coros tritici. Ait illi : Accipe litteras tuas, et scribe octoginta.
Et laudavit dominus villicum iniquitatis, quia prudenter fecisset ; quia filii hujus sseculi prudentiores filiis lucis ingeneratione sua sunt.
Et ego vobis dico : Facitevobis amicosde mammona iniquitatis, ut auum defeceritis, recipiant vos in seterna tabernacula. ^ (Luc. XVL)
céder pour nos frères qui souffrent,, et, d'autre part, de nous appuyer sur le puissant patronage des Saints qui régnent auprès de Dieu.