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COMBIEN EST PRECIEUX UN PATRONAGE

Pour l'apprécier interrogeons tour à tour les gens du monde, l'Eglise et les Saints.

Comment les gens du monde Tapprécient. — Combien elles s'appliquent ici les paroles du divin Maître : « les enfants de ténèbres sont mieux avisés que les enfants de lumière ». Voyez quel cas les gens du monde font d'un puissant patronage. Si leur fortune est à conquérir, si des bonneurs, des dignités, des faveurs sont à réclamer, si un procès diflicile les inquiète, ou un danger quelconque les menace : leur premier soin sera de se ménager d'efficaces appuis. — Ils cbercbent autour d'eux sous quel patronage s'abritera leur faiblesse. — A peine l'ont-ils découvert que, par des efforts adroits, ils le circonviennent pour le gagner à eux. — Enfin quand ils pensent se l'être suffisamment attaché, ils multiplient leurs démarches, leurs supplications, ne laissant à leur protecteur nul repos qu'ils n'aient obtenu par lui le succès.

Comment Dieu le juge. — Admirable condescendance de Dieu que nous explique ainsi Saint Bernard : — Sans doute, Dieu seul est notre appui, seul notre espérance, notre refuge, notre Bienfaiteur et notre Sauveur. « De lui seul s'écoule tout don parfait (1). » Mais Dieu est une Majesté infinie et

{\) Et consummatus, factus est omnibus obtemperantibus sibi, causa salutis seternse,

Appellatus a Deo pontifex juxta ordinem Melchisedech.

Juravit Dominus, et non pœnitebit eum : Tu es sacerdos in seternum.

In tantum melioris testamenti sponsor factus est Jésus. T. III 15

nous sommes des néants. Dieu est une Sainteté infinie et nous sommes des coupables. Dieu « habite une inaccessible lumière » et nous sommes, à une distance incommensurable de lui, des fugitifs et des exilés. Gomment cette immensité sera-t-elle franchie? Comment nous élèverons-nous jusqu'à Dieu? Un intermédiaire nous est donné; sous un auguste patronage nous nous présenterons au Ïrès-Haut à coup sûr. Voici Jésus-Christ. Il est Homme, il est semblable, il est frère; il nous prend sous sa protection, et, par Lui « nous avons accès jusqu'au Père. » — Mais il est Dieu. Il est fils du Très- Haut, il est comme son Père une Majesté redoutable. De plus il est constitué notre Juge, il a sur nous les plus absolus pouvoirs. 0 Christ Rédempteur, même devant vous nous tremblerons et nous reculerons. — Il le sait, il le redoute; luimême alors nous donne comme Protection et comme Mère : la divine Vierge Marie (1).

Salvare in perpetuam potest accedentes per semetipsum ad Deum : semper vivens ad interpellandum pro nobis.

Talis enim decebat, ut nobis esset pontifex, sanctus, innocens, impollutus, segregatus a peccatoribus, et excelsior cœlis factus :

Qui non habet necessitatem quotidie, quemadmodum sacerdotes, prius pro suis delictishostias offerre, deinde pro populi : hoc enim l'ecit semel, seipsum offerendo.

Talem liabemus pontiflcem, qai consedit in dextera sed simagnitudinis in cœlis,

Sanctorum minister, et tabernaculi veri, quod fixit Dominus, et non homo.

Novi testament! mediator est.

Per patientiam curramus ad propositum nobis certamen,

Aspicientes in auctorem fidei, et consummatorem Jesum.

Gontinet Scriptura : Ecce pono in Sion lapidem summum angularem, electum, pretiosum : et qui crédit in eum, non confundetur.

Vobisigitur honor credentibns : non credentibus autem lapis, quem reprobaverunt sedificantes, hic factus est in caput anguli.

Et lapis offensionis, et petra scandali his, qui offendunt verbo, nec credunt in quo et positi sunt.

Ghristus passus est pro nobis, vobis relinquens exemplum, ut sequamini vestigia ejns.

Deglutiens mortem ut vitse seternse hseredes efûceremur : profectus in cœlum.

Advocatum habemus apud patrem, Jesam Ghristum Justum.

(1) Stabant autem jaxtacrucemJesu mater ejus et soror matris ejus Maria Gleophœ, et Maria Magdalene.

Quum vidisset ergo Jésus matrem, et discipulum stantemque m diiigebat, dicit matri suse : Mulier, ecce filius tuus.

Comment trembler devant la douce et miséricordieuse Marie? D'autre part, comment douter de l'immense crédit dont elle jouit au ciel? — Voulons-nous trouver plus près de nous encore de compatissants protecteurs? Voici les Saints qui ont passé par nos misères, ont connu les détresses du péché originel, ont été blessés comme nous le sommes, et ont appris, pour l'avoir parcouru, le chemin de l'expiation. — Par un dernier acte de sa Providence, Dieu nous députe un Ange qui, du berceau à la tombe, s'attache à nous pour ne cesser de nous secourir.

Tel est l'inébranlable fondement du Patronage catholique et de l'Invocation des Saints.

Comment en usent TEglise et les Saints. — Nos modèles et nos lumières, ceux qui ont pénétré plus avant dans les mystères de Dieu et ont mieux connu les merveilles de sa grâce, les Saints, n'ont eu garde de négliger l'un des plus naturels et des plus efficaces moyens de sanctification. Leur vie, par avance, se passe au ciel; « ils s'y font des amis, » ils y réclament des secours, ils ont pour les élus de Dieu de quotidiens honneurs et leurs supplications ardentes s'attachent toujours à quelque haut patronage.

Que voyons-nous d'ailleurs dans l'Evangile? Le Centurion s'aide des amis de Jésus. La Cananéenne s'attache ardemment aux pas du Sauveur.

Mais c'est l'Eglise qui, plus que tout le reste, doit nous servir de guide. — Chaque jour elle fait monter un Saint aux honneurs du culte public. Un Saint, que nous implorons dès l'aube, en l'honneur duquel nous célébrons les Saints Mystères, présidera à notre journée. — Souvent l'Eglise, réunissant tous les Saints dans une litanie unique, élève vers leur glorieuse phalange une solennelle Invocation. — Et quand elle s'en vient au chevet d'un moribond, elle recommande cette âme, qui part pour Péternité, au patronage puissant des Saints de Dieu.

Hélas ! comment nous le négligeons. — Un retour douloureux sur nous-mêmes est à faire ici. Plus Dieu nous multiplie les secours et les facilités du salut, plus cette profusion magnifique nous laisse indifférents et inertes. — Sans doute

Deinde dicit discipulo : Ecce mater tua. Et ex illa hora accepit eam discipulus in sua. (Jean. XIX.)

nous n'avons pas, comme l'hérésie, brisé la chaîne d'or de ces invocations glorieuses. — Mais, en fait, combien nous usons peu et rarement du patronage des Saints I — Si nous cherchons la cause de cette indifférence et de ce mutisme, nul doute que nous les trouvions dans notre état général de tiédeur. D'une part, nous nous obstinons à méconnaître notrtî misère spirituelle et notre désastreuse faiblesse; nous sommes des pauvres orgueilleux, et, bien que torturés par la faim, nous ne consentons pas à nous réclamer d'autrui... Puis, nous vivons si peu dans le monde surnaturel, nous sommes si exclusivement les hôtes des choses terrestres, l'ordre divin est si fermé pour nous, que lorsque le divin Maître nous conseille de nous faire des amis dans les cieux, nous ne le savons plus comprendre.

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