DE SAINT JOSEPH
Après la Vierge Marie quel sera notre plus cher et plus puissant Patronage? L'Evangile, l'Eglise, la tradition catholique, nous répondent. Notre Protecteur le plus accrédité auprès de Dieu c'est celui que Dieu môme a fait, par une merveilleuse condescendance, le Protecteur du Verbe incarné, c'est Saint Joseph.
Dieu avait réalisé trois grandes œuvres et possédé trois incomparables trésors : Un Verbe fait chair, la mère bénie de Jésus, l'Eglise fondée sur la terre par le Dieu Rédempteur.
— Or, pour ces trois œuvres, quel coopérateur se choisit-il? A qui confie-t-il la garde de ces trois trésors? Saint Joseph, le coopérateur de Dieu, le gardien des trésors de Dieu, nous offre de son immense crédit les plus inviolables gages.
Quels gages nous sont donnés de rexcellence de ce patronage. — i^ A Saint Joseph a été confiée la Vierge Marie.
— Le Verbe virginal ne pouvait prendre la chair de l'homme
que dans un sein virginal. Marie sera vierge, Marie ne concevra que par la puissance directe, la mystérieuse opération de l'Esprit Saint. L'Ange le lui annonce : « Spiritus supervcniet in te. » — Mais cette fleur du ciel, cette délicate et virginale fécondité, à quelle garde sera-t-elle confiée? Quel être assez pur, quel protecteur assez saint se rencontrera pour protéger la faiblesse et couvrir la vertu de la divine Marie? Voici Saint Joseph, l'élu de Dieu. Quand, Vierge lui-même, il épouse la Vierge bénie, n'est-ce pas deux rayons de lumière qui se confondent, deux astres qui entrent en conjonction, deux parfums qui s'exhalent ensemble? — Et si sur la terre Saint Joseph eut un véritable pouvoir sur Marie, comment admettre qu'au ciel toute influence lui soit refusée?
:i° A Saint Joseph est confié le Verbe incarné. Entendons l'un des Apôtres relever sa mission et donner de son apostolat la preuve et la garantie inébranlables. « Il a été, dit Saint Jean, donné à nos mains de toucher le Verbe de vie. » Gomme s'il disait: Ce Dieu descendu du ciel et fait chair, il nous a été donné de le contempler et de l'entendre; nous avons vécu familièrement avec lui; il nous nommait ses amis et ses frères; notre tête a pu se reposer sur son sein; ses pouvoirs sont devenus nos pouvoirs et c'est en son nom et par sa vertu que nous conquérons le monde : « Manus tractaverunt de Verbo vitse. ))
A ce compte et si « avoir touché de ses mains le Verbe de vie », avoir vécu dans sa familiarité divine, assure un tel rang, confère une telle dignité, vaut une telle puissance, que dirons-nous du Père nourricier de ce même Jésus fils de Dieu? Durant combien d'années, dans quelle familiarité paternelle, fut-il donné à ce Saint, le plus grand des Saints, de toucher le Verbe de vie? Bien plus, de soutenir son enfantine faiblesse, de pourvoir à ses besoins, de diriger ses premiers pas, de recueillir ses premières paroles, de le sauver des mains de ses ennemis et d'étendre sur lui les sollicitudes, l'énergie, les sacrifices d'une quotidienne protection? (1)
(1) Ghristi autem generatio sic erat : Gum esset desponsata mater ejus Maria Joseph, antequam convenirent, inventa est in utero habens de Spiritu Sancto.
Joseph autem vir ejus, cum esset justus, et nolleteam traducere, voluit occulte dimittere eam.
Haec autem eo cogitante, ecce Angélus Dornini apparuit in somnis ei, dicens : Joseph, fili David, noli timere accipere Mariam
Mais quoi? Au ciel où tout s'achève et se couronne, où les vertus d'ici-bas s'épanouissent en gloire et en splendeur, comment supposer que Saint Joseph ne recueille pas dans une plénitude nouvelle les faveurs dont il était naguère comblé? Quoi! celui qui s'appelait son fils, qui se plaisait à le nommer son père, lui refuserait au ciel une place éminente auprès de son trône? Ne le croyons pas. Puissant, durant sa vie mortelle, sur le cœur de son fils. Saint Joseph est plus puissant encore dans la récompense des cieux.
3° A Saint Joseph est confiée l'Eglise. — Nos Saints Docteurs, qui ont pénétré si avant dans les mystérieuses harmonies de l'Ecriture, ont tous vu dans le Joseph d'Egypte la saisissante image du Joseph de Nazareth. — Si Pharaon confie au premier son royaume. Dieu au second confie son royaume qui est l'Eglise. — Grand et beau spectacle! L'Egypte entière, d'immenses multitudes, se rassemblent au pied du trône de Pharaon, Fimplorent avec larmes et gémissement, lui exposent leur détresse et attendent de lui le rassasiement et la vie. — Et Pharaon? — « Ite ad Joseph »... « cœperunt venire anni inopias et in universo orbe famés praevaluit... Clamavit populus ad Pharaonem : quibus ille respondit : ite ad Joseph. »
Même scène, même détresse, mêmes foules, même universelle supplication des peuples. — Et Dieu qu'à-t-il répondu par l'organe de la papauté? Dieu a fait de Joseph l'universel Patron de son Eglise : « Ite ad Joseph! » (1)
conjugem tuam;quod enim inea natum est, de Spiritu Sancto est,
Pariet autem filium, et vocabis nomen ejus Jesum : ipse enim salvum faciet populum suum a peccatis eorum.
Hoc autem totum factum est, ut adimpleretur quod dictum est a Domino per Prophetam dicentem :
Ecce Virgo in utero habebit, et pariet filium, et vocabunt nomen ejus Emmaunel, quod est interpretatum : Nobiscum Deus.
Exsurgens autem Joseph a somno, fecit sicut prsecepit ei Angélus Domini, et accepit conjugem suam.
Et non cognoscebat eam donec peperit filium suum primogenitum ; et vocavii nomen ejus Jesum (Matth. II)
(1) Igitur Joseph ductus estin ^Egyptum, emitque eum Putiphar, eunuchus Pharoanis, princeps exercitus, vir ^gyptius, de manu Ismaelitarum, a quibus perductus erat.
Fuitque Dominus cum eo,et erat vir in cunctis prospère agens ; habitavitque in domo domini sui.
Qui optime noverat Dominum esse cum eo, et omnia, quae gereret, ab eo dirigi in manu illius.
Invenitque Joseph gratiam coram domino suc, etministrabat ei,
Quels fruits merveilleux nous recueillons de ce Patronage. — Un patronage, pour ne pas rester inefficace doit produire les quatre fruits suivants.
1° Un patronage sert à la direction. — Quelle autre direction nous est nécessaire que celle qui nous fait suivre les pas de Jésus? « Ego sum via », dit-il lui-même. Et Saint Pierre : « ad queni ibimus, verba vita3 œterncC habes? » Connaître Jésus : voilà donc la science unique; suivre Jésus, voilà l'unique direction.
Or à qui mieux qu'à Saint Joseph demanderons-nous ce que l'Apôtre Saint-Paul appelle « la science du Christ? » Qui mieux que Saint Joseph a contemplé, compris, imité, le Verbe fait chair, qu'il vit tant d'années agir sous ses yeux?
2° Un patronage sert à r élévation. — Si j'ai au cœur quelque ambition; si quelque poste éminent me tente; si je veux m'élever dans les honneurs, j'ai besoin d'un puissant patronage qui m'en ouvre l'accès...
Chrétiens, notre ambition est immense. Nous n'aspirons à rien moins qu'à l'accès du trône même de Dieu, et c'est la couronne qui orne Jésus-Christ que nous réclamons pour nos têtes. — Allons à Joseph, il a libre entrée chez le Roi de gloire, et, à son gré, il nous introduira.
3° Un patronage sert à la défense. — Que demanderons-nous que Joseph protège en nous et défende contre d'implacables et furieux assaillants? Ecoutons le plus beau, le plus divin des mystères. En nous, dit l'Apôtre, se forme, vit, habite Jésus- Christ : « donec formetur in vobis Christus. » Hélas ! mille ennemis l'y assaillent. Comme autrefois en Judée, Joseph soustraira notre trésor aux coups de main de l'ennemi.
4° Un patronage sert à nous secourir dans 7ios besoins, — Quand la ruine menace ou que, la ruine venue, la détresse et la faim nous torturent, qu'il fait bon avoir protection et refuge! — Que dire de nos ruines spirituelles?... Mais que dire aussi des bienfaits qu'un pareil protecteur saura faire écouler sur nous?
a que prsepositus omnibus, gubernabat creditam sibi domum, et universa quae eitradita fuerant ;
Benedixitque Dominus domui ^Egyptil propter Joseph, et multiplicavit tam in sedibus quam inagris cunctam ejas substantiam;
Nec quidquam aliud noverat^ nisi panem quo vescebatur. Erat autem Joseph pulchra facie, et decorus aspectu.
(Gènes. XXXIX)
Nous lisons dans la Genèse que le peuple de Dieu traversait le désert et gagnait la Terre Promise guidé par une nuée mystérieuî.e demi éclatante et demi obscure(l).
Tout était, dans ce peuple, figure de l'avenir: « Omnia in figura contingebant illis. » Le vrai peuple de Dieu, c'est le peuple du Christ; la vraie terre promise c'est le ciel, vers lequel nous cheminons en traversant le désert de ce monde. La nuée qui nous guide c'est la foi. Or cette foi a tout ensemble des clartés lumineuses et de profondes obscurités. Ainsi Dieu l'a faite : foyer des plus vives lumières, épreuve méritoire et héroïque par les impénétrables mystères dont elle est remplie.