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LA FOI VIVIFIE LA SOUFFRANCE

Ce qu'est la souffrance en dehors de la foi. — Ce qu'est la souffrance avec la foi.

Ce qu'est la souffrance en dehors de la Foi. — Quel chimérique espoir serait celui d'échapper à la souffrance I Nous nous mouvons dans la douleur, comme l'oiseau dans l'air, ou le poisson dans les flots.

Elle nous saisit au berceau et un cri de douleur nous mène à l'existence (1). Elle nous poursuit à travers la vie entière ; elle scelle la pierre de notre tombeau. — Elle vient à nous de toute part : elle s'échappe de nous mêmes et de toutes les parties de notre être ; nos semblables se réunissent pour l'accroître ; les événements que nous traversons et dont nous tombons les victimes la portent souvent à son comble. — Elle est fatale : nous nous débattons en vain dans son étreinte, une loi immuable nous enchaîne à la douleur.

Et là oii la foi chrétienne est absente, qu'opère la douleur ? — Tout d'abord un abattement profond, un brisement complet de l'âme, un morne et immobile désespoir. — Puis bientôt, à l'atonie silencieuse succéderont les commotions, les violences de la pensée, les révoltes du cœur. — Bientôt,

(1) Sam quidem et ego mortalis hoaio, similis omnibus, et ex génère terreni illius qui prior factus est; et in ventre matris figuratus sum caro,

Decem mensium tempore coagulatas sum in sanguine, ex semine hominis, et delectamento somni conveniente.

Et ego natus accepi communem aerem; et in similiter factam decidi terram, et primam vocem similem omnibus emisi plorans.

In involumentis nutritus sum, et curis magnis.

Nemo enim ex regibus aliud habuit nativitatis initium.

Unus ergo introitus est omnibus ad vitam, et similis exitus.

(Sap. VIL)

si la victime de la douleur n'y prend garde des haines farouches surgiront ; des malédictions contre Dieu et contre les hommes se feront entendre (1).

Ce qu'est la souffrance avec la Foi. — Oh f qu'heureuse mille fois est l'âme torturée par la douleur quand l'ange de Gethsémani vient à elle f L'ange c'est la foi. Le salut c'est la lumière que la foi verse à torrents sur la douleur (2).

l'' Quand la foi la montre héroïque. — Par ma piété j'attendrissais le cœur de Dieu.... Par mes vertus je charmais son regard.... Maintenant je souffre ; je souffre avec soumission, confiance et amour ; je soutire pour mon Dieu, absolument soumis à sa volonté mystérieuse... Aux yeux de ce

(1) C'est de la douleur en elle-même, de la douleur considérée en dehors de la Rédemption et de la grâce, que parle Job.

Post hsec aperuit Job os suum, et maledixit diei suo, et locutus est : Pereat dies in qua natus sum, et nox in qua dictum est : Gonceptus est homo. Dies ille vertatur in tenebras : non requirat eum Deus desuper, et non illustretur lumine. Obscurent eum tenebrae, et umbra mortis, occupet eumcaligo, et involvatur amaritudine, computetur in diebus anni, nec numeretur in mensibus. Sit nox illa solitaria, nec laude digna, maledicant ei qui maledicunt diei, qui parati sunt suscitare Leviathan. Obtenebrentur stellse caligine ejus : expectet lucem, et non videat, nec ortum surgentis aurorse : quia non conclusit ostia ventris, qui portavit me, nec abstulit mala ab oculis meis.

Quare non in vulva mortuus sum, egressus ex utero non statim perii?Quare exceptas genibus? cur lactatus uberibus? Nunc enim dormiens silerem, et somno meo requiescerem : eum regibus et consulibus terrse. (Job. III.)

(2) Benedictus Deus et Pater Domini nostri Jesu Ghristi, qui secundum misBricordiam suam magnam regeneravit nos in spem vivam, per resurrectionem Jesu Ghristi ex mortuis,

In hœreditatem incorruptibilem et incontaminatam et immarcescibiJem, conservatam in cœlis in vobis.

Qui in virtute Dei custodimini per fidem in salutem paratam revelari in tempore novissimo.

In quo exsultabitis, modicum nunc si oportet contristari in variis tentationibus;

Ut probatio vestrœ lidei multo pretiosior auro (quod per ignera probatur) inveniatur in laudem et gloriam et honorem in revelatione Jesu Ghristi;

Quem quum non videritis, diligitis; in quem nunc quoque non videntes creditia : credentes autem exsultabitis Isetitia inenarrabili et glorificata :

Reportantes finem fidei vestrse, salutem animarum.

De qua sainte exquisierunt atque scrutati sunt Prophetœ qui de futura in vobis gratia prophetaverunt; (I Petr. I.)

Dieu je suis couronné du diadème de l'héroïsme ; j'ai conquis d'un coup l'estime infinie du Très Haut (1).

2° Quand la foi la montre divine. — Uni au Fils de Dieu par la grâce et la sainteté, combien le suis-je davantage encore par la souffrance? Même Calvaire, mômes larmes, même sang : (( Stigmata Ghristi porto ; » <( adimpleo qua? desunt passioni Ghristi ; » « semper mortifîcationem Ghristi circunfe rentes. »

3^ Quand la foi la montre féconde. — La souffrance sans la foi chrétienne est frappée des malédictions de la stérilité. Je souffre sans but comme sans espérance.

Souffrir et mourir sur un Galvaire avec Jésus-Ghrist, c'est me préparer ma glorieuse résurrection : « Si compatimur et conglorificemur. »

(1) Beatus vir cum probatus fuerit. (Jacob. I.)

Que l'homme soit fait pour la vérité; que la vérité soit son bien, sa vie, son ambition ardente, comme son insatiable recherche: nous le voyons, à ne pouvoir nous méprendre, dans les efforts désespérés de la pensée humaine pour la conquérir. — Mais une autre preuve, navrante celle-ci, c'est la torture des intelligences qui, ne se reposant plus dans la vérité, sont emportées au souffle de l'incroyance et s'affaissent sous les désespoirs de l'incertitude et du doute. — Voyez, d'autre part, les régions heureuses où luit la vérité. A ce bienfaisant soleil les âmes s'éveillent, les cœurs se purifient, la vie se féconde, les familles trouvent l'harmonie et la paix du devoir, les Sociétés sont florissantes dans l'observation de toutes les règles du bien et du vrai.

Mais jamais argument plus lumineux et plus invincible de cette thèse ne fut donné au monde que lorsque y apparut Celui qui a nom « la Vérité. » A peine le Verbe incarné, la Vérité par essence, la Vérité infinie, se fut-elle montrée et eut-elle parlé au monde, qu'une immense révolution s'opéra Les âmes se transfigurèrent, les nations, leurs lois, leurs idées, leurs coutumes, prirent un autre aspect. Le monde païen s'écroula, et, sur ses ruines, on vit s'élever majestueux et indestructible l'édifice de la vérité catholique.

Et depuis dix-huit siècles toutes les générations qui passent rendent témoignage à cette vérité, ou bien par un amour ardent, ou bien par une furieuse haine : preuve invincible que la vérité ne sera jamais pour l'homme chose indifférente et de peu de valeur.

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