LA VERITE GOMME BESOIN DE L'HOMME
Sans le secours d'une Révélation divine l'homme jouit-il d'une pleine et transcendante vérité? Ses propres lumières lui ont-elles suffi à éclairer son intelligence, remplir son cœur, diriger sa vie, marcher avec sécurité vers sa fin dernière? Question vitale, question essentielle, dont la solution nous importe plus que toute autre chose au monde.
Nos vérités naturelles sont nombreuses et très riches.
— Commençons par reconnaître la puissance et le rayonnement du premier fiambeau allumé par Dieu dans l'homme: nous voulons dire sa raison. Qu'elle est puissante cette raison de l'homme! Quelles magnifiques conquêtes, partout où elle s'est tournée, elle a su accomplir I
1° Dans le règne de la nature. — L'homme, hôte de l'Univers, s'est pris à considérer son vaste domaine, et bientôt sa raison, presque toujours heureuse dans ses audaces, a pris son vol vers les plus lointaines extrémités. Elle a compté et pesé les étoiles du firmament et connu leur course mysté rieuse. — Elle est descendue dans les entrailles du globe pour y déchiffrer les énigmes du passé. — Sur la terre elle a fait de chaque corps son docile esclave, enchaînant la foudre, luttant contre les flots, asservissant la matière et réclamant une réponse de chacune de ses parcelles.
2° Dans le domaine de V histoire. — De Dieu il est écrit: <( heri, hodie, ipse in saecula. » L'homme, reflet de Dieu, a pu, lui aussi, se constituer les siècles comme domaine. Les plus antiques lui ont raconté leur histoire, et les générations évanouies ont revécu pour lui.
3° Dans les jeux de l'esprit. — Comme il embellissait ses champs et ses jardins, l'homme sut charmer sa vie par les créations de son génie littéraire. Il parla des langues harmo-
nieuses et la poésie l'élevadans son vol ou gracieux ou puissant, bien au delà des réalités matérielles.
4° Dans les profondeurs de la philosophie. — Tout le reste n'est rien : voici où la raison humaine compte ses vraies gloires. Elle a pu par les lumières que Dieu lui départait, s'élever dans la sphère immatérielle. Elle a connu Dieu et ses attributs ; elle a su qu'il était Créateur et Souverain Maître. Elle a salué en lui sa fin dernière. — Elle s'est repliée sur l'âme; elle en a reconnu la nature, confessé la survivance, salué les hautes destinées. — Elle a scruté les dossiers de la conscience; elle a entendu la voix d'un Décalogue primordial. Elle a su de la vertu le nom, l'origine, le terme.
Nos vérités naturelles sont incomplètes et très ébranlées.
— Nous avons fait large, mais non exagérée, la part de la raison naturelle. Mais, hélas! combien sa vraie histoire nous désenchantera. Combien vite nous nous convaincrons que ses seules lumières ne peuvent nous suffire; que le pain qu'elle nous offre n'apaisera jamais la faim de vérité qui nous dévore. — Contemplons les choses dans leur réalité vivante.
— Les vérités naturelles sont incomplètes, le plus souvent elles sont ébranlées.
l*' Elles sont incomplètes. — On raconte qu'Alexandre le Grand, arrivé aux bornes du monde, se prit à pleurer: il lui fallait un autre monde à conquérir. Ce vainqueur éploré c'est nous. Accumulons toutes les sciences, reculons tant que nous voudrons le domaine des vérités naturelles.... Quelle immensité nous reste à franchir! Que de vérités urgentes, essentielles, sans la solution desquelles notre vie restera dans le désespoir (J) !
Notre raison nous dit que Dieu est. — Mais qu'est-ce que Dieu? Qu'est-il en lui même? quel est son être? — Surtout,
(1) Quis hominum poterit scire consilium Dei? aut quis poterit cogitare quid velitDeus? Gogitationes enim mortalium timidae, et incertse providentiae nostrae. Corpus enim, quod corrumpitur, aggravât animam, et terrena inhabitatio deprimit sensum multa cogitantem. Et difficile œstimamus quse in terra sunt : et quae in prospecta sunt, invenimus cum labore. Quse autem in cœlis sunt, quis investigabit? Sensum autem tuum quis sciet, nisi tu dederis sapientiam, et miseris Spiritum sanctum tuum de altissimis : et sic correctae sint semitse eorum qui sunt in terris, et quse tibi placent didicerint homines? Nam per sapientiam sanati sunt quicumque placuerunt tibi, Domine. (S ip. IX.)
qu'est-ce que Dieu veut de nous? Quel rapport veut-il créer entre Lui et nous? Sommes-nous libres de l'honorer à notre guise, ou bien nous prescrit-il lui-même les honneurs à lui rendre? — Peut-on l'ofienser ? Si on rofï'ense, peut-on rentrer en grâce? — Qu'a-t-il décidé quant à notre avenir? Où met-il nos âmes? Que coinpte-t-il faire de la poussière de nos corps? — Restera-t-il dans le lointain de sa gloire, ou viendra-t-ii à nous comme le père à ses enfants ? — En un mot, qui nous ouvrira les profondeurs de la pensée divine puisque, après tout, c'est de cette pensée que dépend notre destinée tout entière? « Oaltitudodivitiarum sapientia3ct scientia) Deil Quam incomprehensibllia sunt judicia Ejus et investigabiles viae Ejus! Quis enim cognovit sensum Domini?... Quishominum scit quœ sunthominis nisi spiritus hominis qui in ipso est? Ita et quœ Dei sunt nemo cognovit nisi Spiritus Dei. 'i Donc, sans une lumière nouvelle et révélée ces grands problèmes, les seuls essentiels, nous demeureront fermés, et, fussions-nous les plus savants dos hommes, notre ignorance des seules choses à savoir n'aura d'égal que notre malheur de les ignorer. '
2° Elles sont le plus souvent ébranlées. — Si encore nos vérités naturelles étaient fermes sous la garde d'un enseignement droit, sincère, immuable. Si le patrimoine de vérités que nous lèguent nos savants esprits ne s'effondrait trop souvent dans les catastrophes du doute et de l'ignorance !
Supposons-nous privés de toute lumière révélée, de toute afflrmation catholique et voulant nous faire nous-mêmes notre croyance, notre religion et nos devoirs. Dans quelle désespérante incertitude serons-nous bientôt plongés !
Qui nous entoure? A qui parler de nos angoisses? A qui demander la vérité ? — Voici la multitude des lyidifférents : elle se rit de nous. — Voici les négateurs : à toutes les aspirations de notre âme ils répondent par le mot: chimère! Pour eux. Dieu, âme, conscience, vertu, vie future : autant d'inanités ridicules. — Voici les discuteurs. Ceux-ci ne nient rien, mais ne formulent rien non plus. Ils discutent, ils jettent sur chaque problème, sur chaque vérité, l'ombre mortelle de leurs incertitudes et de leurs contradictions. — Voici les chercheurs. Ayez la patience d'attendre encore quelques milliers de siècles et Tesprit humain, parti du singe et évolutionnant sans cesse, saura vous répondre! — Voici les désespérés. Ils n*ont rien appris; leur route s'est chargée
de ténèbres de plus en plus profondes; désespérant de la vérité elle-même, les voici tombés dans le doute universel et du doute dans la fureur impie ou le sommeil inerte.
La vérité transcendante et complète il nous la faut. — Et
cependant pouvons-nous vivre sans cette vérité qui seule, éclairant la route entière de notre destinée, nous fait seule connaître avec assurance d'où nous venons, où nous allons, comment nous devons vivre, ce qu'est un berceau, ce qu'est une tombe et quel est l'au delà de cette tombe?
i^ Il nous faut cette vérité, car elle est le repos de notre nature. — S'il est des hommes, si fort abaissés jusqu'à la brute, qu'ils ne s'inquiètent plus que de vivre et de jouir : passons, ce n'est plus là la créature humaine. — Quant à ceux qui pensent, qui veulent savoir, qui comprenent que savoir est non seulement le charme mais l'impérieuse loi de leur vie: pour ceux-là, ii faut qu'ils trouvent, dans la complète révélation des mystères transcendants, le repos avec l'heureuse satiété de leurs aspirations.
2^ // nous faut cette vérité comme direction de notre vie. — Il est clair que cette vie doit s'orienter suivant le terme qu'on lui assigne. — Elle doit s'orienter suivant les volontés manifestées par le Créateur et l'ordonateurde toutes choses. — Elle doit s'orienter de manière à suivre toujours le bien, tel que Dieu l'a conçu et l'exige ; à fuir le mal tel qu'il le signale à notre aversion.
3° Il nous faut cette vérité comme sécurité de notre avenir. — Jésus-Christ disait : « Celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va; » « Qu'il est horrible, s'écrie Bossuet, de ne savoir où l'on va! » Autant un lit de mort s'illumine, pour le croyant, de sereines clartés, autant le subit efi'ondrement d'une vie est chose affreuse pour qui ne sait ce qui est au delà du tombeau, ni si on y trouve un Dieu offensé, une justice implacable, un châtiment éternel.
La vérité transcendante et complète existe. — Puisqu'elle est nécessaire, j'en conclus hardiment qu'elle existe.
1° Elle doit exister. — Si Dieu est, et je ne puis douter qu'il soit, c'est un Dieu sage, juste et bon qui est devant mes yeux. — Il est sage: il a donc mis la proportion et l'harmonie dans son œuvre. S'il a donné à chaque être ce que réclament les aspirations et les besoins de sa nature, il n'a pu se montrer dénaturé seulement envers l'homme, son chef-d'œu-
vre. — Dieu est juste et il ne peut me rendre responsable d'une destinée et de devoirs qu'il m'aurait voilés sous d'impénétrables ténèbres. — Dieu est bon et ce pain de la vérité, le premier ou plutôt le seul dont j'ai vraiment faim, il ne me l'a pas refusé.
2° Elle existe et elle est étincelante. — Qui se méprend sur le soleil? Qui ne le connaît? Qui ne le nomme? Qui le confondra jamais avec les tremblantes étoiles et les illuminations plus pâles encore de l'homme ? — Aussi puissante dans son unicité, aussi victorieuse dans son éclat, aussi impossible à nier, aussi impossible à confondre avec les vérités terrestres ou les demi-vérités de l'hérésie, s'est levée sur le monde et brille au firmament de l'Eglise la vérité catholique. — D'innombrables preuves de divinité l'ont appuyée. — Celui qui s'est nommé la « Vérité, » le Dieu venu du ciel sur la terre « pour enseigner toutes vérités » n'a fondé notre Credo catholique qu'après avoir fait rayonner sa divinité dans un si puissant éclat qu'aucune raison saine, aucun cœur droit, ne la pourra jamais repousser. — L'Eglise lui succède manifestement divine, elle aussi (1).
Voilà la vérité 1 Voilà à jamais rempli le besoin de l'homme, voilà rassasiée à jamais son insatiable faim.
(1) Propterea abundantius oportet observare nos ea quse audivimus, ne forte pereffluamus.
Si enim qui per angelos dictus est sermo, factus est firmus, et omnis prsevaricatio, et inobedientia accepit justam mercedis retributionem.
Quomodo nos effugiemus si tantam neglexerimus salutem? quae quum initium accepisset enarrari per Dominum ab eis qui audierunt, in nos confirmata est,
Contestante Deo signis et portentis, et Spiritus sancti distributionibus secundum suam voluntatem. (Hsebr.)