LA VÉRITÉ GOMME RICHESSE DE L'HOMME
C'est la richesse de son intelligence, c'est la ricliesse de son cœur.
C'est la richesse de son intelligence. — Grâce à la vérité catholique notre intelligence, non seulement jouit d'un vaste domaine de connaissances, mais ce domaine, elle le possède dans une pleine sécurité (1).
1° Etendue de nos connaissances grâce à lavérité catholique. — S'il s'agit de ces connaissances supra-rationnelles, de ces grands problèmes d'un ordre transcendant et divin que nous exposions plus haut, il est clair que la vérité catholique en est la seule conquérante et y reste Ja seule conductrice. Ici, quelle profusion de lumière f Quelle merveilleuse variété de connaissances 1 Sans doute la Révélation nous réservera des mystères, mais, par un prodige que Dieu seul peut réaliser, ces mystères eux-mêmes nous deviennent à leur tour une lumière. Eux aussi nous éclairent sur les plus vitales questions, dénouent les plus graves problèmes. — De telle sorte que plus aucune question que posera notre esprit ne nous de-
(1) Propter hoc optavi, et datus est mihi sensus: et invocavi, et venit in me spiritus sapientise: et prseposui illam regnis et sedibus, et divitias nihil esse duxi in comparatione illius. Nec comparavi illilapidem pretiosum: quoniam omne aurum in comparatione illius, arena est exigua, et tanquam lutum œstimabitur argentum in conspectu illius. Super salutem et speciern dilexi illam, et proposui pro luce liabere illam : quoniam inextinguibile est lumen illius.
Venerunt autem mihi omnia bona pariter cum illa, et innumerabilis honestas per manus illius, et laetatus sumin omnibus: quoniam antecedebat meista sapientia, etignorabam quoniam horum omnium mater est. Quam sine fictione didici, et sine invidia communico, et honestatem illius non abscondo. Iniinitus enim thésaurus est hominibus. (Sap. VII.)
meurera sans réponse. " Je ne vous traiterai plus en serviteurs, nous (liLTHomme-Dieu, je vous traiterai en amis, parce que je vous ai tout dit. » Quelle parole! Quelle joie! Quelle richesse ! « Il nous a tout dit. » Marchons maintenant en pleine lumière, en pleine joie de l'intelligence et du cœur, puisque toute ignorance disparaît, tout doute s'évanouit, toute erreur est impossible (1).
S'agit-il des simples vérités rationnelles? Ne croyons pas la Révélation superflue et inefficace. Illuminée d'en haut notre raison sera bien plus forte pour scruter les choses terrestres. Pourvue d'un guide, elle s'avancera d'un pas plus assuré dans la voie des sciences humaines et le savant catholique aura toujours sur le savant incrédule l'avantage d'être mû
(i) Quoniam servus tuus sum ego, et filius ancillae tuse; homo intirmus, et exigui temporis,et minor ad intellectum judicii et legum.
Nametsi qais erit consummatus inter filios hominum, si ab illo abfaerit sapientia tua, in nihilum computabitur.
Tu elegisti me regem populo tuo, et judicem filiorum tuorum et filiarum ;
Et dixisti me œdificare templum in monte sancto tuo, et in civitate habitationis tuse altare, similitudinem tabernaculi sancti tui quod praeparasti ab initio ;
Et tecum sapientia tua quae novit opéra tua, quse et affuit tune cum orbem terrarum faceres, et sciebat quid esset placitum oculis tuis, et quid directum in praeceptis tuis.
Mitte illam de cœlis sanctis tuis, et a sede magnitudinis tuse, ut mecum sit et mecum laboret, ut sciam quid acceptum sit apud te ;
Scit enim illa omnia, et intelligit, et deducet me in operibus meis sobrie, et custodiet me in sua potentia.
Et erunt accepta opéra mea; et disponam populum tuum juste, et ero dignus sedium patris mei.
Quis enim hominum poterit scire consilium Dei? aut quis poterit cogitari quid velit Deus?
Cogitationes enim mortalium timidse, et incertse providentise nostraî ;
Corpus enim quod corrumpitur aggravât animam, et terrena inhabitatio deprimit sensum multa cogitantem.
Et difficile sestimamus quse in terra sunt, et quae in prospectu sunt invenimus cum labore. Quae autem in cœlis sunt quis investigabit?
Sensum autem tuum quis sciet, nisi tu dederis sapientiam, et miseris spiritum sanctum tuum de altissimis,
Et sic correctae sint semitae eorum qui sunt in terris, et quae tibi placent didicerint homines?
Nam per sapientiam sanati sunt quicumque placuerunt tibi, Domine, a principio. (Sap. VI.)
par une double force et d'avoir à son usage un double flambeau.
2° Sécurité de ?ios connaissances grâce à la vérité catholique.
— Cette sécurité nous vient de deux parts. D'abord parce que l'homme seul n'est plus là. Ensuite parce que Dieu est là.
— L'homme n'est plus là. Tant que la faiblesse, l'incertitude, la mauvaise foi humaine, se fait notre éducatrice, nous avons toujours à craindre de voir se refaire pour nous la triste histoire des aberrations de la sagesse et du génie de l'homme. (( Dicentes se esse sapientes stulti facti sunt » « Scriptumest enim: perdam sapientiam sapientium et prudentiam prudentium reprobabo. Ubi sapiens? Ubiscriba? Ubi conquisitor hujus sa3culi? »
C'est la richesse de son cœur. — Quand nous aurons jeté un coup d'œii sur le cœur humain livré à l'incroyance, il nous sera facile de comprendre quel bien lui est la vérité cathoHque (1).
1° Que devient le cœur sans la vérité catholique'^ — Il est aveugle puisqu'aucune lumière sur ses destinées supérieures ne lui a apparu. La beauté divine lui reste voilée, les splendeurs du ciel ne sont pas, aucune de ses aspirations véhémentes ne trouve au delà de ce monde aucun rassasiement. Que fera ce pauvre cœur ? famélique et dév^oré du besoin d'aimer et de jouir, il se prendra, avec une ardeur fiévreuse et désespérée, à tous les objets terrestres.
Et les passions qui bouillonnent en lui, ne trouvant plus
(1) Apparuit autem Dominus Salomoni per somnium nocte, dicens: Postula quod vis ut dem tibi.
Etait Salomon: Tufecisti cum servo tuo David, pâtre meo, misericordiam magnam, sicut ambulavit in conspectu tuo in veritate et justitia, et recto corde tecum; custodisti ei misericordiam tuam grandem, et dedisti ei filium sedentem super thronum ejus, sicut est hodie.
Et nunc, Domine Deus, tu regnare fecisti servum tuum pro David pâtre meo. Ego autem sum puer parvulus, et ignorans egressum et introitum meum :
Et servus tuus inmedio est populi quem elegisti, populi infiniti, qui numerari et supputari non potest prae multitudine.
Dabis ergo servo tuo cor docile, ut populum tuum judicare possit, et discernere inter bonum et malum ; quis enim poterit judicare populum istum, populum tuum hune multum?
(II Reg. m.)
au-dessus d'elles aucune domination assez puissante, briseront toute barrière et mépriseront toute loi.
Ce cœur sera dévastateur. Ne trouvant plus rien qui l'apaise et rien qui le refrène il portera, par ses saillies désordonnées, le ravage dans l'existence entière, toujours dévoré d'ambition, toujours furieux à la satisfaire. — En même temps ce cœur sera lâche. On ne lui a proposé aucun but digne de lui; on ne lui a ouvert aucune carrière magnanime, on ne l'a soutenu d'aucune espérance ; soyons assurés qu'il sera faible devant le devoir, déserteur de toute abnégation, traître à tout sacrifice. — En tous cas ce cœur sera douloureux. Meurtri par les choses terrestres sans qu'aucune consolation d'en haut n'adoucisse plus l'acuité de ses blessures, ce cœur vivra en malade et en désespéré.
â"* Que devient le cœur par la vérité catholique ? — Prenons en tout le contre-pied de ce que nous venons de dire et nous referons la douce et glorieuse histoire du cœur sous l'influence des divines vérités. — Quand TEglise aura fait retentir son cri « Sursum corda! » le cœur catholique, désertant les basses régions, s'ouvrira à des ambitions vastes et divines. — Le cœur catholique sera pur : « Mundo corde. » — Le^ cœur catholique sera fort. — Le cœur catholique sera tendre, compatissant et bon.
ORIGIiNE ET NATURE DE LA PAROLE SAINTE
Deux hommes se lèvent pour parler aux foules et les enseigner : l'un sera fils de la science et du génie, l'autre sera le prêtre de Dieu. — Des différences profondes distinguent ces deux paroles.
Ce qu'est Torateur profane. — Saluons avec admiration et respect la profondeur du savoir humain, le prestige de l'éloquence humaine. — Mais sur cette parole qui vient de l'homme, impossible de ne pas faire les deux réflexions suivantes.
1** L'orateur d ici-bas est tout par lui-même. — S'il est doué des charmes de la parole, il ravira ses auditoires. — S'il a profondément étudié et s'est orné de toutes les connaissances, il projettera sur ceux qui l'écoutent les clairs rayons du savoir. Mais, quels que puissent être le génie, la science, l'éloquence de l'homme, ces grandes choses resteront toujours petites par leur humaine origine.
2** L'orateur d' ici-bas n'est rien par ailleurs. — Au nom de qui parle-t-il ? — Quelles sont les garanties qu'il m'offre contre l'erreur ? — S'il commande à ma volonté autant qu'il brille à mon intelligence : d'où viennent ses ordres, et qui lui donne le droit de m'enchaîner ? — Ce qui manque et manquera toujours à la parole humaine, c'est d'être appuyée sur une autorité supérieure, et d'avoir été investie d'une mission d'en-haut (1).
(1) Corde enim creditur ad justitiam; ore autera confessio fit ad salutem.
Ce qu'est l'orateur sacré. — Tout à l'opposé de l'orateur profane, le prêtre de Dieu, qui n'est rien par lui-même, est tout par ailleurs.
i^ Il n' est rien par lui même . — Souvent il affrontera tout jeune encore les périls de la parole publique. — D'où vient-il ? D'ordinaire il est sorti des rangs les plus humbles de la Société. — S'il a médité profondément les choses saintes, au moins trouve-t-on rarement son nom inscrit dans les fastes de la science et dans les rangs du génie. — D'ailleurs, s'il fait de l'éloquence une recherche exagérée, c'est une faute qui répugne à son caractère et à sa mission. — L'orateur sacré, le voici dépeint par Saint Paul : « Cum venissem ad vos, fratres, veni, nonin sublimitate sermonis aut sapientia3, annuntians vobis testimonium Christi. Non enim judicavi me scire aliquid inter vos nisi Jesum Christum et hune crucifixum. Et ego in infirmitate et timoré et Iremore multo fui apud vos, et sermo meus et prœdicatio mea non in persuasibilibus liumanœ sapientige verbis, sed in ostensione Spiritus et virtutis, ut fides vestra non sit in sapientia hominum, sed in virtute Dei. »
2° // est tout par ailleurs. — Il est tout, parce qu'il est député des cieux. — Il est tout parce que les paroles qui sortent de sa bouche n'ont pas jailli de son intelligence, mais de celle de Dieu. — Il est tout parce que, ne disant rien de lui-même, la science qu'il enseigne au monde est la science même de Dieu (1).
Dicit enim Scriptura : Omnis qui crédit in illum, non confundetur.
Non enim est distinctio Judaeiet Graeci; nam idem Dominas omnium, dives in omnes qui invocant illum.
Omnis enim quicumque invocaverit nomen Domini, salvus erit.
Quomodo ergo invocabunt in quem non crediderunt? Aut quomodo credent ei quem non audierunt? Quomodo autem audient sine praedicante?
Quomodo vero praedicabunt nisi mittantur? sicut scriptum est: Quam speciosi pedes evangelizantium pacem, evangelizantium bona!
Sed non omnes obediunt evangelio. Isaias enim dicit : Domine, quis credidit auditui nostro?
Ergo fides ex auditu, auditus autem per verbum Christi.
Sed dico : Numquid non audierunt? Et quidemin omnem terram exivit sonus eorum, et in fines orbis terrae verba eorum.
(Rom. X.)
{\) Audacius autem scripsi vobis, fratres, ex parte, tanquam
0 sublime mystère !
Cent fois nous entendons le prêtre dans la chaire chrétienne sans jamais comprendre quelles merveilles sont cachées sous les dehors d'une parole si humble et que, parfois, nous avons jugée méprisable.
Première incomparable grandeur. Dieu ne s'est pas isolé de l'homme. Dieu, traitant l'homme comme son fils, lui destinant la glorieuse communauté de vie et de gloire : « Qui adheeret Domino unus spiritus est, » Dieu a voulu l'instruire Lui-même. « Multifariam, multisque modis, Deus loquens patribus in prophetis, novissime, diebus istis, locutus est nobis in Filio. » — Ces paroles divines forment le dépôt sacré où le prêtre puise ce qu'il enseigne aux fidèles : « Quasi sermones Dei. )>
Deuxième grandeur. Montons plus haut; pénétrons dans un plus profond mystère. Le Verbe, l'Intelligence qui est
in memoriam vos reducens: propter gratiam quae data est mihi a Deo,
Ut sim minister Ghristi Jesu in gentibus : sanctificans evangelium Dei, ut fiât oblatio gentium accepta et sanctificata in Spiritu rsancto.
Habeo igitur gloriam in Ghristo Jesu ad Deum.
Non enim audeo aliquid loqui eorum quae per me non efficit Ghristus in obedientiam gentium, verbo et factis:
In virtute signorum et prodigiorum, in virtute Spiritus sancti: ita ut ab Jérusalem per circuitum usque ad lUyricum repleverim evangelium Ghristi.
Sic autem prsedicavi evangelium hoc, non ubi nominatus est Ghristus, ne super alienum fundamentum sedificarem, sed sicut scriptum est :
Quibus non est annuntiatum de eo, videbunt: et qui non audierunt, intelligent. (Rom. XV.)
Miror quod sic tam cito transferimini ab eo qui vos vocavit in gratiam Ghristi, in aliud evangelium :
Quod non est aliud, nisi sunt aliqui qui vos conturbant, et volunt convertere evangelium Ghristi.
Sedlicet nos, aut angélus de cœlo evangelizet vobis praeterquam quod evangelizavimus vobis, anathema sit.
Sicut prœdiximus, et nunc iterum dico: Si quis vobis evangelizaverit prseter id qaod accepistis, anathema sit.
Modo enim hominibus suadeo, an Deo ? An quaero hominibus iplacere? Si adhuc hominibus placerem, Ghristi servus non essem.
Notum enim vobis facio, fratres, evangelium quod evangelizatum est a me, quia non est secundum hominem :
Neque enim ego ab homine accepi illud, neque didici, sed per revelationem Jesu Ghristi. (Galat. I.)
dans le sein du Père, a daigne se rendre accessible aux hommes. — Il a fait plus encore : « le Verbe s'est fait chair. » Puis, s'étant fait homme, il a voulu nous faire dieu : — Comment, demande Saint Augustin, s'y est-il pris ? De deux manières.
Il s'est, pour ainsi parler, deux fois incarné: une première, se dissimulant dans la chair ; une seconde s'incarnant dans la parole. — 0 magnifique conséquence I Quand le prêtre, fidèle à sa mission, ne prêche que la parole de Dieu, c'est comme une seconde communion, comme une nouvelle et toute mystérieuse Eucharistie, dont il nourrit les fidèles.
Troisième grandeur. Jamais le prêtre catholique n'est laissé à lui-même, ni abandonné aux chances de personnelles erreurs ; il a derrière lui l'Eglise tout entière. C'est d'elle qu'il tient sa mission ; c'est sous sa garde rigide qu'il enseigne ; c'est de son autorité souveraine qu'il relève ; c'est, en cas d'erreur volontaire, de ses foudres qu'il est frappé.
Quatrième grandeur. Ne nous étonnons jamais de voir dans la chaire catholique, ou un prêtre tout jeune encore, ou un homme simple et illettré, ce qu'il enseigne découle de l'inappréciable trésor de nos Théologiens et de nos Docteurs, pléiade illustre, centre merveilleux où se sont réunis le savoir, la sainteté et le génie.
SANCTIOiN FORMIDABLE ATTACHEE AU MEPRIS DE LA PAROLE SAINTE
Si nous voyons trop souvent les fidèles traiter la parole sainte avec dédain, gardons-nous de croire que ce dédain soit toléré et que Dieu le laisse sans châtiment.
Etrange conduite du monde. — Voici l'une des fautes les plus communes aux gens du monde : Fuir, mépriser, juger, annihiler la parole sainte.
1° Dans le monde on la fuit» — L'étourdissement des plaisirs, le tumulte des affaires, une incurable paresse, le dégoût des choses spirituelles : telles sont les causes les plus ordinaires d'une abstention aussi coupable qu'elle est dangereuse (1). — Rappelons nous dans l'évangile ces invités au banquet qui s'excusent sous de futils prétextes.
2° Dans le monde on la méprise. — Oublieux de son origine, de sa noblesse, de sa nécessité, de ses fruits, esclaves insensés des seuls charmes du bien dire, prêts à applaudir l'orateur sacré comme on applaudit l'acteur sur le théâtre, les gens du monde ne témoignent pour la parole sainte, enseignée avec la simplicité qui lui convient, que le plus injurieux mépris (2). Oh ! quel châtiment est le leur !
(1) In illo die exiens Jésus de domo, sedebat secus mare.
Et congregatse sunt ad eum turbae multae, ita ut in naviculam ascendens sederet; et omnia turba stabat in littore.
Et locutus est eis multa in parabolis, dicens : Ecce exiit qui seminat, seminare.
Et dum seminat, qusedam ceciderunt secus viam; et venerunt volucres cœli, et comederunt ea.
Alia autem ceciderunt in petrosa, ubi non habebantterram multam: et continue exorta sunt, quia nonhabebant altitudinemterrse.
Sole autem orto, aestuaverunt; et quia non habebant radicem, aruerunt.
Alia autem ceciderunt in spinas; et creverunt spinse, et suffocaverunt ea.
Alia autem ceciderunt in terram bonam; et dabant fructum, aliud centesimum, aliud sexagesimum, aliud trigesimum.
Qui habet aures audiendi, audiat.
Vos ergo audite parabolam seminantis.
Omnis qui audit verbum regni et non intelligit, venit malus et rapit quod seminatum est in corde ejus : liic est qui secus viam seminatus est.
Qui autem super petrosa seminatus est, hic est qui verbum audit, et continuo cum gaudio accipit illud :
Non habet autem in se radicem, sed est temporalis : facta autem tribulatione et persecutione propter verbum, continuo scandalizatur.
Qui autem seminatus est in spinis, hic est qui verbum audit, et soUicitudo saeculi istius, et failacia divitiarum, sufïocat verbum, et sine fructu efficitur.
Qui vero in terram bonam seminatus est, hic est qui audit verbum et intelligit, et fructum affert, et facit aliud quidem centesimum, aliud autem sexagesimum, aliud vero trigesimum.
(Matth. XÏII.)
(2) Et accedentes discipuli dixerunt ei : Quare in parabolis loqueris eis?
3° Dans le monde on la juge. — Il la faudrait entendre avec droiture et loyauté. — L'ayant entendue, il faudrait y adhérer, en faire la règle de sa conduite, supporter ses illuminations et ses reproches, et, comme le Puhlicain, se frapper liumhlement la poitrine. — Que fait-on ? — Par un renversement sacrilège, cette parole qui nous juge, à notre tour nous la jugeons et nos critiques ont pour effet désastreux d'en dessécher la vertu et d'en détruire les fruits.
4^ Dans le monde on Vannihile. — Qu'elle est puissante \ qu'elle est féconde ! qu'elle est efficace ! la parole sainte, si nous le voulions. « Sermo Dei vivus et effîcax et penetrabilior omni gladio ancipiti. » Mais, soit légèreté en l'écoutant, soit déloyauté, soit paresse, soit dissipation et oubli, combien de fidèles étouffent en eux-mêmes et font mourir cette semence sacrée, d'où devait jaillir une riche moisson ?
Redoutable conduite de Dieu. — Autant le monde fait voir de mépris pour la parole sainte, autant Dieu la vengera rigoureusement.
1*^ Dieu fera de la parole sainte le pivot du salut. — Tel est l'ordre absolu de la Providence. La foi est la racine de la sanctification, la condition essentielle du salut. Or d'où naît la foi ? Saint Paul répond : « de la parole de Dieu. » « Fidesexauditu, auditus autem per verbumDei. » — La conséquence formidable est tirée par Jésus-Christ dans l'évangile. (( Ils n'entendent pas la parole de Dieu, parce qu'ils ne sont pas de Dieu » (1). D'où il suit qu'une marque infaillible de
Qui respondens ait illis : Quia vobis datum est nosse mysteria regni cœlorum : illis autem non est datum.
Qui enim habet, dabitur ei, et abundabit : qui autem non habet, et quod habet auferetur ab eo.
Ideo in parabolis loquor eis : quia videntes non vident, et audientes non audiunt neque intelligunt.
Et adimpletur in eis prophetia Isaiae dicentis : Auditu audietis, et non intelligetis : et videntes videbitis, et non videbitis.
Incrassatum est enim cor populi hujus, et auribus graviter audierunt, et oculos suos clauserunt : ne quando videant oculis et auribus audiant et corde intelligant, et convertantur, et sanem eos.
Vestri autem beati oculi, quia vident; et aures vestrse, qui audiunt.
Amen quippe dico vobis quia multi prophetae et justi cupierunt videre quse videtis, et non viderunt; et audire quse auditis, et non audierunt. (Matth. XIII.)
(i) Qui ex Deo est verba Dei audit. Prcpterea vos non auditis quia ex Deo non estis. (Joan. VIII.)
réprobation est de se rendre rebelle à la parole sainte. — Si nous faisions appel au raisonnement, il nous serait facile de nous expliquer ces sanctions terribles.
Le Psalmiste en effet nous montre comment la parole sainte, nous prémunissant contre le mal et nous faisant pratiquer le bien est pour nous l'indispensable condition du salut: « Super inimicos meos prudentem me fecisti mandato tuo... super omnes docentes me intellexi.... super senes inteilexi.... ab omni via mala prohibui pedes meos.... lucerna pedibus meis verbum tuum. »
2° Dieu fera de la parole sainte le fond de sa vengeance. — Parfois Dieu la retire tout à fait du peuple qui la dédaigne. La chaire est muette,. les prophètes ne sont plus, les prêtres du Seigneur n'enseignent plus les vérités saintes. — Parfois Dieu en enlève la force et la vertu : « Auferam robur panis. )) Ou bien les prédicateurs, devenus mondains et légers, amateurs de niaiseries, avides de gloire malsaine, répudient tout solide et austère enseignement pour amuser par une prédication brillante de frivoles auditoires : « prurientes auribus, ad fabulas convertentur. (1) » Ou bien les âmes amollies et déchristianisées ne savent plus retirer d'une prédication substantielle la force et la vertu qui y sont enfermées (2). Parfois même Dieu punit chez les âmes rebelles
(1) Gum venissem ad vos, fratres, veni non in sublimitate sermonis aut sapientiae, annuntians vobis testimonium Ghristi... Sermo meus non in persuasibilibus humanse sapientiae verbis.
Puto enim quod Deus nos apostolos novissimos ostendit, tanquam morti destinatos; quia spectaculum facti sumus mundo, et angelis, et hominJbus.
Nos stulti propter Ghristum, vos autem prudentes in Ghristo; nos infirmi, vos autem fortes; vos nobiles, nos autem ignobiles.
Usque in hanc horam et esurimus, et sitimus, et nudi sumus, et colaphis csedimur, et instabiles sumus.
Et laboramus opérantes manibus nostris; maledicimur, et benedicimus; persecutionem patimur, et sustinemus;
Blasphemamur, et obsecramus; tanquam purgamenta hujus mundi facti sumus, omnium peripsema usque adhuc.
Non ut confundam vos, haec scribo, sed ut filios meos carissimos moneo. (I Gor. Il, IV.)
(2) Testiiicor coram Deo, et Jesu Ghristo qui judicaturus est vivos et mortuos, per adventum ipsius, et regnum ejus :
Praedica verbum, insta opportune, importune; argue, obsecra, increpa in omni patientia et doctrina.
Erit enim tempus quum sanam doctrinam non sustinebunt, sed ad sua desideria coacervabunt sibi magistros, prurientes auribus;
Tabus de la parole sainte par un complet aveuglement: « De telle sorte, dit le prophète, que voyant ils ne voient pas et (ju'entendant ils n'entendent pas. »