‹ Guide du prêtre dans ses prédications choix et développements des sujetsChapitre 66 sur 138 · EMINENGE DE CETTE ŒUVRE · texte numérisé non relu

EMINENGE DE CETTE ŒUVRE

Elle est assurément éminente entre toutes cette œuvre d'où dépendent à la fois: le salut d'une âme, la prospérité de la famille, l'avenir de la Société.

C^est le salut d'une âme. — Une âme ! qui nous en révélera le prix? Qui nous en dira la valeur? C'est la « perle pré cieuse » de l'Evangile, qui à elle seule remplace tous les trésors (1). — Voyons-la en elle-même, songeons à sa destinée, elle nous révélera également ses grandeurs.

1^ Voyons l'âme en elle-même. — Voyons-la dans sa création. Le même Dieu qui d'un mot, d'un ordre, fait jaillir du néant tous les mondes et les pare de leurs incomparables splendeurs (2), ce Dieu, devant la création d'une âme, s'ar-

(1) Simileestregnum cœlorum thesauro absconditoinagro; quem qui invenit homo, abscondit, et prae gaudio illius vadit, et vendit universa quae habet, et émit agrum illum.

Iterura simile est regnum cœlorum homini negotiatori, quserenti bonas margaritas.

Inventa autem una pretiosa margarita, abiit, et vendidit omnia quae habuit, et émit eam. (Matth. XIII.)

(2) Quando prseparabat cœlos, aderam; quando c«rta lege, et gyro vallabat abyssos;

Quando aethera firmabat sursum, et librabat fontes aquarum;

Quando circumdabat mari terminum suum, et legem ponebat aquis, ne transirent fines suos ; quando appendebat fundamenta terrse ;

Gum eo eram, cuncta componens. Et delectabar per singulosdies, ludens coram eo omni tempore;

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rète, se recueille, tient un mystérieux conseil, tant l'œuvre est grande, tant cette création l'emporte sur toutes les autres (1). — Voyons-la dans la rédemption. Aux jours où cette œuvre se brise, où l'âme humaine devient sous l'effort du péché liideusement difforme, Dieu seul, Dieu en personne, se chargera de la refaire (2) et il la refera plus splendide, plus divine que jamais. Il y donnera ses sueurs et son

Ludens inorbeterrarum; etdeliciae meae esse cumfiliis hoininum.

Nunc ergo, filii, audite me: Beati qui custodiunt vias meas.

Audite disciplinam, et estote sapientes; et nolite abjicere eam.

Beatiis homo qui audit me, et qui vigilat ad fores meas quotidie, et observât ad postes ostii mei.

Qui me invenerit inveniet vitam, et hauriet salutem a Domino.

Qui autem in me peccaverit, Isedet animam suam. Omnes qui me oderunt diligunt mortem. (Prov. VIII.)

(4) Et ait : Faciamus hominem ad imaginera et similitudinem nostram; et prsesit piscibus maris, et volatilibus cseli, et bestiis, universœque terrai, omnique reptili quod movetur in terra.

Rt creavit Deus hominem ad imaginem suam; adimaginem Dei creavit illum, masculum et feminam creavit eos.

Benedixitque illis Deus, et ait: Grescite, et multiplicamini, et replète terram, et subjicite eam, et dominamini piscibus maris, et volatilibus caeli, et universis animantjibus, quse moventur super terram.

Formavit igitur Dominus Deus hominem de limo terrse, et inspiravit in faciem ejus spiraculum vitse, et factus est homo in animam viventem, (Gènes. IL)

(2) Ut quid enim Ghristus, quum adhuc infirmi essemus, secundum tempus pro impiis mortuus est?

Vix enim pro justo quis moritur; nam pro bono forsitan quis audeat mori?

Gommendat autem caritatem suam Deus in nobis: quoniamquum adhuc peccatores essemus, secundum tempus,

Ghristus pro nobis mortuus est : multo igitur magis nunc justificati in sanguine ipsius, salvi erimus ab ira per ipsum.

Si enim, quum inimici essemus, reconciliati sumus Deo per mortem Filii ejus, multo magis reconciliati, salvi erimus in vita ipsius.

Sed non sicut delictum, ita et donum. Si enim unius delicto multi mortui sunt, multo magis gratia Dei et donum in gratia unius hominis Jesu Ghristi in plures abundavit.

Et non sicut per unum peccatum, ita et donum: nam judicium quidem ex uno in condemnationem ; gratia autem ex multîs delictis in justificationem.

Si enim unius delicto mors regnavit per unum, multo maoris abundantiam gratise et donationis et justitia? accipientes, in vita regnabunt per unum Jesum Ghristum.

Igitur sicut per unius delictum in omnes homines in condemnationem, sic et per unius justitiamin omnes in justificationem vitse.

Sicut enim per inobedientiam unius hominis peccatores constituti

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sang, et, pour acquérir nos âmes, le Christ ne croira pas trop donner en donnant sa vie (1). — Voyons-la dans la sanctification. Pour épanouir une fleur. Dieu a créé son soleil, sa rosée, ses jours radieux et ses sombres frimas... Pour épanouir une âme (2), les trois Personnes divines sont à l'œuvre, l'Eglise est fondée, la grâce coule, les Sacrements versent à flots le Sang divin.

Si, dès ici-bas, une âme est si grande, que sera-t-elle si nous l'entrevoyons à travers les splendeurs de son éternelle destinée, fille au Très-Haut, reine de gloire, prédestinée à la fortune et au bonheur d'un Dieu ?

2'^ Voyons rame dans son avenir d'ici- bas. — La vie vient de jaillir, un petit ange repose dans un berceau; il y a là une âme, une âme immortelle et que Dieu prédestine à un royal et éternel avenir. — Mais, en attendant, elle sera l'hôte des choses terrestres, elle sera voyageuse à travers l'existence. Et trois missions diverses vont lui être confiées : elle aura une œuvre à accomplir, elle aura des vertus à pratiquer, elle aura des souffrances à subir. — Ces missions diverses elle les remplira au sein de dangers formidables et c'est, en traversant un champ de bataille, qu'elle atteindra son éternelle patrie.

Combien grande, combien importante, sera donc l'éducation de cette âme (3).

C'est la prospérité de la famille. — L'œuvre de l'éduca-

sunt multi, ita et per unius obeditionem justi constituentur multi.

(Rom. V.)

(1) Empti estis pretio magao. (I Cor. VI.)

(2) Quoniam Deus qui dixit detenebris lucem splendescere, ipse, illuxit in cordibus no«tris ad illuminationem scientiae claritatis Dei in facie Ghristi Jesu. (II Cor. IV.)

(3) Aperiens, cernensqueineaparvulum vagientem, miserta ejus, ait: De infantibus Hebraeorum est hic.

Gui soror pueri: Vis, inquit, ut vadam, et vocem tibi mulierem Hebraeam, quse nutrire possit infantulum?

Respondit: Vade. Perrexit puella, et vocavit matrem suam.

Ad quam locuta filia Pharaonis: Accipe, ait, puerum istum, et nutri mihi; ergo dabo tibi mercedem tuam. Suscepit mulier, et nutrivit puerum, adultumque tradidit filise Pharaonis.

Quemilla adoptavit in locum filii, vocavitque nomen ejus Moyses, dicens: Quia de aquatuU eum.

In diebus illis postquam creverat Moyses, egressus est ad fratres suos. (Exod. V.)

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tiori ne fit-elle que sanctifier et sauver une âme, qu'elle l'emporterait sur toute autre œuvre. — Mais l'éducation sauvegarde du même coup les intérêts de la famille ; et puisque nous parlons de la famille, c'est la famille contemporaine qu'il faut entendre, la famille avec les vices et la décadence que les mœurs du jour ont amenés.

1° Décadence actuelle de la famille. — Elle se forme déplorablement. C'est le plus souvent l'intérêt, la légèreté, l'entraînement d'une passion aveugle, qui en nouent les premiers liens. — Inaugurée tristement, c'est tristement aussi que la famille poursuit une marche sans règle, sans consistance, sans garantie. L'autorité est ébranlée, l'obéissance est précaire, les vertus sont absentes, les vices font irruption, l'égoïsme isole les membres les uns des autres. — Elle se dénoue sacrilègement. Déjà minée par les vices contemporains, la famille reçoit du divorce son dernier coup. Elle n'est plus qu'un édifice bâti sur le sable et que le souffle du caprice peut à cbaque instant renverser.

2° Restauration possible de la famille. — Oui possible, rapide et aisée, si l'éducation s'occupe de cette résurrection glorieuse. — Si, par l'éducation solide, chrétienne, sérieuse, à la jeune fille légère, romanesque, capricieuse, égoïste, succède la jeune fille élevée dans ses pensées, pure dans son cœur, forte dans la pratique du devoir, héroïque dans son dévouement. — Si l'éducation fait du jeune homme un chef de famille intelligent et travailleur, dévoué aux siens, apte aux vertus, capable d'élever ses enfants et de régir, dans une voie noble et puissante, le foyer domestique (l).

[{) Mulieres viris suis subditse sint, sicut Domino:

Ouoniam vir caput est mulieris, sicut Ghristus caput est Ecclesiae: ipse, salvator corporis ejus.

Sed sicut Ecclesia subjecta est Ghristo, ita et mulieres viris suis in omnibus.

Viri, diligite uxores vestras, sicut et Ghristus dilexit Ecclesiam, et se ipsum tradidit pro ea.

TJt illam sanctificaret, mundans lavacro aquas in verbo vitae.

Ut exhiberet ipse sibi gloriosam Ecclesiam, non habentem maculam, aut rugam, aut aliquid hujusmodi, sed ut sit sancta et immaculata.

Ita et viri debent diligere uxores suas ut corpora sua. Qui suam uxorem diligit, seipsum diligit.

Nemo enim unquam carnem suam odio habuit; sed nutrit et fovet eam, sicut et Ghristus Ecclesiam:

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C'est Tavenir de la Patrie. — Qui fait un peuple fort? Toute la grandeur et la prospérité d'une nation sont renfermées dans ces trois mots: Croyance, conscience, patience.

l** C'est la croyance qui fait un peuple fort. — Tant que, au sein d'un peuple, la religion fait briller les espérances surnaturelles ; quand les âmes, éprises d'un idéal divin, s'élèvent vers les hauteurs, vers le ciel, vers l'immortalité dans la gloire; tenons pour assuré que ce peuple nourrira en lui et développera tous les germes de sa vitalité. — A-t-il détruit ses autels, chassé les idées de Dieu, de l'âme, de la vertu, des récompenses et des châtiments futurs ; s'est-il jeté sur les jouissances matérielles comme sur une proie immonde ? les vertus tombent, les caractères s'abaissent, la décadence et la mort arrivent à grands pas.

2*^ C'est la conscience qui fait un peuple fort, — Si une éducation élevée, solide, appuyée sur les dogmes, vivifiée par la piété, a formé dans les âmes la conscience pure : du même coup les vertus fleurissent, le devoir est partout connu et accompli. L'éducation formera pour tous les postes, placera à toutes les charges, des hommes droits et intègres, qui ne faibliront pas sous l'effort de l'égoïsme et des convoitises. Un riche bienfaisant, un magistrat loyal, un soldat intrépide, un travailleur patient et laborieux: tels sont les fruits que seule réducation fortement religieuse parvient à produire (1).

Quia membrasumuscorporisejus,de carne ejus etdeossibusejus.

Propter hoc relinquet homo patrem suam, et adhaerebit uxori suse; et erunt duo in carne una.

Sacramentum hoc magnum est, ego autem dico in Ghristo et in Ecclesia.

Verumtamen et vos singuli, unusquisque uxorem suam sicut seipsum diligat: uxor autem timeat virum suum.

(Ephes. V, VI,)

(i) Addidit quoque Job, assumens parabolam suam, et dixit:

Quis mihi tribuat ut sim juxta menses pristinos, secundumdies quibus Deus custiodiebat me,

Quando splendebatlucerna ejus super caput meum, et ad lumen ejus ambulabam in tenebris;

Sicut fui in diebus adolescentise mese, quando secreto Deus erat in tabernaculo meo ;

Quando erat Omnipotens mecum, et in circuitu meo pueri mei;

Quando lavabam pedes meos butyro, et petra fundebat mihi rivos olei;

Quando procedebam ad portam civitatis, et in platea parabant cathedram mihi?

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3"* C'est la patience qui fait un peuple fort. — Comme l'in dividu et comme la famille, la Patrie traverse des heures sanglantes, touche aux abîmes et se remplit de deuil et de souffrances. — Là où les générations ont été formées au mâle devoir qu'impose la douleur, les blessures se guérissent et les défaites appellent de glorieuses revanches. — Celui-là seul, parmi les peuples, se couchera ignominieusement dans un tombeau sans espérance, où l'on ne sait plus ni souffrir, ni mourir.

Ladmission première de l'éducation, en ce qu'elle est l'espoir de la Patrie, sera donc d'élever les âmes aux sublimités de la croyance, de les munir de toutes les énergies d'une

Videbant me juvenes, et abscondebantur; et senes assurgentes stabant.

Principes cessabant loqui, et digitum superponebant ori suo.

Vocem suam cohibebant duces, et lingua eorum gutturisuo adha3rebat.

Auris audiens beatificabat me, et oculus videns testimonium reddebat mihi,

Eo quod liberassem pauperem vociferantem, et pupillum cui non esset adjutor.

i3enedictio perituri super me veniebat, et cor viduse consolatus sum.

Justitia indutus sum, et vestivi me, sicut vestimento et diademate,judicio meo.

Oculus fui cseco, et pes claudo.

Pater eram pauperum, et causam quam nesciebam diligentissime investigabam.

Gonterebam molas iniqui, et de dentibus illius auferebam prsedam.

Dicebamque: In nidulo meo moriar, et sicut palma multiplicabo dies.

Radix mea aperta est secus aquas, et ros morabitur in messione mea.

Gloria mea semper innovabitur, et arcus meus in manu mea instaurabitur.

Qui me audiebant, exspectabant sententiam, et intenti tacebant ad consilium meum.

Verbis meis addere nihil audebant, et super illos stillabat eloquium meum.

Exspectabant me sicut pluviam, et ossuum aperiebant quasi ad imbrem serotinum.

Si quando ridebam ad eos, non credebant. et lux vultus mei non cadebat in terram,

Si voluissemire ad eos, sedebam primus; cumque sederem quasi rex, circumstante exercitu, eram tamen mœrentium consolator.

(Job. XXIX.)

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