SUR L OEUVRE DE L EDUCATION
conscience droite, de leur apprendre la nécessité comme la féconde puissance de la douleur héroïquement supportée.
GONDITIOiNS ACTUELLES DE CETTE ŒUVRE
Sans doute le fond de cette œuvre est immuable et les conditions essentielles dans lesquelles elle s'accomplit ne sont sujettes à aucune vicissitude des temps et des milieux. — Néanmoins, il est très véritable que, selon les états divers, les crises spéciales que traversent les Sociétés, à des vices particuliers l'éducation doit opposer des vertus nouvelles et des remèdes adaptés.
Nous avons donc à nous poser comme première question: quelles sont nos décadences actuelles? quels sont les vices qui travaillent notre Société contemporaine? — Par contre: quels sont les points spéciaux sur lesquels l'éducation doit porter sa sollicitude et faire prévaloir son énergie ?
Il nous faut une génération instruite dans la foi. — Il le
faut parce que nous avons à reconnaître d'abord que l'éducation s'est trop peu occupé d'inculquer aux jeunes âmes les croyances religieuses; ensuite que cette négligence et cet oubli ont eu dans notre Société les plus désastreux résultats.
1° L'instruction religieuse a été trop légèrement traitée. — Si nous parlions ici de l'éducation officielle, telle que l'Etat la répand dans les jeunes générations qui lui sont confiées, notre thèse serait trop aisément victorieuse. — Dans l'Ecole destinée aux classes pauvres et laborieuses l'Etat, par un crime social qui crie vengeance, s'efforce, sous le nom menteur de neutralité^ de tuer dans les âmes jusqu'à la notion même de Dieu. Dans cette éducation détestable Dieu disparaît, l'âme avec ses destinées immortelles n'est plus qu'une chimère, l'avenir éternel s'est replié, le néant seul est au delà du tombeau. — Le lycée, où l'éducation est départie aux
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classes riches, se montrera-t-il mieux digne de sa grande mission ? Lisons les livres universitaires; assistons aux cours des facultés, pénétrons-nous de tout ce vaste enseignement de l'Etat: la notion religieuse est reléguée dans un mépris souverain. Les croyances catholiques sont combattues ou niées; c'est à peine si les derniers débris d'un spiritualisme écroulé échappent à la poussée du plus grossier matérialisme.
Il est trop évident que si quelque rénovation ne vient pas rendre à un tel enseignement sa lumière et sa vitalité religieuses la France, pour une large part, deviendra une France incroyante et athée.
Chose poignante à dire 1 ce n'est plus dans les maisons de l'Etat, c'est en plein cœur de notre enseignement cathohque que nous avons à constater et à courageusement dénoncer l'insuffisance de l'instruction religieuse. Etrange aberration ! Ceux qui ont pu suivre de tout près la marche d'un collège catholique ont vu quelle place amoimdrie occupait l'étude de la religion. — Ils ont vu que cette place n'était pas seulement amoindrie, mais qu'elle était sans honneur. Le prestige, les sollicitudes ardentes, le travail acharné, les luttes magnanimes étaient réservés presque exclusivement aux lettres et aux sciences profanes. S'il restait,, des longues heures données aux études, quelque parcelle humiliée, c'est l'enseignement religieux qui l'obtenait. — Diminuée et sans honneur, l'étude de larehgion a-t-elle été faite avec le soin qu'elle comporte? Le professeur^ déjà fatigué sous le fardeau de ses multiples enseignements, n'a plus trouvé pour son cours d'instruction religieuse que de rares instants et des forces amoindries.
2° Les conséquences de cette trop légère étude ont été désastreuses. — Nos jeunes catholiques, sortant mal armés de nos maisons religieuses, se sont trouvés en face de deux redoutables ennemis: l'incroyance et l'indifférence. — L'incroyance. Les uns, pour s'ouvrir l'accès aux carrières ont dû affronter, au sein des Facultés l'enseignement de l'Etat si ordinairement irréligieux. Les autres n'ont pu opposer aux milieux incroyants, à une littérature délétère, à des journaux hostiles, à des revues perfidement ennemies, qu'une instruction insuffisante et des preuves trop mal affermies (1).
[}) Audi, fili mi, et suscipe verba mea, ut multiplicentur tibi anni vitse.
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L'indifférence ne leur a pas été moins mortelle. Il faut une âme lumineuse, des convictions puissantes, des aspirations énergiques vers Dieu, l'âme et la vertu, pour combattre la torpeur qui engourdit notre société contemporaine presque tout entière. — Et que dirons-nous du soulèvement des passions, des tempêtes du cœur, des entraînements des sens ? « Qui corrigera les voies du jeune homme ? s'écriait le Prophète. Seule, ô mon Dieu, la connaissance, la pratique de votre Loi » (1).
Viam sapientise moristrabo tibi,ducamteper semitas sequitatis;
Quas cum ingressus fueris, non arctabuntur gressus tui, et currens non habebis offendiculum.
Tene disciplinam, ne dimittas eam; custodi illam, quia ipsa est vila tua.
Ne delecteris in semitisimpiorum, nectibi placeat malorum via.
Fuge ab ea, nec transeas per illam; déclina, et desere eam.
Non enim dormiunt nisi malefecerint; et rapitur somnus ab eis nisi supplantaverint.
Gomedunt panem impietatis, et vinum iniquitatis bibunt.
(1 ) Numquid non sapientia clamitat, et prudentia dat vocem suam?
In summis excelsisque verticibus supra viam, in mediis semitis stans,
Juxta portas civitatis, in ipsis foribus loquitur, dicens:
0 viri, ad vosclamito, et vox mea ad filios hominum.
Intelligite, parvuli, astutiam; et, insipientes, animadvertite.
Audite, quoniam de rébus magnis locutura sum ; et aperientur labia mea ut recta praedicent.
Veritatem meditabitur guttur meum, et labia mea detestabuntur impium.
Justi sunt omnes sermones mei, non est in eis pravum quid neque perversum.
Recti sunt intelligentibus, et aequi invenientibus scientiam.
Accipite disciplinam meam, et non pecuniam; doctrinam magis quam aurum eligite.
Melior est enim sapientia cunctis pretiosissimis; etomne desiderabile ei non potest comparari.
Ego sapientia, habito in consilio; et eruditis intersum cogitationibus.
Timor Domini odit malum. Arrogantiam, et superbiam, et viam pravam, et os bilingue detestor.
Meum est consilium, et sequitas; mea est prudentia, mea est fortitudo.
Per me reges régnant, et legum conditores justa decernunt;
Per me principes imperant, et potentes decernunt justitiam.
Ego diligentes me diligo; et qui mane vigilant ad me, in veulent me.
Mecum sunt divitiae et gloria, opes superbaî et justitia.
Melior est enim fructus meus auro et lapide pretioso, et genimina mea arsfento electo.
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Il nous faut une génération mâle, sérieuse, austère. — Si notre Société contemporaine nous apparaît défaillante dans sa foi religieuse, elle l'est bien plus encore dans la pureté de ses mœurs, l'énergie de son caractère, l'austérité de sa vie.
1° Le mal qui est sous nos yeux. — Il est double, il est à la fois dans la conduite et dans les principes. — Dans la conduite. Les mœurs publiques sont manifestement tombées. Un laisser-aller effréné a reculé toutes les barrières du mal, foulant aux pieds les règles même de la plus ordinaire pudeur. Où l'épouse est délaissée, la courtisane règne en maîtresse et le jeune homme, n'attendant pas pour ses précoces débauches l'heure de la maturité, n'apportera plus au foyer domestique que les débris d'un cœur usé et d'une chair ïlétrie. Si la littérature et le théâtre sont les reflets vivants d'une Société, jugeons par l'impudeur de nos livres et l'immoralité de nos théâtres du degré de décadence où nos mœurs sont tombées.
Et le symptôme le plus inquiétant n'est point là encore, il est dans la chute des principes et la corruption des plus essentielles vérités. Par un chef-d'œuvre d'erreur, notre Société contemporaine érige en règle ce qui est la violation de toutes les règles. Pour elle la corruption est un besoin légitime, l'inconduite le légitime emploi d'une incontestable liberté. L'austérité du foyer domestique est devenue une tyrannie insupportable, et les dissolutions du divorce, l'usage d'un imprescriptible droit (i). — En un mot, la passion du
In vils justitiae ambulo, in medio semitarum judicii,
Ut ditem diligentes me, et thesauros eorum repleam.
Dominus possedit me in initio. (Prov. VIII.)
(1) Fili mi, si sapiens fuerit animas tuus, gaudebit tecum cor meum;
Et exsultabunt renés mei, cum locuta fuerint rectum labia tua.
Non semuletur cor tuum peccatores; sed in timoré Domiai esto tota die;
Quiahabebis spem in novis3imo,etpr8estolatio tua nonauferetur.
Audi, fili mi, et esto sapiens, et dirige in via animum tuum.
Noli esse in conviviis potatorum, nec in comessationibus eorum qui carnes ad vescendum conferunt;
Quia vacantes potibus et dantes symbola consumentur; et vestietur pannis dormitatio.
Audi patrem tuum qui genuit te; et ne contemnas cum senuerit mater tua.
Veritatem eme, et noli vendere sapientiam, et doctrinam, et inlelligentiam.
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cœur et des sens n'est plus une défaillance que l'on pleure, mais un affranchissement dont on se fait gloire. « Vivent ossa ista? »
2^ Le remède que réclame ce maL — Le remède est unique et c'est à l'éducation à nous l'apporter.
Si l'éducation, digne d'elle-même et de Dieu au nom duquel elle doit être faite, redevient digne de sa mission, elle fera régner la loi divine sur les débris des passions abattues. — Le Décalogue opposera à l'invasion du vice d'infranchissables barrières. L'homme, dès ses premières années, saura qu'il n'est libre ni des mouvements de son cœur, ni des saillies désordonnées de ses sens; il entendra cette grande voix de l'Apôtre: « Corpus non fornicalioni sed Domino et Dominus corpori. » « Empti estis pretio magno; glorificate et portate Deum in corpore vestro. »
A la répression qui vient d'un décalogue fortement inculqué, l'éducation joindra les pures et nobles aspirations vers un idéal divin. Le jeune homme saura qu'il est créé, non pour la terre mais pour les cieux, non pour des jouissances périssables mais pour des voluptés éternelles. En s'éprenant d'un noble amour pour la Beauté incréée, il deviendra héroïque à dédaigner les charmes périssables et les plaisirs d'un moment.
Il nous faut une génération combattante. — Le double
Exsultatgaudio paterjusti; qui sapientem genuitlsetabiturineo.
Gaudeat patertuuset mater tua; et exsultet quae genuitte.
Prœbe, fili mi, cor tuum mihi; et oculi tui vias meas custodiant.
Fovea enim profunda est meretrix, et puteus angustus aliéna.
Insidiatur in via quasi latro, et quos incautos viderit interficiet.
Gui: Vœ? Gujuspatri: Vse? Gui rixa?cui fovese? cui sine causa vulnera? cui suffusio oculorum?
Nonne his qui commorantur in vino, et student calicibus epotandis?
Ne intuearis vinum quando flavescit, cum splenduerit in vitro color ejus; ingreditur blande;
Sed in novissimo mordebit ut coluber, et sicut regulus venena diffundet.
Oculi tui videbunt extraneas, et cor tuum loquetur perversa.
Et eris sicut dormiens in medio mari, et quasi sopitus gubernator, amisso clavo;
Et dices: Verberaverunt me, sed non dolui; traxerunt me, et ego non sensi. Quando evigilabo, et rursus vinareperiam?
(Prov. XXIIL)
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plan de Dieu ayant été de laisser sa vérité faible et désarmée au sein d'inimitiés frémissantes, il est clair que dans ses fidèles il a voulu des défenseurs; il est plus clair encore que ces défenseurs, c'est à l'éducation première à les produire.
1° // nous faut pour défenseurs des hommes de combat. — Nous accordons bien que le prêtre doive être en tête des lignes combattantes et que de lui doivent partir le signal et la direction de la lutte. — Mais seul qu'est-il autre chose qu'un général sans armée ? Les fidèles doivent entrer en lice, les laïques sont appelés aux combats de Dieu.
2° Sans eux tout a échoué. — Que de batailles perdues ! Que de frontières forcées 1 Hélas! que de positions abandonnées, depuis un siècle, par notre armée catholique ! De beaux discours, de retentissantes paroles, de nobles Congrès, des résolutions généreuses se sont succédé à l'infini.... A quoi avons-nous abouti qu'à de perpétuelles défaites ?
3° Avec eux tout réussira. — Le catholicisme reprendra ses droits, fera reculer ses ennemis, remportera de fécondes victoires, si l'éducation, trop molle jusqu'ici, se reprend à faire des générations aptes à la lutte et ardentes au combat.