‹ Guide du prêtre dans ses prédications choix et développements des sujetsChapitre 83 sur 138 · IL FAUT AU PÈRE LA SOLLICITUDE DE L'AVENIR · texte numérisé non relu

IL FAUT AU PÈRE LA SOLLICITUDE DE L'AVENIR

l'Eglise.

Il le doit à son triple titre de père, de citoyen, d'enfant de Iglise.

Il le doit comme père. — S'il est un père digne de ce

{\) Très isti filii sunt Noe, et ab his disseminatum est omne genus hominum super universam terram.

CœpitqueNoe vir agricola exercere terram, et plantavit vineam;

Bibensque vinum inebriatus est, et nudatus in tabernaculo suo.

Quod cum vidisset Cham pater Chanaan, verenda scilicet patris sui esse nudata, nuntiavit duobus fratribus suis foras.

At vero Sem et Japheth pallium irnposuerunt humeris suis, et incedentes retrorsum, operuerunt verenda patris sui; faciesque eorum aversse erant, et patris virilia non viderunt.

Evigilans autem Noe ex vino, cum didicisset quse fecerat eifilius suus minor.

Ait: Maledictus Chanaan, servus servorum erit fratribus suis.

Dixitque : Benedictus Dominus Deus Sem, sit Chanaan servusejus.

Dilatet Deus Japheth, et habitet in tabernaculis Sem, sitque Chanaan servus ejus. (Gènes. IX.)

nom, l'avenir de ses enfants le préoccupera sans cesse et les charges que cet avenir lui impose activeront son travail, combattront chez lui l'égoïsme et l'insouciance, lui interdiront les dépenses sans règle et les profusions sans prudence. — Il étudiera les aptitudes diverses de ses enfants alin de les diriger mieux vers les diverses carrières. — Surtout il laissera à l'épanouissement d'une vocation la liberté légitime.

Il le doit comme citoyen. — L'entrée puissante dans les carrières, par suite la formation des enfants, importe grandement au fonctionnement d'une société. Il aura donc bien mérité de la Patrie, le père qui lui aura donné des sujets intègres, vertueux et capables.

Il le doit comme chrétien. — Sa mission paternelle recevra une sanction plus glorieuse encore, si, père chrétien, il forme ses enfants à son image ; s'il en fait l'honneur et la force de l'Eglise, comme plus tard la gloire et l'ornement des cieux.

LES FLEAU

Le même arbre qui, dans un sol opulent, sous un ciel calme et radieux, arrosé de pluies abondantes, se couvre de feuillage, de fleurs et de fruits, le même arbre, dans un climat ingrat, un sol aride et pierreux, se dessèche et meurt lentement.

Voyez cette noble et sainte paternité qu'illumine, dirige, affermit le christianisme : quelles œuvres elle produit, quels fruits de bénédiction elle fait mûrir, comme elle devient la force et la sécurité du foyer domestique, l'honneur de la Patrie, l'espérance de l'Eglise! — - Mais quand, dans une Société en décadence, au sein des influences morbides de l'incroyance et des vices régnants, cette chose si grande et si sainte, s'est altérée et s'est déformée, elle ne se signale plus, au sein de la famille, que par la trahison de ses devoirs, la méconnaissance de ses droits, la stérilité de ses œuvres.

Sujet douloureux que d'étudier dans notre Société contemporaine les trois fléaux qui atteignent la paternité ! Déformation, abdication, désertion : tels sont les trois caractères de l'époque actuelle ; telles sont les trois influences qu'elle a sur la paternité.

DEFORMATION

Impossible à l'homme de s'isoler assez de son milieu pour n'en pas subir l'influence. Les maux qui travaillent notre

Société seront les mêmes qui s'attaqueront à la famille, s'attachant plus particulièrement à en corrompre le chef.

Notre Société est vide de principes. — Ce vide désastreux étudions-le d'abord dans la Société ; étudions-le ensuite dans la Famille.

i^ Etudions-le dans la Société, — Nous en verrons la cause première dans l'éducation; nous en suivrons la trace dans les idées régnantes. Que nous scrutions l'éducation de la jeunesse dans la classe élevée ou dans la classe populaire, le même mal nous apparaîtra. — Une école a été imposée par une impiété sans conscience : on l'a dénommée faussement V école îieutre, en réalité c'est l'école d'où l'idée de Dieu a été chassée, et, avec l'idée de Dieu, toute croyance surnaturelle, toute foi en une âme, une destinée supérieure, un avenir immortel, en des devoirs correspondants à cette destinée. Qu'est-il resté à l'enfant et au jeune homme? Les appétits de la brute et les désespoirs de ne les pouvoir satisfaire. — Remontons-nous l'échelle sociale, allons-nous jusqu'aux plus hauts enseignements? Même mépris des dogmes supérieurs, même guerre à l'idée divine, même absence des grands principes qui font la noblesse de l'homme et sa sécurité. — Dirons-nous plus? Même dans nos collèges catholiques la surcharge des programmes, les anxieuses sollicitudes des examens et des carrières, ont beaucoup trop relégué l'ordre surnaturel et trop diminué l'étude qui le révèle à l'enfant.

Voilà la cause première d'un mal profond. Ce mal les idées régnantes achèveront de nous le révéler. Notre Société contemporaine semble avoir perdu la notion de la vérité. Une tolérance insensée donne à Terreur les mêmes droits qu'au vrai, au mal la même place qu'au bien. — La poursuite exclusive des sciences exactes a tué la philosophie. L'âme humaine a brisé ses ailes et ne sait plus planer dans les hauteurs. — Cette absence d'idées graves, de principes solides, a fatalement amené dans les idées régnantes je ne sais quoi de creux, de superficiel et de frivole.

2° Etudions-le dans la Famille. — Sorti de l'éducation, entré dans le monde tel que nous venons de le dépeindre, le jeune homme, devenu l'homme mûr et le chef de famille, est presque toujours resté au dessous de sa tâche et de sa dignité. Il lui fallait, pour les transmettre, posséder luimême les idées hautes, les points de vue supérieurs, les

grandes notions surnaturelles : vides de ces choses, l'âme et le langage du père de famille n'en ont plus rien transmis aux enfants.

Notre Société est frivole et voluptueuse. — Un second vice de notre Société contemporaine a sur le foyer domestique une désastreuse influence.

1° Scimtons notre littérature. — La littérature, dit-on, est le reflet d'une Société. Qu'ont fait cette littérature, ce journal mondain, ce roman à la mode, cette pièce de théâtre courue ; qu'ont-ils fait de ces trois grandes et saintes choses : mariage, famille, paternité? Le mariage n'y est plus présenté que comme une charge odieuse, une tyrannie surannée, une chaîne que l'on brise à loisir.

Qu'est devenue la paternité? Qu'est devenue la notion de ses devoirs et de ses droits? Un sensualisme grosssier a recouvert ces diamants divins de sa fange; l'édifice construit par Dieu et par l'Eglise s'écroule sous la pression des vices contemporains (1).

2" Scrutons nos mœurs du jour. — Nous les trouvons de plus en plus conformes aux types impurs reproduits sur le théâtre et dans le roman.

3° Etudions l'œuvre du divorce. — Là nous apparaît dans sa dernière conséquence, sa logicité implacable, le vice de sensualisme et d'erreur qui travaille notre Société. Quand le mariage n'est plus qu'un rapprochement éphémère, que deviendra la paternité? A quel dévouement se condamnera le père? à quels devoirs enchaînera-t il sa volonté?

Notre Société est matérialiste. — D'ailleurs un dernier désastre qui frappe noire Société porte un coup suprême à la mission paternelle.

i^ Notre Société est matérialiste en fait. — Ayant rompu avec le monde supérieur, ayant chassé d'elle l'idée de Dieu, la no-

(i) Fornicatiû mulieris in extollentia oculorum, et in palpebris illius agnoscetur.

In filia non avertente se firma custodiam, ne inventa occasione utatur se.

'^- Ab omni irreverentia oculorum ejus cave, et ne mireris si te neglexerit.

Sicut viator sitiens ad fontem os aperiet, et ab omni aqua proxima bibet, et contra omnem palum sedebit, et contra omnem sagittam aperiet pharetram donec deficiat. (Eccli. XXIV.)

tion de l'âme, l'attente de l'avenir, elle s'est précipitée sur la matière comme le famélique sur une proie impure. La fiévreuse passion de l'or, le tumulte des affaires, le jeu immoral de la Bourse, le tourbillon des jouissances grossières tout ce qui est terrestre, sens, matière, fait désormais le fond de la société actuelle.

2° Notre société est matérialiste en doctrine. — L'idée a suivi le fait ; la doctrine a prétendu appuyer la conduite. Un triste et curieux examen des Livres, des Cours publics de notre baut enseignement ofticiel nous convaincrait des progrès effrayants du matérialisme doctrinal. La nature se suffit à elle-même. La science se passe de la notion de Dieu. L'âme n'est que le fonctionnement momentané des organes. L'avenir est une cbimère. La vertu n'est qu'un nom. Tout se résume pour l'homme à posséder et à jouir.

3** Conséquences fatales. — Imprégné de ce grossier matérialisme qu'entendra désormais à sa mission et à ses devoirs le chef de la famille? Que lui importe l'âme de ses enfants, à lui qui n'y croit plus? Que leur enseignera t-il autre chose que l'amour, le culte, la jouissance, de la matière?

Page 1