‹ Guide du prêtre dans ses prédications choix et développements des sujetsChapitre 84 sur 138 · ABDICATION · texte numérisé non relu

ABDICATION

L'absence des principes élevés et des responsabilités saintes devait avoir comme conséquence l'abdication. Gomment remplir un devoir dont on n'a plus la notion? Gomment se consacrer à une œuvre dont on n'entrevoit plus le but? Pourquoi assumer la rude mission d'éducateur quand l'âme n'est plus, quand la conscience est un vain mot, quand la vie présente, la jouissance et la fortune restent seules des réalités?

Le père abdique son œuvre éducatrice. — Cent fois nous avons contemplé, sans en scruter les causes secrètes, la multiple abdication que voici.

1^ Le père abdique le devoir pénible de la première éducation. — Les défauts naissants de ses fils le laissent indifférent. La culture des vertus enfantines lui semble puérile. Heureux s'il laisse la mère le remplacer au poste d'éducateur qu'il déserte (1)!

2° Le père abdique le devoir de la répression. — Soit amour de son repos, soit dégoût pour ce qui est gêne et contrainte, il aime mieux laisser impunies les révoltes de l'enfant que de les châtier au prix des ennuis que l'autorité paternelle lui ferait subir. Que de familles où cette négligence désastreuse a préparé des jours de ruine et de douleur!

3° Le père a abdiqué la direction. — Ce que voulaient Dieu et la nature c'est que l'enfant, dont l'intelligence grandit et la conscience s'éveille, trouvât dans son père le guide sûr, l'illumination vraie, la réponse juste à ses avides interrogations. Quel secours pour le jeune homme, au temps de ses illusions et de ses rêves, qu'un père dont il se serait habitué à vénérer la sagesse et à suivre en aveugle le conseil !

(1) Fili mi, si sapiens fuerit animus tuus, gaudebit tecum cor meum;

Et exsultahunt renés mei, cum locuta fiierint rectum labia tua.

Non semuletur cor tuum peccatores; sed in timoré Domini esto tota die;

Quiahabebisspemin novissimo, et prseîitolatio tuanonauferetur.

Audi, fili mi, et esto sapiens, et dirige in via animum tuum.

Noli esse in conviviis potatorum, nec in comessationibus eorum qui carnes ad vescendum conferunt ;

Quia vacantes potibus et dantes symbola consumentur; et vestietur pannis dormitatio.

Audi patrem tuum qui genuit te; et ne contemnas cum senuerit mater tua.

Veritatem eme, et noli vendere sapientiam, et doctrinam, et intelligentiam.

Exsultat gaudio pater justi;qui sapientemgenuit Isetabitur ineo.

Gaudeat pater tuus et mater tua; et exsultet quse genuit te.

Praebe, fili mi, cor tuum mihi; et oculi tui vias meas custodiant.

(Prov. XXIIL)

Filius sapiens lœtificat patrem; filius vero stultus mœstitia est matris suae.

Gorona senum filii filiorum; et gloria filiorum patres eorum.

Gonfusio patris est de filio indisciplinato; fîlia autem in deminoratione fiet.

Filia fjrudens hereditas viro suo ; nam quœ confundit in contumeliam lit genitorir,.

Patrem et virum confundit audax, et ab impiis non minorabitur ; ab utrisque autem inhonorabitur. (Prov. Eccli.)

4° Le pcre abdique la vigilance, — Hélas! il ne sait rien, il ne voit rien des premières irruptions des vices secrets dans Tenfant. Plus tard il demeurera aussi aveugle en face des ravages de sa foi et des tempêtes de son cœur. Habitué à ne rien réprimer, ce père malheureux ne saura rien prévoir.

5^ Le père abdique même sa dignité. — Qui n'a contemplé avec étonnement et tristesse l'abaissement de la dignité paternelle? Qui n'a vu ces enfants sans respect pour le père, sans déférence pour sa parole, sans même les plus élémentaires égards pour sa personne, et, spectacle plus lamentable encore, ce père résigné au milieu des ruines déshonorées de son pouvoir et de sa dignité ?

Parfois même il la détruit. — Renoncer au plus grand de ses devoirs qui est l'éducation de ses enfants serait un premier mal déjà profond. En voici un second plus profond encore (1). Cette oeuvre d'éducation il l'entrave et la détruit.

1° // la détruit par défaut d entente. — En perpétuel désaccord avec l'épouse le mari rend impuissante l'autorité maternelle: « Tout royaume divisé périra, )> disait Jésus-Christ. Prophétie frappante en ce qui touche la famille. Au sein de ces contradictions perpétuelles, parfois de ces luttes exté-

(1) Qui docet filium suuni laudabitur in illo, et in medio domesticorum in illo gloriabitur.

Qui docet lilium suum in zelum mittit inimicum, et in medio amicorum gloriabitur in illo.

Mortuus est pater ejus, et quasi non est mortuus, similem enim reliquit sibi post se.

In vita sua vidit, et Isetatus est in illo; in obitu suo non est contristatus, nec confusus est coram inimicis;

Reliquit enim defensorem domus contra inimicos, et amicis reddentem gratiam.

Pro animabus filiorum colligabit vulnera sua, et super omnem vocem turbabuntur viscera ejus.

Equusindomitus evaditdurus, et filiusremissus evadet prœceps.

Lacta filium, et paventem te faciet; lude cum eo, et contristabit te.

Non corrideas illi, ne doleas, et in novissimo obstupescent dentés tui.

Non des illi potestatem in juventute, et ne despicias cogitatus illius.

Gurva cervicem ejus in juventute, et tunde latera ejus dum infansest, neforteinduret,etnoncredattibi, et erit tibi dolor animae.

Doce filium tuum, et operare in illo, ne in turpitudinem illius ofifendas. (Eccli. XXX.)

rieures et de ces querelles publiques, les enfants, ne reconnaissant plus où réside l'autorité, prennent vite le parti de n'en plus respecter aucune.

2° // la détruit par des exemples mauvais. — Si son abstention de toute pratique religieuse ne peut échapper aux regards perspicaces de l'enfant, quelle autorité aura la mère pour les lui prescrire ? Et si, tout ensemble, son père et sa mère vivent sans Dieu, quelle ressource de salut restera désormais? — Jetons le voile sur l'inconduite d'un père. Mais si le jeune homme n'en a que trop surpris les honteux secrets, quel frein le retiendra lui-même, quand la tempête des passions se déchaînera sur son cœur et ses sens?

3° // la détruit par de mauvais principes. — C'est le dernier et le plus terrible coup qu'un père puisse porter à l'éducation de ses enfants. Son insouciance et son impéritie étaient un premier désastre; ses mauvais exemples un second plus puissant, mais que dire de sa parole empoisonnée et du venin d'irréligion et d'impiété qu'il distillerait dans l'âme des siens ? « Vse homini illi per quem scandalum venit ! »

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