DÉSERTION
Il nous reste à parler d'un troisième mal qui, de la Société, a fait invasion dans la famille: nous voulons parler de la désertion trop fréquente du foyer domestique. Le père s'isole des siens, et son intérieur lui devient peu à peu étranger.
Le père de famille s'isole moralement. — Le charme et la prospérité de la vie de famille viennent avant tout de l'étroite union de ses membres (1). Mais cette union elle-même
(1) Hsec autem omnia operatur unus atque idem Spiritus, divideas singulis prout vult.
Sicut enim corpus unum est, et membra habet multa, omnia au-
sur quoi repose-t-elle? Sur une communauté d'idées et de vues, de goûts, d'iiabitudes, de relations, de plaisirs.
1° D'idées et de vues. — Trop souvent on néglige, dans la préparation des mariages, ce point capital. Si entre l'époux et l'épouse une éducation toute différente, des idées toute contraires, des vues tout opposées, ont creusé quelque abîme de séparation, l'entente devenant impossible, l'un finit par s'isoler de l'autre.
2^ De goûts et d habitudes. — Il est trop évident encore que, dans les membres d'une môme famille, l'union ne se maintiendra que si les goûts sont partagés et si les habitudes sont communes. Autrement, chacun suivant une pente égoïste et ne mettant en commun que la contradiction et l'ennui, la désunion s'en suivra fatalement.
3° De relations. — Le père ne fréquentant plus que dans des milieux à lui et dont les siens ne peuvent approcher, ce sera là un nouvel et très puissant principe de désorganisation et de séparation.
4° De plaisirs. — Heureuses, les familles dont le père partage les récréations, se faisant l'âme de leurs jours de fête, l'excitateur et le guide de leurs plaisirs. — Tristes au contraire et désolés seront les foyers domestiques, que le père déserte, durant d'interminables soirs, pour chercher ailleurs d'égoïstes distractions.
tem membra corporis cum sint multa, unum tainen corpus sunt, ita et Ghristus.
Etenim in uno Spiritu omnes nos in unum corpus baptizati sumus, sive Judsei, sive gentiles, sive servi, sive liberi; et omnes in uno spiritu potati sumus.
Nam et corpus non est unum membrum, sed multa.
Si dixerit pes: Quoniam non sum manus, non sum de corpore, num ideo non est de corpore?
Et si dixerit auris: Quoniam non sum oculus, non sum de corpore, num ideo non est de corpore?
Si totum corpus oculus, ubi auditus? si totum auditus, ubi odoratus?
Nunc autem posuit Deus membra, unumquodque eorum in corpore sicut voluit.
Quod si essent omnia unum membrum, ubi corpus?
Nunc autem multa quidem membra, unum autem corpus.
Non potest autem oculus dicere manui : Opéra tua non indigeo; aut iterum caput pedibus : Non estis mihi necessarii.
Sed multo magisquae videntur membra corporis infirmiora esse, necessariora sunt. (I Gor. XII.)
Le père de famille s'isole effectivement. — Fatalement l'opposition des goûts, des idées, des habitudes, conduit le père à laisser vide de sa bienfaisante présence le foyer domestique. Et l'organisation de notre Société ne favorise que trop ces désertions.
Faisons ici sans crainte le procès des multiples réunions d'hommes, qui sous le nom de Cercles, Associations, Corporations, Estaminets, Cabarets, font si lamentablement le vide au foyer domestique.
En vain nous montrera-t-on, pour le père de famille, la nécessité, ou de se distraire, ou de s'instruire, ou de se mêler à la vie de tous, dans l'intérêt de ses industries et de ses alFaires. Nous ne nierons pas quelques avantages secondaires; nous n'affirmerons pas que ces milieux étrangers soient toujours pour l'homme un danger de perversion. — La question capitale n'est pas là. Le mal, un mal réel et profond, est ailleurs. 11 est dans la désertion du foyer domestique; il est dans l'isolement triste autant que dangereux, où le père de famille laisse sa femme et ses enfants.
Nécessité des tentations; — nature des tentations; pratique des tentations.