DANS LA LUTTE
« De forti egressa est dulcedo. » Plus clairement et sou' une saisissante image le Fils de Dieu, « l'Agneau Domina teur, » nous montre avec quelle invincible charité nous devons en agir avec nos ennemis: « Ecce ego mitto vos sicut agnos inter lupos. » — Intrépides, invincibles dans la défense de nos droits, nous nous montrerons toujours pleins de douceur, de patience, de charité, envers ceux qui nous assaillent et nous persécutent (2).
(i) Amen dico vobis : Non surrexit inter natos mulierum major Joanne Baptista : qui autem minor est in regno cœlorum, major est illo.
A. diebus autem Joannis Baptistse usque nuncj regnum cœlorum vim patitur, et violenti rapiunt illud. (Matth. XL)
(2) Garissimi, obsecro vos tanquam advenas et peregrinos abstinere vos a carnalibusdesideriis quse militant adversus animam.
Gonversationem vestram inter gentes habentes bonam; ut in eo quod detrectant de vobis tanquam de malefactoribus, ex bonis operibus vos considérantes, glo-rificent Deum in die visitationis.
Subjecti igitur estote omni humanse creaturœ propter Deum, sive régi quasi prsecellenti.
Sive ducibus tanquam ab eo missis ad vindictam malefactorum, laudem vero bonorum :
Cette charité nous est indispensable. — Indispensable, car Dieu la veut et la cause catholique la veut comme lui.
1° Dieu veut en nous la charité. — Il la veut comme imitation et ressemblance de sa propre nature : « Deus caritas est. » Dieu est si bon qu'il n'oppose longtemps à ceux qui l'insultent que la patience et la miséricorde. Dieu est si bon qu'il accorde « sa pluie et son soleil même à ses insulteurs(l). » D'ailleurs, notre charité dans la lutte importe à la réalisation du plan de Dieu. Dieu veut manifester, dans un
Quia sic est voluntas Dei, ut bene facientes obmutescere faciatis imprudentium hominum ignorantiam :
Quasi liberi, et non quasi velamen habentes malitiâelibertatem, sed sicut servi Dei.
Omnes honorate; fraternitatem diligite ; Deum timete ; regem honorificate.
Servi, subditi estote in omni timoré dominis, non tantum bonis et modestis, sed etiam dyscolis.
Hgec est enim gratia, si propter Dei conscientiam sustinet quis tristitias, patiens injuste.
Quse enim est gloria, si peccantes et colaphizati suffertis ? Sed si bene facientes patienter sustinetis, hsec est gratia apud Deum.
In hoc enim vocati estis : quia et Ghristus passus est pro nobis, vobis relinquens exemplum ut sequamini vestigia ejus.
Qui peccatum non fecit, nec inventus est dolus in ore ejus ;
Qui quummalediceretur,non maledicebat; quum pateretur, non comminabatur : tradebat autem judicanti se injuste;
Qui peccata nostraipse pertulit in corpore suo super lignum: ut peccatis mortui, jusUtise vivamus ; cujuslivore sanati estis.
Eratis enim sicut oves errantes, sed conversi estis nunc ad pastorem et episcopum animarum vestrarum. (I Petr. II.)
(1) Audistis quia dictum est : Oculum pro oculo, et dentem pro dente.
Ego autem dico vobis, non resistere malo: sed si quis te percusserit in dexteram maxillam tuam, prrebe illi et alteram ;
Et ei, qui vult tecum judicio contendere, et tunicam tuam tôlière, dimitte ei et pallium.
Et quicumque te angariaverit mille passus, vade cum illo et alia duo.
Qui petit a te, da ei : et volenti mutuari a te ne avertaris.
Audistis quia dictum est : Diliges proximun tuum, et odio habebisinimicum tuum.
Ego autem dico vobis : Diligite inimicos vestros, benefacite his qui oderunt vos, et orate pro persequentibus et calumniantibus
vos: , . ^
Ut sitis filii Patris vestri, qui in cœlis est, quisolemsuum oriri
facit super bonos et malos, et pluit super justos et injustos. Si enim diligitis eos qui vos diligunt, quam mercedem habebi-
tis ? nonne et publicani hoc faciunt? (Matth. V.)
renversement merveilleux de Tordre ordinaire, sa présence el son action. Qu'est-ce à dire: « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups? » L'agneau triomphera du loup comme agneau, c'est-à-dire en demeurant doux et inofFensif et tel sera le miracle.
Mais si l'agneau, change subitement en loup, si le catholique veut comme son adversaire mordre et déchirer, Dieu l'abandonne et il est vaincu.
2° La cause catholique veut en nous la charité. — Si au lieu de rester calmes et doux nous rendions injure pour injure, coup pour coup, si nous adoptions le mode de combat agressif et violent, injurieux et cruel de nos ennemis, trois causes de faiblesse en sortiraient qui briseraient notre force et compromettraient notre victoire. — De notre côté la colère et la violence voileraient notre regard, nous emporteraient, au delà des limites, dans des chemins remplis de dangers. — Du côté des méchants. Notre irascibilité enflammerait la leur, nos ripostes injurieuses porteraient à son comble leur violence déjà désordonnée, ils ne proiiteraient que trop des prétextes que leur fournirait notre manque de modération et de tenue. — Du côté des bons. Nous les scandaliserions au spectacle d'une violence et d'une acrimonie, si contraires à l'esprit du christianisme, et, cessant d'être les champions d'une cause divine, nous ne serions plus à leurs yeux que de vulgaires lutteurs (1).
Où devons nous puiser cette charité? — Nous la puiserons, tour à tour dans l'amour et dans la mortification.
1° Nous la puiserons dans t amour, dans le double amour de Dieu et de nos frères. — Nous aimerons Dieu ; nous l'aimerons par dessus toutes choses, nous l'aimerons pour luinième et en lui-même. Dès lors nous nous élèverons au-dessus des amertumes, dos agressions, des iniquités que nous offrira le monde; nous planerons loin des tempêtes et des intempéries d'ici-bas dans les chaudes et lumineuses régions du divin amour. — Avant de le jeter dans les luttes terribles de l'apostolat, Jésus-Ghrist pose à Pierre cette question : « Petre, amas me? » (2)
(1) Matth. V, 38.) (2)(I Gorinth. IV, 13.)
Naili malum pro malo reddentes ; providentes bona, non tantum coram Deo, sed etiam coram omnibus hominibus.
2^ Nous la puiserons dans la mortification. — La douceur sera à jamais impossible sans la possession de soi-même. — La possession de soi-même sera à jamais impossible sans la mortification des passions. C'est sur les ruines de l'orgueil, de la colère, de la cupidité, de la domination, de la vaine gloire, de la rancune, de l'envie, que régnera la douceur,
Si fieri potest, quod ex vobis est, cum omnibus hominibus pacem habentes ;
Non vosmetipsos defendentes, carissimi, sed date locum irse. Scriptum est enim : Mihi vindicta; ego retribuam, dicit Dominus.
Sed si esurierit inimicus tuus, ciba illum ; si sitit, potam da illi hoc enim faciens, carbones ignis congères super caput ejus.
Noli Vinci a malo, sed vince in bonomalum. (Rom. XIL)
La vie présente est notre pèlerinage au ciel : « Vado ad Patreiïi. )) Notre marche doit être énergique et incessante; rien ne l'arrête, rien ne la peut interrompre, ni les vicissitudes de l'âge, ni celles de la fortune, de la santé, de la prospérité ou du malheur : « Quis me separahit a caritate Ghristi ? )>
Une seule chose; un seul abîme se creuse entre nous etle ciel; un seul ennemi, devenu notre vainqueur, peut nous arracher à notre éternelle destinée. Cet abîme, ce vainqueur, c'est le péché mortel.
De là la double nécessité et de le bien connaître pour l'éviter et de le bien pleurer, si nous l'avons commis.