‹ Guide du prêtre dans ses prédications choix et développements des sujetsChapitre 90 sur 138 · IL FAUT CONNAITRE ET APPRECIER LE PECHE · texte numérisé non relu

IL FAUT CONNAITRE ET APPRECIER LE PECHE

Nous devons connaître et apprécier le péché : d'abord en lui-même et dans sa malice propre ; puis ensuite dans ses effroyables conséquences.

Il le faut apprécier en lui-même. — Nous aurons entrevu autant que peut le faire notre regard faible et mortel, la malice du péché, quand nous aurons considéré qu'il renferme tout à la fois : — le mépris de Dieu : — la haine de Dieu : — une sorte de déicide en désir et en volonté.

1° Le péché cest le mépris de Dieu. — Le mépris de Dieu considéré comme Souverain Amour. Blesser au cœur celui qui nous aime, c'est assurément la plus profonde et la plus désespérée des blessures. Or c'est le premier effet du péché. — Dieu nous aime; Dieu nous a prouvé par d'extraordinaires

effets l'immensité de son amour (1). Et nous, par le péché, nous le repoussons, nous le rejetons avec une insensibilité, une brutalité, un mépris, qui ne se peuvent concevoir: « Projecisti me post corpus tuum ! » (2) — Nous qui aimons passionnément, même quelque beauté étrangère et fugitive, nous qui aimons jusqu'à la fleur ! nous nous faisons un jeu de mépriser l'éternelle Beauté et l'infini Amour.

Le mépris de Dieu considéré comme législateur. L'homme, être dépendant et créé, ne peut être son maître à lui-même, et Dieu a dû accuser sa sujétion en lui imposant des lois et en lui intimant des défenses. — La loin*est donc autre chose que Dieu imposant à l'homme son autorité souveraine. — Or de cette autorité le pécheur se rit impudemment; ces lois

(1) Haec dicit Dominus Deus Jérusalem : Radix tua et generatio tua de terra Ghanaan; pater tuus Amorrhceus^ et raater tua Cethsea.

Et quando nata es, in die ortus tui, non est prsecisus umbilicus tuus; et aqua non es Iota in salutem, nec sale salita, nec involuta pannis.

Non pepercit super te oculus, ut faceret tibi ununi de his, misertus tui; sed projecta es super faciem terrse in abjectione animae tu9e, in die qua nata es.

Transiens autem per te, vidi te conculcari in sanguine tuo; et dixi tibi, cum esses in sanguine tuo : Vive; dixi, inquam, tibi : In sanguine tuo vive.

Multiplicatam quasi germen agri dedi te; et raultiplicata es, et grandis effecta, et ingressa es, et pervenisti ad mundum rauliebrem : ubera tua intumuerunt, et pilus tuus germinavit; et eras nuda, et confusione plen;i.

Et transivi per te, et vidi te; et ecce tempus tuum, tempus amantium; et expandi amictum meum super te, et operui ignominiam tuam; et juravi tibi, et ingressus surn pactum tecum, ait Dominus Deus, et facta es mihi.

Et lavi te aqua, et emundavi sanguinem tuum ex te, et unxi te oleo.

Et vestivi te discoloribus, et calceavi te ianthino ; et cinxi te bysso, et indui te subtilibus.

Et ornavi te ornamento, et dedi armillas in manibus tuis, et torquem circa coUum tuum.

Et dedi inaurem super os tuum, et circulos auribus tuis, et coronam decoris in capite tuo.

Et ornata es auro et argento, et vestita es bysso et polymito et multicoloribus; similam, et mel, et oleum comedisti; et décora facta es vehementer nimis, et profecisti in regnum.

(Ezech. XVr.)

(2) Quanto magis putatis détériora mereri supplicia qui Filium Dei. Gonculcaverit et sanguinem Testamenti pollutum duxerit.

(Hsebr. X.)

il les foule aux pieds, ce domaine souverain il a l'audace inouïe de le renverser.

Le mépris de Dieu considéré comme Majesté Supi^ême, Tout s'incline, tout adore, tout chante le cantique de la louange, du ciel à la terre, dans l'immense empire de Dicu(l). — Et du sein de cette adoration universelle, un être insolent, un atome, se dresse et jette à Dieu cette parole de provocation et de défi: « Non serviam I ». Voilà le péché.

Le mépris de Dieu considéré comme Bienfaiteur. Quel est celui qui ose ainsi jeter à la face de Dieu le mépris et l'injure? C'est un être couvert des bienfaits de Dieu. C'est un misérable que Dieu a trouvé sur le fumier de sa misère, qu'il a relevé, qu'il a ennobli, dont il a fait son favori et son enfant, et auquel il destine la possession de son propre royaume: (( De stercore erigens pauperem, ut collocet eum cum princibus populi sui » (2).

2° Le péché c'est la haine de Dieu. — C'est là, nous l'avouons, un effroyable mystère; car, quand nous commettons le péché, ce feu de la haine ne semble nullement allumé en nous.

(1) Et respondens Job, ait :

Vere scio quod lia sit, et quod non justificetur homo composltus Deo.

Si voluerit contendere cum eo, non poterit ei respondere unum pro mille.

Sapiens corde est, et fortis robore. Quis restitit ei, et pacem habuit ?

Qui transtulit montes, et nescierunt hi quos subvertit in furore suo.

Qui commovet terram de loco suo, et columnse ejus concutiuntur.

Qui prsecipit soli, et non oritur; et stellas claudit quasi sub signaculo.

Qui extendit cselos solus, et graditur super fluctus maris.

Qui facit Arcturum, et Oriona, et Hyadas, et interora Austri.

Qui facit magna, et incomprehensibilia, et mirabilia, quorum non est numerus.

Si venerit ad me, non videbo eum; si abierit, non intelligam.

Si repente interroget, quis respondebit ei? vel quis dicere potest : Gur ita facis?

Deus, cujus irae nemo resistere potest, et sub quo curvantur qui portant orbem.

Quantus ergo sum ego, ut respondeam ei, et loquar verbis meis cum eo?

Qui etiam si habuero quippiam justum, non respondebo, sed meum judicem deprecabor. (Job. IX.)

(2) Ut quid enim Ghristus, quum adhuc infirmi essemus, secundum tempus pro impiis mortuus est?

— Il n'est que trop vrai cey)endant que le péché en a déposé dans notre âme rabominabie germe. Remarquons d'abord que le péché nous fait aimer tout ce que Dieu hait et repousse (1).

— Remarquons en second lieu que le péché c'est la rupture violente d'avec Dieu. — Enfin le péché s'unissant à la peine, la peine s'identifiant avec la justice de Dieu, la peine étant nécessairement haïe de nous, c'est sur Dieu que se déchaîne en définitif la haine jaillie du péché. — A peine l'âme estelle entrée avec son péché inexpié dans la région éternelle, la haine de Dieu éclate comme un feu jusque-là étouffé. La vie même du damné, sa volonté absolue, son épouvantable volupté, ce à quoi il entend ne renoncer jamais, c'est de haïr Dieu!

3^ Le péché c'est le déicide en désir et en volonté. — Tout d'abord sachons bien que haïr c'est désirer l'anéantisse aient de ce qu'on hait. — Ensuite le pécheur, sous le coup de la Justice divine, étreint par l'implacable sentence, soumis à l'inamissible expiation, le pécheur n'a au fond qu'une volonté: celle d'échapper à la peine, fût-ce par l'anéantissement de son Juge. — D'ailleurs pourquoi tant raisonner? Quand, par

Vix enim pro justo quis moritur; nam pro bono forsitan quis audeat mori?

Gommendat autem caritatem suam Deus in nobis : quoniam quum adhuc peccatores essemus, secundum tempus,

Ghristus pro nobis mortuus est : multo igitur magis nunc justificati in sanguine ipsius, salvi erimus ab ira par ipsurn.

Si enim, quum inimici essemus, reconciliati sumus Deo per mortem Filii ejus, multo magis reconciliati, salvi erimus in vita ipsius.

Non solum autem : sed et gloriamur in Deo per Dominum nostrum Jesum Ghristum, per quem nunc reconciliationem accepimus.

Propterea sicut per unum hominem peccatum in hune mundum intravit, et per peccatum mors, et ita in omnes homines mors pertransiit, in quo omnes peccaverunt. (Rom. V.)

(1) Nolite jugum ducere cum infidelibus; quae enim participatio justitiœ cum iniquitate? Aut quse societas luci ad tenebras?

Quse autem conventio Giiristi ad reliai? Aut quae pars fideli cum infideli?

Qui autem consensus templo Dei cum idolis? Vos enim esiis templum Dei vivi, sicut dicit Deus : Quoniam inhabitabo in iUis, et inambulabo inter eos; et ero illorum Deus, et ipsi erunt mihi populus.

Propter quod exite de medio eorum, et separamini, dicit Dominus, et immundum ne tetigeritis;

Et ego recipiam vos; et ero vobis in patrem, et vos eritis mihi in filios et filias, dicit Dominus omnipotens. (II Cor. VI.)

un iiisondablo mystère, le Fils de Dieu se rcinit aux mains du péclié, celui-ci le lit mourir sur une croix.

C'est donc dans le déicide, dans la mort du Fils de Dieu fait Homme, que nous devons avant tout nous rendre com.pte de i'eifroyable malice du péché. « De peccato damnavit peccatum; » « Ut appareat peccans peccatum ».

Il 1q faut apprécier dans ses effets. — Elle est de Jésus- Ciirist cette sentence: » Vous apprécierez l'arbre à son fruit. » A ce compte quel arbre infernal, quelle racine maudite est do;ic le péché ! Gomme on suit la hôte féroce à la trace du saîig et des massacres, ainsi suivons-nous le péché à la trace des sanglants ravages accumulés sous ses pas.

i^ Le péché dans le ciel, — le ciel demeure de Dieu, demeure radieuse. Patrie de la lumière, du bonheur et de la paix. Là régnaient ces immortelles et étincelantes créatures que nous nommons les Anges. — Tout à coup la foudre en précipite des milliers et les jette, déformés et hideux, dans les gouil'res d'une éternelle expiation. D'Anges immaculés et glorieux les voici devenus démons pervers et maudits. Qui a causé dans le ciel cette révolution immense ? Un péché d'orgueil, dont les coupables ont obstinément refusé de se repentir.

2*^ Le péché sur la terre. — Elle était si belle, si printanière et si riante, notre terre, aux jours de la première innocence 1 Tous les peu})les, dans leurs traditions, en ont conservé le souvenir. — Et qu'est-elle maintenant, sous nos yeux, terre déflorée, sol ingrat, « vallée des larmes, » patrie d'éternelles et insatiables douleurs. — Quand la science en a étudié la surface, ou quand elle a scruté les annales du passé, elle a retrouvé, palpables et profondes, les traces de gigantesques châtiments. — D'ailleurs l'histoire humaine, avec les crimes, les désordres, les commotions violentes, les cris de douleur, qui la remplissent, qu'est-elle autre chose que l'histoire d'un vaste et perpétuel châtiment? — Fixeronsnous notre regard sur nous-mêmes, sur notre être entier corps et âme? Que sommes-nous, que des monuments d'une mystérieuse vengeance, des coupables manifestement châtiés d'En-haut? Notre corps, du berceau à la tombe, que fait-il que se débattre sous l'étreinte de la douleur et de la mort? Notre âme demeure sans doute une superbe ruine, mais enfin c'est uue ruine! — Si nous nous élevons à l'ordre surnaturel, les effets du péché, qui nous enlève Dieu, la grâce.

toute espérance, toute richesse, tout avenir, nous apparaissent plus terribles encore mille fois.

4° Le jjéché au Calvaire. — Plus que la chute des Anges, plus que l'expiation de l'homme et les douleurs dont la terre est remplie, le spectacle du Calvaire nous révèle, dans ce qu'ils ont de plus épouvantable, les effets du péché. — Le mystère de la Rédemption n'est autre que le mystère d'un Homme-Dieu s'offrant à porter sur lui-même les péchés de l'humanité (1). — Il n'a que l'apparence du péché, Sainteté infinie qu'il est en Lui-même; mais il apparaît comme pécheur; il se montre au Très Haut sous les traits du péché (2). C'en est assez. La colère divine éclate, les foudres de la Justice s'échappent des mains de Dieu, et l'univers épouvanté voit, exposée sur une croix, sanglante et livide, la Victime des péchés du monde: « Voluit conterere Eum. »

5° Le péché dans V éternelle géhenne. — Là, au milieu des cris et des blasphèmes d'une immuable impiété, nous pouvons contempler les suites du péché, dont l'homme a obstinément refusé le pardon. Désormais le péché est entré dans sa substance et ne fait plus qu'un avec lui, si bien que le damné, dans l'enfer ne veut pas ne pas pécher; il garde du péché la

(1) Hoc enim sentite in vobis, quod et in Ghristo Jesu.

Qui cum in forma Dei esset, non rapinam arbitratus est esse se sequalem Deo;

Sed semetipsum exinanivit, formam servi accipiens, in similitudinem hominum faotus, et habita inventus ut homo.

Humiliavit semetipsum, factus obediens usque ad mortem, mortem autem crucis.

Propter quod et Deus exaltavit illum, et donavit illi nomen quod est super omne nomen.

Ut in nomine Jesu omne genu ilectatur cselestium, terrestrium, et infernorum.

Et omnis lingua confiteatur quia Dominus Jésus Ghristus in gloria est Dei Patris. (Philipp. H.)

(2) Igitur qui ex fide sunt, benedicentur cum fideli Abraham. Quicumque enim ex operibus legis sunt, sub maledicto sunt,

scriptum est enim : Maledictus omnis qui non permanserit in omnibus quae scripta sunt in libro legis, ut faciat ea.

Quoniam autem in lege nemo justificatur apud Deum, manifestum est, quia justus ex fide vivit.

Lex autem non est ex fide; sed : Qui fecerit ea, vivet in illis.

Ghristus nos redemit de maledicto legis, factus pro nobis maledictum, quia scriptum est : Maledictus omnis qui pendet in ligno;

Ut in gentibus benedictio Abrahse fieret in Ghristo Jesu, ut poUicitationem Spiritus accipiamus per fidem. (Galat. HI.)

volupté insatiable, et, conimo le fond du péché c'est l'opposition avec Dieu et par suite la haine de Dieu, cette haine, devenue éternelle, l'empêchera éternellement d'être pardonné.

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