L'ORGUEIL EST UNE TORTURE
Torture double et qui, par un étrange renversement, vient à l'orgueilleux de ses succès autant que de ses défaites, de ses triomphes autant que de ses humiliations.
Torture en ce qu'il réclame en vain. — Il réclame la louange, il réclame la soumission. Il veut être adulé, il veut être obéi, et de cette double prétention jaillissent sur lui les plus douloureuses amertumes.
i^ Il réclame la louange. — C'est là son aspiration, sa faim délirante. Le malheureux! il ne trouve pour l'apaiser qu'une satiété plus torturante que la faim elle-même. Trois ennemis acharnés interceptent cette louange, ces honneurs dont il se montre si avide. — Le premier c'est l'égoïsme. L'orgueilleux a cru que tous abdiqueraient et placeraient, avec une admiration désintéressée, la couronne sur sa tête. Or voici que chacun compte ce qu'il donne aux autres comme un vol fait à soi-même. — Le second c'est l'indifférence. L'orgueilleux s'est cru l'objet de toutes les admirations, le but de tous les regards : et voici que l'on passe froid et indifférent devant lui. Les lèvres sont muettes, les cœurs sont glacés, les regards se ferment malicieusement, et, s'il veut
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scruter cette foule, il n'y trouvera que le dédain, souîvent même le mépris. — Le troisième c'est l'envie. Implacable pour tous, l'envie l'est bien davantage pour l'orgueilleux qui s'élève et se grandit. Plus ses prétentions au mérite, aux honneurs, aux dignités, s'enflent et se dilatent, plus il est poursuivi par des jalousies ardentes. Bientôt cette gloire humaine qu'il pensait conquérir tombe en débris sanglants sous la dent meurtrière de l'envie. L'orgueilleux, dénigré de toutes parts, déshonoré sur toutes les langues malignes, ne recueille qu'une moisson empoisonnée de critiques, de calomnies, de hontes. L'orgueil s'enfuit triste et découragé, comme ces potentats qui, au lieu d'illustres conquêtes, s'en reviennent honteusement battus par l'ennemi (1).
(1) Eodemtempore Antiochus inhoneste revertebatur dePerside.
întraverat enim in eam, quae dicitur Persepolis, et tentavit exspoliare templum, et civitatem opprimere ; sed multitudine ad arma concurrente, in fugam versi sunt; et ita contigit ut Antiochus post fugam turpiter rediret.
Et cum venisset circa Ecbatanam, recognovit quae erga Nicanorem et Timotheum gesta sunt.
Elatus autem in ira, arbitrabatur se, injuriam illorum qui se fugaverant, posse in Judseos retorquere ; ideoque jussit agitari currum suum, sine intermissione agens iter, caelesti eum judicio perurgente, eo quod ita superbe locutus est : Se venturum Jerosolymatm et congeriem sepulcri Jndaeorum eam facturum.
Sed qui universa conspicit Dominus, Deus Israël, percussit eum insanabili et invisibili plaga; ut enim fmivit hune ipsum sermonem, apprehendit eum dolor dirus viscerum, etamara internorum tormenta;
Et quidem satis juste, quippe qui multis et novis cruciatibus aliorum torverat viscera, licet ilie nuUo modo a sua malitia cessaret.
Super hoc autem superbia repletus, ignem spirans animo in Judseos, et prsecipiens accelerari negotium, contigit illum impetu euntem de curru cadere, et gravi corporis collisions membra vexari.
Isque qui sibi videbatur etiam fluctibus maris imperare, supra humanum modum superbia repletus, et montium altitudines in statera appendere, nunc humiliatus ad terram in gestatorio portabatur, manifestam Dei virtutem in semetipso contestans;
Ita ut de corpore impii vermes scaturirent, ac viventis in dol€ribus carnes ejus effluerent, odore etiam illius et fœtore exercitus gravaretur.
Et qui paulo ante sidéra cseli contingere se arbitrabatur, eum nemo poterat, propter intolerantiam fœtoris, portare.
Hinc igitur cœpit, ex gravi superbia deductus, ad agnitionem sui
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2^ // réclame la domination. — L'orgueil ne veut pas seulement (les panégyristes, il exige des sujets. Oii il parle il faut qu'on écoute. OiJ il décide il faut qu'on se range à son avis. Où il commande on doit obéir. Où il menace on doit trembler L'insensé le veut, il croit l'obtenir : il est bientôt la victime désabusée et torturée de sa folle illusion. Ses sujets prétendus se redressent et se révoltent avec d'autant plus de force qu'il les a voulu davantage abaisser (1).
Mais faisons une supposition toute contraire. L'orgueilleux par un complet triomphe, a conquis tout à la fois, louanges et domination. Suite étrange 1 résultat imprévu 1 c'est du succès même que lui vient sa torture.
Torture en ce qu'il réussit à obtenir. — i^ De ce succès même il est le prisonnier et l esclave. Pauvre esclave dont la vie entière se consume à retenir l'admiration d'une foule indifférente et hostile et à forcer sa soumission.
2° Non seulement esclave, mais pauvre et dénué. — Scrutez les coeurs, interrogez les âmes, surprenez la pensée intime. L'orgueilleux est à charge à la terre. — Combien l'est-il davantage encore au ciel !
venire, diviria admonitus plaga, per momenta singula doloribus suis augmenta capientibus. (II Mach. IX.)
(1) Responderunt pueri : Aman stat in atrio. Dixitque rex : Ingrediatur.
Gumque esset ingressus, ait illi : Quid débet fleri viro quem rex honorare desiderat? Gogitans autem in corde suo Aman, et reputans quod nullum alium rex, nisi se, vellet honorare.
Respondit : Homo quem rex honorare cupit.
Débet indui vestibus regiis, et imponi super equum, qui de sella régis est, et accipere regium diadema super caput suum;
Et primus de regiis principibus ac tyrannis teneat equum ejus, et per plateam civitatis incedens clamet, et dicat : Sichonorabitur quemcumque voluerit rex honorare.
Dixitque ei rex : Festina; et sumpta stola ei equo, facutlocutus es, Mardochseo Judaeo, qui sedet ante fores palatii. Gave ne quidquam de his quae locutus es prsetermittas.
Tulititaque Aman stolam et equum; indutumque Mardochseum in platea civitatis, et impositum equo, prsecedebat, atque clamabat : Hoc honore condignus est quemcumque rex voluerit honorare.
Reversusque est Mardochaeus ad januam palatii; et Aman festinavit ire in domumsuam, lugens, et operto capite.
(Esther VI.)
La vaine gloire est un mal. — Comment guérir en nous le mal de la vaine gloire?