‹ Guide du prêtre dans ses prédications choix et développements des sujetsChapitre 95 sur 138 · LA VAINE GLOIRE EST UN MAL · texte numérisé non relu

LA VAINE GLOIRE EST UN MAL

La vaine gloire, dans un être créé, dépendant, tributaire des bienfaits du Créateur, pauvre, couvert de vêtements d'emprunt, indigent, qui n'a de pain que celui que lui donne son bienfaiteur, la vaine gloire dans un pareil être est : 1*^ une aberration et une folie; 2° une honte; 3*^ une source féconde de péchés.

La vaine gloire est une folie.— C'est une folie parce que tout y est mensonge et illusion, tout y est ruine, tout y est supplice.

1° C'est une folie, car tout y est mensonge. — Le plus souvent les dons et les avantages dont s'enfle ridiculement la vaine gloire n'existent que dans les rêves de sa fatuité. « ïu dicis quia dives sum et nihil egeo et non vides quia pauper es et caecus et nudus. » — Mais accordons aux vaniteux que ces avantages sont réels. Mais si ces avantages sont ceux du nom : de qui les tient-il ? De la fortune : quoi de plus fragile et de plus incertain (1) ? — D'ailleurs allons droit au but et

(i) Non ergo sestimet homo ille quod accipiat aliquid a Domino. Vir duplex animo inconstans est in omnibus viis suis. Glorietur autem frater humilis in exaltatione sua :

flétrissons d'un coup les prétentions insensées de la vaine gloire. « Quid habes quod non accepisti ? si autem accepisti quid gloriaris » (1)?

2" C'est une folie, car c'est une ruine. — Celui-là ne nous apparaîtrait-il pas comme un fou digne de pitié qui jetterait toute sa fortune dans les flots, qui construirait un palais splendide sur un sable mouvant ? Tel est le vaniteux, prétendant jouir des avantages dont il se targue. Les louanges où il place, pour ainsi parler, tout son avoir, ne cessent de l'exposer à une triple ruine. — Ruine : car ses flatteurs ne sont ni sincères ni constants, ni satisfaits. Et ceux-là mêmes qui lui jettent le plus d'encens sont ceux qui en secret le dénigrent et le ridiculisent. — Ruine : car la louange en ellemême n'est qu'une fumée qui aveugle l'âme et en étouffe la respiration. — Ruine: car les suites de ces voluptés d'orgueil sont toujours ou amères ou funestes (2).

Dives autem in humilitate sua : quoniam sicut flos fœni transibit: Exortus est enim sol cum ardore, et arefecit fœnum, et flos ejus decidit, et décor vultus ejus deperiit: ita et dives in itineribus suis marcescet. (Jacob. II.)

(1) Mihi autem pro minimo est ut a vobis judicer, aut ab humano die; sed neque me ipsum judico.

Nihil enim milii conscius sum; sed non in hoc justificatus sum. Qui autem judicat me, Dominus est.

Itaquenolite ante tempusjudicare, quoadusque veniat Dominus: qui et illuminabit abscondita tenebrarum, et manifestabit consilia cordium; et tune laus erit unicuique a Deo.

Hsec autem, fratres, transfiguravi in me et ApoUo, propter vos, ut in nobis discatis, ne supra quam scriptum est, unus adversus alterum infletur pro alio.

Quis enim te discernit? Quid autem habes quod non accepistit Si autem accepisti, quid gloriaris quasi non acceperis?

Jam saturati estis, jam divites facti estis, sine nobis regnatis; et utinam regnetis, ut, et nos vobiscum regnemus!

(I Gorinth. IV.)

(2) Eodem tempore Antiochus inhoneste revertebatur de Perside. Sed qui universa conspicit Dominas, Deus Israël, percussit eum

insanabili et invisibili plaga; ut enim finivit hune ipsum sermonem, apprehenditeum dolor dirus viscerum, et amara internorum tormenta;

Et quidem satis juste, quippe qui multis et novis cruciatibus aliorum torverat viscera, licet ille nullo modo a sua malitia cessaret.

Super hoc autem superbia repletus, ignem spirans animo in Jxidseos, et praecipiens accelerari negotium, contigit illum impetu euntemdecurrucadere,etgravicorporiscollisione membra vexari.

Isque qui sibi videbatur etiam fluctibus maris imperare, supra

3° C'est une folie, car tout y est supplice. — Le vaniteux c'est avant toiil l'esclave niisérable de tous ceux dont il mendie le regard et les louanges. — Que d'efforts, quelle gêne, que de soucis, que de dépits secrets, que d'aspirations torturantes, pour arriver à occuper les autres de soi ! — Or ces maîtres que se donne l'orgueilleux sont tout à la fois si exigeants ^ue rien ne les contente, si cruels que rien ne désarme leurs mordantes railleries, si ingrats que les efforts faits pour leur plaire nourrissent la passion du dénigrement. — Ainsi donc, en retour du martyre qu'il s'impose, le vaniteux ne recueille que la moisson amère des jalousies, des critiques, de l'oubli (1).

La vaine gloire est une honte. — En elle-même la vaine gloire est déjà une honte ; mais, de plus, elle attire la honte sur celui qui en fait sa triste passion.

1° La vaine gloire en elle-même est déjà une honte. — Vraiment oui. — Et d'abord parce qu'elle implique dans le chré-

humanum modum superbia repletus, et montium altitudines in statera appendere, nunc humiliatus ad terram in gestatorio portabatur, manifestam Deivirtutem in semetipso contestans;

Ita ut de corpore impii vermes scaturirent, ac viventis in doloribus carnes ejus eftluerent, odore etiam iliius et fœtore exercitus gravaretur.

Et qui paulo ante sidéra caeli conlingere se arbitrabatur, eum nemo poterat, propter intolerantiam fœtoris portare.

Hinc igitur cœpit, ex gravi superbia deductus, ad agnitionem sui venire, divina admonitus plaga, per momenta singula doloribus suis augmenta capientibus. (I Mac. IX.)

(t) Posthsec rex Assuerus exaltavit Aman, filium Amadathi, qui erat de stirpe Agag, et posuit solium ejus super omnes principes, quos habebat.

Gunctique servi régis, qui in foribus palatii versabantur, flectebant genua, et adorabant Aman; sic enim prseceperat eis imperator. SolusMardochseus non flectebat genu, neque idorabat eum.

Gui dixerunt pueri régis, qui ad fores palatii prœsidebant: Gur praeter ceteros non observas mandatum régis?

Gumque hoc crebrius dicerent, et ille nollet audire, nuntiaverunt Aman, scire cupientes utrum perseveraret in sententia; dixerat enim eis se esse Judaeum.

Quod eum audisset Aman, et expérimente probasset quod Mardochseus non flecteret sibi genu, nec se adoraret, iratus est valde.

Et pro nihilo duxit in unum Mardochaeum mittere manus suas, audierat enim quod esset gentis Judaeae, magisque voluit omnem Judaeorum, qui erant in regno Assueri, perdere nationem.

* '(Lib. Esther.)*

tien une étrange petitesse d'âme. Quoi ! Cet être immortel que Dieu « a couvert d'honneur et de gloire (1), » ce prince d'une cour céleste; cet objet, s'il le veut, de l'admiration des anges; celui sur lequel les regards du ciel entier sont tournés (2), c'est celui-là qui, tombant de si haut, préfère des adulations infimes et le murmure d'insectes, aussi ridiculement petits qu'il l'est lui-même! Quand l'âme est grande

et haute il ne lui faut rien moins que d'illustres louanges. Quant à celle qui se contente des vanités d'ici-bas, elle n'est plus qu'à la taille de ces vanités. — Honte, en second lieu, car la vaine gloire c'est la prostitution d'une âme chrétienne. Chrétienne et embellie de charmes divins, notre âme n'est plus faite que pour le regard secret de Dieu. Qu'elle se fasse voir et admirer au dehors, c'est trahir ses fiançailles divines et prostituer au monde ce qui n'est plus fait que pour Dieu (3).

2^ La vaine gloire nous attire la honte. — Châtiment plus terrible que les autres, le vaniteux reste couvert des mépris

(4) Quid est homo, quod memor es ejus? aut filiushominis,quoniam visitas eum?

Minuisti eum paulo minus ab Angelis, gloria et honore coronasti eum : et constituisti eum super opéra manuum tuarum.

Omnia subjecisti sub pedibus ejus, oves et boves universas, insuper et pecora campi:

Volucres cœli, et pisces maris, qui perambulant semitas maris.

Domine Dominus noster, quam admirabile est nomen tuura in universa terra! (Psal. VIII.)

(2) Quis accendet in montem Domini? aut quis stabit in loco sancto ejus?

Innocens manibus et mundo corde, qui non accepit in vano animam suam, nec juravitin dolo proximo suo.

Hic accipiet benedictionem a Domino, et misericordiam a Deo salutari suo. ^

Heec est generatio quserentium eum, quserentium faciem Dei Jacob.

AttoUite portas, principes, vestras, et elevamini, portas seternales: et introibit Rex glorise.

Quis est iste Rex gloriae? Dominus fortis et potens, Dominus potens in praelio. (Psal. XXIII.)

(3) Tu autem fornicataes eum amatoribus multis; tamen revertere ad me, dicit Dominus et ego sucipiam te.

Leva oculos tuos in directum, et vide ubi non prostrata sis. In viis sedebas, expectans eos quasi latro in solitudine; et polluisti terram in fornicationibus tuis, et in malitiis tuis.

Quam ob rem prohibitse sunt stillse pluviarum, et serotinus imber non fuit. Frons mulieris meretricis facta est tibi, noluisti erubescere. (Jerem. III.)

de Dieu (1). « Va3, qui spernis, nonne et spcrnaberis ? » « Deus irridebit eos. » — A charge à Dieu, le vaniteux sera-t-il supporté sur la terre? Nullement; là aussi il est à charge. Tous le dédaignent, le repoussent, le haïssent, et plus il cherche à s'élever plus on conspire à l'humilier.

La vaine gloire est une source de péchés. — Peut-être avons-nous jeté sur le péché de vaine gloire un œi] distrait ou indulgent. Détrompons-nous. La vaine gloire est fille de l'orgueil et, plus que toute autre prévarication, l'orgueil, partout 011 il a passé, a accumulé les ruines.

l*' La vaine gloire a perdu les anges. — Quel fut le début de l'effroyable catastrophe qui troubla dans les siècles antiques la paix du ciel? Ces belles et nobles créatures jetèrent sur elles-mêmes de funestes regards de complaisance; elles s'admirèrent et, la tentation allant croissant, elles poussèrent l'audace jusqu'à abaisser Dieu sous leur propre excellence : « Ero Altissimo similis (2). »

2° La vaine gloire a perdu l homme innocent. — Quel mirage le tentateur fait-il briller aux yeux d'Eve? 11 lui présente traîtreusement sa propre excellence et élève ses désirs sacrilèges jusqu'à la propre excellence de Dieu: « Vous deviendrez, dit-il, semblables à Dieu. » On sait la suite et comment nos premiers ancêtres tombèrent du crime d'orgueil dans une honteuse nudité, qui leur fut, par une dérision juste mais amère, cachée sous des peaux de bêtes (3)1

3° La vaine gloire a perdu la gentilité. — Dieu, pour y conserver des lumières et des vertus, lui avait, à profusion, envoyé des génies et des sages. Gomment ces sages de la Grèce et de Rome en arrivèrent-ils aux folies et aux lâchetés

(1) Abominatio Domini omnis arrogans. (Prov. XVI.) Initium omnis peccati est superbia. (Eccle. XVI.)

(2) Quomodo cecidisti, Lucifer qui mane oriebaris? Gorruistiin

terram qui dicebas in corde tuo: in cœlum ascendam, supra

astra Dei, exaltabo solium meum, sedebo in monte Testamenti in lateribus aquilonis, ascendam super altitudinem nubium, ero similis Altissimo. (Isaï. XIV.)

(3) Fecit quoque Dominus Deus Adse et uxori ejus tunicas pelliceas et induit eos: et ait: Ecce Adam quasi unus ex nobis factus est, sciens bonum et malum. Nunc ergo ne forte mittat manum suam et sumat etiam de ligno vitse, et comedat et vivat in seternum. Et emisit eum Dominus Deus de paradiso voluptatis.

(Gènes. IIL)

de l'idolâtrie? Ecoutons Saint Paul. « Evanuerunt in cogitationibus suis et obscuratum est insipiens cor eorum. » « Dicentes enim se esse sapientes stulti facti sunt (1). »

i^ La vaine gloire a perdu Israël. — Ce peuple élu, comblé de faveurs si extraordinaires, illuminé plus que les nations des clartés divines (2), s'est perdu lui aussi par les funestes regards de complaisance qu'il jeta sur soi. Ici encore écoutons l'Apôtre. (( Requiescis in lege et gloriaris in Deo; confidis teipsum esse ducem cgecorum, lumen eorum qui in tenebris sunt (3).... ^) Voilà bien ce Pharisien vaniteux, qui s'a-

(1) Sint inexcusabiles.

Quia quum cognovissent Deum, non sicut Deum gloriôcaverunt, aut gratias egerunt; sed evanuerunt in cogitationibus suis, et obscuratum est insipiens cor eorum:

Dicentes enim se esse sapientes, stulti facti sunt.

Et mutaverunt gloriam incorruptibilis Dei in similitudinemimaginiscorruptibilis hominis, et volucrum, et quadrupedum, et serpentium.

Propter quod tradidit illos Deus in desideria cordis eorum, in immunditiam; ut contumeliis afficiant corpora sua in semetipsis;

Qui commutaverunt veritatem Dei in mendacium; et coluerunt, et servierunt creaturse potius quam Greatori, qui est benedictus in ssecula. Amen. (Rom. I.)

(2) Veritatem dico in Ghristo, non mentior, testimonium mihi perhibente conscientia mea in Spiritu sancto :

Quoniam tristitia mihi magna est, et continuus dolor cordi meo.

Optabam enim ego ipse anathema esse a Ghristo pro fratribus meis, qui sunt cogfnati mei secundum carnem.

Qui sunt Israelitse, quorum adoptio est filiorum, et gloria, et testamentum, et legislatio, et obsequium, et promissa ;

Quorum patres, et ex quibus est Ghristus secundum carnem, qui est super omnia Deus benedictus in ssecula. Amen.

(Rom. IX.)

(3) Si autem tu Judaeus cognominaris, et requiescis in lege, et gloriaris in Deo,

Et nosti voluntatem ejus, et probas utiliora, instructus per legem,

Gonfldis te ipsum esse ducem csecorum, lumen eorum qui in tenebris sunt,

Eruditorem irsipientium, magistrum infantium, habentem formam scientise et veritatis in lege.

Qui ergo alium doces, te ipsum non doces; qui prsedicas non furandum, furaris;

Qui dicis non mœchandum, mœcharis; qui abominaris idola, sacrilegium facis;

Qui in lege gloriaris, per prsevaricationemlegis Deum inhonoras.

Nomen enim Dei per vos blasphematur inter gentes, sicut scriptum est. (Rom. II.)

vance au haut du temple, jette sur soi des yeux arrogants et déclare superbement que « il ne ressemble pas aux autres hommes. » — Facilement nous pourrions suivre la marche de cet orgueil, à travers les jalousies cruelles et les fureurs implacables du dépit, jusqu'au crime du déicide. L« plus monstrueux des crimes eut pour point de départ la vanité! 0° La vaine gloire corrompt toutes nos vertus. — Elle rend inefficaces nos prières. Bien plus; la prière orgueilleuse n'est plus pour Dieu qu'un objet d'irritation et de colère: « Autant, dit l'Ecriture, Dieu se plaît à secourir les humbles, autant il se met à la traverse de tous les désirs des superbes (1) », « Deus superbis resistit, humilibus autem dat gratiam. » — La vaine gloire frappe d'une désastreuse stérilité pour le ciel nos plus larges aumônes (2). Malheur à celui « dont la main gauche ne reste pas ignorante de ce que fait la droite ! » Donner pour être vu des hommes, s'inscrire

(1) Dixit autem et ad quosdam, qui in se confidebant tanquam justi, et aspernabantur caeteros, parabolam istam:

Duo homines ascenderunt in templum ut orarent: unus Pharisseus, et alter publicanus.

Pharisa3us stans, hsec apud se orabat: Deus, gratias ago tibi, quia non sum sicut caeteri hominum, raptores, injusti, adulteri ; vel ut etiam hic publicanus.

Jejuno bis in sabbato; décimas do omnium quse possideo.

Et publicamus a longe stans, nolebat nec oculos ad cœlum levare; sed percutiebat pectus suum, dicens: Deus propitius esto mihi peccatori.

Dico vobis: descendit hic j ustificatus in domum suam ab illo : quia omnis qui se exaltât, humiliabitur; et qui se humiliât, exaltabitur.

(Luc. XVIII.)

C^) Attendite ne justitiam vestram faciatis coram hominibus, ut videamini ab eis: alioquin mercedem non habebitis apud Patrem vestrum qui in cœlis est.

Quum ergo facis eleemosynam, noli tuba canere ante te, sicut hypocritae faciunt in synagogis, et in vicis, ut honorificentur ab hominibus. Amen dico vobis, receperunt mercedem suam.

Te autem faciente eleemosynam, nesciat sinistra tuaquid faciat dextera tua;

Ut sit eleemosyna tua in abscondito : et Pater tuus, qui videt in abscondito, reddet tibi.

Et quum oratis, non eritis sicut hypocritœ, qui amant in synagogis et in angulis platearum stantes orare, ut videantur ab hominibus. Amen dico vobis, receperunt mercedem suam.

Tu autem quum oraveris, intra in cubiculum tuum, et clauso ostio, ora Patrem tuum in abscondito: et Pater tuus qui videt in abscondito, reddet tibi. (Matth. VI.)

fastueusement dans des listes d'éclat et pour secourir au bruit des applaudissements quelque éclatante misère, c'est recevoir ici-bas sa récompense et la perdre dans les cieux : « Acceperunt mercedem suam, vani vanam. » — Un retour s'impose ici presque de force sur nos aumônes mondaines ; ces listes tumultueuses de nos journaux mondains, ces fêtes de bienfaisance, ces danses rieuses qui deviennent bien plutôt l'insulte dii pauvre que son secours, et que Dieu du haut du ciel couvre de sa réprobation. — Mêlez la vaine gloire aux plus hautes vertus, vous en assombrissez tout l'éclat, vous en faites disparaître tout l'arôme. La vaine gloire, sous la bure, n'en plus qu'une négation effrontée de la perfection chrétienne. Si l'ange, dès qu'il se complut en lui-même, fut transfiguré en ange de ténèbres, l'âme religieuse qui perd le mépris d'elle-même et se laisse tenter de vaine gloire se rend aussitôt indigne de sa vocation.

6*^ La vaine gloire enfante tous les vices. — C'est elle qui nous attache à la terre par les plus fortes racines. — C'est elle qui sème à profusion les jalousies et les colères, les rancunes et les haines (1). — C'est elle qui alimente notre luxe insensé et dévore ainsi la substance des pauvres. — C'est elle qui, à l'heure présente, accumule sur nos cercueils les fleurs et les couronnes, ramenant ainsi en plein Christianisme les coutumes les plus païennes. Il semble à notre orgueil que l'antique châtiment du péché de l'homme, la mort, puisse disparaître sous l'éclat des fleurs et dans l'apothéose des couronnes.

(1) Fratres mei, nolite in personarum acceptione habere fidem Domini nostri Jesu Ghristi glorise.

Etenim si introierit in conventum vestrum vir aureum annulum habens in veste candida, introierit autem et pauper in sordido habitu.

Et intendatis in eum qui indutus est veste praeclara, et dixeritis ei: Tu sede hic bene: pauperi autem dicatis : Tu sta illic, aut sede sub scabello pedum meorum :

Nonne judicatis apud vosnnetipsos, et facti estis judices cogitationum iniquarum?

Audite, fratres mei dilectissimi, nonne Deus elegit pauperes in hoc mundo, divites in fide, et haîredes regni quod repromisit Deus diligentibus se?

Vos autem exhonorastis pauperem. Nonne divites per potentiam opprimunt vos, et ipsi trahunt vos ad judicia? (Jacob. II.)

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