‹ Guide du prêtre dans ses prédications choix et développements des sujetsChapitre 98 sur 138 · UNE INDEPENDANCE SAINTE ET NOBLE EST ORDONNÉE · texte numérisé non relu

UNE INDEPENDANCE SAINTE ET NOBLE EST ORDONNÉE

L'indépendance, telle que la rêve notre nature pervertie, ne peut exister pour l'être créé, essentiellement dépendant de Dieu.

Mais, par un retour qui pourrait nous étonner, c'est cette dépendance de Dieu et de la vertu qui nous crée l'essentiel devoir de notre indépendance. Il est en effet une indépendance sainte et noble qui nous défend toute faiblesse, toute soumission, tout esclavage à i'encontre des droits que nous tenons de Dieu et des devoirs qu'impliquent ces droits.

Voyons Jésus-Christ, les Apôtres, TEglise. — i^ Etudions dans la vie du S'^z^v^z^r cette intrépide indépendance. L'Homme- Dieu paraît devant les puissances: un Caïphe, un Hérode, un Pilate. En vain espère t-on faire tomber de ses lèvres des aveux ou y comprimer les vérités: a Confessus est bonam confessionem coram Pontio Pilato » (1). Même indépendance devant r impertinente ambition des siens. A ceux qui l'engagent à se produire au dehors, dans l'éclat éblouissant de sa

[\) 111e auLem tacebat, et nihll respondit. Kursum summus sacerdos interrogabat eum, etdixit ei : Tues Ghristus Filius Del benedicti ?

Jésus autem dixit illi : Ego sum : et videbitis Filium hominis sedentem a dextris virtutis Del, et venientem cum nubibus cœli.

Summus autem sacerdos scindens vestimenta sua, ait: Quid adhuc desideramus testes?

Audistis blasphemiam : quid vobis videtur ? Qui omnes condemnaverunt eum essereum mortis.

Etcœperunt quidam corispuere eum, et velare faciemejus, et colaphiseum cœdere et dicere ei: Prophetiza; et ministri alapis eum csedebant. (Marc. VIII.)

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puissance, il répond par une absolue négation (1). Asesapôlres qui briguent d'intempestifs honneurs il répond par de généreux refus. — En face de la foule, même indépendance. Quand, à l'annonce qu'il lui fait de la merveille Eucharistique, elle murmure, s'irrite et l'abandonne, il la laisse se disperser. Quand cette même foule ivre d'admiration et d'amour se précipite à sa recherche pour le faire roi, il s'éloigne et la délaisse.

2° Voyez les Apôtres, d'ailleurs si parfaitement soumis aux justes commandements du Pouvoir civil (2), résister noblement à ce Pouvoir, quand ses ordres deviennent iniques et ses lois sacrilèges (3). Dès lors retentit le mot fameux : « Non possumus ! » qui traverse nos siècles chrétiens, ralliant les nobles résistances, s'opposant comme une force invincible aux tentatives de la persécution et de la tyrannie. Parole toute jeune, toute vive encore et à laquelle dix-huit siècles écoulés n'ont rien fait perdre de sa première vigueur.

3° Voyez l'Eglise. — L'Eglise vient de Dieu. Elle est l'œuvre de Celui qui a dit: « Je bâtirai mon Eglise et les puis-

(1) Et videntes admirati sunt. Et dixit mater ejus ad illum : Fili, quid fecisti nobis sic ? ecce pater tuus et ego dolentes quserebamus te.

Et ait ad illos : Quid est qiiod me quœrebatis ? nesciebatis quia in his, quse patris mei sunt, oportet me esse. Et ipsi non intellexerunt verbum quod locutus est ad eos.

(Luc. IL)

(2) Quasi liberi, et non quasi velarnen habentes malitiae libertatem, sed sicut servi Dei.

Omnes honorate; fraternitatem diligite; Deum timete; regem honorificate.

Servi, subditi estote in omni timoré dominis, non tantum bonis et modestis, sed etiam dyscolis.

Hsec est enim gratia, si propter Dei conscientiam sustinet quis tristitias, patiens injuste. (I Petr. TI.)

(3) Et quum adduxissent illos, statuerunt in concilio ; et interrogavit eos princeps sacerdotum.

Dicens : Prsecipiendo praecepimus vobis ne doceritis in nomine isto; et ecca replestis Jérusalem doctrina vestra; et vultis inducere super nos sanguinem hominis istius.

Respondens autem Petrus et apostoli dixerunt : Obedire oportet Deo magis quam hominibus.

Deus patrum nostrorum suscitavit Jesum, quem vos interemistis, suspendentes in ligno.

Hune principera et salvatorem Deus exaltavit dextera sua, ad dandam pœnitentiam Israeli et remissionem peccatorum.

Et nos sumus testes. (Act. V.)

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sances de l'enfer ne prévaudront pas contre Elle. » L'Eglise tient de son Fondateur une vie indépendante, une organisation complète, des droits sacrés, d'imprescriptibles prérogatives. — Mais quelle lutte, toujours acharnée, souvent sanglante, l'Eglise a dû affronter pour maintenir son indépendance et sauvegarder ses droits ! Pas un de ses dogmes, pas une de ses lois, pas une de ses grandes œuvres, qui n'ait été scellée de son sang. L'Eglise, devant les pouvoirs persécuteurs comme devant les foules ameutées et les passions frémissantes, jette le mot suprême de son indépendance; « Non possumus. »

Comment imiter cette sainte indépendance ? — Voilà mes glorieux modèles. A moi aussi, enfant de Dieu et fils de l'Eglise, de me montrer, quand il le faut, libre et indépendant.

1° Envers qui me montrerai-je indépendant^. — Tout d'abord, à l'égard des erreurs, des fausses maximes, des exemples, des sollicitations du monde. Je sortirai plutôt d'une Sodome embrasée que de me plier à ses infamies (i). — Je serai fort contre les lâchetés du respect humain (2). — Je saurai garder mon indépendance même au sein de défaillances universelles. Les entraînements de la foule, les sollicitations du milieu, n'auront jamais la puissance d'entamer ma foi, ni d'ébranler mes pratiques religieuses. — Ma noble indépendance chrétienne exigera de moi plus encore. Je dégagerai mon cœur des liens d'une mortelle complaisance; l'amitié n'amollira pas ma fière etindomptable liberté. Ni « l'œil droit ni la main droite, » qui me sont devenus un objet de per-

(1) Fratres, debitores sumus non carni, ut secundum carnem vivamus. Si enim secundum carnem vixeritis, moriemini : si autem spiritu facta carnis mortificaveritis, vivetis. Quicumque enim spiritu Dei aguntur, ii sunt filii Dei. Non enim accepistis spiritum servitutis iterum in timoré, sed accepistis spiritum adoptionis filiorum, in quo clamamus : Abba (Pater.) (Rom. VIIL)

(2) Igitur qui convenerant, interrogabant eum dicentes : Domine si in tempore hoc restitues regnum Israël?

Dixit autem eis : Non est vestrum nosse tempora vel momenta quse Pater posuit in sua potestate;

Sed accipietis virtutem supervenientis Spiritus sancti in vos, et eritis mihi testes in Jérusalem et in omni Judsea et Samaria, et usque ad ultimum terrae.

Et quum hsec dixisset videntibus illis elevatus est; et nul)es suscepit enm ab oculis eorum. (Act. I.)

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version et de scandale, n'obtiendront grâce devant moi (1).

2° An prix de quoi me montrerai-je indépendant? — C'est ici que se révèle dans tout son éclat l'héroïsme chrétien. Ni le repos, ni le bien-être, ni la fortune, ni l'attrait de quelque haute situation n'arrête l'essor de sa noble indépendance. Le catholique digne de ce nom saurait même donner sa vie plutôt que de livrer son âme et sa conscience « Melius mori quam fœdari. »

3° Grâce à quoi serai-je indépendant! — Si j'ai soin de cultiver énergiquement ma conscience de chrétien (2). — Si je me remplis des magnanimes souvenirs de mon éternelle destinée. — Si j'apprends à subordonner toujours mes intérêts éphémères d'ici-bas aux intérêts décisifs et immuables de mon éternité. — Enfin si, cultivant la piété dans mon âme et y réchauffant sans cesse l'amour de mon Dieu, je m'habitue à lui tout subordonner, à lui tout sacrifier.

(1) Et inimici hominis, domestici ejiis.

Qui amat patrem aut matrem plus quam me, non est medignus: et qui amat filium aut fîliam super me, non est me dignus.

Et qui non accipitcrucem suam etseqiiitur me, non estme dignus.

Qui invenit animam suam, perdet illam; et qui perdiderit animam suam propter me, inveniet eam. (Matth. X.)

(2) Sic nosexistimet homo ut ministros Ghristi, et dispensatores mysteriorum Dei.

Hic jam quaeritur inter dispensatores, ut fidelisquis inveniatur.

Mihi autem pro minimo est ut a vobis judicer, aut ab humano die; sed neque me ipsum judico.

Nihil enim mihi conscius sum ; sed non in hoc justificatus sum. Qui autemi judicat me, Dominus est. (I Gorinth. V.)

La colère est comme un glaive acéré, comme une arme de guerre. Entre des mains maladroites ou coupables, le glaive multiplie les désastres ou les crimes. Entre les mains du soldat valeureux il opère des prodiges, il défend victorieusement et fait triompher les plus nobles causes.

Telle est la colère En ceux qui s'en servent habilement et pour de légitimes motifs, elle est parfois un devoir, toujours un auxiliaire puissant. En ceux qui l'emploient au service de l'égoïsme et des passions, elle commet des crimes, elle ravage tout là où elle passe.

De là, dans l'Ecriture, une double appréciation tout opposée de la colère, qui tantôt mérite la louange, tantôt les plus sanglants reproches; tantôt sainte et noble entre les mains de Dien, de son Eglise et de ses Saints, tantôt lâche, criminelle, meurtrière entre les mains des déserteurs de la vertu.

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