GALERIE DES BIJOUX
La salle des bijoux se trouve au sud de la Grande Galerie d'Honneur méridionale , à Test de Fimmense clairevoie arrondie qui surmonte la porte du Musée. La collection qu'elle renferme est la plus riche qu'il y ait au monde , non quelle renferme toutes les plus belles pièces, le Louvre et le British Muséum en possèdent d'incomparables, mais les séries qu'elle comporte forment comme une histoii^e de l'orfèvrei'ie et de la joaillerie égyptiennes s'étendant depuis la 1" dynastie jusqu'à l'époque byzantine sur un espace de près de cinc{ mille ans.
Elle s'est constituée progressivement j^ar une suite de trouvailles hem-euses. Le jjel ensemble de bijoux des débuts de la XVIIL dynastie que renferme la cage F (voir p. k a /i-/i33 ) , est entré au Musée sous l'administration de Mariette. Il était caché, avec la momie de la reine Ahhotpou 1", dans le l)eau cercueil doré qui est exposé sui' le palier de la galerie () (voir p. 3A6, n° 1Q07). Ce cercueil fut découvert en 1860, par des fouilleurs indigènes, couché à même dans le sable à Drah aijou'l Neggali. Il avait du être retiré de son tomjjeau dès l'antiquité, probablement au temps des derniei's Bamessides , et caché là en attendant cpi'une occasion favorable s'offrit de le reprendi-e et de le dépouiller en sûreté : les voleurs furent sans doute arrêtés et mis à mort , avant d'avoir eu le temps d'exécuter leur dessein , et sans avoir révélé l'emplacement de leui^ cachette. Le bruit de la trouvaille s'étant répandu promptement, le moudir de Kéneh saisit le cercueil et prévint le vice-roi Said Pacha. Mariette, averti à son tour par M. Gabet, Inspecteur des fouilles, et [)ar M. Maunier, agent consulaire de France à Louxor, fît expédier aussitôt l'ordre de conserver le cercueil tel qu'il
('tait, mais l'ordre ne l'ut pas exécuté : la momie fut déshabillée dans le harem du moudir et une partie des objets qu'elle j^ortait dispai'ut dans ropération. Mariette eut grand peine à obtenir la restitution des autres, et avant ([uils lui fussent i-emis, plusieurs d'entre eux furent retenus par le prince : une chaîne d'or de plus d'un mètre de long, de même travail que la chaîne n" 9(^7 (voir p. /i32 ), était encore ii y a vingt ans dans la possession de l'une des femmes de Saîd Pacha, mais l'on ne sait ce (ju'elle est devenue depuis lors.
La collection ainsi i'oi-mée s'em'ichit petitement ])ar des apports (h vers. En 1871. M. Emile Ihugsch mit au jour à Tell-ïmaî , dans les ruines de Mendès . les Idéaux vases en argent, (fépoque sa'ïte, réunis dans la vitrine H (voir p. AS 4. n° 999). En 1881, les momies de Deir-el-Bahari renchrent successivement quelques beaux bijoux thébains de la XXP dynastie. Toutefois, c'est seulement en 189^, sous la direction de M. de Morgan, (pi'une découverte aussi importante (pie celle de Mariette sepioduisit. Le 6 mais de cette année . à Dalîchour, auprès delà pyramide en bi-i(pies, en nettoyant le souterrain des deux princesses, les ouvriers reconnurent que le sol y était mou à côté du sai'co))hage de Sithathor et (pi'un trou y avait été creusé dans fantiquité : quelques coups de ])ioclie ramenèrent au jour un véritable trésor, celui qui est exposé sur le côté ouest de la vitrine A (voir p. A 17). Le tout avait été enfermé jadis dans un coffret en bois, décoré de filets d'or et d'hiéroglyphes d'argent qui composaient le nom de la princesse, mais le bois avait pourri au cours des siècles , et les objets étaient mêlés à même la terre. Le lendemain , 7 mars , un autre trésor fut découvert, à quekpies mètres plus loin , près le sarcophage de la princesse Sonit-sonbîtis : il avait été, comme le précédent, contenu dans une boîte en bois incrustée d'or, et il
était plus important eucoiv. Peu après, le tombeau du Pharaon Horou et fie la i-eine S'oubhotpoutakhroudît ajouta quelques belles pièces (le la XIIP dynastie à celles qui venaient de sortir de terre si inopinément. L'année d'après, trois tond)es de princesses . ouvertes par M. de Morgan . à l'ouest de la pyramide ruinée dAmenemhait II , lui fournirent, du i5 au '2 6 février 1890, un conqjlément admirable à sa trouvaille première. C'était l'orfèvreiie du premier empire thébain qui se révélait à nous a^ ec une profusion de pièces et une variété de motifs entièrement inattendus.
Depuis lors les découvertes nous ont donné des résultats moins éclatants mais appi'éciables encore. On ne sait encore ce que les momies royales de M. Loret nous foiu'jiiront en ce genre : celle de Maihai-piri, la seule (jui ait été développée, nous a déçus par la pauvreté de sa ])arure, et celle d'Aménôthès 11 ne portait sur elle aucun ornement. A Abydos, la nécropole d'Omm-el-Gaab a rendu à M. Pétrie les quatre bracelets de la I" dynastie qu'on voit dans la cage F, côté nord ( \oir p. /isG) , et nous devons à ses j-echerches ainsi ([u'à celles de MM. Quibell. Pieisner, (iarstang, quelques pièces fort curieuses des empires thinite et niem])Iiite. D'autre part, les puits d'époque persane ouverts à Sakkarah en 1900, 1901, 1909. au voisinage de la pyramide d'Ounas, nous ont vain une série de bijoux funérailles de style saïte, d'une finesse de travail extraordinaire. Enfin, dans ie Delta, les fellahs ont tirés du sébakh de véritables masses de bijoux d'or grecs et byzantins, dont il nous a été plusiein-s fois possible de recueillir une partie.
Quiconque examinera cette collection avec soin sera frappé de la jjerfection que l'art de l'orfèvre avait atteint en Egypte dès la plus haute antiquité, et de la régularité avec laquelle il s'est continué à travers les siècles : nulle part dans le monde antique le dessin n'est plus riche,