SALLES C'-D
Ces salles nous montrent les œuvres d'un nouvel art ép'Yptien, produit d'une religion nouvelle. Le christianisme triomphant ne tarda pas à remplacer les scènes funéraires qui couvraient les stèles païennes par des représentations plus analogaies aux idées qu'il se faisait sur la vie présente et la vie future. Un porche d'égiise, arrondi ou surmonte d'un fronton triangulaire, se substitua au naos des divini-
tés égyptiennes. Sous le porche on grava . soit l'image du défunt ou d'un saint, le plus souvent ]es bras levés dans la postiu-e de ïorant, soit une croix, soit une décoration mystique, une rosace, une série d'ornements géométriques : Fart égyptien ne fut plus qu'une branche provinciale de Tart bvzantin. Les figm^es sont généralement d'un travail barbare , comme on le voit au n" 3 1 o : mais les ornements , colombes, croix de formes diverses, les feuillages surtout, sont d'une facture intéressante et souvent fort gracieux.
Les stèles , assez nombreuses , sont pour la plupart des épitaphes qui ne donnent cjue le nom du mort , la date du décès par jour du mois et par indiction, enfin une courte formule oii Ton prie les survivants de se remémorer celui ou celle qui les a quittés et de ne pas l'oublier dans leurs jirières. Parfois la formule s'allonge et elle est remplacée par une lamentation assez développée, par une sorte de f)anégyrique en l'honneur du personnage, ou par une énumération des Saints les plus vénérés dansl'égiise Copte. Chaque ])rovince avait ses types préférés qu'il y aurait utilité à déterminer . afin de pouvoir classer les stèles sans indication d'origine qui aljondent dans notre Musée. Ainsi les stèles décorées comme un porche d'église cintré et supporté de deux colonnes trapues, avec une croix ou une figiu-e de Saint Ceorges terrassant le dragon ou tel autre emblème sacré dans la baie . se rencontrent de préférence dans la région thébaine. A Erment et dans les environs, vers le XI' siècle , on substitua au ])orche la façade complète de l'église sur laquelle serjiente la radix Jesse. Au voisinage d'Èsnéh . la stèle est une sorte de plaque en marbre . arrondie, à l)ase rectiligne. sertie sur son pourtoiu" d'un bandeau plat que décorent pai'fois des feuillages : une longue inscription à lignes serrées en couvre le champ. ^ ers Edfou, la
stèle est une dalle allongée, garnie de rosaces, d'entrelacs ou de rinceaux, sur lesquels sont de'coupés un porche d'église, unchrisme, une croix ansée, et où l'inscription n'occupe qu'une très petite place. Ces catégories ne s'entendent que des stèles riches : partout les pauvres n'avaient qu'une plaque de calcaire ou de grès mal dégrossie, avec une courte inscription et une rosace ou un emblème taillé rudement.
Les fragments d'architecture sont certainement ce qu'il y a de meilleur dans cet art copte. Les colonnes présentent les mêmes modèles que les colonnes byzantines , mais avec moins de finesse dans l'exécution. Les fûts sont en général sans ornements : les chapiteaux affectent, quelques-uns la forme plus ou moins altérée des chapiteaux corinthiens ou composites de la basse époque romaine, quelques autres des formes entièrement byzantines. C'est ainsi qu'on verra sur la paroi :
312. — Calcaire. - — Haut, o m. 80 cent., côté 1 m. o5 cent. — Alexandrie.
Beau chapiteau, dont le coprs est couvert d'enti'elacs , sur lesquels sont plaqués, au centre de chaque face, des fleurons de bon style flanqués chacun de deux feuilles plus petites, le tout lié en bouquet. Il rappelle les chapiteaux de la basilique de San Vitale à Ravenne , et il appartenait sans doute à l'Église de St-Marc. 11 fut creusé plus tard et utdisé par les musulmans , comme auge à boire pour les chevaux et les bestiaux : un trou pratiqué au milieu d'une des faces évacuait le surplus de l'eau. — vi" siècle.
Des autres chapiteaux dressés contre les pilastres de la face nord ou qui flanquent les portes est et ouest de la salle ,
le plus remarquable est le grand cliapiteau en calcaii^e, tout hérissé de feuillages verts sur fond noii- : il provient des fouilles faites à Baouît, eu 190-2, par flnstitut français d'ai'chéologie , et je l'attribuerai volontiers au ix' ou au x' siècle après notre ère.
Non moins curieuses et plus variées de décors sont les longues bandes de calcaire sculpté (pii bordaient les nuu's à hauteur des chapiteaux des colonnes. Elles sont décorées de tiges herbacées ou de feuillages qui , tantôt coui-eut en droite ligne, tantôt se recourbent en enroulements et en méandres, au milieu desquels passent des processions de figures ou d'animaux, des amours et des Néréides montées sur des dauphins, des saints cavaliers lancés à tout le galop de leur cheval, des agneaux au milieu de monstres fantastiques. Souvent ces Irises en pierre sont remplacées par des frises en bois, telles que celles que nous rencontrerons au premier étage (voir p. 2 5 A).
Les tynqjans qui suj-montaient les niches oîi Ton plaçait un autel sont d'un art moins habile, mais ils offrent un intérêt considérable pour le mélange de sujets sacrés et profanes qu'on y remarque. La cavité en forme de conque qui y est creusée est encadrée le plus souvent dans un fronton triangulaire, qui parfois se relève de deux fleurons à droite et à gauche. Cette partie droite extérieure est décorée habituellement de feuillages sur le plat et de palmettes plus ou moins découpées aux deux angles ; la croix grecque est sculptée au sommet. La conque est souvent rayée de cannelures qui se détachent d'un point saillant placé vers le milieu de la base. Ce point n'est le plus souvent qu'un simple fleuron . mais pai'fois il est marqué par une croix , et parfois aussi toute la cavité est occupée par une figure ou par un groupe en ronde-bosse, une Néréide sur
sou dauphin, un aigle ({ui déploie ses ailes, le roi David jouant de la cithare, un satyre poursuivant une nymphe, deux génies qui soutiennent une croix encadrée dans sa couronne de feuillages. On sent encore sur les plus anciens d'enlre eux une influence de l'art classique : ici, comme dans bien des endroits, les premiers sculpteurs chrétiens n'ont fait que continuer la tradition technicjue de l'art païen .
Quelques-uns des panneaux de marbre ou de calcaire blanc qu'on voit dans notre collection ont décoré les montants des portes monumentales. Ils portent des scènes analogues à celles qu'on voit sur les tympans, une Léda avec son cyg"ne qu'un Eros ailé encourage, ou des sujets de sainteté, une Vierge assise avec l'enfant sur ses genoux et deux anges debout à côté d'elle, un des anges du jugement avec sa trompette, le tout d'une facture rurle et grossièi'e qui n'est pas sans présenter ([uelque analogie avec celle de certains bas-reliefs de nos premières églises roïuanes.
Ce ne sont là cpie des indications : tout j-este à faire dans le champ de l'ai'chéologie copte. Jusque dans ces dfrnières années, elle a été négligée à la fois par les égvptologues, aux yeux desquels elle n'est qu'une suite grossière de l'archéologie pharaonique, et par les archéologues byzantins, qui en ignoraient tous les monuments : elle offre pourtant un intérêt considérable pour l'histoire de l'art en Egypte sous la domination des empereurs d'Orient et des souverains musulmans, et les savants qui l'étudieront avec soin y trouveront peut-être des lumières inattendues pour éclairch' les origines d'une partie de l'art byzantin ou de l'art arabe.