CHŒUR ET SANCTUAIRE
En plaçant son royaume sous la protection de la très-sainte Vierge, Louis XIII fit en 1638 vœu d'élever dans 1 église de Paris un maître-autel digne de sa piété et de sa magnificence. Surpris par la mort avant de l'avoir accompli, ce prince en laissa le soin à son fils et successeur, et le lundi 7 décembre 1699, M. le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, procéda solennellement à la pose et à la bénédiction de la première pierre du maître-autel.
On suivit pour la décoration du chœur les dessins de Jules Hardouin Mansart, mais ils furent abandonnés en 1708, pour ceux de Hobert de Cotte, premier architecte du roi. Ce fut alors que de gracieuses ogives, portées sur des colonnes cylindriques à chapiteaux ornés de feuillages, disparurent sous un arrêt de proscription. Mus par la ridicule prétention de vouloir ramener les différentes parties à des formes plus élégantes et plus raisonnables, ces architectes en remplaçant les ogives par des arcades en plein cintre et par des pilastres de mauvais goût, en surchargeant à grands frais le chœur et le sanctuaire d'ornements modernes en placage, n'aboutirent, malgré l'éclat de la dorure et des marbres, qu'à un mélange bizarre de styles incohérents. Dans la restauration de la vieille basilique, on ne pouvait, sous peine de passer pour barbare, conserver cette décoration si peu en harmonie avec le reste de l'édifice; mais dès qu'on eut enlevé ce qui en restait, les piliers qui supportent l'abside apparurent écrasés, fléchissant sous la masse et profondément altérés par les incrustations qu'ils avaient reçues. Force fut donc de reprendre un à un ces piliers en sous-œuvre; il fallut aussi en refaire les chapiteaux et tous les arcs au-dessus. Ce travail, qui exigeait les plus grandes précautions et un soin de tous les instants, fut achevé en 1860. On put alors s'occuper de la restauration du chœur, auquel on voulut avec raison conserver les parties les plus saillantes de la décoration de Louis XIV, et notamment celles qui n'altéraient pas le caractère de l'architecture du XIP siècle.
Le chœur a 40 m 93 de long sur 14 m 81 de large. Deux estrades en marbre griotte d'Italie le séparent de la nef et l'entrée est ornée
DE NOTRE-DAME DE PARIS. XXIX
d'une magnifique grille en fer poli et doré qu'on peut regarder comme un chef-d'œuvre. Elle a été exécutée en 1809 par MM. Vavin, serrurier, et Forestier, fondeur-ciseleur, d'après les dessins de Fontaine et Percier. Au-devant du chœur une lampe en cuivre argenté est suspendue à la voûte et brûle jour et nuit devant le très-saint Sacrement.
En entrant, l'œil est d'abord frappé de la magnificence des boiseries régnant de chaque côté au-dessus de vingt -six stalles hautes et de vingt stalles basses. Les stalles sont du dessin de du Goulon, celles de droite ont été exécutées par Louis Marteau, celles de gauche par Jean Vel. Elles commencent de chaque côté par une chaire archiépiscopale surmontée de baldaquins enrichis de groupes d'anges tenant des instruments religieux. Le fond de celle du côté gauche représente le martyre de saint Denis et de ses compagnons; du côté droit, l'on voit la guérison miraculeuse du roi Childebert p r par l'intercession de saint Germain, évèque de Paris en 557. Ces deux chaires ont été exécutées sur les dessins de Antoine-François Vassé et de Jules du Goulon.
Des bas-reliefs représentant des traits de la vie de la sainte Vierge et d'autres sujets pieux ornent ces boiseries. Des trumeaux enrichis d'arabesques et des instruments de la passion les séparent : ils représentent, en commençant à droite près de la chaire archiépiscopale, dans un petit carton et sur un pilastre : 1° Jésus- Christ donnant les clefs à saint Pierre ; puis sur les grands basreliefs, 2° la Naissance de la sainte Vierge, 3° la Présentation de la Vierge au temple, 4° la sainte Vierge instruite par sainte Anne, sa mère, 5° le Mariage de la Vierge avec saint Joseph, 6° l'Annonciation, 7° la Visitation par sainte Elisabeth, 8° la Naissance de Jésus-Christ, 9' l'Adoration des Mages, 10° la Circoncision de Notre-Seigncur.
Du côté gauche du chœur, en commençant par le bas, on remarque : 1° le Miracle des noces de Cana, 2° la sainte Vierge en contemplation au pied de la croix, 3° la Descente de la croix, 4° la Descente du Saint-Esprit sur les apôtres, 5° l'Assomption de la Vierge, 6° la Religion, sous la figure d'une femme levant les yeux au ciel et tenant un encensoir à la main, 7° la Prudence représentée par une femme qui tient un serpent, 8° l'Humilité figurée par une femme ayant à la main un sceptre au bout duquel est un œil, 9» la Douceur représentée par une femme ayant la tète baissée et auprès de laquelle est un agneau, 10° enfin dans un petit cartouche sur le pilastre, les Pèlerins d'Emmaûs.
xxx KCiLISK M ÉTROPOLIT A I R E
Les seul ptu res de ces cartouches sont de du Goulon, Belleau,
Taupin et le Goupel. a
\u-dessus de ces précieuses stalles, on admirai! huit grands tableaux des meilleurs maîtres de l'école française du commencement du siècle dernier. Le premier de ces tableaux, en commençant à droite par le haut du chœur, était l' Annonciation de la Vierge, peint en 1717 par Claude-Guy Halle; le second, la }is«ation de ta Vierge ou le Magnificat, par Jouvenct, en 1716 : c'est le dernier ouvrage de ce peintre, qui l'exécuta de la main gauche, étant devenu paralytique de la droite; il a été gravé par Simon Thomassin fils: le troisième tableau était la IS'aissance de ta Vierge, par Philippe de Champagne, et le quatrième, l'Adoration des Mages, peint en 1715 par Charles de la Fosse.
Les tableaux à gauche représentaient : !• la Présentation de Jésus-Christ au temple, |>eint en 1715 par Louis de Itoullongne le jeune, et gravé par Urevet fils ; 2° la Fuite en Egypte, peint par le même artiste en 1715; 3' la Présentation de la Vierge au temple, par Philippe de Champagne, et 4* l'Assomption de la Vierge, peint par Laurent de la Hire, et gravé par de la Court. Par suite d'une décision ministérielle, tous ces tableaux ont été portés au musée du Louvre.