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LES JANISSAIRES. 4S

incessamment menacée par cette soldatesque audacieuse, La plupart des révolutions du sérail qui, dans cette jjériode, changèrent le personnel de la Sublime-Porte, furent l'œuvre des Janissaires. Point de sécurité possible dans la capitale, car les simples sujets n*étaient pas plus que le maître à l'abri des violences de ces tyrans ; si Témeute frappait souvent à la porte du palais de Sa Hautesse, la brutalité capricieuse des rebelles atteignait aussi Thumble Musulman et le Franc, que les traités ne protégeaient pas contre les injures de ces soldats effrontés. Mais ce n'étaient pas là les seuls titres des Janissaires au ressentiment et au mépris du prince et de la nation ; avec le respect des institutions les plus vénérables, ils avaient perdu leurs habitudes guerrières ; la lâcheté avait remplacé dans leur cœur ce mâle courage que tant d'actions héroïques avaient signalé sur les champs de bataille ; en un mot l'indiscipline et la mollesse, jointes à une démoralisation complète, avaient brisé le faisceau de ces forces dont Hadgi-Begtach, fondateur de l'institution, avait fait autrefois l'élément vital de l'empire.

Tant d'excès auraient infailliblement amené la ruine de la puissance ottomane, s'il ne s'était pas trouvé un homme assez résolu pour oser se mesurer avec ce pouvoir despotique éclos dans une caserne. Cet homme fut Mahmoud II, sultan actuel. Depuis longtemps convaincu de la nécessité d'en finir avec ces ennemis de tout progrès, il saisit avec empressement la première occasion favorable qui se présenta. Ce fut le 16 juin 1826 qu'eut lieu l'exécution de ce hardi projet. Par or-

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dredu Muphti, Téteodard sacré fut déployé,et tout Musulman fidèle soleDDellemeut invité à prendre les armes. Des tentes furent dressées sur la place de l'Hippodrome, et là le Grand- Yizir, entouré des principaux dignitaires de l'empire et d'une foule d'Oulémas, donna, d'après Sa Hautesse, restée au Serai, l'ordre de livrer bataille aux Janissaires révoltés. Il se fit alors un mouvement formidable parmi les troupes et le peuple rassemblés autour du camp impérial. Cette masse furieuse se porta sur l'Et-Meïdani ^, place située devant les casernes des Janissaires. Les insurgés furent attaqués de tous les cAtés,et tandis que la mitraille les balayait au dehors, l'incendie allumé par ordre du sultan dans le bâtiment qui leur était consacré chassait à l'eitérieur ceux qui affalent cru trouver un asile derrière ses murailles. On évalue à huit mille le nombre de ceux qui succombèrent dans cette terrible journée, soit sous le feu du canon ou dans l'incendie, soit par jugement du tribunal de circonstance qui siégeait à l'Hippodrome. Enfin la victoire resta au souverain , qu'un heureux coup d'état venait de délivrer de tyrans importuns.

Après cet événement, qui a mérité à Mahmoud le surnom deFethyj vainqueur, quinze mille Janissaires furent renvoyés dans leurs foyers, et l'anathème fulminé par le prince resta suspendu sur la tête des proscrits, à tel point qu'aujourd'hui même nul ne peut sans crime prononcer leur nom.

Avant de quitter l'At-Meïdani, arrêtons-nous un instant

(1) Il ne faut pas confondre cette place avec l'At-Meidani, l'ancien hippodrome.

l'obélisque de théodose. 47

devant quelques débris précieux qui subsistent sur cette place. L'obélisque que nous remarquons au milieu du cirque a été érigé sous ie règne de Théodose. C'est un monolithe de soixante pieds de haut ; renversé par un tremblement de terre, il fut replacé sur son piédestal au moyen de câbles mouillés. Proclus, préfet du prétoire, chargé de cette opération, y employa trente-deux jours, ainsi que nous l'apprend une des inscriptions qui couvrent le piédestal.

La colonne Serpentine, qu'on voit non loin de l'obélisque, figurait autrefois dans le temple de Delphes, où elle servait à supporter ce fameux trépied d'or consacré par les Grecs à Apollon, après la défaite de Xerxès à Platée. Le fût de la colonne, composé de trois serpents enlacés, offrait autrefois, à son extrémité, les têtes des trois reptiles, probablement destinées à recevoir le trépied sacré. Ces têtes, qui formaient le chapiteau, n'existent plus.

Le troisième débris sur lequel se portent nos regards, est une pyramide en briques qui n'oiïre plus aucun intérêt depuis qu'elle a été dépouillée des plaques de bronze dont Constantin Porphyrogénète l'avait fait recouvrir.

Pïous sommes enfin devant la mosquée de Sultan- Ahmed, l'une des plus belles, si ce n'est la plus remarquable, de toutes celles que possède Constantinople. Vu de loin, et surtout des hauteurs de la Propontide, ce temple, beaucoup mieux situé que Sainte-Sophie, offre un merveilleux coup d'œil. Ces séries de demi-dômes qui fuient sous le regard, cette coupole qui s'élève gracieusement dans les airs, ces flèches élancées,

dont les pointes déliées semblent, à une certaine distance, autant d'aiguilles suspendues entre le ciel et la terre, tout cela produit un effet magique dont le voyageur ne saurait négliger la jouissance.

Une particularité digne d*être signalée distingue Sultan- Ahmed Djamissî ; cette mosquée est la seule qui ait six minarets à trois galeries ; son fondateur ne put obtenir ce privilège qu'à la condition, imposée par les Oulémas, d'ajouter un septième minaret à la mosquée de la Mecque , qui ne pouvait pas perdre la première place parmi les temples de Tîslamisme.

Si le voyageur peut en avoir la permission, qu'il monte à une de ces tourelles; il y jouira d'un spectacle dont nul autre point de vue ne lui retracera les beautés.

Il est temps que nous retournions sur nos pas pour regagner le port. Laissons donc la mosquée d'Ahmed derrière nous et allons visiter la citerne aux mille colonnes, située dans le voisinage. Ce réservoir, construit du temps de Constantin, offre deux cent vingt-quatre colonnes de marbre blanc. Il est aujourd'hui comblé et renferme un établissement industriel. A quelques pas de là nous rencontrons une autre citerne beaucoup moins considérable, mais fort bien conservée et d'une belle construction.

En remontant dans la direction du port, nous nous trouvons bientôt devant la mosquée de Sultan-Osman, terminée l'an 1755 par des architectes grecs ; c'est la moins grande, mais aussi la plus élégante des mosquées impériales. Nous ne voyons ici que deux minarets et point de demi-dôme. La

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