MOSQUEES, KHANS, ETC
coupole est isolée et d'une légèreté remarquable. Ce temple^ dans lequel le marbre blanc a été prodigué , renferme ua magnifique tombeau de porphyre creusé dans un bloc de huit pieds de long sur cinq pieds et demi de largeur et quatre pieds cinq pouces de haut. On croit qu'il a contenu les cendres de l'empereur Constantin.
A gauche de l'Osmaniyé nous voyons un bésestin et plusieurs khans. Les bésestins sont des bâtiments spacieux qur servent de magasins pour les marchandises précieuses et surtout pour les étoffes. Ces édifices, construits à l'épreuve des Incendies, offrent plusieurs dômes de forme assez élégante. Les khans sont des espèces d'entrepôts dans lesquels, les négociants de passage se logent avec leurs marchandises. Ils sont d'ordinaire fondés par la piété ou la vanité de riches. Musulmans qui consacrent à leur érection des sommes considérables. L'es karavanséraïs ou hôtelleries prennent aussi le nom de khan.
Le khan de la sultane Validé, qui est le dernier sur la gauche, est situé tout auprès d'Eski-Séraï, ancien palais impérial bâti par les ordres de Mahomet IL Cette enceinte, qui n'a pas moins d*un mille et demi de développement , après avoir été consacrée à recevoir les femmes des sultans décédés et les kadines répudiées , est devenue , comme on l'a vu précédemment, la résidence du généralissime des troupes ottomanes.
La mosquée de Sultan Soliman, qui se voit près du vieux Séraï, est la plus élevée et peut-être aussi la plus belle des.
mosquées impériales. Dans une des cours qui la précèdent OD remarque le tombeau de Solîmau-le-Magnifique et celui de la célèbre Roxelaue. Des demi-ddmes et d'élégantes coupoles surmontent les divers compartiments de Tintérieur. Le dame principal a soixante-huit pieds de diamètre et est flanqué de quatre minarets. Ici c'est le vert antique qui domine, comme le marbre blanc dans TOsmaniyé. Quatre colonnes de granit hautes de soixante pieds, et qui , dit-on , proviennent de la ville d'Éphèse , excitent l'admiration des curieux admis à visiter ce beau monument.
En général l'enceinte des mosquées renferme des bâtiments d'utilité publique, tels que des hôpitaux, desmèdrèsè ou collèges, et des tfnare^5, ou hôtelleries dans lesquelles on fait des distributions de vivres aux pauvres et aux étudiants. L'imaret qui dépend de la Soulelmaniyé est spacieux et bien construit; quant à l'hôpital des fous, qui se voit auprès, il serait remarqué même en France, où l'on apporte tant de soins à la construction et à l'administration des hospices.
Dans les environs de la mosquée de Soliman on rencontrait, il y a quelques années, des Musulmans aux joues creuses , au teint pâle , à la taille voûtée , et dont le regard trahissait le délire qui les agitait ; c'étaient des thériakis ou preneurs d'opium, pauvres maniaques chez lesquels l'usage des pilules empoisonnées a émoussé les facultés intellectuelles en même temps que les -forces physiques , et qui ont besoin de][recourir à leur drogue favorite, dont ils augmentent chaque jour la dose^ pour retrouver le sentiment de l'exis-
MOSQUÉES, KHANS, ETC. 5f
tence, éteint dans ces organisations délabrées. Pour un étran^ ger« le spectacle de ces extases , dont riyresse ordinaire ne saurait donner une idée, vaut la peine qu'on reiamîne. C'était dans les cafés qui avoisinaient la Souleîmaniyé que se distribuaient autrefois les préparations d'opium , et le voyageur pouvait, en s'asseyant sous le frais ombrage du berceau qui règne le long de ces cafés , contempler, en se reposant» ces scènes étranges. Mais les thériakis ne fréquentent plus ce lieu; c'est ailleurs quUl faut les chercher^
 quelque distance de la mosquée, on passe devant un vaste bâtiment, ancienne résidence de l'agha ou chef des Janissaires, aujourd'hui habité par le Gheïkh Islam ; c'est là que, du haut d'une tour, des gardiens placés en vigie signalaient les incendîes qu'ils apercevaient au loin. Le feu est un des fléaux qui désolent le plus souvent Gonstantinople. Malgré Tem* pressement des ministres , et même du Sultan , à se rendn; sur lejlieu de ces événements , il s'y passe toujours des scènes on [ne peut plus répréhensibles. On a vu quelquefois les pompiers favoriser la cupidité barbare des voleurs en augmentant inutilement le désordre et en négligeant d'éteindre le feo, de telle sorte que les malheureux habitants des malsons incendiées sont obligés de payer an poids de l'or un secours^sérieux et efflcace^. Il est vrai que, si ces indignes manœuvres sont découvertes, les coupables sont à l'instant
|F(1) Plosieurs auteurs respectables ont dit que les pompiers de Gonstantinople versaient quelquefois sur les maisons enflammées da rhuUe au lieu d*eau. Cela n*est guère croyable, et par une excelleat& raison : c'est que l'huile coûte à Gonstantinople 60 paras Toque.
même précipités dans le feu ; mais ces rigueurs n'intimident pas Taudace des coupables. Les voleurs se donnent aussi rendez-YOUs sur le théâtre des incendies, et ils affrontent tous les dangers pour s'approprier les richesses des infortunés dont les flammes détruisent la propriété; aussi lorsque le feu éclate dans l'intérieur d'une habitation , s'efforce-t-on (]*en dissimuler les indices le plus longtemps possible, dans la crainte que le cri d'alarme n'attire la foule des malfaiteurs dont Gonstantinople est infestée, comme les autres capitales» Si le voyageur récapitule les magiifiques monuments devant lesquels il s'est arrêté pendant cette intéressante excursion, s'il se retrace le tableau des lieux qu'il a parcourus , il restera convaincu de la mauvaise foi ou de l'absurdité des <'crivains qui ont fait de Stamboul la ville la plus hideuse dans son intérieur, un cloaque immonde où l'étranger ne sait eu quelque sorte où poser le pied. Les rues, les places, les carrefours que nous venons de traverser, respirent un air de grandeur et de propreté tout-à-fait dignes des plus belles villes européennes. Il y a donc à Gonstantinople, à câté de quartiers fangeux et malpropres, des localités où la beauté des rues s'harmonise avec la magnificence des édifices publics.
Nous voici enfin sur le rivage du port, où nous sommes parvenus en passant par la Porte du Bois ( Odoun-Kapoussi). Un caik nous reçoit, et nous voguons paisiblement vers Top-Khana, d'où nous regagnons le quartier des Francs.
La mosquée des Églises. — Le magasin aux grains.— La mosquée de Moliamincd-le€onquérant ; les bains et le tombeau. — At-Bazari. — L*aqueduc de Valens. — La colonne de Marcien. — L'ancien quartier des Janissaires. — La mosquée de Sclim !•» et Tchoukour-Bostan. — Le Fanar ou quartier des Grecs. — L'église patriarcale. — Istamboul-Dlcharè ou quartier & Textérieur de Gonstantinople. — La mosquée des Roses. — Emirs magnétiseurs. — Retour par les cimetières de Galata.
Aujourd'hui nous nous embarquerons à l'échelle des Morts (M^t'Iskélessi), Tun des embarcadères de Galata, et nous mettrons pied à terre près de la Porte-Sainte {Ayasma-Kapoussi).
Dirigeons-nous d'abord vers Sultan-Yenî-Djamissi, la nouvelle mosquée de la Sultane; puis, prenant à droite, gravissons la colline qui se présente à nous et allons visiter la mosquée des Eglises (Kilissè-Djamissi)^ dont la fondation est due à Anastase ^^ C'est Tancien couvent du Pantocrator, et le lieu où les Latins établirent leur quartier-général quand ils se furent rendus maîtres de la ville. Autrefois
composée de cinq nefs surmontées de coupoles, cette église n^ofTre plus aujourd'hui que le vaisseau principal et deux nefs latérales. Quant au parvis, formé jadis de deux vestibules, de beaux marbres disposés par compartiments en font reconnaître la place. Devant la mosquée est un tombeau de vert antique qui passe, comme le sarcophage de TOsmaniyé, pour avoir contenu les cendres de Constantin, et qui renferme aujourd'hui Teau des ablutions.
Près de là s'étendent les voûtes d'une citerne qui n'a rien de bien remarquable. Le magasin aux grains ( Tchoukour- Hammam) attirera plutôt notre attention, à cause de son origine qui remonte au Bas-Empire.
La mosquée du Conquérant (Mohammediyè) s'élève dans le voisinagjB. £Ue fut construite par un Grec nommé Ghrîstodule, à qui le sultan donna pour récompense une rue tout entière. Cet édifice occupe, dit-on, l'emplacement de la magnifique église des Saints- Apôtres, bâtie par Constantin pour recevoir les cendres des empereurs. Du reste, nous trouvons ici la répétition, à peu de chose près, de ce que nous avons déjà vu dans les autres mosquées impériales, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Nous remarquons cependant, sur la porte d'entrée, une inscription dont voici le sens : Us prendront Constantinople ; heureux le prince, heureuse l'armée, qui en feront la conquête! Au nombre des bâtiments qui dépendent du temple, les bains, qui passent pour les plus beaux de Constantinople, doivent fixer nos regards. On les reconnaît à li'élégantes coupoles percées à jour.
AQUEDUC DE VALEMS. 55
Nons ne devons pas non plus négliger de voir le tombeau du conquérant, sur lequel les nouveaux sultans, après avoir été ceints du glaive, à Eyoub, viennent se prosterner et invoquer le génie du vainqueur de Constantin.
Il ne faut pas dédaigner de parcourir le marché aux chevaux (Ai'Bazari) situé sur le terrain qui environne la Mohammediyë. Cet établissement, dans lequel les selliers et autres ouvriers travaillant sur acier exposent les produits de leur industrie, offre à la curiosité des passants des ouvrages où le luxe le dispute à l'élégance.
L'aqueduc de Valens, vers lequel nous dirigeons nos pas, réunit la troisième et la quatrième colline de Constantinople,^ c'est-^-dire celle au sommet de laquelle s^élève la mosquée de Mohammed et celle que couronne Bayezid-Djamissi. Construit par l'empereur Valens vers l'an 366, cet aqueduc, que les Turcs nomment Bozdo-ghan-Kèmèri , offrait autrefois deux rangs de majestueuses arcades ; la galerie supérieure a été détruite en partie ; mais cela n'empêche pas que les eaux ne trouvent passage dans ce qui reste, pour alimenter la ville et le serai impérial. Tel qu'il est, l'édifice, qui a du avoir au moins 600 toises de long, en a aujourd'hui trois cent quatorze, et soixante-dix pieds de haut. La situation de ce monu* ment , héritage des empereurs romains , ajoute encore à sa beauté. Du sentier tracé à la partie supérieure, le regard embrasse un panorama immense et varié ; dans toutes les directions ce sont des perspectives enchanteresses, des sites où le pittoresque se mêle au grandiose. En somme, cet endroit est
UD des plus intéressants de Constantinople et mérite d'occuper une des premières places sur les tablettes des voyageurs.
Sur la colline opposée nous apercevons la mosquée de €hah-Zadè, en face de laquelle étaient situées les vastes et belles casernes des Janissaires détruites dans la révolution du. 16 juin 1826. Mais restons sur Télévation que domine la mosquée du Conquérant ; faisons seulement quelques pas sur le versant méridional , et nous arriverons devant la colonne sJeMarcîen appelée jBTyx-Tacftt parles Turcs. Toutefois, nous ne pouvons examiner de près ce débris de Tart grec qu'en •donnant une légère rétribution à son propriétaire, car il se Irouve dans l'enceinte d'une maison particulière dont le maître rançonne sans scrupule la curiosité des promeneurs. On t;roit que le bloc qui s'aperçoit sur le chapiteau contient les cendres de Marcien. La hauteur du monument, y compris le piédestal, est de trente-cinq pieds.
L'endroit où nous nous trouvons est environné de mosquées devant lesquelles nous passons avec indifférence, car tîlles nous paraîtraient peu de chose auprès de celles que nous connaissons déjà.
L'ancien quartier des Janissaires s'étend aussi près du lieu où nous sommes arrêtés. Ainsi le souvenir de cette milice vit partout dans Stamboul ; et alors même que de nombreux monuments et de tristes débris ne raconteraient pas la célébrité de cette troupe dont le passé appartient désormais à l'histoire^ ses exploits et ses crimes n'en resteraient pas moins écrits en {traits ineffaçables dans la mémoire des Musulmans.
LA SELIMITÈ. 57
Pour gagner un autre quartier, nous suivons la rue Divan- Yolou. Nous verrons successivement sur notre route le maa* soléedeSouleîman*Pacha, les mosquées de Nichandji-Pacha, de Chemli-Kammam et de Kara-Gumruk. Puis, en'nous dirigéant sur la droite, nous arriverons à la mosquée de Sélim P', à cOté de laquelle est situé le Jardin creux ( Tchoukour- Bostan) , espace de terrain qu'occupait autrefois une des grandes citernes à ciel ouvert, et où les eaux ont insensiblement amassé des alluvions d'une extrême fertilité.
Ce n'est pas sans peine que nous avons atteint la Sélîmîyë, car cette mosquée est située sur une colline assez escarpée qu'on gravît lentement dans les grandes chaleurs. Mais la belle perspective qui se découvre à nos yeux nous fait oublier l'ennui du trajet que nous venons de faire. Notre vue embrasse en effet une grande partie des localités qui environnent Constantinople , et les hauteurs d'Eyoub que nous visiterons plus tard. Nous ne retrouvons pas dans la mosquée fondée par Sultan Sélim P% l'élégance et la légèreté'que nous avons remarquées dans les autres djamissi. La coupole est peu gracieuse , et les arcs-boutants placés sur son pourtour pour l'étayer achèvent de lui donner un aspect de pesanteur désagréable à l'œil ; mais la richesse des portiques nous dédommagera quelque peu, car nous y verrons des colonnes de marbre dignes de figurer auprès de celles dont nous avons déjà admiré la beauté. Du reste, ici comme dans tous les temples musulmans, un caractère de grandeur et de majesté provoque le respect et élève la pensée du voyageur. L'im«
pression qu'on éprouve en contemplant ces beaux édi&es est beaucoup plus profonde que celle qu'on ressent à la vue d'une église chrétienne d'Europe. La différence de sensation est naturelle : ici c'est l'impiété ou la fausse dévotion, là c'est la foi fervente et désintéressée ; or, l'esprit de l'homme est toujours plus doucement ému par la vérité que par le mensonge, par les manifestations d'une croyance à l'abri du soupçon que par les hypocrites démonstrations du scepticisme.
Une faible distance nous sépare du Fanar, quartier que nous ne pouvons nous dispenser de visiter. Nous rencontrons encore des mosquées , entre autres celle de Divan Ali-Pacha, mais elles n attirent pas longtemps notre attention.
Le Fanar, Fènër ou Fanal, est le quartier des Grecs , ou plutôt des familles princiëres de cette nation. Le patriarche des orthodoxesy réside dans un palais de boisàl'aspect sombre, placé sur une colline. On y voit aussi les demeures de ces individus de noble race qui, quoique faisant partie de la nation vaincue, et menant une existence précaire sous l'autorité des souverains ottomans, se bercent encore de rêves de grandeur, et emploient toutes les ressources de leur imagination à conduire des intrigues, dans lesquelles il leur arrive parfois de laisser leur tête. Comme remploi dé drogman auprès de la Sublime-Porte ouvre un vaste champ aux manœuvres adroites des ambitieux, ces fonctions sont briguées par les Fanariotes ' qui Y voient un moyen d'atteindre leur but. Aussi la société du Fanar est-elle la pépinière qui fournit au gouvernement
LE FAIfAB. 59
la plus graûde partie de ses interprètes officiels. C'est paiement parmi les familles éminentes de ce quartier que le sultan choisissait, il y a encore peu d'années, les hospodars de Valachie et de Moldavie.
Les Grecs de Constantinople ont payé cher, en 1827 et 1828, l'hospitalité que les Turcs ont bien voulu leur donner dans Constantinople, depuis leur installation dans cette capitale. À répoque de la guerre de Tindépendance, les malheureux Fanariotes eurent à souffrir, de la part de leurs maîtres, les plus cruels traitements. Pendant une certaine période, ils lurent en butte à la brutalité du peuple et des grands ; plus d'une rue du Fanar fut même arrosée du sang de ces martyrs. 11 est vrai qu'ils usaient largement des licences qu'on leur accordait quelquefois durant certaines trêves. Ainsi un voyageur raconte que les Grecs célébrèrent publiquement l'arrivée de lord Cochrane et du général Church dans leur patrie, ^t qu'ils firent retentir les places de leur quartier de leurs chants révolutionnaires, triste et ironique compensation des maux qu'ils avaient soufferts et de ceux qu'ils avaient encore à souffrir. Depuis la réaction dont ils furent victimes, après la bataille de Navarin , ces débris dispersés d'une nation déchue ont retrouvé la même position qu'ils avaient autrefois i Constantinople. La tolérance des autorités leur est acquise, et ils en jouissent avec d'autant plus de tranquillité que leurs tyrans les plus impitoyables, les Janissaires, n'existent plus.
La physionomie du Fanar ne répond pas à la célébrité de ce quartier. On n'y volt guère que des rues étroites , sales et
tortueuses, des maisons de chétive et triste apparence, et une population généralement mal vêtue. L'Intérieur des habitalions est également malpropre et repoussant , à Texception toutefois du deuxième étage, où le luxe oriental brille dans tout son éclat. Le contraste singulier qu'offre cette partie des maisons grecques avec les appartements du rez-de-chaussée et du premier s'explique par la destination des étages ; ceux du bas sont occupés par les hommes , ceux du haut sont réservés aux femmes. C'est dans ces sanctuaires, où tout annonce la richesse et invite au plaisir, que les Fanariotes, après avoir rempli leurs fonctions auprès des ministres ou de Sa Hautesse^ et avoir échangé contre de magnifiques vêtements la livrée plus que modeste de leur condition, viennent donner à l'amour le reste de la journée et rêver à leurs projets favoris de puissance.
Nous avons à visiter dans le quartier du Fanar l'église patriarcale , celles de Métochiaghios , de Georgios - Potiras , deMuglia-Panaghia, le palais Valaque (Vlah-Séraî) ^ destiné aux princes de Valachie et de Moldavie, et enfin Féthiyè- Djamissi , autrefois église et couvent du Pantépoptou ( celui qui voit tout ). L'église patriarcale, qui est divisée en trois nefs séparées par des colonnes imitant le vert antique , renferme la chaire tout en ivoire de saint Jean-Chrysostdme, le corps de sainte Euphémie, celui de la mère des Machabées et la fameuse colonne où Jésus-Christ fut , dit-on , attaché pour Stre flagellé. Ces objets et ces reliques sont pieusement révérés par les fidèles de TEglise grecque. Les autres édifices énu-
ISTAMBOUL-DICHARÈ, 6t
mérés ci -dessus ne méritent qu'un coup d'œil en passant. Nous sortons de Constantinople par iSi porte du Fanar (Fènêr-kapotissi) y et, après avoir examiné l'échelle qui est auprès, nous prenons notre route à droite en nous dirigeant yers Djoub-Ali-kapoussi. 'Le terrain que nous foulons s'est formé d'alluYîons successives, et se compose de diverses matières que les ruisseaux descendant des collines de la ville ont déposées en cet endroit. Cette langue de terre, qui s'étend l'espace d'une lieue et demie entre le port et le mur d'enceinte, s'est peu à peu couverte de maisons et est devenue l'asile d'une foule d'individus que la proximité du port et la liberté dont on y jouit ont attirés dans cette localité. Ces quartiers, qui ne laissent pas d'être considérables, sont ce que les Turcs nomment Istamboul-Dicharè (quartier à l'extérieur de Constantinople ). Les rues sales et humides que nous parcourons semblent former un cloaque inhabitable ; mais les nombreuses échelles que nous rencontrons nous font apprécier les avantages de ce faubourg. Il est pourtant un inconvénient qui en éloignerait des gens moins insouciants que les Orientaux ; les maisons étant toutes construites en bois, les incendies sont fréquents et terribles dans Istamboul - Dîcharè. On se rappelle encore avec effroi, à Constantinople , le désastre dans lequel furent détruits, il y a quelques années, les vastes magasins qui contenaient les huiles destinées [à la consommation de la capitale , ainsi que les chantiers de bois de construction. On peut juger de la force de l'incendie qu'alimentaient tant de matières inflammables, et^dont l'ex-
mt
plosioD de plusieurs barils de poudre , déposés chez quelques marchands, augmentèrent encore la Tîolence.
Avant d'atteindre la porte de Djoub-Ali nous pouYons rentrer dans Constantinople pour visiter la mosquée des Roses (Crul-Djamissi), ancienne église grecque autrefois connue sous le nom d'Eglise du Rosaire, Le vaisseau de ce temple est bien conservé; il s'élève sur des souterrains qui n*ont de remarquable que leur étendue.
Si la fatigue ne ralentissait pas notre marche , nous pourrions suivre le quartier du bord de l'eau jusqu'à la douane au tabac, après la porte des Prisons (Sindan-kapotissi). Dans les environs de la douane, nous rencontrerionslnévitablement quelques-uns de ces émirs , prétendus descendants de Fatimah, fille de Mahomet, et qui sont censés guérir toutes sortes de maladies au moyen de certaines simagrées et de certains attouchements magnétiques; mais la longueur de notre excursion ne nous a pas laissé assez de force pour aller jusque-là. Arrêtons-nous donc à l'échelle de la porte aux Farines (Oun-Kapani-kapoussi), et si nous ne voulons pas augmenter notre fatigue en traversant le pont de bateaux qui unit depuis peu de temps cette partie de la ville et Galata , nous nous ferons porter en bateau à Meît-Iskelessi , où nous nous sommes embarqués ce matin. Pour cela, il faut remonter un peu le port; mais les flots de la Corne- d'Or sont aussi calmes que ceux d'un lac limpide, et notre caïk a bientôt franchi Tespace qui sépare les deux rives.
Lequaitier par lequel nous avons terminé notre excursion