‹ Guide du voyageur à Constantinople et dans ses environs: contenantChapitre 9 sur 21 · MOSQUÉES, SAINTE- SOPHIE · texte numérisé non relu

MOSQUÉES, SAINTE- SOPHIE

étaient séparées des hommes dans les cérémonies religieuses. La coupole, dont Télévation étonne le regard, est soutenue par huit énormes colonnes de porphyre et par quatre-vingt-douze autres de jaspe, de serpentin ou de marbre d'une grande beauté. Elle 8*élève au-dessus de plusieurs demi-dâmes, dont un surmopte le sanctuaire, les autres couvrant des galeries qui communiquent entre elles au moyen de celles dont nous avons parlé. Le pavé de la mosquée se compose d'une mosaïque faite de fragments de marbres variés. On aperçoit sur la chaire ^les deux étendards que Mahomet II y planta comme symbole du triomphe de Tislamisme sur la religion du Christ. L'intérieur du temple ne reçoit pas le jour, comme les rotondes des anciens, par une seule ouverture centrale, ouverture qui laissait les temples de la Divinité exposés à toutes les injures de l'air; la lumière pénètre dans la mosquée par vingt-quatre fenêtres, système préférable sous plusieurs rapports.

Le dame de Sainte-Sophie est couvert de morceaux de verre posés sur des plaques de métal doré ; l'éclat dont brillent ces riches mosaïques, lorsqu'elles sont frappées par les rayons du soleil, sigoale de loin la grande basilique à la vénération des fidèles. Les Turcs avaient, à une certaine époque, détruit le prestige en couvrant de plâtre cette surface resplendissante ; mais cette espèce de linceul jeté sur un temple éblouissant de magnificence ne tarda pas à être enlevé ; l'or et les couleurs du dôme de Sainte-Sophie furent rendus à l'admiration des curieux et à la lumière du soleil.

On voyait autrefois s'élever près de la coupole un clocher à la forme élancée; une tour circulaire Ta remplacé, etc*est du haut de ce minaret, qu'accompagnent trois autres tours semblables, que la voix du muezzin appelle les croyants à la prière.

En sortant de la mosquée on remarque dans l'enceinte où elle s*élève plusieurs bâtiments surmontés de dômes et isolés du temple; ce sont autant d'édifices consacrés à la culture des sciences, de la philosophie et de la littérature , par le conquérant de Gonslantinople, qui, en dépit de la réputation de barbarie que lui ont faite ses contemporains , ne cessa d*en. oourager parmi ses sujets le progrès des lumières.

Nous continuons notre promenade dans ce beau quartier et nous arrivons au Serai. Sur la place qui le précède nous admirons Télégance de la fontaine construite par ordre de Sultan-Ahmed III.

Le voyageur connaît déjà le palais de Sa Hautesse. Toutefois il est bon qu'il vérifie l'exactitude de notre description et qu'il voie lui-même les parties de cette enceinte que le bon plaisir des autorités abandonne à la curiosité publique. Qu'il franchisse donc le seuil de Babi-Houmayoun ; mais pour tout ce qu'il ne pourra visiter, il sera obligé de s'en rapporter à ce qu'il a lu.

Sur le terrain que nous foulons depuis quelques instants s'élevaient autrefois des monuments dont nous cherchons en vain les traces. Les Thermes de Zeuxîppe, d'Achille et d'Honorius; le Sigma, le Forum, TAugustéon, leMilliaired'or,

l'hippodrobie. 4S

rOctogone , d'autres édiûces dans lesquels Tart grec avait déployé toutes ses ressources et ses splendeurs, ont disparu, jusqu'au dernier vestige , de ce sol où le vent de la destruction a si souvent soufjQé.

Cependant si nous avançons vers THippodrome, nous verrons encore quelques ruines qui réveilleront nos souvenirs.

Ce vaste cirque était autrefois entouré de portiques et orné de statues. C'était là que les Romains dégénérés du Bas-Empire dépensaient follement les restes de leur énergie dans de frivoles distractions ; c'était la que les factions des bkus et des verts f composées des amateurs des jeux du cirque, discutaient les intérêts du trdne et de la nation, réglaient les destinées de l'un et de l'autre, et versaient leur sang dans de puériles querelles, tantôt pour obtenir la préséance dans une procession solennelle ou dans un cortège triomphal, tantdt pour se disputer les faveurs du souverain, que ces lattes

stériles préoccupaient souvent beaucoup plus que les soins du gouvernement. Le pouvoir était passé dans les mains de la coterie la plus puissante; lois, usages, mœurs, costume, tout subissait la désastreuse influence du parti dominant ; les plus hautes fonctions de l'Etat étaient le prix de la victoire dans l'enceinte consacrée aux courses , et parfois le plus ha* bile cocher trânait auprès de César. Rome était tout entière dans l'Hippodrome, et la ruine de l'empire le plus colossal se consomma au bruit des chars roulant sur l'arène^.

(i) M. DE IlAaniER, à qui rien de ce qui concerne l'Orient n'est étranger, a publié sur les factions de l'Hippodrome un mémoire très curieux dans lequel

Aujourd'hui ce théâtre des folies d'un peuple éneryé n'offre plus, dans ce qui formait autrefois son enceinte, que des restes méconnaissables ; seulement un des côtés de la place a été choisi par le sultan Ahmed pour y élever la magnifique mosquée qui porte son nom.

Des souvenirs plus récents, et aussi plus tragiques, se rattachent à TAt-Meïdani. C'est là que, le 16 juin 1826, fut établi le camp impérial d'où partit l'ordre de l'extermination des Janissaires.

Fondée à une époque ou l'empire ne comptait que quelques provinces en Asie-Mineure, l'institution des Janissaires^ contribua très puissamment à reculer les limites des possessions ottomanes et à répandre au loin la terreur du nom turc. Mais lorsque l'ardeur des conquêtes eut fait place à un besoin impérieux d'organisation et d'ordre, cette milice, dont les nécessités de la guerre avaient motivé la création , et que ses éminentsservicesavaient fait investir de nombreux privilèges, désormais condamnée à l'inaction , devint un fardeau pour l'Etat. Abusant des droits exorbitants dont elle jouissait comme corporation à la fois militaire et religieuse, elle s'arrogea le contrôle des actes émanés de l'autorité souveraine. Peu à peu son insolence, enhardie par l'impunité, s'accrut au point de s'ériger en arbitre de la succession au trône ; pas de sultan, pas de prince du sang impérial qui ne tremblât pour sa vie»

on trouve les renseignements les plos délaillés et les plus exacts sur Gon-: stanlinople et les mœurs du Bas-Empire.

(1) En turc yenûtcheri, nouvelle milice.

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