DOUANES, MARCHES, ETC
porte fermés , plus d'un étranger, dans Tignorance de Tusage et de ses droits, pourrait se croire prisonnier dansf Gonstantinople pour toute la nuit.
Nous passons successivement devant Misr-Tchartchi , marché où se vendaient autrefois les produits de TEgypte, et devant rétablissement où se brûle et se pile tout le café servant à la consommation de la ville. On se ferait illusioir en s*imaginant que le moka est seul admis dans ce mouliir national ; cette supposition serait un anachronisme. Il y a quelques années, en effet, le gouvernement, qui a le monopole de cette préparation, défendait sous des peines sévères; de mêler un seul grain étranger au mol^a qui passait dauK le mortier des pileurs ; Sa Hautesse tenait avec raison à ce que la liqueur favorite de ses sujets ne subit aucuie altération. Mais depuis sa révolte contre Mahmoud, Méhémet-Ali retient tout le café recueilli en Arabie , de sorte que les habitants de Constantinople sont obligés de payer tribut aux planteurs de rîle Bourbon et de la Jamaïque, c'est-à-dire d'attendre du commerce européen leur provision de café, triste nécessité dont Torgueil musulman a dû longtemps gémir.
Le Turbè ou tombeau d'Abdoul-Hamîd mérite de fixer quelques instants nos regards. C'est là que, près du sultan qui a donné son nom à ce monument funéraire, repose Mustapha IV , frère de Mahmoud et cousin de Sélim. On sait que Mustapha, après avoir fait assassiner Selim III, fut lui-même mis à mort, le 17 novembre 1808, par ordre de Sultan- Mahmoud. '
88 CONSTASHNOPLE.
Nous suivons la rue de Baghtchë^Kapoussi, uue des plus belles de la capitale 9 et nous nous trouvons, à son extrémité, en face d'un autre monument funèbre, dont Télégante simplicité nous séduit. C*est hturbé du sultan Sélim III, mort victime d'une de ces révolutions de palais dont les hôtes du serai impérial ont été si souvent les témoins. Sélim , prince aussi distingué par son esprit et ses lumières que par ses qualités morales, périt , dans le mois de mai 1807 , sous le couteau du grand-écuyer de son cousin Mustapha lY. Toute la population de Stamboul regretta sînr cèrement ce souverain , dont le crime, aux yeux des Janissaires insurgés, avait été de favoriser l'institution du nixam-dgédid ou milice organisée i Teuropéenne,
Ce vaste édifice devant lequel nous arrivons et dont la porte s'ouvre à une foule empressée, c'est le palais du grandvisir , c'est la Subume-Porte* Plusieurs fois détruit par les flammes et toujours reconstruit sur le même plan , ce palais n'a rien de grandiose à l'extérieur. La richesse et la somptuosité orientales se fontremarquer à l'intérieur. Le marbreetles ornements d'or sont prodigués dans les salles où le premier ministre donne ses audiences. Un souvenir tragique se rattache à cette résidence ministérielle : c'est dans une de ses tourelles que Baïraktar, visir de Mustapha, pour échapper au ressentiment des Janissaires, dont il avait combattu les prétentions séditieuses, se fit sauter en mettant le feu à des barils de poudre. Depuis cet événement, la Sublime-Porte D'à été troublée par aucun incident digne d'être signalé.
LA SUBLIMB PORTE, MOSQClSES, ETC. S9
Lis scènes les plus pacifiques s'y succèdent périodiquement. Seulement, il n'est pas rare de toir, devant le palais, des nallieureax subissant la peine de la bastonnade ; car c'est là que le premier ministre rend la justice, en thème temps qu'il y traite les affaires politiques avec les premiers drogmans des ambassadeurs, et qu'il y entend ùes réclamations de' commerçants européens.
En nous dirigeant sur la mosquée d'Aya-Sofîa , nous nous airêterons devant Terè-Batan-Seraï, ou le palais soukrramj une des plus vastes et des plus remarquables citernes de Stamboul, Connu autrefois sous le nom de Cistema baiUiki , ce réservoir offre une série de voûtes en briques supportées par des colonnes de marbre, dont un grand nombre sont couronnées de chapiteaux de divers ordres d*archtlecCnre. Il est principalement destiné à conserver de Teau pour les temps de sécheresse , et à alimenter les fontaines du airail impérial pendant six mois de l'année.
Le quartier que nous parcourons est le plus beau ; des mes spacieuses et bien pavées conduisent à des édifices remarquables autant par leur magnificence que par leur dimension. Le premier que nous rencontrons après Batan- Serai, c'est Sainte-Sophie, la célèbre basilique grecque convertie en mosquée par le conquérant de Stamboul.
Constantinople possède, comme nous Tavons déjà dit, trois cent quarante-six mosquées, grandes et petites. Dans ce nombre on en compte treize dites impériales; ce sont: Sainte-Sophie, Sultan-Ahmed, la Souleïmaniyé , rOsxn»<x
niyé , la mosquée de Mahomet II , celle de Bajazet II , celle de Sélim If% d'Eyoub , de Lalëli ou des Tulipes, de la sultane Validé , mère de Mahomet lY , d'une autre Valide , mère de Mustapha II et d'Ahmed III , de[^Chah-Zadè et d*Abdoul- Hamid en Asie. Sainte-Sophie et la mosquée de Sultan- Ahmed occupent le premier rang parmi ces édifices.
Fondée par Constantin-le-Grand , réédiûée par Constance^ détruite et de nouveau restaurée par Arcadius et Théodosele-Jeune, Sainte-Sophie ne devint ce qu'elle est aujourd'hui que lorsque, sous le règne de Justînien , elle eut été entièrement rebâtie par Anthémius et Isidore de Milet. Son extérieur n'a rien qui flatte le regard ; les contreforts qui étaient le monument empêchent qu'on remarque l'élégance de quelques-unes de ses parties et surtout de la coupole, dont la forme est réellement aérienne. Mais si l'on peut pénétrer dans rintérieur, coquine laisse pas d'être difficile, on ne tarde pas à reconnaître que la célébrité de ce temple, dédié à la sagesse divine, n'est pas usurpée.
La mosquée est précédée de deux vestibules semblables à ceux qu'on voit dans toutes les anciennes églises grecques. Sur ce parvis s'ouvrent neuf portes qui donnent entrée dans rintérieur et dont le cadre est en marbre blanc. A droite et à gauche sont deux nefs , au-dessus desquelles circule une galerie à portiques reposant sur un double rang de colonnes de vert antique, de porphyre et de marbre; cette galerie qui, revenant du cêté de la façade, s'étend le long du second vesti- "^ule, était autrefois consacrée aux femmes qui, comme on sait,