CHAPITRE X
LE COMMERCE ET l/INDUSTIÎIE (1).
Admirablement située pour les opérations commerciales, Lisbonne employait autrefois jusqu’à 100 navires de 300 à 000 tonneaux rien que dans ses rapports avec l’Amérique du Sud. Aujourd’hui, c’est à. peine s’il s’expédie du Tage pour l’étranger plus de 150 bâtiments, dont le port moyen ne doit pas dépasser 200
(l) A l'embouchure du Tage, deux grands banrs de sable se réunissent et forment ce qu'on appelle une barre, tt existe deux passes, l’une au sud, nommée passe d’Alcaçova, et l’autre au nord, désignée sous le nom de Canal da terra. La première, défendue par le fort de Bogie, n’a pas moins de 500 mètres de largeur avec 0 brasses d’eau ; la seconde est encaissée entre des rescifs et le fort S. Juliao. A mer basse on y trouve encore 4 brasses d’eau. La seule dillîculté que présente l’entrée du poi l est la force du courant qui, à marée descendante, acquiert une vitesse da 7 milles anglais (environ 13 kilomètres) 0 l’heure ; ù la suite de fortes pluies, cette vitesse se trouve considérablement augmentée, et alors, s’il règne un fort vent du large, la mer brise avec violcnec sur toute l'étendue de la barre.
tonneaux. Le despotisme, l’intolérance du gouvernement et les troubles civils ont paralysé l’énergie de la nation, entravé l'industrie et déterminé la rapide décadence de relations qui avaient.porté si haut la fortune du pays.
Depuis l’expulsion de dom Miguel et le rétablissement de doua Maria sur le trône, le gouvernement s’est efforcé de raviver le commerce national. Son premieracte remarquable a été un décret établissant la franchise des ports de Lisbonne et de Porto. Par un autre décret du 18 avril 1834, il fut déclaré que toutes denrées et marchandises, sans distinction d’origine, et quel que fût le pavillon sous lequel elles auraient été importées, seraient reçues dans les douanes de Lisbonne cl de Porto, pour être livrées à la consommation. La disposition capitale de cet acte était l’article 2, portant que les denrées et marchandises admises à la consommation, paieraient un droit de 15 0/0 d'après l'évaluation du tarif, ou ad valorem à défaut d’évaluation, si elles étaient importées sur navires portugais venant du pays de production, ou par navires du pays môme venus en droiture; dans le cas contraire, elles devaient payer la moitié en sus, soit : 22 1/2 0/0.
Les droits que cet acte venaient rectifier ayant été antérieurement élevés de IG à 30 0/0, c’était une réduction considérable accordée à l’importation; c’était la libre concurrence de tous les pays producteurs sur Je marché portugais. La Grande-Bretagne et le Brésil, en vertu de conventions particulières, n’avaient jamais payé plus de 15 0 0; Ils se récrièrent contre l’inno-
valion du gouvernement de dona Maria; mais ce fut en vain, car les traités sur lesquels ils s’appuyaient étant venus à expirer, leurs réclamations se trouveront sans fondement, et il leur fallut entamer des négociations pour de nouveaux engagements dans lesquels ils essayèrent de recouvrer leurs anciens privilèges. Le gouvernement persista dans sa résolution de maintenir l’égalité entre toutes les nations.
Un décret du 2i novembre 183G a étendu aux autres ports du royaume la disposition du décret du 18 avril 1831, concernant ceux de Lisbonne et de Porto, c’est-à-dire l’admission des marchandises étrangères au taux de 15 0/0 de droit d’importation. Un décret de la môme époque a modifié les droits de tonnage établis sur les navires étrangers, et lixé le jaugeage des bâtiments. Ce décret avait pour principal objet de favoriser la navigation portugaise, qui se trouvait, par une étrange combinaison des tarifs antérieurs, payer des droits plus élevés que la navigation étrangère; il a néanmoins 'profité à celte dernière, attendu qu’il a remplacé, par un droit assez léger, diverses taxes qu’il fallait payer en détail, et dont l’addition donnait un total fort onéreux.
Depuis quatre ans, il y a eu une révision des tarifs des Douanes, et ce travail s’est fait dans le sens le plus propre à accroître les relations commerciales du Portugal.
Les droits d’importation, d’exportation, frais de port et autres charges, sont donc très-modiques à Lisbonne. Il n’y existe pas de système régulier d’entrepôt. Toutes
les marchandises sèches peuvent rester deux ans dans les magasins de la Douane, et les liquides six. mois, sans payer de localion, pourvu que ces marchandises soient destinées à la consommation intérieure et en acquittent les droits; lorsqu’on les retire pour la réexportation, elles sont frappées d'un droit de 2 0/0.
Toutefois, bien que les réformes dont je viens de parler aient rendu plus faciles les opérations du commerce français en Portugal, la France est encore loin de balancer, dans le Tage, la navigation britannique. Kn effet, le commerce de Lisbonne peut se répartir ainsi : 4/7 me * par navires anglais, 2/7 m ” par navires portugais, l/7 n “‘ par navires français.
Cet état d’infériorité du commerce français tendait bien, il est vrai, à s’effacer peu à peu, mais il était difficile de croire à un nivellement parfait des situations, et les choses seraient restées longtemps sur ce pied sans
la création du service des Paquebots à vapeur, dont la
Ville-de- Lisbonne offre un superbe échantillon. En effet, l’exportation française en Portugal et l’importation en France des produits portugais possédant aujourd’hui un service régulier ; notre industrie pouvant, sans avoir recours au transit anglais , paraître sur les bords du Tage , les échanges vont devenir aussi rapides que directs, et, comme les Anglais ne sauraient lutter avec nous en articles de modes, en soieries, bimbloteries, bronzes, dorures, châles, chapeaux, conserves alimentaires, instruments de musique, glaces, papiers, parfumeries, porcelaines, quincaillerie, rubans, velours, etc., etc., il s’en suivra que leur in-
dustricva subir sur ce point une dépréciation dont la nôtre aura tout naturellement les bénéticês.
Quoique le mouvement industriel soit peu développé en Portugal, il ne faudrait cependant pas prétendre qu’il y soit absolument nul. Ce royaume se trouve, il est vrai, soumis à une importation considérable'; mais on peut remarquer que cette importation atteint principalement les matières premières, qui sont transformées dans les manufactures du pays en une foule d’objets d’utilité.
Les fabriques d’armes, de faïence et de toiles peintes de Lisbonne sont très-importantes; celles de draps et d'étoffes de laine de Porlalègre, de Covilhan et de Fundao occupent un grand nombre d’ouvriers. Il existe à Porto, Coïmbre, Béja, Estremen, Gerçai et Gaïdar des fabriques de faïence; la grande iilature de coton de Thomar, dont les produits ont peut-être la même valeur que ceux d’Angleterre et de France, est trèsconsidérable. Parmi les autres établissements, il faut mentionner les savonneries, les verreries, les papeteries, les raffineries. A Gampo-Grande, l’on fabrique des soieries, et, à Lisbonne, l’on s’occupe de la bijouterie, de la joaillerie, de l’orfèvrerie. Toutefois il faut dire qu’à de rares exceptions près, tous ces produits de l’industrie portugaise sont inférieurs à leurs analogues de France et d’Angleterre.
L’agriculture portugaise languit, bien différente de ce qu’elle était au XIII e siècle, quand elle produisait assez de céréales pour en exporter. Alors, les découvertes maritimes, les colonies qui furent envoyées en
Asie ou, en Amérique, et le commerce, enlevèrent trop de bras aux champs. Qu’on ajoute à ces diverses circonstances l’ignorance des cultivateurs, la servitude sous laquelle ils ont longtemps gémi, l’agglomération des propriétés territoriales dans les mains du clergé, la difficulté des communications intérieures et le manque de bestiaux, et l’on aura l’ensemble des causes de la décadence de l’agriculture en Portugal. Quoique depuis l’administration du marquis de Pombal il y ait eu quelques progrès, le froment, le seigle, l’orge, le maïs, la viande salée, le beurre, le fromage, etc., etc., figurent toujours pour une large part dans les articles d’importation.
En Portugal, les fruits arrivent en tout temps à parfaite maturité : ils sont délicieux et forment l’objet d’une exportation considérable. 11 part des ports de Porto ou de Lisbonne, chaque année, pour 500,000 fr. d’amandes et de figues sèches, pour 2,000,000 fr. d'oranges, et 47,000 pipes de vin, représentant une valeur de près de 44,000,000 de fr. (4). Les autres objets d’ex-
(0 Bien que te Portugal occupe la paille la plus chaude de la zône tempérée, cette contrée ne souffre cependant pas de l’ardeur bnilanlc qui dessèche le midi de l’Espagne. Les biiscs «le mer apportent la fraîcheur sur les côtes, et les vents du nord assainissent l’intérieur. Ce sont les vents d’est qui sont les plus chauds. I.’aii est, en général, doux cl le climat salubre. Le Portugal jouit de deux printemps, dont le premier, qui est le plus délicieux, commence en janvier. Vient ensuite la saison des pluies. De juillet en septembre régnent les plus fortes chaleurs; elles dessèchent tout et nuisent beaucoup à l’agriculture : alors
porlalion sont : l’huile — bien qu’elle soit de mauvaise qualité à cause des modes défectueux de préparation ; — le sel commun, le sumac, le liège et la laine. Le chanvre et le lin sont cultivés dans les provinces'du Nord, mais en quantité insuffisante pour la consommation. L’éducation dçs bestiaux n’est pas exploitée, par suite du manque de pâturages dans les grandes chaleurs, et parce que les prairies artificielles sont encore peu connues. L’élevage se fait surtout dans les provinces de Beira, de Minlio et d’Eslramadura. Il n’y a pas beaucoup de chevaux ; ils sont en général petits et vifs ; en revanche, on voit beaucoup de mulets. Il existe aussi de nombreux troupeaux de moutons, particulièrement dans la province de Beira. On élève peu de vaches laitières, mais un grand nombre de chèvres, dont le lait, mêlé à celui de la vache, fait un excellent fromage. Les porcs ressemblent à ceux de la Chine.
La science forestière est assez négligée en Portugal pour que plusieurs provinces soient entièrement privées de bois.
Les fleuves, surtout le Tage, abondent en poissons.
te ciel est constamment pur, pas une goutte d’eau ne rafraîchit celte atmosphère embrasée. Après les premières pluies, la nature semble renaître: elle s’embellit de fleurs nouvelle-» : c’est le second printemps, qui précède, immédiatement l’automne. L’hiver commence au mois de novembre; il signale son passage par de fortes pluies et de violents ouragans. Il tombe très-rarement de la neige en Portugal, si ce n’est sur le sommet des montagnes et dans les provinces scplenlrionnalcs. L’orage ne gronde qu’en automne cl pendant l'hiver.