I.ISHONN
la vallée (le la Guadiana pour arriver à Badajoz ; il pourrait fort bien arriver que les rails espagnols vinssent, au contraire, de Tolède, parcourant la vallée du Tage, et pénétant en Portugal par Portalègre. Tel est l’ensemble des travaux que M. Waltier a été amené à étudier. Homme de grande expérience et d’inconteslable Habileté, c’est à son activité et à la clarté de ses appréciations que le royaume de dom Pedro devra peut-être la prompte et bonne réalisation d’ün projet d’où dépend aujourd’hui tout son avenir industriel et commercial.
line compagnie brésilienne a obtenu la concession d’une ligne de fer partant de la rive gauche du Tage, en face de Lisbonne, et allant à Sétubal , Montemor, Evora . Redondo et Badajoz. Les travaux sont assez avancés entre le Tage et Sétubal; malheureusement les ingénieurs ont récemment reconnu, sur certains points du tracé, des difficultés de terrain si considérables, que les rails n’iront vraisemblablement pas plus loin que Vendas-Novas ou Montemor.
Un chemin de fer de Lisbonne à Cintra est en voie de construction ; un télégraphe électrique fonctionne entre ces doux points.
On le voit, de grands chantiers s'ouvrent, de grandes entreprises se créent, de nombreux capitaux s’engagent en Portugal , en vue du commerce et de l’industrie ; ce n’est plus un peuple qui dort insouciant et paresseux; c’est un pays qui se réveille et se met activement à l’œuvre. Hier, il noyait ses forces dans le repos cl la mollesse; aujourd’hui, il se lève décidé à
conquérir une place belle et respectée parmi les nations industrielles et commerciales de l’Europe. ~
Tout-à-l’heure j’ai parlé de la situation désavantageuse du commerce français à Lisbonne, et j’ai dit que la ligne des Paquebots de la compagnie Jouvellier, Tricot et Edel déterminerait certainement une amélioration notable dans les rapports de notre industrie avec le marché portugais. D’autres motifs doivent hâter ce mouvement, qui sera, en définitive, très-avantageux aux deux nations. Ainsi, la sympathie naturelle que l’on éprouve dans la capitale de dom Pedro pour les Français; d’un autre côté, le sentiment répulsif qu’inspirent — très-injustement sans aucun doute — les sujets de la 1 gracieuse souveraine de la Grande- Bretagne, seront pour beaucoup dans le développement de nos relations avec le Portugal. Les Portugais ne pardonnent pas aux Anglais d’avoir considéré le royaume de Manoel comme une de leurs colonies, de s’y être souvent conduits ainsi qu’en pays conquis, et d’avoir mis la main sur l’empire indien. Pendant longtemps, les Anglais ont tenu le Portugal en état de servage. A dater du traité de Méthuen, c’est-à-dire depuis 1703, ils s’étaient emparés du commerce extérieur, qu’ils ont fait longtemps presque exclusivement seuls. Ils commandaient dans le pays comme chez eux; ils y entretenaient des troupes; ils dominaient dans le eon-
LISBONNE, s
seil de la couronne, et rien ne s’accomplissait avant d'avoir passé par leurs mains. Le commerce et l’industrie une fois absorbés à leur profit, ils s’attaquèrent à l’esprit de nationalité et tentèrent de l’étouffer. Ils n’y réussirent qu’en partie, et, un beau jour, le pays se débarrassant de leur mortelle étreinte, rejeta avec la ferme et noble résolution de ne la plus subir, la suzeraineté britannique.
Bien au contraire, le Français est accueilli les mains tendues et les bras ouverts en ce pays d’où l’opinion repousse le (ils d’Albion. L’on nous aime sur notre mine, sur notre réputation, et l’on ne se souvient guère, en vérité, des coups de canon que les deux pays ont jadis échangés. L’on a surtout en singulière estime le chef illustre de notre pays ; l’on admire sa force, son courage, sa confiance dans les hautes destinées de la France, et ce n’est qu’avec un sincère respect qu’on en parle. Les Portugais ont suivi avec un intérêt avide et soutenu les phases diverses des campagnes de Crimée ; leurs vœux sont constamment restés^du côté du drapeau aux trois couleurs, et plus d’un officier de caçadores a désiré partager les chances de fatigues et de dangers qui ont fait, presque autant que le triomphe même, la gloire de la jeune armée française.
Le gouvernement de l’Empereur Napoléon est représenté à Lisbonne par M. le marquis de l’Isle de Siry. Ce ministre ne cesse d’étudier et d’activer les moyens susceptibles d’étendre les rapports de la France avec le Portugal; Il a compris que l’établissement de communications rapides et régulières entre -les
deux pays serait un coup sérieux porté à la supériorité commerciale de l'Angleterre ; aussi a-t-il aidé de ses avis et de ses encouragements les propriétaires de la ligne des Paquebots français. Il a réclamé de plus en leur faveur, auprès de son gouvernement, le ser vice postal. Par Saint-Nazaire, la voie est évidemment plus courte et plus prompte, en ce qui nous concerne, que par Soulhpmpton ; ce sera donc assurer de grandes facilités au* opérations que de confier le transport des dépêches aux nouveaux Paquebots. M. le marquis de l’Isle soutient d a il leurs en toutes circonstances, avec une grande fermeté de caractère et une parfaite dignité de formes, les intérêts de ses nationaux, et, par l’élégance de ses manières et le charme de son esprit, il ne contribue pas peu à développer les dispositions sympathiques qui se sont déclarées pour nous, sur ces rivages naguère visités par des vaisseaux venus en ennemis de Toulon et de Brest.
De son côté, dom Pedro Y, attentif aux besoins de son pays, aide puissamment à l’expansion du commerce et de l’industrie en Portugal. Il connaît ses devoirs, il comprend son époque ; au lieu de s’endormir au souvenir glorieux des temps qui ne sont plus, au lieu de se laisser aller au courant de rêves insensés et impossibles, il apprécie sérieusement la situation telle que l’ont faite les événements politiques, et il s’applique à donner à son peuple le bien-être dont il a manqué pendant si longtemps. Latûcbeest grande et lourde; elle est belle et digne d’un esprit droit, d’une intelligence solide, d’une âme fortement trempée. Les travaux de la paix
peuvent être moins brillants, moins enivrants que ceux de la guerre ; mais la trace qu’ils laissent dans l'iïistoire n’est pas embarrassée de ruines, ni ternie par des misères et des larmes. Et puis, le règne heureux et pacifique de dom Diniz ne forme-t-il pas l’âge d’or de celte nation qui a enfanté tant de héros fameux , tant de conquérants illustres (1)?
(I) A Pari», le Portugal a, comme ministre plénipotentiaire et chargé d'affaires, M. le baron de Paiva. S. M. dom Pedro V ne pouvait pas remettre en des mains plus intelligentes ni plus dignes les intérêts de son gouvernement cl de son pays.
Le Portugal a, de plus, en France, pour veiller ù ses intérêts commerciaux, un consul général : M. J. Ferreira Alves, dont la résidence est au Havre; un consul. M. Mouzinho da Silvcira, à Paris; cl deux vice-consuls : MM. J.-M. de Nascimcnlo, à Nantes, cl M. Doncy, ;1 Bordeaux.