‹ Guide du voyageur aux PyrénéesChapitre 147 sur 226 · S.-SAUVEUR — GËDKE. — LA G HOTTE. 4M · texte numérisé non relu

S.-SAUVEUR — GËDKE. — LA G HOTTE. 4M

reverra plus. 11 semble que la nature, pour la faire regretter, l’ail ornée de tout ce qui pouvait en redoubler l’effet. Après avoir traversé la cour de l’hospice qui la masque , on y arrive à travers un petit parterre émaillé de Heurs. Une fraîcheur délicieuse se fait sentir à mesure que l'on avance. La première enceinte est formée par une espèce de terrasse circulaire couverte d’arbustes et de gazons; la seconde, par des roches rembrunies et roussàlres , qui commencent h combattre le trop grand éclat du jour. Des eaux vives sont l’àme de cet antre, tel que les Grecs n’auraient pas manqué d’y placer un de leurs dieux et de leurs poètes.

On ne voit pas loin dans la plupart des grottes, faute de lumières; au lieu que celle-ci, qui. est en forme de galerie, en reçoit assez par les crevasses de sa voûte et à travers les arbres qui la couronnent, pour que l’on n’en désire pas davantage. Cette lumière douteuse en fait le plus grand charme. On dirait que c’est le berceau du silence, et que le jour, par un accord magique, y dort avec la nuit.

Le fond de celte galerie est éclairé par un dôme en partie découvert. On y voit, comme à travers un tube, une roche de marbre en forme de pilier, autour de laquelle circulent de larges flots resplendissants, et qui font présumer deux autres galeries parallèles. Toutes ces eaux , descendues à travers le chaos de la montagne de Héas, s’élancent dans le canal, y forment plusieurs ressauts sur des bandes de marbre ou de granit, et se précipitent, à quelques pas du spectateur, sur des rochers blanchissants d’écume. Ce gave naissant reçoit bientôt les honneurs d’un pont. A peu de distance, comme le ruisseau de Médoux, il rencontre le gave béarnais qui l’absorbe tout entier.

Le plus bel effet est au fond de la grotte dont il s’agit, quand le soleil y donne. On en voit les rayons s’amortir insensiblement dans ce long détroit; comme on voit aux bornes de l’horizon, et sur le déclin du jour, cet astre radieux éteindre son flambeau dans les ondes. Ce mélange de lumière et d’obscurité, dont on a puérilement tenté l'imitation dans quelques-unes de nos églises parisiennes, est ici d’une perfection inimitable.

Tout ce qui tient au culte et à la piété filiale ne saurait être indifférent. Au sortir de la grotte, on entre dans l’église construite et consacrée en 1727.

il i PYRÉNÉES.— ROUTE 19.

Les hommes, dans ce temple rustique, comme dans ceux des autres vallées, sont séparés des femmes. Une tribune circulaire reçoit les uns; les autres sont en bas, c’est-à-dire dans la nef. On y a continuellement sous les yeux un long cercueil commun et portatif, dont l’aspect ne répugne à personne : c’est que l’idée de la mort, chez la plupart de ces montagnards, ne réveille guère que celle de l’absence; c'est que , parfaitement résignés , ils ne la regardent que comme une loi, non comme une peine. Il s’en faut bien que cette idée les affecte autant que nous, dont l’imagination trop exercée va toujours plus loin que la nature. On plaçait à Sparte la statue (b- la Mort à côté de celle du Sommeil, pour apprendre aux citoyens à. la regarder du même œil. Tels que les Spartiates, ces hommes incultes meurent, en général, comme ils naissent, avec indifférence et sécurité.

De l'église on passe au cimetière : on y voit, non sans attendrissement , que de minces ardoises , comme à Luz , à Helpouey et dans quelques autres villages, y tiennent lieu de tombes réservées , et que l’herbe ne croit plus autour de celles oit reposent les gens de bien qui, durant leur vie, ont constamment secouru leurs semblables, tant les sentiers en sont battus.

Non loin du cimetière, on aperçoit en passant l’un de ces objets pittoresques dont les peintres ne manquent jamais de remporter le croquis; c’est un lierre vigoureux, étreignant de ses cent bras et tapissant le petit pont jeté sur le gave naissant du lac de Héas ».

Si les terribles effets de ce lac peuvent être regardés comme le pronostic de ce qui arrivera, on doit craindre qu’il ne démolisse tôt ou lard la montagne qui le soutient, qui le verse à grands flots à la fonte des neiges , et lorsque des nuages chargés de grêlé , le faisant déborder , menacent toute la contrée d’une ruine soudaine ; mais on n’y songe pas plus ici que partout ailleurs, où l’on n’est pas moins exposé de diverses manières. Il en est de ces sortes de des-

1 On a grand soin d’avertir les étrangers que ce lac fournit en abondance des truites préférables à celles du lac de Genève. Elles remontent en automne vers la source d'où elles sont descendues; et c’est alors, dit-on, un spectacle assez curieux de voir les efTorts qu’elles font pour remonter le courant de la grotte de Gèdre.

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