‹ Guide du voyageur aux PyrénéesChapitre 164 sur 226 · L.dt PsyraLn/r · texte numérisé non relu

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ses éventails de verdure, avec ses fontaines transparentes où elle baigne ses pieds, oit elle mire son front gracieux !

« Mais avant de mettre le pied dans son enceinte, arrêtezvous, si vous aimez les monuments antiques, et regardez à droite : là - haut, sur la colline, est le camp de César. Ce pays fut-il visité par un lieutenant du général romain ou par le héros lui-même, comme sembleraient l'indiquer les traditions populaires de la contrée? Celte question est pour moi trop ardue : je l’abandonne aux érudits.

« Maintenant entrez dans Bagnères; allez admirer ses beautés et ses charmes; enfoncez-vous dans le groupe régulier de ses rues toutes bordées de jolies maisons jaunes et blanches, arrosées d’eaux fraîches et limpides, entrecoupées de places charmantes ; allez respirer le parfum des fleurs de Salut et l’air vif et pur qui se joue à travers les peupliers et les tilleuls de cette belle promenade; ne passez pas d’un œil indifférent devant les bains des Thermes, car c’est un établissement superbe ! Et si vous voulez savoir, vous, dandy de la capitale, ce qu’une cité pyrénéenne offre aux amateurs de jouissances fashionables, entrez h Frascati ; oui, à Frascati! Restaurant, café, danse, musique, salon de lecture, tout se trouve rassemblé dans celle maison magnifique. Frascati! c’est le Palais-Royal de Bagnères, avec celte différence pourtant que vous n’y rencontrerez ni des Lais, ni des Phrynés. Frascati! c’est le rendez-vous de tous les agréments. Horace a peint les Grâces se tenant par la main tandis qu’elles folâtrent, décentes et joyeuses, au déclin du jour : les plaisirs pourraient revendiquer ici pour eux cette ingénieuse allégorie, ils se donnent la main à Frascati. — Et si surtout vous passez à Bagnères par un beau jour de fête, lorsque la foule a déserté la nef antique de Saint-Vincent, à l’heure où les rayons du soleil s’adoucissent, oit les parfums du soir glissent dans une atmosphère suave et voluptueuse, à l’heure où un vent doux et frais invite à la promenade, allez aux Cousions. Voilà un point de vue magique ! Il faut voir alors les belles parures parisiennes frôler en passant le bizarre costume des Pyrénées! Il faut voir nos élégants dandys des grandes villes coudoyer le rude et pittoresque habitant des montagnes! — Ajoutez à tout cela un cercle admirable de maisons et de parterres, une place ravissante, ornée d’arbres élevés qui déploient sur la tête des prome-

neurs leurs pavillons de verdure ! Et en face de vous, au sud-est, la vallée de Carnpan, cette vallée que vous trouverez lielle, même après avoir vu Ragnères.

« Baguères de Bigorre 1 est la plus charmante vignette que l’on puisse placer au frontispice d’un voyage dans les Pyrénées. Je ne sais rien, en France ni en Italie, qui donne une idée de ce délicieux séjour. La jolie petite ville de Su/.e, qui vous reçoit h la descente des Alpes, du côté du Piémont, dans son enceinte riante et hospitalière, ne peut lui être comparée (pie de très-loin. Vous allez en juger. Imaginez une ville où les maisons ont partout des chambranles de marbre à leurs portes, des assises de marbre à leurs fenêtres, des terrasses suspendues et des murailles qui sont blanches comme la robe de noce d’une jeune tille ; imaginez des rues, non pas tirées au cordeau, mais aérées, spacieuses et serpentant comme les allées d’un jardin autour d’un cottaye ; des rues, non pas pavées avec des cailloux pointus, connue la plupart des villes du Midi, mais qui semblent avoir été battues et nivelées par Mac-Adam lui-méme ; et partout, le long des maisons, des ruisseaux d’eau courante et limpide qui ne se taisent pas plus que les cascades du grand Condé; et une promenade qui vous donne, en plein midi et au milieu d’une cité populeuse, la fraîcheur du bocage le plus retiré et le plus secret; et plus de vingt sources d’eaux minérales qui jaillissent à gros bouillons du sein de cette terre échauffée par les plus doux rayons du soleil ; et des établissements thermaux dignes des Romains, si ce n’est que, dévote à ses dieux autant que nous sommes devenus matériels, Home adorait de.; naïades où nous ne voyons que des fontaines, et construisait des temples oit nous bâtissons des buvettes; figurez-vous ensuite, dans ces rues, sur ces places, dans ces promenades, une population pressée, mosaïque mouvante, bigarrure singulière de mœurs, de langage et de costume, où les modes de Paris luttent quelquefois sans succès avec la simple et rustique élégance du justaucùrps montagnard, où l’habitué de l’Opéra coudoie le rude Chasseur des plateaux de l’ Aragon, à peu près comme si un des deux pôles rencontrait l’autre

t M. Cuvillier Fleury.

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dans l’espace; enfin, représentez-vous celte scène dominée au nord par la llèche hardie et le gracieux campanile d’une église gothique, tandis qu’à l'extrémité opposée s’allonge le pic du Midi, couché comme un sultan parmi les roches verticales qui se dressent tout autour de lui, trop éloigné cependant pour projeter ses grandes ombres sur la délicieuse vallée où Bagnères sourit et se joue sous l’azur de son beau ciel, n’empruntant à la montagne que sa fraîcheur et lui laissant sa majesté.

« Telle est Bagnères de Bigorre. Oh! c’est un enchantement de parcourir cette ville joyeuse, de chercher l’ombre sous ces beaux tilleuls qui lient la montagne à la plaine par un chemin de verdure et de fleurs, d’ouvrir ses poumons à cet air vif et pénétrant qui vous arrive tout chargé des parfums de la vallée, de trouver : u détour de chaque rue une naïade qui vous attend au fond de sa couche de granit, où elle vous plonge mollement dans ses eaux lièdes et caressantes ! C’est un rare bonheur d'habiter une ville si neuve, si brillante, si fraîche, si bien parée, construite avec un soin si minutieux, et qui semble aussi jeune qu’elle est charmante !

« Si les voyageurs accourent à Bagnères de tous les points de la France, c’est beaucoup moins pour s’y guérir que pour s’y distraire, et il arrive là des gens bien plus malades de leur opulence et de leur oisiveté que d’autre chose. Bagnères, je lui en demande pardon, n’est qu’une ville de plaisir. Plus tard, en continuant ma course dans lès Pyrénées, je vous montrerai des infirmeries véritables, cachées dans la profondeur de la montagne, bien tristes, hélas! et bien solitaires, bien silencieuses, qui ne reçoivent que des malades convaincus, où l’on n’apporte que des soullrances sérieuses et une résignation imperturbable. Voilà des bains qui guérissent quand on n’y meurt pas d’ennui. Mais de quoi se guérirait-on à Bagnères? On y trouve tout d’abord la joie, le bruit, le mouvement, la musique, la danse, le spectacle, bonne table, bon gîte, société charmante, en un mot, tout ce qui faisait dire à Montaigne : « Qui n’v sait jouir des compagnies qui s’y trouvent et des « promenades et des exercices à quoi nous convie la beauté « des lieux où sont assises ses eaux, il perd la meilleure « pièce et la plus assurée de leur effet. »

« Je sais bien qu’on cite des cures merveilleuses. Je sais

que Vauquelin a analysé avec un soin scrupuleux les principes contenus dans les eaux de Ragnères, et qu’il y a trouvé de l’oxyde de fer, du carbonate de potasse et du carbonate de chaux dans une quantité très-respectable. J’ai lu tout comme un autre les vers que M. le duc de Chartres y laissa en 1774, en reconnaissance d’une guérison célèbre :

Adieu, cher bain du Pré; adieu, je me retire :

Charmé par tes bienfaits, je vais prendre ma lyre Pour chanter tes vertus, propres à tant de maux,

Pour te donner le nom de la reine des eaux !

Oui, mon aimable Pré, tu prolonges la vie !

Oui, je dois aujourd’hui, sans nulle flatterie,

Publier tes bontés, dire à tout l’univers Que ton eau peut guérir de mille maux divers.

Il est donc très-certain que, du Pd jusqu’au Tage,

Toute eau, même le vin, devrait te rendre hommage!

« J’ai lu ces vers sur le schiste noir où ils sont gravés, et je ne doute ni de leur sincérité ni de leur origine. Je crois aux propriétés curatives des bains de Bagnères ; je prétends seulement qu’on n’y vient pas pour être guéri. Ou y vient pour s’amuser, comme faisait Montaigne : et je cite Montaigne, afin de ne blesser personne.

« Les eaux minérales de Bagnères- Adour agissent, dit « M Alibert, en excitant dans l'économie animale des mou- « vemenls qui deviennent salutairement perturbateurs. » — Voilà la vérité sur Bagnères. Ou y vient pour être salutairement secoué ; et vous allez voir si la ville ment à sa renommée et si elle est d’humeur à se brouiller avec la médecine.

“ En arrivant à Bagnères , il ne m’avait fallu qu’un talent d’observation très-médiocre pour apercevoir tout d’abord que la population de la ville, si confuse qu’elle pût paraître qnand on l'étudiait au point de vue pittoresque, se partageait pourtant en deux masses bien distinctes ; les étrangers et les indigènes, les gens qui boivent les eaux et ceux qui ne les boivent pas, ceux qui s’abandonnent volontiers aux effets perturbateurs et ceux qui s’en gardent, ceux qui s’agitent et ceux qui restent calmes, ceux qui dépensent et ceux qui reçoivent, ceux qui jouissent de la beauté du lieu et ceux qui l’exploitent. El remarquez que je ne veux pas faire ici une sotte querelle aux habitants de ïfagnères ; tout au contraire,

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je prétends les louer. Leur conduite est conforme aux éternels décrets de la Providence. Si les gens qui habitent Bagnères toute l’année étaient de l’humeur que j’ai vue à ceux qui n’y séjournent qu’en passant, l’équilibre, qui est une des premières lois de l’ordre physique et une des garanties de la société, serait infailliblement rompu entre le mouvement et la résistance ; et personne ne peut prévoir ce qui résulterait d un1 pareil état de choses. Quant à moi, voyageur et Parisien, ma place était naturellement marquée parmi les plus turbulents. Je m’y résignai, j'avalai quelques verres d’eau sulfureuse, je pris un cheval à loyer, et je m'abandonnai à mon étoile.

« La ville, au moment oii j’y avais mis le pied, m’avait paru atteinte d’une véritable monomanie. Je ne voyais que gens à cheval, hommes, femmes et enfants, gens qui partaient comme des fous, ou qui revenaient épuisés et haletants, qui faisaient claquer des fouets ou sonner des éperons ; gens bien vêtus , mais avec une singulière recherche de façons cavalières, la jambe relevée, la hanche droite, le nez au vent, le chapeau de paille en tète et le liane serré par un ceinturon rouge qui retombait à longs plis sur le côté. J’arrivai pourtant, non sans avoir manqué d’être écrasé deux ou trois fois, à l’hôtel oit j’allais loger, et là je reçus la liste que voici : <

« Chevacx de loi* âge. — S'adresser à Pierre Idrac, rue Traversière ;

Joseph Idrac, rue de Lorry ;

Jean-Marie Idrac, rue Longue;

Antoine Idrac, au pont d’Arcas;

Uzac jeune, hôtel du Bon-Pasteur, etc*

« Je ne vous donne que quelques noms ; la liste en contenait trente. Vous comprenez, trente loueurs de chevaux dans une ville de cinq mille âmes ! Faites une règle de proportion, et calculez ce qu’une pareille industrie, une industrie qui a la force de 600 chevaux, ainsi maîtresse d'une petite ville, peut y exercer d’inlluence et de domination. Aussi vous ai-je dit qu’à peine arrivé à Bagnères , je m’empressai de faire ma soumission à la dynastie des Idrac, et. je louai un cheval avant d’avoir commandé mon dîner.

« Le lendemain, je fus assez heureux pour être admis dans une des mei'leures et des plus aimables sociétés de

Ragnères, dans une de ces colonies de baigneurs où un Parisien trouve tout d’abord protection et bienveillance. L’influence îles montagnes régnait là sans contradiction , et le démon perturbateur des eaux de Ragnères n’y laissait reposer personne. On me proposa de me conduire dans la vallée deCampan. J'acceptai ; quelques heures après, vingt chevaux, sellés et bridés, arrivaient devant la porte de l’hôtel. Nous voilà partis. Une dame me déconsidéra d’un mot. « Ce monsieur, dit-elle, ne m’a pas l’air de quelqu’un qui galope. » A Ragnères, c’est tout dire. C’est un jugement dont un homme ne se relève pas, eût-il fait l'Iliade ou inventé la machine à vapeur; eût-il, qui plus est, gagné un prix dans sa jeunesse à Chantilly ou à New-Market. »

Bagnères de Bigorre, dit M. Lemonnier, est une riante et coquette petite ville de 8,500 âmes de population lixe, et de 15 à 18,000 âmes, y compris ses hameaux, pendant la saison des eaux ; elle est située à 567 mètres au-dessus du niveau de la mer, sur l’Adour qui la traverse et s’y divise en nombreux fdels ; elle termine et ferme par son côté nord la vaste et riche [daine de Tarbes, et donne accès par son côté sud dans la célèbre vallée de Cantpan. — Celte métropole des eaux thermales françaises est éloignée de Paris de 77 myr. 4 kil. ; — de Bordeaux, de 23 myr. 3 kil. ; — de Toulouse, de U myr. 4 kil., — et de Pau, de 6 myr.

Bagnères, chef-lieu du 2e arrondissement des llautes- Pvrénées, possède une sous-préfecture, un tribunal civil, un tribunal de commerce et une justice de paix, un collège, une école primaire , une école secondaire, à laquelle est attaché un maître de dessin et d'architecture ; une église, vaste et élégante ; plusieurs chapelles catholiques et un temple protestant ; deux couvents de religieuses ; celui des dames de la Croix, construit, doté et pourvu par un habitant nommé M. Destrade, fabricant de faïence, sous la condition qu'elles élèveront gratuitement les petites lilles peu fortunées ; le second, dit des Carmélites ; une salle de spectacle assez jolie; deux cabinets de lecture. Le musée de M. Philippe, rue de Frascati, en face de l’hôtel de France, contient les principales productions des Pyrénées et les meilleurs ouvrages relatifs à l’histoire de ces contrées, etc.

La promenade des Cousions, entourée de belles habitations, longée par un canal qui roule une eau limpide, est au

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centre de la ville ; aussi est- elle une des plus fréquentées. Elle était, il y a quelques années, un lieu favorable aux observations du moraliste : c’est là que se réunissaient les joueurs de tous les pays pour se rendre aux salles de la Banque ; c’est là qu’on voyait quelquefois des malheureux promener leur désespoir, après avoir perdu en quelques heures ou les épargnes de toute l’année, ou les dernières ressources de leur famille, et méditer dans leur égarement les plus honteux moyens d’échapper à l’indigence. Ce pénible spectacle, qui outrageait lu morale publique, n’existe plus. Honneur au magistrat qui a repoussé loin de Bagnères les calculs de l’intérêt personnel, et ces nombreux employés à la banque des jeux dont le retour annuel était l’occasion du malaise, souvent de la ruine d’un grand nombre d’individus de toutes les classes !

La suppression des jeux publics dans celte ville est un bienfait inappréciable. Des malheureux se rendaient à Bagnères pour chercher du soulagement à leurs maux : attirés aux salles de la Banque, ils y trouvaient ou l’àpreté d'une basse ambition, ou le désespoir qui achevait de ruiner leur santé. Des individus du peuple, dont le concours des étrangers favorisait l’industrie, attirés par un fol espoir, allaient perdre en quelques heures le prix du travail de plusieurs mois, et ils retombaient ainsi dans la misère, source des malheurs et quelquefois des crimes. C’est à M. Gauthier d’IIauteserve, sous-préfet, qu’on doit la réforme de cet abus.

Les nombreux étrangers qui se rendent à Bagnères durant la belle saison y trouvent les agrément»*; les plus variés. Des logements, qui ne le cèdent en rien à ceux de nos grandes villes , leur sont offerts par les habitants , dont la douce urbanité attire et séduit. Un commerce actif et tresétendu ne laisse rien à désirer à l’aisance modeste et à l’opulence la plus recherchée.

Les avantages commerciaux des grandes villes se trouvent à Bagnères. Le prix des aliments y est très-modéré. Les objets d’utilité domestique ou de luxe y sont très-communs, à cause du grand nombre des négociants qui s’v rendent des différents villes et même de la capitale de la France. Ses marchés de toutes les semaines, et ceux (pii se tiennent chaque jour pour les comestibles sont un spectacle curieux et nouveau pour les étrangers.

Une salle de spectacle réunit et le simple cultivateur, qu’on voit étonné et ravi d’un plaisir si nouveau, et l’habitant des grandes cités. En comparant ces représentations à la magniiicence des pompes théâtrales, le citadin devient enjoué, surtout lorsqu’il voit l’enthousiasme du naïf villageois , qui prodigue scs applaudissements à des jeux qui ne sont souvent que grotesques.

On arrive à Frascati, établissement remarquable de Bagnères. Paréourons-le au moment d'une de ces létes trèsfréquentes à l’époque de la saison : des illuminations dirigées avec goût annoncent au dehors que tous les plaisirs sont réunis dans ce lieu.

Plusieurs salons très-vastes et meublés avec toutes les recherches du luxe , éclairés par mille (lambeaux , sont ouverts à la société qui s’y rend en foule. Ici des tables de jeu invitent ceux qui cherchent leur délassement sur des tapis verts.

Plus loin est une pièce consacrée aux jeux de Terpsychore. Un orchestre nombreux provoque le gortt de la danse chez les plus indifférents.

La folâtre jeunesse se hâte d’entrer dans la lice; l’âge mur , voisin de ses souvenirs , en jouit encore ; tandis que la vieillesse admire, en gémissant, la gracieuse agilité des jeunes acteurs. Du bal au concert, la transition est naturelle, et le plaisir d’entendre quelque célèbre virtuoso entraîne la réunion dans le salon de musique : art divin qui plaît à tous les âges , parce qu’il parle la langue de toutes les passions et de tous les goûts !

S’il est enfin de ces mortels pour qui la réflexion est un besoin et les conversations graves une jouissance, ils trouveront dans cet établissement, loin des éclats d’une gaieté trop bruyante pour eux , des réduits paisibles et un cabinet enrichi d’une bibliothèque choisie '.

Les soirées des lundis, mercredis et vendredis sont consacrées régulièrement à la danse; les autres h des concerts d’artistes, à de simples soirées musicales ou à d’aimables causeries. Frascati, pour tout dire en un mot, est un lieu de

> Ou doit et bel établissement au goût et à la générosité de ÏI. le chevalier de Lugo. Il appartient maintenant à M. le comte de CAslellane.

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délices. Ou s’y rend le soir , au relour de la promenade , sans recherche et sans art , et l’on y passe les heures les plus agréables au milieu d’une société charmante. On s’y fait vite des amis, mais

Que de vœux passagers, de liaisons soudaines,

De Pylades du jour, qui dans quelques semaines,

L’un de l'autre oubliant les serments superflus,

Doutent en se voyant s’ils se sont jamais vus !

D’autres prennent l’avance, et deux tendres amies

Arrivent s'adorant, et partent ennemies '.

Le prix de la souscription , pour l'entrée journalière de l’athénée de Frascali, est, pour les hommes, de 5 fr. pour une. semaine, 8 fr. pour quinze jours, et 1 5 fr. pour chacun des mois de juin et de juillet ; de 6 fr. par semaine, I l fr. pour quinze jours, et 20 fr. pour les mois d’août et de septembre. Les dames ne payent que la moitié de ce prix.

L'abonnement pour un jour est de 3 fr. Les souscripteurs ont seuls le droit d’entrer dans l’athénée.

Industrie. Les marbres pyrénéens * , oubliés depuis Louis XIV, sillonnent maintenant les mers, et étalent leurs belles nuances non-seulement dans les plus magnifiques hôtels de l’Angleterre et de la Russie, mais brillent encore en pièces d’énormes dimensions dans les plus splendides mobiliers de l’Inde. C’est dans les vastes ateliers de M . Géruzet que sont tournées ces tables rondes si sveltes, si gracieuses, ces immenses colonnes d’une seule pièce, ces coupes si élégantes, ces vases antiques qui ornent les cheminées des plus riches appartements; on peut dire qu’ici le marbre, véritable Prolée, revêt toutes les formes, sous la baguette d’un habile enchanteur.

Ici, la mécanique, utilisant la force des eaux vives si abondantes , donne à des blocs de marbre indigènes les formes élégantes qui décorent nos églises , nos édifices publics, nos salons.

Dans cet établissement, que nous avons visité avec un vif intérêt, des ouvriers habiles, sous la direction savante du %

4 Delille, Ut Trait ttègnet. chant III.

1 Les carrières de m irbres touchent la ville.

.170 PYRÉNÉES. — ROUTE il.

maître, donnent au marbre toutes les formes imaginables et le plus beau poli. L'eau est ici l’agent primitif, et cette force puissante, qui toujours marche et ne se fatigue jamais, fait mouvoir une foule d’instruments, depuis la scie qui divise les blocs de marbre, jusqu'au ciseau qui les évide et les tourne comme on f, rail d’un morceau de bois! Nous avons vu des colonnes d’une régularité parfaite sortir comme par enchantement d’un bloc carré évidé au moyen d’un ciseau circulaire que l’eau fait tourner sur lui-même, et qui marche jour et nuit, jusqu'à ce que du sommet du bloc d’où il est parti il ait atteint l’extrémité inférieure. La colonne sort alors de son étui pour être soumise à l’action du polissoir hydraulique. — La splendide marbrerie qui décore l’église de Bagnères-de-Luchon et celle de la cathédrale de Bayonne sortent de l’établissement de M. Géruzet. Ces derniers travaux ont été exécutés sous la direction de M. Boeswilvald, architecte diocésain.

L’étranger y trouvera réunis mille objets divers plus séduisants les uns que les autres , et dont il pourra faire l’emplette sur les lieux •. guéridons ravissants de forme et de couleurs, serre-papiers, porte-plumes, charmants petits barils propres à renfermer le thé, le tabac ou les cigares ; cheminées d’une suprême élégance, etc., etc. Tous ces objets de luxe sont fabriqués, on pourrait dire créés à Bagnères, à plus de 200 lieues de Paris, et de là ils se répandent nonseulement dans toute la France, mais ils sont connus et appréciés en Europe.

M. Géruzet a bien mérité du pays qu’il a doté d’une si magnifique et si utile industrie; il a des droits incontestables à la reconnaissance d’une localité et d’un département qui lui étaient étrangers, et que son industrie est venue féconder et enrichir i.

i M. Aimé Géruzet est né à Reims (Marne). Fort jeune encore il quitta cette ville, avec sa famille, pour se fixer à Lisbonne ; il se rendit ensuite au Brésil , où il séjourna pendant quatre ans- — Du Brésil, il vint habiter Taris, dont le climat altéra sa santé : l'usage des eaux de’ Bagnères lui fut alors ordonne.

C'est à la suite de son premier séjour- à Bagnères, en t 826, que M. Géruzet , ne connaissant nullement le travail des marbres, devint l'associé de M. t'oslallat. Celle sooieie dura trois années, a

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